Notre dame des tranchées

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alain51
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Re: Notre dame des tranchées

Message par alain51 »

michelstl a écrit : dim. mars 22, 2026 4:03 pm
Par ailleurs, dans l’ouvrage «La Somme sous l’occupation allemande», 1918 on retrouve mentionné une «Notre-Dame des tranchées».
https://dn790003.ca.archive.org/0/items ... 00cali.pdf
À Grivilliers. page 294, 295
N-D des tranchees Grevilliers.jpg
Bonjour,
Bravo pour cette exhumation de ce document, au plus profond des entrailles du web. On se demande comment vous faites pour arriver à trouver de tels documents ? Sans doute une très grande assiduité dans vos recherches et des heures passées sans compter ! Bravo encore.

Quant aux églises meurtries, elles ont été maintes fois photographiées, car quel symbole plus poignant que de montrer une église détruite ! Ce qui a permis de qualifier de "barbares" ceux qui ont commis ces destructions ! De nos jours encore on détruit des églises au bord de la ruine, et c'est à chaque fois l'occasion pour les médias d'en parler !

Par ailleurs, si des hommes ont été très prolixe dans ce conflit, ce sont bien les Hommes d'église. Ce que confirme votre document de plusieurs centaines de pages (312 pages) !

En photo, l'église citée de Marquivillers : Le Christ est pendu par une main.

Image
Ma vision de la Grande Guerre en 100 photos personnelles :
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Ingouf
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Re: Notre dame des tranchées

Message par Ingouf »

Bonjour,

L'aumônier militaire mentionné dans les premiers textes relatifs à la création des sanctuaires dédiés à ND des Tranchées est l'abbé Paul Boudon (1880 - 1954), prêtre du diocèse de Séez (département de l'Orne, Normandie).

L'abbé Boudon sert en tant qu'aumônier militaire du 21e régiment d'Infanterie Territoriale. Ce régiment normand est effectivement déployé en Artois, dans le secteur d'Hébuterne, du 24 janvier au 18 juillet 1915, puis en Champagne, dans le secteur de Mesnil-les-Hurlus, du 17 août 1915 au 11 juin 1916, souvent dans des tranchées de première ligne, selon l'historique du régiment disponible sur le site BnF / Gallica.

La presse locale disponible sur le site BnF / Gallica permet de se faire une idée de ses fonctions successives, directeur au Grand Séminaire de Séez, systématiquement qualifié après-guerre d' "ancien aumônier militaire du 21e Territorial", il se montre actif auprès des anciens combattants. Aumônier d'une Ligue de Défense patriotique, religieuse et sociale, aumônier diocésain des œuvres de jeunesse, à la tête de mouvements catholiques de jeunesse de type Jeunesse Agricole Catholique (JAC). Il est nommé en 1937 curé-doyen de Bellême (Orne), d'où il est originaire. Lors de cette nomination, il est inséré "M. le chanoine Boudon veut bien continuer à s'occuper de l'Œuvre des Retraites de Conscrits et des Soldats. Prêtres et soldats sont priés de lui écrire à sa nouvelle adresse." Il y exerce encore ses fonctions lors d'événements publics majeurs de l'après-guerre, notamment au moment du décès du général Philippe Leclerc de Hauteclocque en 1947.

Un religieux capable et influent par conséquent, ce qu'on appelle par chez moi "un homme à poigne". Il me paraît fort intéressant que, parallèlement à son engagement dans les milieux patriotiques et d'anciens combattants, l'abbé Boudon joue un rôle actif dans l'implantation de la Jeunesse Agricole Catholique dans l'Orne, ce qui l'inscrit dans le développement du catholicisme social et des mouvements d'Action catholique en milieu rural. La lettre ci-dessous laisse deviner un niveau d'instruction bien supérieur à celui du conscrit moyen.


La Croix, 27 mai 1915.<br />Bnf  / Gallica.
La Croix, 27 mai 1915.
Bnf / Gallica.
La_Croix_Groupe_Bayard_bpt6k259109s_3.jpeg (720.03 Kio) Consulté 1060 fois


On trouve dans La Croix du 27 mai 1915 une version du texte indiqué plus haut dans ce fil par Yves. Ce texte est assorti d'une lettre de l'abbé Boudon à son supérieur hiérarchique. Vous en trouverez ci-dessous une transcription :


Monseigneur,

Que d'excuses je vous dois de vous donner si peu souvent de mes nouvelles ! Ma vie est si occupée et si mouvementée ! Les balles et les obus pleuvent ici continuellement : nous sommes dans les tranchées de toute première ligne ; pas de combats violents, chaque jour cependant quelques tués et blessés. Ici, l'église est complètement détruite ; c'est dans la salle de danse que nos chers "poilus" se réunissent pour assister à la messe et pour prier. Je suis content de mes chers soldats : le bon Dieu en a converti beaucoup. Tous les six ou huit jours, les compagnies de première ligne sont relevées par d'autres et vont se reposer un peu à l'arrière où j'ai trois églises pour les réunir. Je vais, grâce à un solide vélo, de l'une à l'autre, ou plutôt je vole ! Le dimanche, j'ai deux réunions en chacune de ces églises, et même quelquefois une messe chantée en plein bois ; je me propose de vous envoyer bientôt quelques photos où vous me verrez prêchant, en plein bois, me démenant au milieu de mes chers paroissiens. J'espère que la Très Sainte Vierge, en ce beau mois, va m'aider à toucher le cœur de quelques endurcis. La Sainte Vierge doit bien cela à mon cher régiment où son culte est en honneur.

Vous pourrez en juger, Monseigneur, par l'initiative qu'ont eue, en tranchée de première ligne, plusieurs de mes soldats d'élever un autel à la Sainte Vierge. Le récit m'a été fait, sur ma demande, par l'un d'eux, et je serais heureux, Monseigneur, que ce récit, si simple, si vrai et édifiant, fût publié dans la Semaine catholique, si vous le jugez bon et utile. Je me propose de vous adresser la photo de cet autel ; tous mes soldats d'ailleurs veulent l'avoir en carte postale pour l'envoyer à leurs femmes.

Monseigneur, je suis toujours en excellente santé, je n'ai jamais été aussi heureux d'être prêtre. Séparé du 4e corps depuis que je suis aumônier, je ne vois plus de confrères sagiens*.

Je me recommande instamment, Monseigneur, à vos bonnes prières, ainsi que mon cher régiment ; de mon côté, j'offre mes sacrifices quotidiens pour que la mort épargne le plus possible votre grande famille diocésaine et que Dieu vous ramène bientôt, s'il est possible, vos chers prêtres et séminaristes.

Je suis plus que jamais, Monseigneur, de Votre Grandeur, le fils reconnaissant et soumis,

P. BOUDON, aumônier du ... territorial
Le 11 mai 1915


*Sagiens : habitants de Sées, département de l'Orne, Normandie, France.


La Vie paroissiale à Flers. 9 décembre 1915. BnF  / Gallica.
La Vie paroissiale à Flers. 9 décembre 1915. BnF / Gallica.
La_Vie_paroissiale_à_Flers_[...]_bpt6k1151095k_4.jpeg (364.52 Kio) Consulté 1060 fois


CITATION A L'ORDRE DU JOUR

M. l'abbé Boudon, directeur au Grand Séminaire de Séez, vient d'être cité à l'ordre du jour.

Voici le texte de la citation :

"Abbé Boudon Paul, aumônier du ... territorial d'infanterie. Aumônier remarquable de bravoure, de dévouement, d'activité et d'entrain. A rendu les plus grands services dans les situations les plus difficiles, notamment aux durs combats de Toutvent, du 6 au 14 juin 1915, et dans les tranchées de Mesnil-les-Hurlus, pendant les opérations de septembre et octobre 1915, en allant, avec le plus absolu mépris du danger, partout où sa présence était utile pour réconforter les hommes, relever, soigner les blessés et donner la sépulture aux morts".
Cette citation donne droit à la Croix de Guerre.



Ce religieux est certainement connu des spécialistes puisque je vois qu'il apparaît en 2018 dans une exposition dans l'Orne. Mon niveau religieux est bien insuffisant pour déterminer si ce culte de Notre-Dame des Tranchées s'enracine dans une quelconque tradition propre au catholicisme normand. Je me contente de remarquer que Lisieux n'est pas loin. Du point de vue qui nous concerne sur ce forum de passionnés d'histoire, on peut aussi se demander jusqu'à quel point ce culte est spontané de la part de ces soldats normands, de toute évidence solidement encadrés au niveau religieux.

Bien cordialement.
Eric
Pièces jointes
30 janvier 1933 : on annonce que le chanoine Boudon, vétéran de la Grande Guerre, célèbrera la messe pour la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) à Flers, dans l'Orne. Il organise à la même époque des pèlerinages d'anciens combattants à Lourdes. <br />L'Ouest-Eclair, 30 janvier 1933. Source : BnF / Gallica. Capture d'écran.
30 janvier 1933 : on annonce que le chanoine Boudon, vétéran de la Grande Guerre, célèbrera la messe pour la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) à Flers, dans l'Orne. Il organise à la même époque des pèlerinages d'anciens combattants à Lourdes.
L'Ouest-Eclair, 30 janvier 1933. Source : BnF / Gallica. Capture d'écran.
Screenshot_20260324_141341_Chrome.jpg (371.28 Kio) Consulté 927 fois
Source : Geneanet.
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alain51
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Re: Notre dame des tranchées

Message par alain51 »

Bonjour,
La palme du meilleur exhumateur du web revient à Ingouf, ex-aequo avec michelstl. On se demande comment ils font. Mais sont-ils aussi performant sur le terrain ?
Cordialement,
Alain
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Ingouf
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Re: Notre dame des tranchées

Message par Ingouf »

Bonjour à tous,

C’est en effet un travail de bénédictin. Aux sanctuaires déjà relevés précédemment dans ce fil — Hébuterne, Mesnil-les-Hurlus, Grivillers — on peut ajouter Virginy, dans la Marne. Un extrait du Bulletin de l’œuvre de secours aux églises dévastées de septembre 1920 mentionne que :

Source BnF / Gallica.
Source BnF / Gallica.
Bulletin_de_l'Oeuvre_de_secours_[...]Oeuvre_de_bpt6k6480865g_13.jpeg (97.64 Kio) Consulté 859 fois


Dans une publication destinée aux prêtres aux armées, apparaît dès le 15 septembre 1915 un positionnement vis-à-vis de ce culte marial. Le vocable « Notre-Dame des Tranchées » y désigne une statuette de Notre-Dame de Lourdes.


Source BnF / Gallica.
Source BnF / Gallica.
Le_Prêtre_aux_armées___[...]_bpt6k64461682_15 (1).jpeg (417.13 Kio) Consulté 859 fois


Le bulletin paroissial de la paroisse Saint-Corentin, à Quimper (Finistère), indique que « Notre-Dame des Tranchées » s’intègre, dès octobre 1915, aux dévotions mariales de type rosaire.

Une analyse du chanoine Coubé, que je suppose jésuite, attribue, en 1916, l’origine de cette nouvelle dévotion mariale au 21ᵉ Territorial ; il en cite l’aumônier, l’abbé Boudon, ainsi que l’évêque de Sées. Mais il ajoute que le plus souvent c'est Notre-Dame des Armées, Notre-Dame de France, Notre-Dame des Victoires ou Notre-Dame de Lourdes que l'on invoque.


Source BnF / Gallica.
Source BnF / Gallica.
Du_champ_de_bataille_au_[...]Coubé_Stéphen_bpt6k5623858w_128.jpeg (270.25 Kio) Consulté 766 fois


Loin de la ferveur démonstrative de l'abbé Coubé, une approche plus analytique du culte de Notre-Dame des Tranchées y voit une manifestation de foi en temps de guerre, qui se déploie là où on ne l'attendait pas. Ce dernier texte met en évidence la capacité des catholiques français à s'adapter aux circonstances exceptionnelles du conflit et à développer des nouvelles formes d'organisation et de dévotion.


Source BnF / Gallica.
Source BnF / Gallica.
Revue_pratique_d'apologétique___sous_[...]_bpt6k902033j_32.jpeg (183.57 Kio) Consulté 859 fois

À un niveau d’exigence intellectuelle plus élevé, la Revue pratique d’apologétique, destinée à un public catholique lettré, présente en mai 1916 le culte de Notre-Dame des Tranchées comme une manifestation exemplaire de la vitalité catholique au service de la nation. L'Association catholique de la Jeunesse française y est mentionnée comme une force d'organisation spontanée en temps de guerre. L'abbé Boudon, aumônier militaire du 21ᵉ régiment d'infanterie territoriale, s'inscrira ensuite dans cette mouvance précise, celle de l'Association catholique de la Jeunesse française (ACJF), au sein de laquelle se développeront notamment la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) et la Jeunesse agricole catholique (JAC).


Bonnes recherches à vous.
Bien cordialement.
Eric
GuillaumeG85
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Re: Notre dame des tranchées

Message par GuillaumeG85 »

Un énorme merci à tous ! C'est vraiment intéressant l'histoire de cette petite église.
Vous avez réussi à dénicher des merveilles ! Je vais avoir de la lecture :-)

Guillaume
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michelstl
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Re: Notre dame des tranchées

Message par michelstl »

Bonjour

Je trouve maintenant cette carte postale plus bas (lire légende) concernant l’église à côté du clocher construit par 3e BCP pour la cloche de l’église détruite de Mesnil. Cette église construite par le 21e Ter. (revoir le messages d’Ingouf)
http://grottesdelourdes.loucrup65.fr/guerre14-18.htm
Je dépose à côté des extraits du tout début
N-D des Tranchées.jpg
N-D des Tranchées.jpg (93.5 Kio) Consulté 667 fois
Salutations
Michel
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stcypre
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Re: Notre dame des tranchées

Message par stcypre »

Bonjour,
Sans pouvoir la situer il existait une Sainte Vierge ou la Vierge aux abeilles. Les soldat s'arrêtaient devant elle en lui demandant la vie sauve, lorsqu'ils montaient en 1ère ligne. C'est un ancien qui m'avait raconté cette histoire.
La statue avait dans le dos un trou (de balle sûrement) dans lequel entraient et sortaient les abeilles.
Cordialement.
Stcypre.
la vérité appartient à ceux qui la recherchent et non à ceux qui croient la détenir.
Cyrille
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Re: Notre dame des tranchées

Message par Cyrille »

Bonjour à tous,

la Vierge aux abeilles c'est à Massiges. Elle existe toujours.

Cdlt,
Cyrille
https://www.google.com/maps/place/51800 ... FQAw%3D%3D
Ingouf
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Re: Notre dame des tranchées

Message par Ingouf »

Bonjour,

Au-delà des sanctuaires à Notre-Dame des Tranchées mentionnés dans ce fil, sanctuaires datant de la période 14-18, parfois improvisés et situés, par définition, sur la ligne de front, on trouve des traces de cette dévotion ailleurs en France : statues ou vitraux datant de l’après-guerre. Ils témoignent de la popularité de cette dévotion et du traumatisme profond laissé par la guerre, perceptible jusque dans les villages les plus reculés de notre pays.

Une liste non exhaustive :

Statues :
Bessans (Savoie, France) : monument avec statue de Notre-Dame des Tranchées, en rive droite de l’Arc, au pied des pistes du domaine skiable. Érigé en 1924 en reconnaissance aux poilus protégés pendant la guerre. Rénové récemment, selon Le Dauphiné Libéré. Une publication de 2007 sur ce forum Pages 14-18 signale « 37 tués pour un petit village au fond de la Maurienne ».


Bessans, Savoie.
Bessans, Savoie.
20260326_143631_0000.png (866.02 Kio) Consulté 452 fois


Virginy (Marne, France) : statue en bois de Notre-Dame des Tranchées conservée dans l’église Saint-Martin (reconstruite après-guerre). Les poilus y avaient inscrit des prières dans les plis du manteau. Ce serait l’un des rares sanctuaires encore visibles. Vitrail "Notre-Dame des Tranchées protectrice de nos soldats".


Vitraux :
Pierrefitte-Nestalas (Hautes-Pyrénées, France) : vitrail dans l’église Saint-Pierre de Nestalas, avec l’inscription « Notre-Dame des Tranchées, accueillez l’âme de nos morts ». Scène patriotique commémorative. Il date de 1921.

Bnf  / Gallica.
Bnf / Gallica.
Screenshot_20260324_174726_Chrome.jpg (628.33 Kio) Consulté 537 fois



Tonneins (Lot-et-Garonne, France) : vitrail « Notre-Dame des Tranchées » (ou « Notre-Dame des Poilus ») dans l’église Notre-Dame (Mercadieu), réalisé par les ateliers Dagrant de Bordeaux (commandé fin 1918). Des poilus y sont représentés demandant la protection de la Vierge.
Lien vers un article du Républicain :
https://actu.fr/nouvelle-aquitaine/tonn ... 33504.html

Puisseguin (Gironde, France) : vitrail sous l’horloge de l’église, avec l’inscription « Notre-Dame des tranchées, priez pour la paix » (ateliers Dagrant). Scène de soldats invoquant la Vierge.

Puisseguin, Gironde (33).<br />&quot;Notre-Dame des Tranchées Priez pour la Paix&quot;.<br />Source photo : GRAHC, Coutras, Gironde.
Puisseguin, Gironde (33).
"Notre-Dame des Tranchées Priez pour la Paix".
Source photo : GRAHC, Coutras, Gironde.
20230405_110419_371-tab (1).jpg (398.48 Kio) Consulté 537 fois


Saint-Aigulin (Charente-Maritime, France) : vitrail identique (même iconographie, ateliers Dagrant), avec l’inscription plus longue « Notre-Dame des Tranchées, accueillez nos martyrs et gardez la France ».

Aigrefeuille-sur-Maine (Loire-Atlantique, France) : vitrail intitulé « Notre-Dame des Tranchées » dans l’église (rose avec croix, canons, champs de bataille et scène de tranchée avec des poilus et un aumônier).

Oucques (Loir-et-Cher, France) : vitrail dans l’église Saint-Jacques représentant Notre-Dame des Tranchées (Vierge apparaissant aux soldats).

Cette liste n’est pas exhaustive : il faudra certainement la compléter et la corriger. Je serais désolé d'avoir oublié un vitrail chéri par un forumeur. Certains vitraux qui apparaissent dans des articles d’époque sous la dénomination « Notre-Dame des Tranchées » peuvent aujourd’hui être connus sous un nom légèrement différent, comme « Notre-Dame des Poilus ».

Une trace d'une chapelle à Saint-Dié-des-Vosges. Ce sanctuaire existait encore en 1921, la presse locale rapporte alors : Théâtre de Verdure. Dans l'enceinte boisée, où est installé le Théâtre de Verdure, il existe toujours une chapelle qui fut construite par les poilus de la 41e division pendant la guerre. Désireux de conserver cette relique où plusieurs messes de minuit ont été célébrées pendant la tourmente, la Société des Fêtes y a fait apposer l'inscription suivante :

« Cette chapelle, dédiée à Notre-Dame des Tranchées, a été construite par les poilus de la 41e division en 1915. Entretenue par les soins de la Société des Fêtes de Saint-Dié, elle est placée sous la protection du public. »

L'Express de l'Est et des Vosges, 19 août 1921, BnF / Gallica.


Source photo 2 Ouest-France, agrandissement.
Source photo 2 Ouest-France, agrandissement.
20260326_110839.jpg (752.82 Kio) Consulté 479 fois


L’aumônier qui figure devant l’église Notre-Dame des Tranchées à Mesnil-lès-Hurlus, sur la photo postée hier par Michel, semble avoir une pilosité de type "bouc", ce que les hommes jeunes appellent de nos jours "goatee", tout comme l’abbé Boudon, « un aumônier ornais dans la Grande Guerre », qui apparaît dans un article de Ouest-France en 2018.
Lien : https://www.ouest-france.fr/normandie/l ... rs-5933323

On trouve en Normandie, comme ailleurs en France, de nombreux vitraux patriotiques construits après-guerre. Les représentations de Poilus sont nombreuses, comme à Manerbe, dans le Calvados, où le vitrail représente le retour au pays d'un groupe de soldats. À Bellême (Orne), un vitrail patriotique de soldats en pantalon garance porte l'inscription « Sachons vaincre, Sachons mourir » ; en haut de la composition, saint Michel apparaît à Jeanne d'Arc. À Préaux-du-Perche (Orne), un vitrail est dédié à l'aumônier militaire Riguet, mort pour la France en 1918. La Vierge, déjà omniprésente en Normandie, incarne, sur ces nouveaux vitraux, la mère qui a perdu son fils. Elle apparaît parfois soutenant un soldat français mort. Je ne trouve cependant pas de vitrail spécifiquement dédié à Notre-Dame des Tranchées dans cette région.


Un vaste chantier.
Bonne journée.
Bien cordialement.
Eric
Ingouf
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Re: Notre dame des tranchées

Message par Ingouf »

Bonjour,

Peut-être faut-il distinguer, sur les extraordinaires photos proposées par Guillaume au début de ce fil, deux apports distincts. Le 3e BCP a ajouté la cloche le 21 juin 1916 ; le 21e RIT avait construit l’édifice religieux auparavant.

L’historique du 21e régiment d’infanterie territoriale, "Souvenirs de Campagne, 1914 - 1918", imprimerie Lucien Wolf à Rouen (1921), donne quelques indications sur la position de cet édifice. On est en décembre 1915 :

"Vers le milieu de décembre, notre situation commença à s'améliorer. La 21e Division étant revenue du repos, nous allâmes la rejoindre dans le secteur voisin, à l'ouest, celui de Perthes-Tahure ; le 12 décembre, l'État-Major et une partie du Régiment allaient à Somme-Suippe, siège de la division, et, quelques jours après, le 26, nous transportions notre principal établissement à quatre kilomètres environ au nord-est dans un camp, dit le camp G, où nous devions passer quatre mois. Outre l'État-Major et la compagnie de mitrailleuses, la valeur d'un bataillon environ y cantonna par roulement entre les compagnies. Une compagnie à tour de rôle également était à Somme-Suippe à la disposition du chef du 2e bataillon remplissant les fonctions de major de cantonnement; les autres occupaient différentes positions de deuxième ligne dans le secteur. Le 1er bataillon était resté à la Voie Romaine, à la disposition du génie de l'Armée, toutefois les 2e et 3e compagnies vinrent par la suite s'installer à l'est du camp G."

Il faut donc chercher sur les communes immédiatement au nord de Somme-Suippe. Dans le fonds Valois, on retrouve une série de clichés localisés à Perthes-lès-Hurlus qui concernent le 21e RIT, dont la photo présentée par Michelstl. Ces photos sont attribuées à un capitaine "Trubtil", qui avait déjà photographié le 21e RIT à Hébuterne, et dont je me demande s'il ne répond pas plutôt au patronyme "Truptil", qui est aussi le nom d'un photographe de Rouen. Ces clichés sont d'émouvants témoignages de la guerre de ces soldats normands ; on s’étonne d’y retrouver des visages de braves gars, avec une tête bien de cheu nous.

Photo des alentours de l’édifice :

Détail photo chapelle. <br />Source : collection La Contemporaine, Nanterre, France.
Détail photo chapelle.
Source : collection La Contemporaine, Nanterre, France.
Perthes-lès-Hurlus (près). Camp de repos. La chapelle du camp - VAL 117 061 - Lot 1 - Média 1 - L'Argonnaute - Bibliothèque numérique de la Contemporaine.jpg (683.13 Kio) Consulté 220 fois


Le JMO de l'unité, disponible sur le site Mémoire des Hommes du ministère des Armées, note qu'à l'arrivée, ce qui subsistait des baraquements du camp précédent avait été enlevé par les régiments voisins. "Cette façon de faire a été de règle pendant toute la campagne. Dès qu'une unité quitte son camp, tout est démoli par d'autres, toujours en quête de matériaux qu'ils ne peuvent obtenir que par ce moyen." On perçoit une certaine aigreur contre cette forme de cannibalisation des matériaux. Qu'à cela ne tienne, ils construisent tout eux-mêmes, et beaucoup mieux. Je cite la description dans le texte de 1916 trouvé plus haut dans ce fil par Yves :

"En Artois, les poilus avaient dédié un autel à Notre-Dame des Tranchées ; ici, en Champagne, non loin des premières lignes, dans les bois, au milieu de leur camp, ils ont bâti une église, l'église de Notre-Dame des Tranchées.
On y accède en traversant une jolie place ornée de parterres aux couleurs variées, c'est le parvis Notre-Dame. Puis, par un superbe perron, on descend à 2 mètres 50 de profondeur. On a creusé pour plusieurs raisons : la prudence, le désir d'un plus grand recueillement, l'économie de matériel. Le portail, de style ogival, est très beau, quatre grands panneaux surmontés de deux imposantes ogives encadrant une jolie rosacе, аvес, au sommet, l'inscription en lettres dorées : A Notre-Dame des Tranchées, le ... territorial.

Au-dessus, le clocher, avec une horloge qui marche ! et donne l'heure à tout le régiment; trois cloches qui furent jadis trois douilles d'obus de 105, tout étonnées de leur nouvelle destination puis un coq qui tourne au gré du vent sur la pointe d'une vieille baïonnette qui lui sert de pivot.
"

On pourra comparer cette description avec le cliché posté plus tôt par Michelstl et avec la description qui figure dans l’historique du régiment :

"Cependant, notre camp s’efforça de prendre, malgré tout, un décor plus riant ; des plates-bandes furent improvisées le long des baraquements et, chaque compagnie rivalisant de zèle, l’ensemble finit par avoir un petit air de cité-jardin. Mais ce qui contribua surtout à donner au camp un aspect agréable, c’est la chapelle qui y fut édifiée et qu’on inaugura le jour des Rameaux. Comme par miracle, cette chapelle sortit de terre au beau milieu du camp, ou du moins son toit et son clocher puisque, chapelle de guerre, ses murs étaient dans le sol même. Elle n’avait cependant pas un air "engoncé", au contraire sa façade et son clocher de bois, bien dégagés par un grand escalier en pente douce tenant toute la largeur de l’édifice, lui donnaient plutôt l’air élancé qui plaît aux églises de village.

Bien que tout cela fût improvisé, on y reconnaissait le travail soigné des meilleurs ouvriers du Régiment qui avaient offert leurs services pour une tâche nullement réglementaire, on le devine ; la façade s’ornait de motifs empruntés au style gothique et d’une rosace qui était une pièce d’ébénisterie tout à fait réussie. Pour que rien ne manquât, le clocher à quatre pans offrait aux regards étonnés un cadran, renfermait un carillon fait de douilles de divers calibres et était surmonté d’une flèche, avec le glorieux coq gaulois. L’intérieur était à l’avenant ; les ornements de l’autel avaient été faits avec goût par nos artistes aussi habiles à travailler le cuivre des obus que le bois pacifique.

Cette chapelle plaisait à tous, même à ceux qui ne la fréquentaient pas ; on aimait qu’elle ait été édifiée là, à portée des canons ennemis, comme un défi à la sombre réalité ; on aimait qu’elle donnât au camp, dont elle marquait harmonieusement l’achèvement, comme une allure des pays habités que nous avions depuis si longtemps désertés ; on se plaisait à évoquer à sa vue le clocher natal … celui près duquel les êtres chers nous attendent !
"

Un texte empreint de nostalgie de la terre natale pour ces soldats territoriaux confrontés à l’enfer des combats et qui aspirent à revoir leur Normandie. Mon arrière-grand-père, lui aussi père de famille, a combattu en 1914 dans un régiment normand similaire, le 25e RI de Cherbourg.

La chapelle peut contenir 500 personnes. Dans le même fonds Valois, une photographie :

Détail photo intérieur de la chapelle. <br />Source : collection La Contemporaine, Nanterre, France.
Détail photo intérieur de la chapelle.
Source : collection La Contemporaine, Nanterre, France.
Perthes-lès-Hurlus (près). Camp de repos. La chapelle du camp intérieur - VAL 117 063 - Lot 1 - Média 1 - L'Argonnaute - Bibliothèque numérique de la Contemporaine.jpg (586.11 Kio) Consulté 220 fois


Description dans l’historique du régiment :
"L'intérieur était à l'avenant ; les ornements de l'autel avaient été faits avec goût par nos artistes aussi habiles à travailler le cuivre des obus que le bois pacifique."

Le tabernacle est décrit par l’abbé Boudon, je cite, comme "un vrai chef-d'œuvre". Il ne s’agit pas ici des autels portatifs utilisés au front par les aumôniers militaires. L’autel est fleuri, orné de drapeaux tricolores, du symbole du Sacré-Cœur, du monogramme IHS (Iesus Hominum Salvator), d’une inscription où l’on croit lire "Protégez le 21e".

On peut supposer que le religieux qui apparaît sur le cliché, dans une attitude de recueillement, est l’abbé Paul Boudon, qui est cité dans de nombreux textes plus haut dans ce fil. On observera qu’il ne porte pas sur sa soutane de brassard à la Croix-Rouge, comme sur la photo publiée en 2018 par le quotidien régional Ouest-France, brassard qui le signale comme aumônier militaire rattaché au service de santé, brancardier relevant d’une section d’infirmiers militaires. Sa fiche matricule révèle qu’il a été dispensé d’une partie du service militaire en qualité d'"élève ecclésiastique", conformément à l’article 23 de la loi du 15 juillet 1889 portant sur le recrutement de l’armée française.

J’ai la chance de passer le week-end dans la bibliothèque de mon père, professeur d’histoire et normand, ce qui me permet de vérifier quelques sources normandes. L’ouvrage de référence "Des catholiques normands sous la Troisième République" de Nadine-Josette Chaline contient quelques lignes sur ce passionnant sujet :
"Dans un esprit plus orthodoxe, Marie devient la mère de tous les soldats, "Notre-Dame-des-tranchées", et le chapelet est récité avec ferveur, l'oeuvre du "Rosaire vivant" avançant le chiffre de 86.000 adhérents dans l'armée française."

Peut-être l’analyse est-elle plus poussée ailleurs ? Mais je trouve le sujet lancé sur ce forum par Guillaume tout à fait extraordinaire.

Outre la ferveur de ces soldats de 14-18 et l’habileté artistique des ébénistes, on pourra également admirer le prodigieux "coup de pub" de cet abbé ornais et de son évêque, qui ont fait connaître cette dévotion consacrée à Notre-Dame des Tranchées à une vaste audience catholique en France et bien au-delà. "Savoir-faire et faire savoir."

Pour le seul diocèse de Rouen, 64 religieux trouvent la mort de 1914 à 1925 sur les 450 mobilisés (prêtres et séminaristes). Pour qui s’intéresserait aux fonctions et attributions de ces aumôniers militaires catholiques, je mets en pièce jointe un document sur les "pouvoirs et privilèges des prêtres soldats", document datant de la guerre et provenant d’une publication destinée aux prêtres aux armées ; elle est disponible sur le site BnF / Gallica.

Bonne lecture.
Bien cordialement,
Eric
Pièces jointes
Source BnF / Gallica.
Source BnF / Gallica.
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Source BnF/ Gallica.
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