Notre dame des tranchées

GuillaumeG85
Messages : 90
Inscription : sam. janv. 06, 2024 10:35 pm

Notre dame des tranchées

Message par GuillaumeG85 »

Bonjour

J'ai retrouvé plusieurs photos de soldats à coté d'une église qui semble "enterrée". A coté figure une cloche, récupérée par le 3ème bataillon de chasseurs à pieds le 21 Juin 1916 dans l'église des Mesnil les Hurlus en ruine.
J'ai trouvé une info, dans un article en anglais, qui nomme cette église "Notre Dame des Tranchées". Mais j'ai des difficultés à en trouver d'autres. Connaissez vous cette église ?

Ensuite, sur la photo où on voit l'église, il y a un soldat du 18 RI. Je me dit qu'en croisant la présence de ce régiment et ce lieu on pourrait peut être avoir une idée de la date de cette photo ?
Pièces jointes
Cloche grand angle
Cloche grand angle
eglise (3 sur 3).jpg (740.35 Kio) Consulté 2524 fois
Cloche
Cloche
eglise (2 sur 3).jpg (817.29 Kio) Consulté 2524 fois
Soldat église
Soldat église
eglise (1 sur 3).jpg (763.19 Kio) Consulté 2524 fois
GuillaumeG85
Messages : 90
Inscription : sam. janv. 06, 2024 10:35 pm

Re: Notre dame des tranchées

Message par GuillaumeG85 »

Et voici l'article où j'ai trouvé quelques infos.
Pièces jointes
article ND des Tranchées
article ND des Tranchées
$_57.jpeg (534.39 Kio) Consulté 2523 fois
GuillaumeG85
Messages : 90
Inscription : sam. janv. 06, 2024 10:35 pm

Re: Notre dame des tranchées

Message par GuillaumeG85 »

Avatar de l’utilisateur
Yv'
Messages : 6788
Inscription : ven. oct. 31, 2008 1:00 am

Re: Notre dame des tranchées

Message par Yv' »

Bonjour,

Un article paru en juillet 1916.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k925422c/f7
(Le Carillon de Vimoutiers, 30/7/1916, p. 7)

Cordialement,
Yves
Avatar de l’utilisateur
Yv'
Messages : 6788
Inscription : ven. oct. 31, 2008 1:00 am

Re: Notre dame des tranchées

Message par Yv' »

Bonjour,

Voici un autre article, que l'on retrouve dans plusieurs revues catholiques. Il y est question d'un autel bâti par des hommes du 21e territorial.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1150609k/f11
(Bulletin paroissial de Quiberon, septembre 1915, p. 11)

Cordialement,
Yves
GuillaumeG85
Messages : 90
Inscription : sam. janv. 06, 2024 10:35 pm

Re: Notre dame des tranchées

Message par GuillaumeG85 »

merci a tous !
Avatar de l’utilisateur
Ingouf
Messages : 126
Inscription : ven. févr. 17, 2023 11:21 am

Re: Notre dame des tranchées

Message par Ingouf »

Bonjour,

Dans les références données plus haut par Yves, apparaissent deux sanctuaires de ce genre, dédiés à ND des Tranchées, l'un en Artois, l'autre en Champagne.
On trouvera ci-dessous la preuve de la préservation de l'un d'eux par un régiment britannique.


On trouve trace dans un bulletin paroissial breton de juillet 1915, disponible sur le site BnF / Gallica, d'une mention en mai (mois de Marie) 1915 par l'évêque de Séez (Orne, Normandie). J'observe que la première référence citée par Yves nomme également un aumônier militaire "abbé Boudon, du Grand Séminaire de Séez".


Bulletin paroissial "Toussaints de Rennes", 1er juillet 1915. Source BnF / Gallica.
Bulletin paroissial "Toussaints de Rennes", 1er juillet 1915. Source BnF / Gallica.
Toussaints_de_Rennes__bpt6k11507948_25.jpeg (333.49 Kio) Consulté 2118 fois


Je cite la fin de ce texte, dont Yves signale plusieurs réutilisations :

"Et voilà que l'autel s'élève :

Derrière la Vierge de terre, une croix blanche étend ses bras entre deux créneaux, dont les jours laissent apercevoir les premières défenses ennemies; des cascades de fleurs l'ombragent et la cire brûle dans les chandeliers de pierre.

Le capitaine et l'adjudant de la compagnie sont venus les premiers donner le pieux exemple et s'agenouiller devant ce sanctuaire improvisé, qui porte en exergue cette inscription:

"NOTRE-DAME DES TRANCHÉES, priez pour nous !" Et voici que l'aumônier militaire s'avance, bénit l'autel et récite le chapelet. Officiers, sous-officiers et soldats, tous à genoux, répondent aux prières qui montent vers la Vierge-Reine.

Le service des tranchées de première ligne est très dur; il oblige à des relèves fréquentes. Avant de quitter leurs casemates, les artisans de la Madone ont tracé sur un écusson de bois cette inscription, qui témoigne, mieux que tout, de leurs soins pieux et de leur souci de protection :

"Cet autel, élevé sous le vocable de Notre-Dame des tranchées, a été béni par l'aumônier, le 1er mai 1915.

La ... escouade de la compagnie du ... territorial, qui l'a érigé, en recommande la conservation et l'entretien à ses successeurs."

La dévotion à Notre-Dame des Tranchées, appellation pittoresque et touchante due à la piété de nos soldats, se répandra vite, nous en sommes persuadés, parmi les parents et les amis des vaillants qui, pied à pied, chassent l'envahisseur de notre sol.
"


J'ai retrouvé au mot près ces éléments de langage dans diverses publications catholiques, jusqu'en Nouvelle-Zélande, diffusés dans un hebdomadaire de la communauté catholique irlandaise.

On trouve la preuve dans l'œuvre du journaliste anglais Philip Gibbs que l'autel situé en Artois a été préservé par les Britanniques. Deux occurrences de cette même dévotion mariale dans les œuvres de Philip Gibbs, peut-être le même lieu d'ailleurs, qu'il repère d'abord à Hébuterne, dans le Pas-de-Calais, puis dans le secteur de Fricourt dans la Somme.

Extrait de The Battles of the Somme, Philip Gibbs, 1917.
Extrait de The Battles of the Somme, Philip Gibbs, 1917.
Screenshot_20260321_122039_Chrome.jpg (418.68 Kio) Consulté 2118 fois


Une traduction :
Sailly-au-Bois était un village sur la route d'Hébuterne. Ce devait être autrefois un charmant petit village, avec des vieilles maisons pittoresques et une place de marché. Lorsque j’y allai pour la première fois, les Allemands ne l’aimaient pas et envoyèrent des obus dans la plupart des maisons, ainsi que dans l’une où un certain nombre de gentlemen du Sussex étaient en train de déjeuner. Cela gâcha leur repas et ouvrit une nouvelle entrée dans le mur de la salle à manger. Au-delà du village se trouvait la route d'Hébuterne. Elle traversait des champs ouverts et longeait une lisière d’arbres à moins de mille mètres, où les Allemands étaient couchés à observer derrière leurs canons de fusil. Mais les Français avaient conclu un petit arrangement amical. Si une voiture découverte avançait lentement, les Allemands ne tiraient pas. Si c’était une voiture couverte, vraisemblablement celle d’un général, ou si elle allait vite, ils avaient le droit de tirer. Étrange, mais cela semblait fonctionner. Pourtant, j’étais toujours heureux de parcourir toute la longueur de cette route et de trouver un peu de protection dans le village fortifié d'Hébuterne, avec ses abris profonds, à l’épreuve des obus les plus légers. Les Allemands avaient été les premiers ici et s’étaient retranchés avec leur industrie habituelle. Puis les Français les avaient délogés après de violents combats : il y a là de nombreuses tombes françaises dans le Verger et dans les tranchées, ainsi qu’un petit autel, toujours bien entretenu par des soldats britanniques, dédié à Notre-Dame-des-Tranchées ; ils avaient continué à creuser et à renforcer la position, et lorsque nos hommes prirent le terrain, ils poursuivirent les fortifications, si bien que c’était un modèle d’ouvrage défensif. Mais les Allemands le bombardaient méthodiquement, et il était plus sûr sous terre qu’à la surface. Dans le Verger, de jeunes vies furent fauchées avant d’avoir mûri, et je n’aimais pas m’y attarder parmi les pommiers.

Philip Gibbs, The Battles of the Somme, 1917.


71ZtchxQGqL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpg
71ZtchxQGqL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpg (78.9 Kio) Consulté 2118 fois


Autres indications géographiques dans ce deuxième texte anglais pour situer cette tranchée : "Bécordel-Bécourt", "Gommecourt", "Fricourt", "Le Tambour". On est en 1915.
Traduction en français :

Il y avait des mascottes porte-bonheur, aux entrées de leurs abris : un visage de femme sculpté dans la craie, le nom d’une jeune fille écrit avec des cailloux, un portrait du Roi d'Angleterre dans un cadre de fleurs sauvages fanées.

Une compagnie de nos gars de la Nouvelle Armée avait respecté un souvenir laissé par des troupes françaises qui avaient autrefois occupé cette section de tranchées. C’était un autel construit dans le flanc de la tranchée, où la messe était dite chaque matin par un aumônier militaire. Il était orné de vases et de chandeliers, et au-dessus de la table d’autel se trouvait une statue, grossièrement façonnée, sur le socle de laquelle je lus les mots Notre-Dame des Tranchées. Une plaque fixée dans la paroi de terre consignait en français le souhait de ceux qui venaient y prier : « Cet autel, dédié à Notre-Dame des Tranchées, a été béni par l’aumônier du régiment français. La 9ᵉ escouade de la 6ᵉ compagnie recommande son entretien et sa préservation à ses successeurs. Veuillez ne pas toucher la fragile statue en glaise de tranchée. » « Notre-Dame des Tranchées ! » C’était la première fois que j’entendais ce nouveau titre de la Madone, dont l’esprit, si elle visitait ces fossés de mort, devait pleurer de pitié pour tous ces pauvres enfants de l’humanité dont la foi contrastait tant avec l’œuvre qu’ils avaient à accomplir. D’un abri proche de l’autel venait une musique légère. Un jeune soldat jouait de la mandoline pour deux camarades. « Tout le dernier ragtime », dit l’un d’eux avec un sourire en coin.



Transcription original anglais :

There were mascots for luck, at the doorways of their dugouts a woman's face carved in chalk, the name of a girl written in pebbles, a portrait of the King in a frame of withered wild flowers. A company of our New Army boys had respected a memento of French troops who were once in this section of trenches. It was an altar built into the side of the trench, where mass was said each morning by a soldier-priest. It was decorated with vases and candlesticks, and above the altar-table was a statue, crudely modeled, upon the base of which I read the words Notre Dame des Tranchées ("Our Lady of the Trenches"). A tablet fastened in the earth-wall recorded in French the desire of those who worshiped here: "This altar, dedicated to Our Lady of the Trenches, was blessed by the chaplain of the French regiment. The 9th Squadron of the 6th Company recommends its care and preservation to their successors. Please do not touch the fragile statue in trench-clay." "Our Lady of the Trenches!" It was the first time I had heard of this new title of the Madonna, whose spirit, if she visited those ditches of death, must have wept with pity for all those poor children of mankind whose faith was so unlike the work they had to do. From a dugout near the altar there came tinkling music. A young soldier was playing the mandolin to two comrades. "All the latest ragtime," said one of them with a grin.

Philip Gibbs, Now It Can Be Told, Harper & Brothers publishers, New York and London, 1920.


Je pense que Philip Gibbs était lui-même catholique. Les catholiques étaient nombreux mais minoritaires dans l'armée britannique ; la dévotion à Marie est aussi possible dans une frange de l'église anglicane ("Church of England") ; mais pas par un soldat écossais protestant. Il me semble intéressant que les soldats britanniques aient conservé cet autel. Plus encore que l'on trouve presque davantage de traces dans des sources anglophones que chez nous. Les historiens sauront : la IIIe République et son anti-cléricalisme sont passés par là ? Ce culte est particulièrement touchant pour un public anglophone, il humanise l'horreur de ce conflit, comme le font d'autres anecdotes, comme celle de la trêve de Noël de 1914. Le talent du correspondant de guerre Philip Gibbs fait le reste.

Vous avez fait là une splendide découverte.

Bon dimanche.
Bien cordialement.
Eric
Dernière modification par Ingouf le lun. mars 23, 2026 7:20 am, modifié 5 fois.
Avatar de l’utilisateur
michelstl
Messages : 5027
Inscription : dim. juil. 24, 2011 2:00 am
Localisation : Montréal, Québec

Re: Notre dame des tranchées

Message par michelstl »

Bonjour ... et merci Eric

Par ailleurs, dans l’ouvrage «La Somme sous l’occupation allemande», 1918 on retrouve mentionné une «Notre-Dame des tranchées».
https://dn790003.ca.archive.org/0/items ... 00cali.pdf
À Grivilliers. page 294, 295
N-D des tranchees Grevilliers.jpg
N-D des tranchees Grevilliers.jpg (95.25 Kio) Consulté 2099 fois
Salutations
Michel
Avatar de l’utilisateur
Ingouf
Messages : 126
Inscription : ven. févr. 17, 2023 11:21 am

Re: Notre dame des tranchées

Message par Ingouf »

Bonjour,

L'aumônier militaire mentionné dans les premiers textes relatifs à la création des sanctuaires dédiés à ND des Tranchées est l'abbé Paul Boudon (1880 - 1954), prêtre du diocèse de Séez (département de l'Orne, Normandie).

L'abbé Boudon sert en tant qu'aumônier militaire du 21e régiment d'Infanterie Territoriale. Ce régiment normand est effectivement déployé en Artois, dans le secteur d'Hébuterne, du 24 janvier au 18 juillet 1915, puis en Champagne, dans le secteur de Mesnil-les-Hurlus, du 17 août 1915 au 11 juin 1916, souvent dans des tranchées de première ligne, selon l'historique du régiment disponible sur le site BnF / Gallica.

La presse locale disponible sur le site BnF / Gallica permet de se faire une idée de ses fonctions successives, directeur au Grand Séminaire de Séez, systématiquement qualifié après-guerre d' "ancien aumônier militaire du 21e Territorial", il se montre actif auprès des anciens combattants. Aumônier d'une Ligue de Défense patriotique, religieuse et sociale, aumônier diocésain des œuvres de jeunesse, à la tête de mouvements catholiques de jeunesse de type Jeunesse Agricole Catholique (JAC). Il est nommé en 1937 curé-doyen de Bellême (Orne), d'où il est originaire. Lors de cette nomination, il est inséré "M. le chanoine Boudon veut bien continuer à s'occuper de l'Œuvre des Retraites de Conscrits et des Soldats. Prêtres et soldats sont priés de lui écrire à sa nouvelle adresse." Il y exerce encore ses fonctions lors d'événements publics majeurs de l'après-guerre, notamment au moment du décès du général Philippe Leclerc de Hauteclocque en 1947.

Un religieux capable et influent par conséquent, ce qu'on appelle par chez moi "un homme à poigne". Il me paraît fort intéressant que, parallèlement à son engagement dans les milieux patriotiques et d'anciens combattants, l'abbé Boudon joue un rôle actif dans l'implantation de la Jeunesse Agricole Catholique dans l'Orne, ce qui l'inscrit dans le développement du catholicisme social et des mouvements d'Action catholique en milieu rural. La lettre ci-dessous laisse deviner un niveau d'instruction bien supérieur à celui du conscrit moyen.


La Croix, 27 mai 1915.<br />Bnf  / Gallica.
La Croix, 27 mai 1915.
Bnf / Gallica.
La_Croix_Groupe_Bayard_bpt6k259109s_3.jpeg (720.03 Kio) Consulté 2246 fois


On trouve dans La Croix du 27 mai 1915 une version du texte indiqué plus haut dans ce fil par Yves. Ce texte est assorti d'une lettre de l'abbé Boudon à son supérieur hiérarchique. Vous en trouverez ci-dessous une transcription :


Monseigneur,

Que d'excuses je vous dois de vous donner si peu souvent de mes nouvelles ! Ma vie est si occupée et si mouvementée ! Les balles et les obus pleuvent ici continuellement : nous sommes dans les tranchées de toute première ligne ; pas de combats violents, chaque jour cependant quelques tués et blessés. Ici, l'église est complètement détruite ; c'est dans la salle de danse que nos chers "poilus" se réunissent pour assister à la messe et pour prier. Je suis content de mes chers soldats : le bon Dieu en a converti beaucoup. Tous les six ou huit jours, les compagnies de première ligne sont relevées par d'autres et vont se reposer un peu à l'arrière où j'ai trois églises pour les réunir. Je vais, grâce à un solide vélo, de l'une à l'autre, ou plutôt je vole ! Le dimanche, j'ai deux réunions en chacune de ces églises, et même quelquefois une messe chantée en plein bois ; je me propose de vous envoyer bientôt quelques photos où vous me verrez prêchant, en plein bois, me démenant au milieu de mes chers paroissiens. J'espère que la Très Sainte Vierge, en ce beau mois, va m'aider à toucher le cœur de quelques endurcis. La Sainte Vierge doit bien cela à mon cher régiment où son culte est en honneur.

Vous pourrez en juger, Monseigneur, par l'initiative qu'ont eue, en tranchée de première ligne, plusieurs de mes soldats d'élever un autel à la Sainte Vierge. Le récit m'a été fait, sur ma demande, par l'un d'eux, et je serais heureux, Monseigneur, que ce récit, si simple, si vrai et édifiant, fût publié dans la Semaine catholique, si vous le jugez bon et utile. Je me propose de vous adresser la photo de cet autel ; tous mes soldats d'ailleurs veulent l'avoir en carte postale pour l'envoyer à leurs femmes.

Monseigneur, je suis toujours en excellente santé, je n'ai jamais été aussi heureux d'être prêtre. Séparé du 4e corps depuis que je suis aumônier, je ne vois plus de confrères sagiens*.

Je me recommande instamment, Monseigneur, à vos bonnes prières, ainsi que mon cher régiment ; de mon côté, j'offre mes sacrifices quotidiens pour que la mort épargne le plus possible votre grande famille diocésaine et que Dieu vous ramène bientôt, s'il est possible, vos chers prêtres et séminaristes.

Je suis plus que jamais, Monseigneur, de Votre Grandeur, le fils reconnaissant et soumis,

P. BOUDON, aumônier du ... territorial
Le 11 mai 1915


*Sagiens : habitants de Sées, département de l'Orne, Normandie, France.


La Vie paroissiale à Flers. 9 décembre 1915. BnF  / Gallica.
La Vie paroissiale à Flers. 9 décembre 1915. BnF / Gallica.
La_Vie_paroissiale_à_Flers_[...]_bpt6k1151095k_4.jpeg (364.52 Kio) Consulté 2246 fois


CITATION A L'ORDRE DU JOUR

M. l'abbé Boudon, directeur au Grand Séminaire de Séez, vient d'être cité à l'ordre du jour.

Voici le texte de la citation :

"Abbé Boudon Paul, aumônier du ... territorial d'infanterie. Aumônier remarquable de bravoure, de dévouement, d'activité et d'entrain. A rendu les plus grands services dans les situations les plus difficiles, notamment aux durs combats de Toutvent, du 6 au 14 juin 1915, et dans les tranchées de Mesnil-les-Hurlus, pendant les opérations de septembre et octobre 1915, en allant, avec le plus absolu mépris du danger, partout où sa présence était utile pour réconforter les hommes, relever, soigner les blessés et donner la sépulture aux morts".
Cette citation donne droit à la Croix de Guerre.



Ce religieux est certainement connu des spécialistes puisque je vois qu'il apparaît en 2018 dans une exposition dans l'Orne. Mon niveau religieux est bien insuffisant pour déterminer si ce culte de Notre-Dame des Tranchées s'enracine dans une quelconque tradition propre au catholicisme normand. Je me contente de remarquer que Lisieux n'est pas loin. Du point de vue qui nous concerne sur ce forum de passionnés d'histoire, on peut aussi se demander jusqu'à quel point ce culte est spontané de la part de ces soldats normands, de toute évidence solidement encadrés au niveau religieux.

Bien cordialement.
Eric
Pièces jointes
30 janvier 1933 : on annonce que le chanoine Boudon, vétéran de la Grande Guerre, célèbrera la messe pour la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) à Flers, dans l'Orne. Il organise à la même époque des pèlerinages d'anciens combattants à Lourdes. <br />L'Ouest-Eclair, 30 janvier 1933. Source : BnF / Gallica. Capture d'écran.
30 janvier 1933 : on annonce que le chanoine Boudon, vétéran de la Grande Guerre, célèbrera la messe pour la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) à Flers, dans l'Orne. Il organise à la même époque des pèlerinages d'anciens combattants à Lourdes.
L'Ouest-Eclair, 30 janvier 1933. Source : BnF / Gallica. Capture d'écran.
Screenshot_20260324_141341_Chrome.jpg (371.28 Kio) Consulté 2113 fois
Source : Geneanet.
Source : Geneanet.
ad61_r915_652.jpg (573.98 Kio) Consulté 2212 fois
Avatar de l’utilisateur
Ingouf
Messages : 126
Inscription : ven. févr. 17, 2023 11:21 am

Re: Notre dame des tranchées

Message par Ingouf »

Bonjour à tous,

C’est en effet un travail de bénédictin. Aux sanctuaires déjà relevés précédemment dans ce fil — Hébuterne, Mesnil-les-Hurlus, Grivillers — on peut ajouter Virginy, dans la Marne. Un extrait du Bulletin de l’œuvre de secours aux églises dévastées de septembre 1920 mentionne que :

Source BnF / Gallica.
Source BnF / Gallica.
Bulletin_de_l'Oeuvre_de_secours_[...]Oeuvre_de_bpt6k6480865g_13.jpeg (97.64 Kio) Consulté 2043 fois


Dans une publication destinée aux prêtres aux armées, apparaît dès le 15 septembre 1915 un positionnement vis-à-vis de ce culte marial. Le vocable « Notre-Dame des Tranchées » y désigne une statuette de Notre-Dame de Lourdes.


Source BnF / Gallica.
Source BnF / Gallica.
Le_Prêtre_aux_armées___[...]_bpt6k64461682_15 (1).jpeg (417.13 Kio) Consulté 2043 fois


Le bulletin paroissial de la paroisse Saint-Corentin, à Quimper (Finistère), indique que « Notre-Dame des Tranchées » s’intègre, dès octobre 1915, aux dévotions mariales de type rosaire.

Une analyse du chanoine Coubé, que je suppose jésuite, attribue, en 1916, l’origine de cette nouvelle dévotion mariale au 21ᵉ Territorial ; il en cite l’aumônier, l’abbé Boudon, ainsi que l’évêque de Sées. Mais il ajoute que le plus souvent c'est Notre-Dame des Armées, Notre-Dame de France, Notre-Dame des Victoires ou Notre-Dame de Lourdes que l'on invoque.


Source BnF / Gallica.
Source BnF / Gallica.
Du_champ_de_bataille_au_[...]Coubé_Stéphen_bpt6k5623858w_128.jpeg (270.25 Kio) Consulté 1950 fois


Loin de la ferveur démonstrative de l'abbé Coubé, une approche plus analytique du culte de Notre-Dame des Tranchées y voit une manifestation de foi en temps de guerre, qui se déploie là où on ne l'attendait pas. Ce dernier texte met en évidence la capacité des catholiques français à s'adapter aux circonstances exceptionnelles du conflit et à développer des nouvelles formes d'organisation et de dévotion.


Source BnF / Gallica.
Source BnF / Gallica.
Revue_pratique_d'apologétique___sous_[...]_bpt6k902033j_32.jpeg (183.57 Kio) Consulté 2043 fois

À un niveau d’exigence intellectuelle plus élevé, la Revue pratique d’apologétique, destinée à un public catholique lettré, présente en mai 1916 le culte de Notre-Dame des Tranchées comme une manifestation exemplaire de la vitalité catholique au service de la nation. L'Association catholique de la Jeunesse française y est mentionnée comme une force d'organisation spontanée en temps de guerre. L'abbé Boudon, aumônier militaire du 21ᵉ régiment d'infanterie territoriale, s'inscrira ensuite dans cette mouvance précise, celle de l'Association catholique de la Jeunesse française (ACJF), au sein de laquelle se développeront notamment la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) et la Jeunesse agricole catholique (JAC).


Bonnes recherches à vous.
Bien cordialement.
Eric
Répondre

Revenir à « Lieux »