Notre dame des tranchées

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GuillaumeG85
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Notre dame des tranchées

Message par GuillaumeG85 »

Bonjour

J'ai retrouvé plusieurs photos de soldats à coté d'une église qui semble "enterrée". A coté figure une cloche, récupérée par le 3ème bataillon de chasseurs à pieds le 21 Juin 1916 dans l'église des Mesnil les Hurlus en ruine.
J'ai trouvé une info, dans un article en anglais, qui nomme cette église "Notre Dame des Tranchées". Mais j'ai des difficultés à en trouver d'autres. Connaissez vous cette église ?

Ensuite, sur la photo où on voit l'église, il y a un soldat du 18 RI. Je me dit qu'en croisant la présence de ce régiment et ce lieu on pourrait peut être avoir une idée de la date de cette photo ?
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Cloche grand angle
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Cloche
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GuillaumeG85
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Re: Notre dame des tranchées

Message par GuillaumeG85 »

Et voici l'article où j'ai trouvé quelques infos.
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article ND des Tranchées
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GuillaumeG85
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Re: Notre dame des tranchées

Message par GuillaumeG85 »

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Yv'
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Re: Notre dame des tranchées

Message par Yv' »

Bonjour,

Un article paru en juillet 1916.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k925422c/f7
(Le Carillon de Vimoutiers, 30/7/1916, p. 7)

Cordialement,
Yves
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alain51
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Re: Notre dame des tranchées

Message par alain51 »

Bonjour,
Il semblerait que cette appellation de "Notre-Dame des Tranchées" soit restée inconnue ou -tout du moins- très peu connue. Elle n'est pas arrivée jusqu'à nous, en dehors d'un article de presse britannique et d'une revue religieuse locale.

Quant à la cloche de l'église de Mesnil-les-Hurlus : où est-elle ? Existe-t-elle encore aujourd'hui ? Sur cette vue de cette église, on ne voit pas de cloche :

Image

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Cette histoire de "N-D des Tranchées" me renvoie dans ma mémoire vers une autre histoire qui est celle du "Christ des Tranchées". Ce Christ, abandonné sur le champ de bataille, sera récupéré par les Portugais et serviva de monument du soldat inconnu portugais.
Source : https://www.legionetrangere.fr/la-fsale ... ugais.html

Image

Au revoir.
Ma vision de la Grande Guerre en 100 photos personnelles :
https://lagrandeguerre.1fr1.net/t148513 ... nde-guerre
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Yv'
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Re: Notre dame des tranchées

Message par Yv' »

Bonjour,

Voici un autre article, que l'on retrouve dans plusieurs revues catholiques. Il y est question d'un autel bâti par des hommes du 21e territorial.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1150609k/f11
(Bulletin paroissial de Quiberon, septembre 1915, p. 11)

Cordialement,
Yves
GuillaumeG85
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Re: Notre dame des tranchées

Message par GuillaumeG85 »

merci a tous !
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alain51
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Re: Notre dame des tranchées

Message par alain51 »

Bonjour,
Dans mon atlas Michelin des routes de France datant d'avant le 21e siècle, j'ai répertorié 75 lieux, principalement des communes, qui portent le nom de Notre-Dame.
Comme par exemple Notre-Dame-des-Misères ! Quelle misère ! Ou encore Notre-dame-des-sept-Douleurs !

Notre-dame-des-Tranchées a du être éclipsée par Notre-Dame-de-Lorette...

Au revoir
Ma vision de la Grande Guerre en 100 photos personnelles :
https://lagrandeguerre.1fr1.net/t148513 ... nde-guerre
Ingouf
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Re: Notre dame des tranchées

Message par Ingouf »

Bonjour,

Dans les références données plus haut par Yves, apparaissent deux sanctuaires de ce genre, dédiés à ND des Tranchées, l'un en Artois, l'autre en Champagne.
On trouvera ci-dessous la preuve de la préservation de l'un d'eux par un régiment britannique.


On trouve trace dans un bulletin paroissial breton de juillet 1915, disponible sur le site BnF / Gallica, d'une mention en mai (mois de Marie) 1915 par l'évêque de Séez (Orne, Normandie). J'observe que la première référence citée par Yves nomme également un aumônier militaire "abbé Boudon, du Grand Séminaire de Séez".


Bulletin paroissial "Toussaints de Rennes", 1er juillet 1915. Source BnF / Gallica.
Bulletin paroissial "Toussaints de Rennes", 1er juillet 1915. Source BnF / Gallica.
Toussaints_de_Rennes__bpt6k11507948_25.jpeg (333.49 Kio) Consulté 100 fois


Je cite la fin de ce texte, dont Yves signale plusieurs réutilisations :

"Et voilà que l'autel s'élève :

Derrière la Vierge de terre, une croix blanche étend ses bras entre deux créneaux, dont les jours laissent apercevoir les premières défenses ennemies; des cascades de fleurs l'ombragent et la cire brûle dans les chandeliers de pierre.

Le capitaine et l'adjudant de la compagnie sont venus les premiers donner le pieux exemple et s'agenouiller devant ce sanctuaire improvisé, qui porte en exergue cette inscription:

"NOTRE-DAME DES TRANCHÉES, priez pour nous !" Et voici que l'aumônier militaire s'avance, bénit l'autel et récite le chapelet. Officiers, sous-officiers et soldats, tous à genoux, répondent aux prières qui montent vers la Vierge-Reine.

Le service des tranchées de première ligne est très dur; il oblige à des relèves fréquentes. Avant de quitter leurs casemates, les artisans de la Madone ont tracé sur un écusson de bois cette inscription, qui témoigne, mieux que tout, de leurs soins pieux et de leur souci de protection :

"Cet autel, élevé sous le vocable de Notre-Dame des tranchées, a été béni par l'aumônier, le 1er mai 1915.

La ... escouade de la compagnie du ... territorial, qui l'a érigé, en recommande la conservation et l'entretien à ses successeurs."

La dévotion à Notre-Dame des Tranchées, appellation pittoresque et touchante due à la piété de nos soldats, se répandra vite, nous en sommes persuadés, parmi les parents et les amis des vaillants qui, pied à pied, chassent l'envahisseur de notre sol.
"


J'ai retrouvé au mot près ces éléments de langage dans diverses publications catholiques, jusqu'en Nouvelle-Zélande, diffusés dans un hebdomadaire de la communauté catholique irlandaise.

On trouve la preuve dans l'œuvre du journaliste anglais Philip Gibbs que l'autel situé en Artois a été préservé par les Britanniques. Deux occurrences de cette même dévotion mariale dans les œuvres de Philip Gibbs, peut-être le même lieu d'ailleurs, qu'il repère d'abord à Sailly-au-Bois, dans le Pas-de-Calais, puis dans le secteur de Fricourt dans la Somme.

Extrait de The Battles of the Somme, Philip Gibbs, 1917.
Extrait de The Battles of the Somme, Philip Gibbs, 1917.
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Une traduction :
Sailly-au-Bois était un village sur la route de Hébuterne. Ce devait être autrefois un charmant petit village, avec des vieilles maisons pittoresques et une place de marché. Lorsque j’y allai pour la première fois, les Allemands ne l’aimaient pas et envoyèrent des obus dans la plupart des maisons, ainsi que dans l’une où un certain nombre de gentlemen du Sussex étaient en train de déjeuner. Cela gâcha leur repas et ouvrit une nouvelle entrée dans le mur de la salle à manger. Au-delà du village se trouvait la route de Hébuterne. Elle traversait des champs ouverts et longeait une lisière d’arbres à moins de mille mètres, où les Allemands étaient couchés à observer derrière leurs canons de fusil. Mais les Français avaient conclu un petit arrangement amical. Si une voiture découverte avançait lentement, les Allemands ne tiraient pas. Si c’était une voiture couverte, vraisemblablement celle d’un général, ou si elle allait vite, ils avaient le droit de tirer. Étrange, mais cela semblait fonctionner. Pourtant, j’étais toujours heureux de parcourir toute la longueur de cette route et de trouver un peu de protection dans le village fortifié de Hébuterne, avec ses abris profonds, à l’épreuve des obus les plus légers. Les Allemands avaient été les premiers ici et s’étaient retranchés avec leur industrie habituelle. Puis les Français les avaient délogés après de violents combats : il y a là de nombreuses tombes françaises dans le Verger et dans les tranchées, ainsi qu’un petit autel, toujours bien entretenu par des soldats britanniques, dédié à Notre-Dame-des-Tranchées ; ils avaient continué à creuser et à renforcer la position, et lorsque nos hommes prirent le terrain, ils poursuivirent les fortifications, si bien que c’était un modèle d’ouvrage défensif. Mais les Allemands le bombardaient méthodiquement, et il était plus sûr sous terre qu’à la surface. Dans le Verger, de jeunes vies furent fauchées avant d’avoir mûri, et je n’aimais pas m’y attarder parmi les pommiers.

Philip Gibbs, The Battles of the Somme, 1917.


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71ZtchxQGqL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpg (78.9 Kio) Consulté 100 fois


Autres indications géographiques dans ce deuxième texte anglais pour situer cette tranchée : "Bécordel-Bécourt", "Gommecourt", "Fricourt", "Le Tambour". On est en 1915.
Traduction en français :

Il y avait des mascottes porte-bonheur, aux entrées de leurs abris : un visage de femme sculpté dans la craie, le nom d’une jeune fille écrit avec des cailloux, un portrait du Roi d'Angleterre dans un cadre de fleurs sauvages fanées.

Une compagnie de nos gars de la Nouvelle Armée avait respecté un souvenir laissé par des troupes françaises qui avaient autrefois occupé cette section de tranchées. C’était un autel construit dans le flanc de la tranchée, où la messe était dite chaque matin par un aumônier militaire. Il était orné de vases et de chandeliers, et au-dessus de la table d’autel se trouvait une statue, grossièrement façonnée, sur le socle de laquelle je lus les mots Notre-Dame des Tranchées. Une plaque fixée dans la paroi de terre consignait en français le souhait de ceux qui venaient y prier : « Cet autel, dédié à Notre-Dame des Tranchées, a été béni par l’aumônier du régiment français. La 9ᵉ escouade de la 6ᵉ compagnie recommande son entretien et sa préservation à ses successeurs. Veuillez ne pas toucher la fragile statue en glaise de tranchée. » « Notre-Dame des Tranchées ! » C’était la première fois que j’entendais ce nouveau titre de la Madone, dont l’esprit, si elle visitait ces fossés de mort, devait pleurer de pitié pour tous ces pauvres enfants de l’humanité dont la foi contrastait tant avec l’œuvre qu’ils avaient à accomplir. D’un abri proche de l’autel venait une musique légère. Un jeune soldat jouait de la mandoline pour deux camarades. « Tout le dernier ragtime », dit l’un d’eux avec un sourire en coin.



Transcription original anglais :

There were mascots for luck, at the doorways of their dugouts a woman's face carved in chalk, the name of a girl written in pebbles, a portrait of the King in a frame of withered wild flowers. A company of our New Army boys had respected a memento of French troops who were once in this section of trenches. It was an altar built into the side of the trench, where mass was said each morning by a soldier-priest. It was decorated with vases and candlesticks, and above the altar-table was a statue, crudely modeled, upon the base of which I read the words Notre Dame des Tranchées ("Our Lady of the Trenches"). A tablet fastened in the earth-wall recorded in French the desire of those who worshiped here: "This altar, dedicated to Our Lady of the Trenches, was blessed by the chaplain of the French regiment. The 9th Squadron of the 6th Company recommends its care and preservation to their successors. Please do not touch the fragile statue in trench-clay." "Our Lady of the Trenches!" It was the first time I had heard of this new title of the Madonna, whose spirit, if she visited those ditches of death, must have wept with pity for all those poor children of mankind whose faith was so unlike the work they had to do. From a dugout near the altar there came tinkling music. A young soldier was playing the mandolin to two comrades. "All the latest ragtime," said one of them with a grin.

Philip Gibbs, Now It Can Be Told, Harper & Brothers publishers, New York and London, 1920.


Je pense que Philip Gibbs était lui-même catholique. Les catholiques étaient nombreux mais minoritaires dans l'armée britannique ; la dévotion à la Vierge Marie est aussi pratiquée par une partie de l'église anglicane ("Church of England") ; mais pas par un soldat écossais protestant. Il me semble intéressant que les soldats britanniques aient conservé cet autel. Plus encore que l'on trouve presque davantage de traces dans des sources anglophones que chez nous. Les historiens sauront : la IIIe République et son anti-cléricalisme sont passés par là ? Ce culte est particulièrement touchant pour un public anglophone, il humanise l'horreur de ce conflit, comme le font d'autres anecdotes, comme celle de la trêve de Noël de 1914. Le talent du correspondant de guerre Philip Gibbs fait le reste.

Vous avez fait là une splendide découverte.

Bon dimanche.
Bien cordialement.
Eric
Dernière modification par Ingouf le dim. mars 22, 2026 6:52 pm, modifié 3 fois.
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michelstl
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Re: Notre dame des tranchées

Message par michelstl »

Bonjour ... et merci Eric

Par ailleurs, dans l’ouvrage «La Somme sous l’occupation allemande», 1918 on retrouve mentionné une «Notre-Dame des tranchées».
https://dn790003.ca.archive.org/0/items ... 00cali.pdf
À Grivilliers. page 294, 295
N-D des tranchees Grevilliers.jpg
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Salutations
Michel
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