Canon lance-amarre

ALVF
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Re: Canon lance-amarre

Message par ALVF »

Bonsoir,

Je livre le résultat de mes recherches concernant l'utilisation documentée des canons porte-amarres en 1914-1915. Je pense qu'il reste encore à découvrir de nombreuses utilisations de ce moyen primitif au hasard des lectures des JMO. Certes, je n'ai jamais vu de documents de synthèse concernant l'utilisation des canons porte-amarres mais un tel document doit exister, ne serait-ce que pour justifier la décision de juillet 1915 du GQG de dissoudre les 50 Sections de deux pièces créées.
Dans mon livre "Les Crapouillots et les engins de tranchée de la Grande Guerre", j'ai recensé huit utilisations documentées de l'emploi des canons porte-amarres. Depuis 2025, un lecteur, monsieur Philippe Springer, m'a indiqué un document allemand relatant l'emploi de deux de ces canons dans les Vosges. J'ai retrouvé la mention de cet emploi dans le JMO du 213e R.I.
Je résume donc les neuf lieux d'emploi connus à ce jour de canons porte-amarres sur le front:
-16 décembre 1914: saillant Ouest de Gommecourt-2e Armée.
-17 décembre 1914: Notre-Dame de Lorette-10e Armée.
-17 décembre 1914: Vallée de la Buanthe, Vauquois-3e Armée.
-23 décembre 1914: Est de Foncquevillers-2e Armée.
-03 janvier 1915: Cote 425-Steinbach-66e D.I.
-15 février 1915: Pont des Quatre Enfants-29e D.I-15e C.A.
-17 février 1915: V de Vauquois-3e Armée.
-17 février 1915: corne Sud-Est du Bois de Cheppy-15e C.A.
-28 février 1915: route de Vauquois à Boureuilles-3e Armée.
Si des lecteurs ont connaissance d'autres mentions de l'emploi des canons porte-amarres, je serai très intéressé.
Cordialement,
Guy François.
Rutilius
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Canon lance-amarre.

Message par Rutilius »

Bonjour à tous,

« 11e Régiment du génie ~ Campagne 1914-1918 ~ Historique de la Compagnie 21/23 », Société générale d'imprimerie, Belfort, 1921, 79 p. — Spécialement p. 12 à 14.


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Bien amicalement à vous,
Daniel.
humanbonb
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Re: Canon lance-amarre

Message par humanbonb »

Bonjour,
Sujet intéressant.
Pour information les allemands ont fait usage de dispositifs similaires, notamment employés avec leur Minenwerfer.

Cdlt.
ALVF
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Re: Canon lance-amarre

Message par ALVF »

Bonsoir,

Merci, Daniel, pour cet historique très intéressant. Le JMO de la Compagnie du Génie 21/2 contient quelques petits détails supplémentaires sur cet emploi de deux canons porte-amarres lors des attaques de Notre-Dame de Lorette les 17 et 25 décembre 1914. Ce JMO est aussi précieux pour confirmer les très fortes pertes du Génie lors des attaques de 1914 et de 1915 où le taux des pertes des sapeurs est souvent supérieur à celui de l'infanterie dans certaines compagnies.
Un dialogue célèbre rapporté par général Jean Joseph Rouquerol résume les hécatombes du début de la guerre de tranchée:
"Comment se fait-il que vos hommes aient été arrêtés par les fils de fer? Vous n'aviez donc pas de cisailleurs?" "Si, mon général, mais ils ont tous été tués avant d'avoir rien fait."
Cordialement,
Guy François.
ALVF
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Re: Canon lance-amarre

Message par ALVF »

Bonsoir,

Depuis longtemps, je voulais connaître l'emploi des canons porte-amarres sur le front de Champagne.
La lecture d'un livre de Jules Moch (ministre bien connu de la 4e République), auteur entre autres de l'ouvrage "Une si longue vie", m'a mis sur la voie car l'intéressé, officier de réserve, a servi à la Compagnie du Génie 12/3. Son livre fait une courte allusion à un essai de canon porte-amarres sans plus de précision.
Le JMO de la Compagnie 12/3 fait état de travaux exécutés dans le Camp de Châlons du 13 au 16 décembre 1914 en vue d'une expérimentation de canon porte-amarres. Compte-tenu du début de la première bataille de Champagne en décembre 1914, j'ai trouvé quelques maigres résultats dans des JMO d'unités:
-33e Division: un canon porte-amarres est placé au Bois des Allemands le 19 décembre 1914 pour détruire le réseau de fil de fer lors de l'offensive prévue le lendemain. Le 20e R.I a attaqué le 20 décembre 1914 depuis le Bois des Allemands où il a subi de très lourdes pertes. Le JMO de ce régiment est muet sur l'emploi d'un canon porte-amarres.
-34e Division: le 17 décembre 1914, un canon est mis à disposition de la Division. Il est simplement précisé que les expériences entreprises au Camp de Châlons "ont donné des résultats peu encourageants" sans davantage de précision.
-24e Division: peu engagée dans la première offensive de Champagne, le JMO mentionne seulement, en date du 27 décembre 1914, que des officiers de marine sont venus étudier les conditions d'un emploi éventuel des canons porte-amarres sur son front.
Il faudrait étudier les JMO des autres Divisions engagées en décembre 1914 en Champagne mais je crains d'y lire, une fois de plus, l'échec généralisé de l'emploi des canons porte-amarres!
Cordialement,
Guy François.
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Jeppesen
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Re: Canon lance-amarre

Message par Jeppesen »

Je suis très très loin d'être un "spécialiste" de l'artillerie, mais je suppose que, si le procédé avait été efficace, on en aurait entendu parler bien davantage ?

Et qu'on l'aurait utilisé à grande échelle, tant le problème de ces "barbelés" a été une cause importante de gêne, et de pertes, durant tout le conflit...
Tallyhoo, Tallyhoo
ALVF
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Re: Canon lance-amarre

Message par ALVF »

Bonsoir,

Oui, le problème principal des attaques d'infanterie, dès l'automne 1914, est la destruction des réseaux de fil de fer barbelé et il demeure constant jusqu'à la fin de la guerre.
Face aux sacrifice des "cisailleurs" du génie, des porteurs de charges allongées ou des opérateurs de chalumeaux oxyacétyléniques qui doivent s'approcher à proximité immédiate de l'obstacle à détruire, battu par les mitrailleuses et les tirs de l'infanterie, il faut trouver un autre moyen.
Ceci est l'obsession de Joffre qui ne cesse de demander à tous les services de "trouver quelque chose" pour détruire cet obstacle infranchissable.
La solution ne viendra qu'à partir du printemps 1915, après les expériences désastreuses des attaques de fin 1914 et du début de 1915. Il est alors admis que la constitution d'une brèche de 25 à 30 m de large sur une profondeur de 30 mètres exige:
-le tir de 200 bombes d'artillerie de tranchée de 58T ou de 150T. Mais la distance des réseaux des premières lignes s’accroît car l'ennemi ne cesse de reculer sa ligne de résistance pour échapper au tir de l'artillerie de tranchée française. La portée des engins de tranchée passera alors de 300 mètres à près de 1.500 m et même à 2.000 m à la fin de la guerre.
-le tir de 600 à 800 obus explosifs de 75 de campagne en fonction de la distance de tir (de 2.100 m à 4.000 m) pour détruire les réseaux de première ou même de 2e ligne. Tir à effectuer de préférence avec des fusées instantanées. Si le réseau est constitué de chevaux de frise, il faut prévoir une allocation supérieure de 50% d'obus. Tout ceci explique qu'il faut attendre la fin de 1915 pour pouvoir utiliser une telle débauche de munitions lors d'une grande offensive.
-le tir de 300 à 500 coups de 155 C est nécessaire pour attaquer sérieusement les secondes lignes de réseaux, généralement établis à contre-pente aux distances de 5.000 à 10.000 m.
Au vu de tout ceci, il est bien évident que l'emploi du canon porte-amarres ne constitue qu'un expédient. Ce moyen de fortune de la fin de l'année 1914 est employé à une époque où les lignes ennemies sont distantes des nôtres de moins de 200 mètres sur les points vitaux du front.
L'échec de ce moyen est tout de même intéressant à étudier en se mettant dans l'atmosphère d'impuissance de l'automne 1914. Dans ce contexte, l'étude de tous les moyens de fortune est intéressante et témoigne de la grandeur tragique de l'année 1915, année des plus lourds sacrifices de l'infanterie française.

Quelques point intéressants de l'histoire des canons porte amarres:

-le tube d'artillerie du canon porte amarres provient de l'artillerie de Marine.
Il s'agit du tube d'un Perrier, canon de bronze de 53 mm équipant au 19e siècle les hunes des vaisseaux de haut-bord, des bastingages de ceux d'un rang inférieur et même des chaloupes employées lors des débarquement. Ces canons sont abandonnés après 1870 et la mise en service des canons revolvers et des canons de petit calibre à tir rapide. Il ne faut pas confondre Perrier et Pierrier, ces derniers sont des mortiers de gros calibre (15 pouces en 1732 et encore au 19e siècle), constitués avec moins d'épaisseur de métal que les mortiers car ils sont destinés à tirer à courte distance des pierres lors des sièges.
Le Perrier tire à l'origine des petits boulets ou des boîtes à balles contenant 21 balles de plomb.
Après le déclassement des perriers par la Marine, ceux-ci passent au sauvetage maritime pour envoyer des amarres aux navires en perdition lors des tempêtes.
C'est donc dans les stations de sauvetage du littoral où ils servis par des sauveteurs ou des douaniers que les canons porte amarres sont prélevés pour constituer un moyen de fortune pour arracher les fils de fer des réseaux. Le tir de grappins est possible jusqu'à 150 m voire 180 m mais souvent moins en fonction des particularités du front.
La bouche à feu, d'une longueur de 1,022 m, a un poids de 85 kg seulement et est monté sur un affût en fer construit par Batignolles, conçu par un ingénieur dont le nom n'a pas été retrouvé, et construit dans les années 1880-1890.
Quelques documents pour illustrer le canon porte amarres:
-schéma du Perrier dans l'Aide-Mémoire de l'artillerie de la Marine (1850):
Perrier.jpg
Perrier.jpg (128.56 Kio) Consulté 65 fois
-schéma du canon porte-amarres dans le Manuuel de sauvetage maritime du lieutenant de vaisseau Chardon de 1906:
Porte amarres 4.png
Porte amarres 4.png (778.21 Kio) Consulté 65 fois
-un détail d'une photographie de servants d'une Section de canon porte amarres servant sur le front de Champagne dans la Marne:
Marne porte-amarre.jpg
Marne porte-amarre.jpg (641.36 Kio) Consulté 65 fois
J'expliquerai plus tard la coexistence de marins et de sapeurs sur cette photographie.
Cordialement,
Guy François.
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Jeppesen
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Re: Canon lance-amarre

Message par Jeppesen »

Explications des plus intéressantes.

Et oui, si les canons viennent "de la marine" pour servir "sur le front", sur terre, le mélange des genres s'explique...mais des précisions seront les bienvenues .

Merci d'avance.

P.S: ce sont effectivement de "petites pièces"', pas très encombrantes.

La photo est vraiment un plus pour appréhender l'utilisation de ces canons.
Tallyhoo, Tallyhoo
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