Notre dame des tranchées

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michelstl
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Re: Notre dame des tranchées

Message par michelstl »

Bonjour
Merci beaucoup Éric (Ingouf) pour votre apport édifiant à ce sujet.
Salutations
Michel
Scolari
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Re: Notre dame des tranchées

Message par Scolari »

Bonjour à tous,
michelstl a écrit : ven. avr. 03, 2026 10:36 pm Bonjour
Merci beaucoup Éric (Ingouf) pour votre apport édifiant à ce sujet.
idem, je me joins à Michel pour la qualité de votre apport et également la qualité des échanges de ce post.

Cordialement,
Frédéric
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Les cadres 5e BILA années 1914 à 1918
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Ingouf
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Re: Notre dame des tranchées

Message par Ingouf »

Bonjour à tous,

Merci pour votre intérêt.

La dévotion mariale est bien attestée chez les anciens combattants après la guerre. Lorsque j'ai dépouillé, il y a quinze jours, la presse française après que Guillaume a publié ses photos, j'ai relevé cet article de 1936 qui prouve que l'abbé Boudon organisait des pèlerinages d'anciens combattants à Lourdes.


Pèlerinage anciens combattants à Lourdes, abbé Boudon. Ouest-Éclair, 22 août 1936. Source : BnF / Gallica. <br />Bibliothèque nationale de France.
Pèlerinage anciens combattants à Lourdes, abbé Boudon. Ouest-Éclair, 22 août 1936. Source : BnF / Gallica.
Bibliothèque nationale de France.
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Tout en bas de l'article, on peut lire :
"Pour tout ce qui concerne le pèlerinage, s'adresser à M. le chanoine Boudon, 27 rue Conté, à Sées."

Un autre aumônier militaire, promoteur pendant la guerre de cette dévotion mariale martiale à Notre-Dame des Tranchées, est l'abbé Ferdinand Noël, ancien aumônier militaire du 365e RI et fondateur de la chapelle souterraine Notre-Dame des Tranchées à Grivillers, pointée plus haut dans ce fil par Michel. Il est surtout l’une des chevilles ouvrières de l’ossuaire de Douaumont.

Il apparaît régulièrement dans la presse, reçoit les vétérans à Douaumont, recueille des fonds et relance le projet lorsqu’il bat de l’aile :
"C'est l'abbé Noël qui se consacre avec un zèle infatigable à cette œuvre pour l'édification de laquelle un comité, composé de hautes personnalités, a été formé. Mais l'abbé Noël se désole parce qu'on paraît n'y plus penser. Les débris de nos héroïques soldats sont là, dans des cercueils grossiers recouverts d'un lambeau de toile blanche, entassés les uns auprès des autres ... Et les touristes qui visitent avec l'émotion qu'on devine ces lieux historiques et les reliques sacrées s'étonnent, pour ne pas dire plus, que la France puisse paraître oublier le respect et l'honneur dus à ceux de ses fils qui sont morts pour elle. Ne fera-t-on donc jamais rien ?"
Ce texte paraît dès juin 1921, non pas dans la presse confessionnelle ou régionale, mais dans l’un des principaux titres de la presse nationale française : Le Figaro. On a changé de braquet : on est passé à la vitesse supérieure. L'audience est nationale.

Monseigneur Gattinot / Monseigneur Ginisty / abbé Noël, ossuaire de Douaumont, 11 novembre 1920. <br />Sur le panneau &quot;ossuaire provisoire des champs de bataille&quot;. <br />Source photo Wikicommons.
Monseigneur Gattinot / Monseigneur Ginisty / abbé Noël, ossuaire de Douaumont, 11 novembre 1920.
Sur le panneau "ossuaire provisoire des champs de bataille".
Source photo Wikicommons.
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Détail même photo :
Détail photo, Monseigneur Gattinot / Monseigneur Ginisty / abbé Noël, ossuaire de Douaumont, 11 novembre 1920. <br />Source photo Wikicommons.
Détail photo, Monseigneur Gattinot / Monseigneur Ginisty / abbé Noël, ossuaire de Douaumont, 11 novembre 1920.
Source photo Wikicommons.
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En 1927 un quotidien lorrain dresse le portrait de l'abbé Noël :
"Le pèlerin des champs de bataille de Verdun peut rencontrer par hasard un prêtre dont la soutane est ornée du ruban de la Médaille Militaire et de la Croix de Guerre. Il consacre tout son temps, toutes ses forces, à la recherche des disparus, lorsque les familles peuvent lui donner quelques indications. Il s'en va portant quelques outils et sa maigre besace. Il connaît par cœur les moindres replis de cette terre glorieuse ; il pourrait vous dire qu'en plusieurs endroits, c'est par étages, en marches superposées, qu'il a trouvé les combattants gisants de plusieurs journées, de plusieurs semaines de luttes. Il arrive à l'endroit signalé par la famille, il cherche, il s'agenouille, il creuse, il s'acharne à sa tâche de pitié, il recommence un peu plus loin, et il trouve ... Oui, mais, maintes et maintes fois, il ne trouve pas le corps qu'il cherche : il en découvre d'autres, pour la plupart anonymes ; et pour une famille qui n'attend plus rien et sera aussi étonnée que consolée, c'est une pleine bière d'ossements qu'il recueille pieusement et qu'il fait remettre à l'ossuaire de Douaumont. Ce prêtre, c'est l'abbé Noël, le chapelain de Douaumont."

L'abbé évoque la chapelle catholique, mais également une ouverture à d'autres cultes. Le projet n'est pas borné à une seule religion. Lien vers cet article :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t51183323k/f2

Compte tenu de son engagement dans l'œuvre mémorielle durable que constituent l'ossuaire et la nécropole nationale de Douaumont, il n'est pas surprenant que l'abbé Noël n'ait pas cherché à entretenir spécifiquement la mémoire de la dévotion à Notre-Dame des Tranchées. Il dit vouloir consacrer à Douaumont "non pas un monument vide, mais une chapelle en quelque sorte vivante". Le projet aboutit en 1932. L’abbé Noël repose dans la chapelle de l’ossuaire de Douaumont.

L'abbé Noël est cité en page 2, &quot;chapelain de Douaumont&quot;. L'Est Républicain, 7 août 1932, source BnF / Gallica.
L'abbé Noël est cité en page 2, "chapelain de Douaumont". L'Est Républicain, 7 août 1932, source BnF / Gallica.
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Une hypothèse :
Il me semble que ces aumôniers ont trouvé mieux à faire que de maintenir la mémoire du culte de Notre-Dame des Tranchées. L'abbé Noël a été acteur de la transition entre une dévotion de guerre et une mémoire nationale structurée. Loin de s'enorgueillir de son expérience personnelle des tranchées, cet ancien aumônier militaire s'engage par son implication dans le projet de Douaumont dans une œuvre d'une tout autre portée : inscrire durablement le souvenir de la guerre 14-18 dans un cadre institutionnel, organisé et inclusif. L'absence de traces du culte de Notre-Dame des Tranchées, qui peut étonner un forumeur lecteur de l'Almanach du Combattant, n'est peut-être pas un oubli, mais un choix conscient et structurant.

À Saint-Dié-des-Vosges, on a cependant essayé de conserver l’un de ces lieux de culte. Un forumeur intrigué par cette affaire gagnerait certainement à interroger les érudits de Gironde, qui pourraient peut-être expliquer pourquoi l’on retrouve à Puisseguin un vitrail à Notre-Dame des Tranchées.

Je crois qu’il faut encore remercier Guillaume d’avoir partagé ici ses photos. Il reste désormais à espérer que d’autres contributions viendront enrichir ce fil avec des informations éclairantes qui préciseront ces pistes d'interprétation.

Bonnes recherches à toutes et à tous.
Bien cordialement.
Eric
Yann LE FLOC'H
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Re: Notre dame des tranchées

Message par Yann LE FLOC'H »

Ingouf a écrit : lun. mars 23, 2026 1:30 pm Bonjour,

L'aumônier militaire mentionné dans les premiers textes relatifs à la création des sanctuaires dédiés à ND des Tranchées est l'abbé Paul Boudon (1880 - 1954), prêtre du diocèse de Séez (département de l'Orne, Normandie).

L'abbé Boudon sert en tant qu'aumônier militaire du 21e régiment d'Infanterie Territoriale. Ce régiment normand est effectivement déployé en Artois, dans le secteur d'Hébuterne, du 24 janvier au 18 juillet 1915, puis en Champagne, dans le secteur de Mesnil-les-Hurlus, du 17 août 1915 au 11 juin 1916, souvent dans des tranchées de première ligne, selon l'historique du régiment disponible sur le site BnF / Gallica.

La presse locale disponible sur le site BnF / Gallica permet de se faire une idée de ses fonctions successives, directeur au Grand Séminaire de Séez, systématiquement qualifié après-guerre d' "ancien aumônier militaire du 21e Territorial", il se montre actif auprès des anciens combattants. Aumônier d'une Ligue de Défense patriotique, religieuse et sociale, aumônier diocésain des œuvres de jeunesse, à la tête de mouvements catholiques de jeunesse de type Jeunesse Agricole Catholique (JAC). Il est nommé en 1937 curé-doyen de Bellême (Orne), d'où il est originaire. Lors de cette nomination, il est inséré "M. le chanoine Boudon veut bien continuer à s'occuper de l'Œuvre des Retraites de Conscrits et des Soldats. Prêtres et soldats sont priés de lui écrire à sa nouvelle adresse." Il y exerce encore ses fonctions lors d'événements publics majeurs de l'après-guerre, notamment au moment du décès du général Philippe Leclerc de Hauteclocque en 1947.

Un religieux capable et influent par conséquent, ce qu'on appelle par chez moi "un homme à poigne". Il me paraît fort intéressant que, parallèlement à son engagement dans les milieux patriotiques et d'anciens combattants, l'abbé Boudon joue un rôle actif dans l'implantation de la Jeunesse Agricole Catholique dans l'Orne, ce qui l'inscrit dans le développement du catholicisme social et des mouvements d'Action catholique en milieu rural. La lettre ci-dessous laisse deviner un niveau d'instruction bien supérieur à celui du conscrit moyen.



La_Croix_Groupe_Bayard_bpt6k259109s_3.jpeg



On trouve dans La Croix du 27 mai 1915 une version du texte indiqué plus haut dans ce fil par Yves. Ce texte est assorti d'une lettre de l'abbé Boudon à son supérieur hiérarchique. Vous en trouverez ci-dessous une transcription :


Monseigneur,

Que d'excuses je vous dois de vous donner si peu souvent de mes nouvelles ! Ma vie est si occupée et si mouvementée ! Les balles et les obus pleuvent ici continuellement : nous sommes dans les tranchées de toute première ligne ; pas de combats violents, chaque jour cependant quelques tués et blessés. Ici, l'église est complètement détruite ; c'est dans la salle de danse que nos chers "poilus" se réunissent pour assister à la messe et pour prier. Je suis content de mes chers soldats : le bon Dieu en a converti beaucoup. Tous les six ou huit jours, les compagnies de première ligne sont relevées par d'autres et vont se reposer un peu à l'arrière où j'ai trois églises pour les réunir. Je vais, grâce à un solide vélo, de l'une à l'autre, ou plutôt je vole ! Le dimanche, j'ai deux réunions en chacune de ces églises, et même quelquefois une messe chantée en plein bois ; je me propose de vous envoyer bientôt quelques photos où vous me verrez prêchant, en plein bois, me démenant au milieu de mes chers paroissiens. J'espère que la Très Sainte Vierge, en ce beau mois, va m'aider à toucher le cœur de quelques endurcis. La Sainte Vierge doit bien cela à mon cher régiment où son culte est en honneur.

Vous pourrez en juger, Monseigneur, par l'initiative qu'ont eue, en tranchée de première ligne, plusieurs de mes soldats d'élever un autel à la Sainte Vierge. Le récit m'a été fait, sur ma demande, par l'un d'eux, et je serais heureux, Monseigneur, que ce récit, si simple, si vrai et édifiant, fût publié dans la Semaine catholique, si vous le jugez bon et utile. Je me propose de vous adresser la photo de cet autel ; tous mes soldats d'ailleurs veulent l'avoir en carte postale pour l'envoyer à leurs femmes.

Monseigneur, je suis toujours en excellente santé, je n'ai jamais été aussi heureux d'être prêtre. Séparé du 4e corps depuis que je suis aumônier, je ne vois plus de confrères sagiens*.

Je me recommande instamment, Monseigneur, à vos bonnes prières, ainsi que mon cher régiment ; de mon côté, j'offre mes sacrifices quotidiens pour que la mort épargne le plus possible votre grande famille diocésaine et que Dieu vous ramène bientôt, s'il est possible, vos chers prêtres et séminaristes.

Je suis plus que jamais, Monseigneur, de Votre Grandeur, le fils reconnaissant et soumis,

P. BOUDON, aumônier du ... territorial
Le 11 mai 1915


*Sagiens : habitants de Sées, département de l'Orne, Normandie, France.



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CITATION A L'ORDRE DU JOUR

M. l'abbé Boudon, directeur au Grand Séminaire de Séez, vient d'être cité à l'ordre du jour.

Voici le texte de la citation :

"Abbé Boudon Paul, aumônier du ... territorial d'infanterie. Aumônier remarquable de bravoure, de dévouement, d'activité et d'entrain. A rendu les plus grands services dans les situations les plus difficiles, notamment aux durs combats de Toutvent, du 6 au 14 juin 1915, et dans les tranchées de Mesnil-les-Hurlus, pendant les opérations de septembre et octobre 1915, en allant, avec le plus absolu mépris du danger, partout où sa présence était utile pour réconforter les hommes, relever, soigner les blessés et donner la sépulture aux morts".
Cette citation donne droit à la Croix de Guerre.



Ce religieux est certainement connu des spécialistes puisque je vois qu'il apparaît en 2018 dans une exposition dans l'Orne. Mon niveau religieux est bien insuffisant pour déterminer si ce culte de Notre-Dame des Tranchées s'enracine dans une quelconque tradition propre au catholicisme normand. Je me contente de remarquer que Lisieux n'est pas loin. Du point de vue qui nous concerne sur ce forum de passionnés d'histoire, on peut aussi se demander jusqu'à quel point ce culte est spontané de la part de ces soldats normands, de toute évidence solidement encadrés au niveau religieux.

Bien cordialement.
Eric
Bonjour,

J'apporte ma petite pierre à l'édifice avec cette modeste carte postale envoyée en septembre 1916 chinée récemment qui nous montre un bas relief taillé dans le plâtre ou la craie de Champagne (?) et qui mentionne la "N.D. des Tranchées".
On y voit un poilu priant devant un autel où trône une statue de la la Vierge Marie.
Cette carte postale écrite en septembre 1916 par un poilu au repos près du front a été éditée à Sées (Orne) par un libraire local ce qui n'est pas anodin puisqu'il s'agit de la ville où officiait avant la guerre l'abbé BOUDON. Il s'agit sans doute d'une de ces cartes que réclament les soldats comme l'évoque l'abbé BOUDON dans sa lettre à son évêque retrouvée ci dessus par Ingouf.
L'abbé BOUDON en bon "communiquant" a sans doute fait jouer ses réseaux locaux en Normandie pour les faire éditer et les diffuser ensuite sur le front aux soldats fréquentant le lieu de culte.
Je n'arrive hélas pas à déchiffrer de façon sûre le nom du poilu, Charles MAS (?) ou ALLA... (?).
Cordialement

Yann LE FLOC'H
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