Bonsoir à tous,
Observations (complément) :
7 octobre 1915 : Avec le contre-torpilleur
Mameluck, participe au sauvetage des naufragés de l’
Amiral-Hamelin.
I. ― Journal de bord du contre-torpilleur Aspirant-Herber n° 10 /1915 (1er oct. – 31 oct. 1915) – alors commandé par le lieutenant de vaisseau Louis Dubois – (Extraits ; S.G.A. « Mémoire des hommes », Cote SS Y 21, p. num. 584).
« Le Jeudi 7 octobre 1915
................................................................................................................................
16 h 00 – Amené les embarcations pour sauver survivants du naufrage du vapeur français coulé par un sous-marin.
17 h 45 – Recueilli 6 hommes auxquels des soins ont été donnés. Le MK [Mameluck] en relève 2. Les 8 hommes sont transférés sur le Dunluce-Castle.
18 h 33 – Rehissé les embarcations. »
Mentions marginales
«
P.M. : Confié au vapeur-hôpital Dunluce-Castle 7 couvertures en laine grise qui doivent être remises par ce bâtiment à son arrivée à Malte au C.D.V.
Procès-verbal de perte.
Pendant le sauvetage des survivants du vapeur A.-Hamelin, un aviron et un tolet à fourche pour berthon ont été perdus.
Bord, le 7 octobre 1915,
L’officier de quart,
Signé :
Le ... »
II. ― Rapport de mer du lieutenant de vaisseau Louis Dubois, commandant le torpilleur d’escadre Aspirant-Herber, sur les circonstances du sauvetage des naufragés de l’Amiral-Hamelin, le 7 octobre 1915 (Contre-torpilleur Aspirant-Herber, Registre historique de la correspondance intéressant le personnel et le matériel du bâtiment, note n° 20 : S.G.A. « Mémoire des hommes », Cote SS Y 22, p. num. 481 et 482 – version manuscrite –, et p. 641 à 645 – version dactylographiée –).
«
Ire ARMÉE NAVALE
2e Escadrille
№ 20 ― 10 octobre 1915. Au sujet du sauvetage de l’Amiral-Hamelin.
Le Lieutenant de Vaisseau Commandant le Torpilleur d’Escadre Aspirant-Herber
à Monsieur le Capitaine de frégate Commandant la 2e Escadrille, Carabinier
Commandant,
J’ai l’honneur de vous rendre compte de la part prise par les torpilleurs Aspirant-Herber et Mameluck au sauvetage de l’équipage et des passagers de l’Amiral-Hamelin, transport de troupes coulé le 7 octobre par un sous-marin.
Le 7 octobre à 8 h 30 du matin, la section Aspirant-Herber – Mameluck se trouve dans la partie Ouest de sa zone de croisière, à 60 milles à l’Ouest du Canal de Cérigo, lorsque le Mameluck nous communique à bras un signal de détresse transmis en anglais par T.S.F. indiquant qu’un vapeur à cheminée jaune a été attaqué par un sous-marin à 6 h 30 du matin en un point dont la latitude est 35° 45’, le chiffre de la longitude restant douteux.
Plusieurs messages T.S.F. lancés en anglais montrent que l’appel a été entendu ; un bâtiment annonce qu’il va au secours du bâtiment en détresse. Nous demandons confirmation de la longitude de la position signalée. A 9 heures, nous recevons presque simultanément le renseignement demandé (19° 14’ longitude Greenwich) et sa confirmation donnée par le Carabinier, qui dirige les travaux de sauvetage du Yunnan, à 12 milles dans le Sud de Matapan.
Dès la première nouvelle reçue, nous avons fait route au Sud vers le parallèle signalé ; lorsque nous sommes plus complètement renseignés, nous constatons que le bâtiment se trouve à 120 milles dans l’Ouest de notre position actuelle et à 110 milles dans l’Ouest du méridien de Sapienza, limite Ouest de notre croisière. Je crois néanmoins devoir me porter avec les deux contre-torpilleurs au secours de ce bâtiment. Devant parcourir de jour une zone voisine de la route des transports et qui nous rapproche de la position probable d’un sous-marin ennemi, j’estime en effet que je puis m’écarter notablement de la zone de croisière sans manquer à la mission qui nous a été assignée.
Nous faisons route au Sud 88 Ouest à 15 nœuds, vitesse compatible avec l’état du temps ; nous devons ainsi arriver sur le lieu du naufrage vers 17 heures, une heure et demie environ avant la nuit.
Dans le cours de la journée, de nombreux signaux T.S.F. en anglais sont échangés au sujet de la position et de la route possible du bâtiment en détresse signalé en feu. Ils émanent du yacht royal danois Danneborg, du transport-hôpital Dunluce-Castle et, plus tard, du paquebot grec Patris. Il en ressort qu’à 17 heures, personne n’est encore renseigné sur le sort du bâtiment. Deux nouvelles demandes de renseignements lancées par l’Herber à 10 h 00 et 14 h 00 sont restées sans réponse.
A 13 h 15, nous apercevons dans le Nord au-delà de l’horizon la mâture et la cheminée jaune d’un vapeur ; nous faisons un crochet de quelques milles et reconnaissons un vapeur courant vers l’Ouest que nous saurons plus tard être le Dunluce-Castle allant à Malte ; nos routes sont concourantes ; nous le dépassons vers 15 heures. Le temps s’améliore à mesure que nous gagnons dans l’Ouest.
A 17 heures, alors que nous estimons n’être plus qu’à deux ou trois milles du point signalé, le Mameluck, qui est sur notre gauche, hisse notre numéro et infléchit sa route vers le Sud-Ouest. Nous apercevons en même temps plusieurs embarcations dans cette direction. Nous augmentons de vitesse et atteignons à 17 h 15 le groupe d’embarcations. Nous apprenons qu’elles appartiennent au vapeur français Amiral-Hamelin parti de Marseille le 2 octobre pour Salonique et dont le passage à Cérigo avait été annoncé pour le 7 à 18 heures. Le Capitaine monte à bord de l’Aspirant-Heber ; il nous apprend que son bâtiment a été attaqué à 6 h 30 du matin par un sous-marin qui l’a canonné, allumant un incendie dans la cale I, puis l’a coulé en lui lançant deux torpilles. Grâce aux bonnes dispositions prises pour le sauvetage, les cinq-sixièmes du personnel ont été sauvés. Les débris du bâtiment s’étendent sur une ligne de plus de deux milles. Le Capitaine a réussi à sauver un grand nombre d’hommes recueillis sur ces épaves par un youyou faisant le va-et-vient avec le groupe d’embarcations ; il estime qu’il doit y rester encore des survivants.
Le transport-hôpital se trouvant environ à huit milles derrière nous, nous laissons le personnel dans les embarcations sous la conduite du Capitaine, et les deux torpilleurs s’emploient à la recherche des survivants dans le champ d’épaves. Nous ne disposons que d’une heure de jour pour cette opération ; les torpilleurs marchent à petite vitesse en envoyant leurs embarcations dans toutes les directions ; nous trouvons en tout 8 hommes vivants, l’Herber en relève 6, le Mameluck deux.
Pendant ce temps, le Dunluce-Castle arrive sur les lieux, stoppe auprès des embarcations de l’Hamelin et embarque les naufragés. Le vapeur grec Patris allant au Pirée arrive vers 18 heures et fait des offres de service qui sont déclinées. A 18 heures 40, nous nous rapprochons du Dunluce-Castle et lui signalons le nombre des hommes recueillis ; il nous propose de les prendre à son bord, et j’accepte, pensant qu’ils recevront plus complètement sur ce bâtiment-hôpital les soins que nécessite leur état après un séjour dans l’eau de près de douze heures, plusieurs d’entre eux étant blessés. Nous les envoyons à bord du bâtiment anglais après leur avoir donné des boissons chaudes et les avoir enveloppés de couvertures.
Je communique à la voix avec le Capitaine de l’Hamelin qui me fait connaître que le nombre total des survivants est de 293, celui des manquants 50. J’exprime mes remerciements au Capitaine du Dunluce-Castle et nous faisons route à l’Est.
Les deux torpilleurs regagnent au jour, le 8, leur zone de croisière ; le Lansquenet les rallie. Un orage très violent rendant impossibles les communications par T.S.F., je détache à midi le Lansquenet dans le but d’assurer la transmission du télégramme rendant compte du naufrage. Ce renseignement ne parvient que dans l’après-midi au Capitaine de vaisseau Chef de Division.
En somme, le naufrage de ce bâtiment, qui s’est produit à 120 milles de la terre la plus proche, a causé un nombre relativement restreint de victimes, malgré l’acharnement apporté à sa destruction par le sous-marin ennemi. Ce résultat est dû à des causes qui semblent être les suivantes : les circonstances favorables du temps ; les dispositions très judicieuses, et l’ordre avec lequel les moyens de sauvetage du bord ont été mis en action par le Capitaine Guibert de l’Amiral-Hamelin, qui, après avoir quitté son bord le dernier, a continué à procéder dans la journée au sauvetage des hommes restés sur les débris du bâtiment ; le concours empressé apporté par le navire-hôpital Dunluce-Castle, qui a atteint très peu de temps après les torpilleurs le lieu du naufrage, lieu qui avait été signalé d’ailleurs avec une parfaite exactitude.
Il convient de signaler en outre l’activité avec laquelle les équipages des deux torpilleurs ont concouru au sauvetage des trop rares survivants répartis sur une grande étendue de mer.
Bord, le 10 octobre 1916.
Le Lieutenant de Vaisseau commandant,
Signé : DUBOIS. »
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