SONTAY - Compagnie des Messageries Maritimes

Marine, bateaux & marins pendant la Grande Guerre
olivier 12
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Re: SONTAY - Compagnie des Messageries Maritimes

Message par olivier 12 » ven. juil. 04, 2014 7:50 pm

Bonjour à tous,

SONTAY

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Note d’Avril 1917 sur le torpillage du SONTAY


Le commandant était le CLC Alexandre MAGES. Il n’a pas voulu quitter son bâtiment sans être certain qu’il était le dernier. Malgré les pressantes invitations de son équipage, il est resté sur l’arrière jusqu’à l’engloutissement du navire. On l’a vu casquette à la main crier « Vive le France », puis disparaître avec le bâtiment.
Le second capitaine Pierre BERGEROT a disparu après avoir assuré le sauvetage de tout le personnel.

Toutes les dames passagères ont été sauvées (4 femmes et 9 enfants, tous de nationalité grecque).
Ont été sauvés également les passagers de l’armée britannique suivants :
- Capt. G. Street
- Capt. J.M. Noir
- Lt. T.E. Grant
- Lt. R.F. Rogers
- Sapeur Smith

Un passager civil a été noyé (un agent de la sureté) ainsi qu’un aviateur serbe.
Ont aussi disparu 6 matelots du SONTAY et 31 militaires ou marins passagers

Rapport du premier lieutenant du SONTAY

Je soussigné, Pierre de Vandière de Vitrac, 1er lieutenant du SONTAY armé au cabotage à Marseille le 20 Juillet 1916, 4648 tx JN, agissant en lieu et place de
- Mr Magès Alexandre CLC Commandant
- Mr Bergerot Pierre, CLC 2e capitaine
Tous deux disparus, déclare ce qui suit :

Quitté Salonique le 8 Avril 1917 à 15h00 avec 410 passagers et 81 équipage, et un chargement de matériel pour l’artillerie, 8 caisses d’opium, un lot de balles de peaux, de vieux effets militaires et divers.

Escale à Salamine du 10 Avril 06h00 au 12 Avril 18h00. Embarqué du matériel pour la marine.

Escale à Milo le 13 Avril. Exercice réel d’abandon du navire à 15h00. Toutes les embarcations sont amenées à l’eau avec équipage et passagers embarqués aux places désignées à l’avance. Exercice très satisfaisant.
Embarqué 17 hommes de la marine et débarqué des Anglais.

Appareillé à 23h00 avec 425 passagers, en convoi avec LYBIA et GEO, escorté par MOQUEUSE et CAPRICIEUSE. Formation en ligne de file, chaque bâtiment à 600 m de celui de droite et le relevant à 60° de l’avant. Vitesse 9 nœuds. SONTAY se règle sur LYBIA.

16 Avril
Mer grosse. Brise fraîchissant. LYBIA réduit son allure, nous obligeant à tomber à 6,5 nœuds, allure machine à 45 tours.
A midi, étant de quart et observant la méridienne avec le 2e lieutenant Marintabouret, j’entends « Alerte, torpille à bâbord ». J’ai juste le temps de voir les canonniers de la pièce avant de 90 mm la pointer vers le sous-marin, que l’explosion se produit à hauteur de la cale 2 à bâbord. Le commandant ordonne aussitôt le poste d’abandon, fait stopper la machine en actionnant lui-même le chadburn (nota : transmetteur d’ordres passerelle-machine) et ordonne de fermer les portes étanches. Je donne le point au 2e capitaine Mr. Bergerot, qui le transmet au télégraphiste Rivière et au chef de poste Dijou. Position 35°06 N 15°17 E
Signal d’abandon donné au sifflet. Aucun affolement. Je me rends à mon poste aux engins de sauvetage de la dunette. Les canots 10 et 11 sont déjà à l’eau et remplis. Les youyous de bâbord et tribord sont amenés. Au pont des embarcations, les radeaux étaient disposés sur des glissières transversales mais le navire avait déjà l’avant sous l’eau et de la gite sur bâbord. Impossible de les faire glisser. Avec 8 hommes nous montons sur les radeaux 14 et 15 et nous y cramponnons. Le 14 glisse le premier. Puis le navire prend 60° de gite et le 15, sur lequel je me trouve, et projeté à la mer d’un seul coup. Je me retrouve seul sur le radeau que je n’ai pas lâché. Le SONTAY a disparu.
Je recueille un homme qui a la tête ensanglantée. Plus tard, une embarcation vient nous prendre, tandis que les canonnières qui nous escortaient mettent leurs embarcations à la mer et commencent le sauvetage.
A 15h30, MOQUEUSE, qui m’avait recueilli, embarque le personnel du canot 4 du SONTAY dirigé par le lieutenant Marintabouret.
Le SONTAY a sombré en 5 ou 6 minutes. C’est grâce à un personnel entraîné et dévoué que malgré le mauvais temps, il n’y a pas eu plus de victimes. L’exercice effectué à Milo par le commandant Magès a permis d’assurer le calme et le sang froid qui ont régné pendant la catastrophe. L’installation de bouts pendant le long du bord devant chaque embarcation a aussi permis une évacuation rapide.

Le 16 Avril, un rescapé soldat au 59e territorial, Michel JUMELLE, est décédé à bord de MOQUEUSE.
Arrivé à La Valette, Malte, le 16 Avril et déposé 317 rescapés sur le navire hôpital France. CAPRICIEUSE avait ramené 64 rescapés et un homme décédé à son bord des suites de ses blessures.

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Memgam
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Re: SONTAY - Compagnie des Messageries Maritimes

Message par Memgam » ven. juil. 04, 2014 9:20 pm

Bonjour,

Autres distinctions :
Lieutenant Pierre de Vandière de Vitrac, cité à l'ordre de la division.
Second mécanicien Jules Colson, timonier Joseph Martini, matelots Marc Bonavita et Auguste Thomas sont cités à l'ordre de la brigade.

N.B. Le chef de détachement des marins permissionnaires était l'enseigne de vaisseau de 1ère classe André-Georges Lemonnier (1896-1963) qui sera contre-amiral en 1942, amiral en 1952. Il sera cité pour sa conduite lors de la perte du Sontay. Il avait été affecté aux canons lourds de la Marine mis à la disposition de l'Armée d'Orient.

Sources : Commandant Lanfant, Historique de la flotte des Messageries Maritimes, 1851-1975, Grafic Foto, 1979.
Etienne Taillemite, Dictionnaire des marins français Tallandier, 2002.
Memgam

Rutilius
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Message par Rutilius » ven. juil. 04, 2014 9:46 pm

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Message par Rutilius » ven. juil. 04, 2014 10:54 pm

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Memgam
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Re: SONTAY - Compagnie des Messageries Maritimes

Message par Memgam » ven. juil. 04, 2014 11:41 pm

Bonjour,

<<Une épave est toute proche. Il y a quelques instants, balayé et chaviré par une grosse vague, un youyou chargé au-delà de ses possibilités a noyé ses occupants. Il semble m'offrir une aide providentielle. D'instinct, je nage vers cette épave flottante comptant sur elle pour allèger mes efforts et m'en servir comme planche de salut. Alors que je la crois à quelques brasses, elle vient me cogner et me surprendre. Je la saisis au sommet d'une vague, et m'y cramponne fortement, faisant corps avec elle. C'est dans cette position de repos relatif que me parvient le bruit fracassant de la fin du Sontay. Détournant la tête, je vois le navire à quelques dizaines de mètres, l'arrière étrangement dressé, l'hélice vers le ciel, s'enfonçer avec un bruit sinistre et disparaître dans les flots. Cinq minutes se sont à peine écoulées entre l'explosion de la torpille et l'engloutissement du Sontay. Tout autour de moi et à proche distance flottent, durement secoués, radeaux et embarcations surchargées attendant du secours. Se dirigeant dans leurs directions, cornes menaçantes, avec de lamentables meuglements, nageant difficilement parmi bottes de foin et de paille, des boeufs embarqués à Milo pour l'Intendance, cherchent leur délivrance et jettent la panique autour d'eux. Les canots sont vivement sollicités par ceux des naufragés, qui comme moi, accrochés à des espars de toutes sortes, et déjà à bout de souffle pour la plupart, implorent désespérément d'être pris à bord. Les refus, adoucis de quelques silences n'en sont pas moins formels. Après le chavirement du youyou, ils me paraissent assez justifiés, quoiquent que cruels. Nombreux sont ceux qui par la suite fatigués de lutter se laisseront couler à proximité de ce qu'ils ont espéré un instant être leur chance de salut. C'est qu'il n'est pas aisé de se maintenir à un espar flottant sur une grosse mer. J'en fais en ce moment la très dure expérience. Collé à mon youyou, j'en suis soulevé par une vague plus haute, plus violente aussi, qui me giffle et me coiffe, et me roule, cependant qu'agrippé à la quille que je ne lâche pas, je bois une tasse magistrale. Réalisant cependant très vite que mon épave accomplit un roulé d'un demi-tour, la quille venant à sa position normale, je la lâche, pour saisir la fargue de l'esquif et par un rétablissement vigoureux j'émerge à nouveau au creux d'une lame et je respire un bon coup. Le youyou immergé est devenu une baignoire incommode. Le vent frais et vif étant plus froid que la température de l'eau de mer, j'éprouve une légère amélioration de mon état lorsque je peux m'enfoncer jusqu'au cou dans l'eau agitée de mon épave. Ma situation d'attente à bord du youyou immergé apparaît à deux naufragés voisins plus confortable que la leur. Profitant d'une brève accalmie, ils lâchent l'aviron qui les soutient, et viennent en quelques brasses me rejoindre. Peu après être venus me rejoindre, une nouvelle grosse lame nous enveloppant avec fureur, roule notre épave comme un fétu, nous en déloge tous les trois. Après ce déferlement sauvage de la vague qui a retourné le youyou, nous ne sommes plus que deux à nous retrouver meurtris, mais parvenus à nous agripper à sa quille. Quant au 3ème, un sergent calme et courageux nous devions ne plus jamais le revoir. Magnan, quartier-maître fusilier rapatrié, mon aîné de quelques années est pêcheur dans le civil, il habite Martigues. Il va être pour moi un camarade précieux dans l'infortune. Plus résistant, plus averti aussi des traîtrises des flots, il me conseille de ménager mes forces, notre attente de secours, si secours il y a, pouvant être très longue. Mais le youyou tel qu'il est, me dit-il, si nous savons l'utiliser, est une grande chance. Quoique immergé, il flottera toujours ; à nous de ne plus le quitter. Cette chose devient cependant de plus en plus difficile, tant la force des vagues amenuise les nôtres. Gorgés d'eau de mer à chaque enveloppement, harassés par une gymnastique aquatique, indispensable pour émerger tantôt sur la quille, tantôt sur les bancs de notre esquif, violemment ballotés par les flots en courroux, combien nous regrettons que le beau temps calme des jours précédents ne se soit pas maintenu. Les minutes s'écoulent, longues comme des heures. Isolés à présent, d'ailleurs peu préoccupés de ce que sont devenus chaloupes et radeaux, ainsi que les autres navires du convoi dispersés, nous attendons impavides mais non angoissés, les problématiques secours, nous obligeant à mettre en mouvement nos meilleurs réflexes pour faire durer au maximum toute l'énergie dont nous sommes encore capables. Mais la résistance humaine a des limites. Et je suis bien prêt d'y être parvenu, quand, transi, claquant des dents, affalé au fond du youyou, je reçois sur ma tête émergeant de l'eau, une douche semi-fluide d'une tiédeur bienfaisante incomparable. C'est Magnan, très fatigué lui aussi, et inconscient de ce qu'il fait, qui atteint du mal de mer, restitue sur ma figure, dans un long hoquet, son déjeuner de pois chiches mal digéré. Ce bref intermède nauséeux accepté avec plus de plaisir que de résignation me revigore, et la gymnastique salvatrice nécessitée par les plus fortes vagues m'est pendant quelque temps moins pénible. Magnan soulagé retrouve également un renouveau d'énergie. Plus tard, n'espérant guère plus, acculé par la fatigue à l'abattement voisin de l'hébétement, j'entends la voix forte de Magnan qui me crie : Petit ! une baleinière ! je l'ai vue ! Allons ! encore un peu de courage ! ajoute-il en me secouant. J'ouvre les yeux pour voir débouler de la crête d'une haute lame, la baleinière de sauvetage du torpilleur d'escorte. De fortes poignes, sans aucun ménagement, nous happent de notre youyou baignoire pour nous laisser tomber entre les bancs des hommes de nage. Peu après, élingués et hissés sur le pont de notre sauveteur, nous sommes si épuisés, que pour ma part je ne puis articuler un seul mot tant mes dents "choquotent". Magnan et moi, sommes les deux derniers rescapés du Sontay recueillis dans la soirée du 16 avril et aperçus par chance de la passerelle du convoyeur, par un timonier vigilant au moment même où le petit navire avait décidé de quitter les lieux du sinistre, croyant sa mission accomplie.>>

J. Deffez, quartier-maître canonnier pointeur, 16 avril 1917, dans "Le transport de troupes Sontay" La revue maritime n° 292 de novembre 1971, pages 1254à 1259.

Cordialement
Memgam

Rutilius
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Message par Rutilius » sam. juil. 05, 2014 3:14 am

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olivier 12
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Re: SONTAY - Compagnie des Messageries Maritimes

Message par olivier 12 » sam. juil. 12, 2014 7:10 pm

Bonjour à tous,

Un complément sur le SONTAY

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Re: SONTAY - Compagnie des Messageries Maritimes

Message par olivier 12 » jeu. juil. 17, 2014 12:05 pm

Bonjour à tous,

Rapport de l’officier TSF Prosper DIJOU

Le navire avait un appareil COR 1912 et un poste de secours actionné par une batterie d’accumulateurs de 40 A/h. Lors du torpillage, je me suis servi du poste de secours, estimant qu’il était suffisant pour atteindre Malte et les convoyeurs et craignant que le poste principal ne flanche au milieu du signal.

Le quart était assuré en 3x4 heures par l’adjonction des TSF passagers Louis Rivière, du chalutier LOTUS, et Louis Thouvenot du FOUDRE. Au moment du torpillage, Rivière était se service. Je l’ai rejoint, estimant que je devais assurer seul la direction du poste. Je l’ai envoyé à la passerelle pour demander la position.

J’ai envoyé SOS SOS SSS SSS SONTAY 3505 1517.
MOQUEUSE a aussitôt répondu 3505 1518
J’ai renouvelé le signal et la réponse a été la même.

J’ai rendu compte au commandant de la différence. Il m’a répondu : « Cela n’a aucune importance. L’erreur est trop faible. Allez à votre poste d’abandon ».
J’y avais déjà moi-même envoyé Rivière. Je suis allé au canot 3 qui était déjà descendu et me suis affalé dedans au moyen d’un bout de l’entremise de bossoir. Le commandant, qui devait diriger l’embarcation, n’étant pas dedans, j’en ai pris la direction sur le conseil du chef de bataillon Quentin. Le brigadier Bonavita s’est dégagé du canot 5 et nous étions à seulement 10 m du navire quand celui-ci a disparu d’un seul coup, entraînant avec lui le commandant que nous avons vu une dernière fois sur le pont arrière. Le canot contenait 27 ou 28 personnes.

Nous dirigeant vers MOQUEUSE, nous avons aperçu un radeau sur lequel se trouvaient le 1er lieutenant et un soldat. J’ai voulu les recueillir, mais Monsieur de Vandière m’a ordonné de poursuivre ma route. J’ai pu accoster MOQUEUSE sous le vent et y transférer tout mon personnel..

En arrivant à Malte, j’ai appris que les signaux envoyés avec le poste de secours avaient été parfaitement reçus.

Signé DIJOU
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Re: SONTAY - Compagnie des Messageries Maritimes

Message par olivier 12 » sam. juil. 19, 2014 1:21 pm

Bonjour à tous,

Rapport complémentaire du 1er lieutenant de Vandière de Vitrac fait à Marseille le 2 Mai 1917

Canot 1
Armé par Mr Solignac, Sd mécanicien, Martini, timonier et le QM canonnier Paquet a bien manœuvré pour ramasser les hommes tombés à l’eau.

Canot 2
Monsieur Colson, de quart dans la machine n’a pu prendre le commandement de ce canot. Il a pu se sauver dans le canot 4. La baleinière 2 a été amenée par deux hommes et a chaviré. L’un d’eux, Dervaux, est tombé à la mer et a disparu. L’autre homme, Pinelli, a été recueilli par le canot 6 dont il a pris la direction.

Canot 3
Le commandement en a été pris par le TSF Dijou, en remplacement du docteur Mounic qui n’avait pas l’expérience voulue. Bonne manœuvre.

Canot 4
Commandement pris par le lieutenant Marintabouret. A été bien amené. Mais le boucher, qui était au garant, a disparu en descendant dans le canot. Il ne savait pas nager.

Canot 5
Patron Le Receveur et canonnier Cauvin. Amené l’avant en premier. S’est en partie rempli d’eau. Le matelot Thomas a réussi à larguer le palan de l’arrière. Le canot a alors pu flotter avec tous les enfants qui y avaient été embarqués. Il n’avait plus que deux avirons et est venu accoster le canot 7.

Canot 6
Direction prise par le matelot Pinelli, venu du canot 2. Dans ce canot 6 se trouvait le garçon Arnaud, ADSG, dont la conduite a été digne d’éloge. Il s’y trouvait aussi le sous-lieutenant Deguil, dont je n’ai pu vérifier le récit. Mais je doute fort de la modestie de cet homme qui, après le naufrage est venu de lui-même, sans que je le fasse appeler, me raconter ses exploits. Du reste, il y avait dans ce canot le matelot Pinelli qui est un vrai marin.

Canot 7
S’y trouvait le maître d’équipage, qui a sauté dans le canot 5 pour en prendre la direction, tandis que le matelot Thomas passait du 5 sur le 7. Il avait un armement capable, avec notamment le chef mécanicien, et des enfants embarqués depuis le pont inférieur.

Canots 8, 10 et 11
Bien amenés.

Canot 9
Dirigé par le second maître aviateur Leborgne. A sauvé de nombreux hommes grâce au sang froid et à la décision de ce second maître.

Canot 12
Est resté suspendu par le garant de l’avant au moment où le bâtiment s’est soulevé. Il a chaviré et le canonnier Pecollet a été perdu.

D’après le lieutenant Jacquemin, du 35e d’infanterie, le chef d’escadron Quintin et le lieutenant Deguil du 5e bataillon de chasseurs à pied, le commandant a été vu sur l’arrière de la passerelle quand il s’est découvert et a crié « Vive la France ». Le chef mécanicien l’a ensuite vu se rendre vers l’arrière à cheval sur la lisse par le travers de la cale 3. Suite à l’inclinaison, il a glissé et est tombé à l’intérieur du navire quand celui-ci a disparu. Il n’avait pas de ceinture de sauvetage.

Le commissaire a vu le 2e capitaine au pont inférieur au moment où il enjambait la lisse et faisait signe à un canot d’approcher. Il n’avait pas de ceinture et le navire a disparu à ce moment là, l’entraînant avec lui.

Je signale le calme et le sang froid de tous les hommes des ponts volants arrière, et de tous les militaires sous mes ordres. Ceux sous les ordres du lieutenant Monnier, des chasseurs alpins, ont fait leur maximum pour mettre à l’eau les radeaux.

Le commandant Mages avait su inculquer l’esprit d’ordre et de discipline à tous sur son bâtiment. L’exercice qu’il a fait exécuter sur rade de Milo, ainsi que les bouts qu’il avait fait installer tout le long du bord ont largement contribué à réduire les pertes en vies humaines.

Rapport du chef mécanicien Martin

Au moment de l’explosion la machine donnait 43 tours ce qui représente une vitesse de 6 nœuds vu l’état de la mer.
Le coup de sifflet d’évacuation a fait monter tout le personnel. J’ai quitté la machine avec le second mécanicien après avoir fermé les portes étanches du tunnel.
L’explosion s’est produite par le travers de la cloison séparant les cales 1 et 2. Ces deux grands compartiments se sont remplis immédiatement et le bâtiment a piqué du nez. La mer est venue battre le château et s’est introduite par les cabines de luxe dans le compartiment des chaufferies.
En quittant la machine, j’ai voulu rendre compte au commandant qu’il n’y avait aucune avarie dans les machines. Mais je n’ai pu aller que sur l’arrière vu l’envahissement par l’eau. Le commandant et le maître d’équipage sont les seuls que j’ai aperçus. Les embarcations étaient toutes débordées et il ne restait plus que la 7 engagée par ses garants. Je m’y suis laissé glisser avec le maître d’équipage et nous l’avons dégagée et débordée. Le commandant s’est dirigé vers l’arrière pour voir si tout le monde était sauvé. Quand le bâtiment a coulé, il a enjambé la lisse pour se jeter à la mer. Mais il n’a pu réussir et a été entraîné avec le navire.
Il y avait environ 65 personnes dans le canot 7. Chacun a fait son devoir. Nous avons été recueillis par MOQUEUSE.

Rapport du second mécanicien Colson

J’étais de quart dans la machine quand j’ai ressenti une forte secousse et l’explosion. Sur ordre, j’ai stoppé immédiatement, puis suis monté au volant de fermeture des portes étanches. Le chef mécanicien m’a demandé ce qu’il y avait et m’a dit : « Les portes étanches… !»
J’ai fermé les soupapes de sureté qui se soulageaient et j’ai augmenté l’allure du Belleville pour assurer l’alimentation. L’ordre d’évacuation ayant été donné, j’ai fait une ronde et suis monté sur le pont. Tout le personnel avait déjà quitté machine et chaufferies. Je suis allé au canot 2 qui était débordé et plein d’eau. Je suis alors revenu sur l’arrière et j’ai embarqué dans le canot 4. Nous étions à peine débordés de 25 m quand le bâtiment a coulé avec une inclinaison de 50° sur l’avant. L’arrière est complètement sorti de l’eau sur 30 m.
J’ai vu le radeau de bâbord s’enfoncer dans la mer avec une douzaine d’hommes agrippés à lui. Quand il est revenu en surface, ils n’étaient plus que deux, dont le 1er lieutenant.
Le canot 4 étant trop chargé, nous avons accosté un autre canot en dérive, complètement vide et sans avirons. Nous y sommes montés à 12 et nous sommes éloignés avec deux avirons donnés par le 4.
Pendant mon séjour à bord, depuis 3 mois, j’avais fait installer sur le levier de la valve de tangage (nota : valve soulageant les soupapes de sureté en cas de changement d’assiette du navire) un cartahu en faisant le tour et une poulie permettant de manœuvrer le levier aussi bien depuis le parquet machine que depuis les grilles des plateaux.

Rapport du docteur Mounic

Au moment de l’explosion, je faisais la sieste. Je suis monté à la passerelle. Suite aux ordres donnés, voyant que le bâtiment coulait, je me suis rendu à mon canot qui était celui du commandant, le n° 3. En raison de mon âge, on m’a fait embarqué depuis le pont avant que le canot ne soit amené. Toutes les personnes qui se présentaient ont été embarquées. Nous étions 27. Ne voyant plus personne, et en raison du danger, nous nous sommes écartés. A peine étions nous à 10 m du SONTAY qu’il a disparu d’un seul coup.
Le télégraphiste Dijou se tenait à l’avant et un second maître de l’Etat, dont j’ignore le nom, à la barre.
J’ai donné des soins à deux hommes qui avaient des fractures aux jambes et j’ai pratiqué la respiration artificielle sur un soldat recueilli sur un radeau, mais qui n’a pu être ramené à la vie.

Conclusions de la Commission d’enquête

La commission reprend dans le détail le récit du 1er lieutenant de Vandière de Vitrac et conclut :
Le SONTAY avait été admirablement organisé tant au point de vue de la veille que des moyens de sauvetage. Le commandant et le 2e capitaine avaient réussi à inspirer à tous la plus grande confiance par les appels journaliers et surtout par l’exercice réel fait en rade de Milo qui avait montré combien il fallait peu de temps pour sauver tout le monde si le calme ne cessait de régner.
Le déplacement des deux radeaux emportés de l’arrière à l’avant a été une bonne inspiration puisque ce sont les seuls qui ont pu être mis à la mer aussitôt. L’installation de cordes à nœuds pour faciliter la descente dans les embarcations fut une idée heureuse qui a rendu beaucoup plus rapide l’embarquement du personnel.
C’est grâce à l’esprit de discipline et à l’ordre que le commandant a su faire régner à bord que l’on a eu aussi peu de victimes à déplorer dans une catastrophe aussi rapide et aussi brutale. Le commandant Mages et le second capitaine Bergerot, qui sont morts à leur poste, ont bien mérité de la patrie.

L’équipage et les passagers ont fait preuve de beaucoup de calme et de sang froid. Si ce n’est qu’on peut reprocher au personnel des chaufferies d’avoir quitté son poste un peu trop rapidement en laissant seul l’officier mécanicien de quart quand l’explosion s’est produite, il n’y aurait que des éloges à adresser à tous.

Tous les hommes qui ont déposé rendent hommage au dévouement et à la bienveillance des états-majors et des équipages des canonnières MOQUEUSE et CAPRICIEUSE.

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Re: SONTAY - Compagnie des Messageries Maritimes

Message par olivier 12 » dim. juil. 20, 2014 12:59 pm

Bonjour à tous,

Rapport de l’Enseigne de Vaisseau Lemonnier, passager du SONTAY

Au moment du torpillage, (12h52) je me trouvais sur la passerelle, prenant la méridienne avec les officiers du bord. Le navire faisait route au N70W à 7 nœuds.
Temps couvert avec bonne brise d’ouest. Creux de 2 à 3 m.
LYBIA à tribord à 60° à 600m, GEO sur bâbord arrière à 45° à 1000m, MOQUEUSE par le travers tribord à 1000m.

J’ai vu la torpille arriver de 60° sur bâbord avant, de 60m du bord jusqu’à l’explosion. Elle a touché par le travers des cales 2 et 3, juste sous la flottaison, faisant une large brèche par laquelle l’eau a envahi le bâtiment. Mais personne n’a été tué par l’explosion.
Tout le monde connaissait son poste d’abandon grâce à l’exercice réel fait sur rade de Milo. Le commandant a aussitôt donné l’ordre d’abandon. Ni panique, ni cris.
Je me suis rendu aux deux radeaux de l’avant dont j’étais chargé de la mise à l’eau. Je n’ai eu que le temps de les faire jeter à la mer et nous n’avons pas eu besoin d’échelles pour embarquer. L’eau atteignait déjà la lisse. J’ai pris place sur le radeau tribord et l’ai écarté d’une dizaine de mètres du navire. Nous avons embarqué sur le radeau une dizaine de personnes qui s’étaient jetées à l’eau avant que le navire ne disparaisse. Nous étions environ 40.
Le bâtiment s’est mâté par l’avant, la passerelle est entrée dans la mer, puis il a plongé avec une vitesse allant en s’accélérant. Faible remous. Nous sommes restés une heure sur le radeau surchargé. J’essayais de le maintenir avec les avirons pour éviter qu’il ne tombe en travers des lames et ne chavire. J’ai ensuite demandé à MOQUEUSE de nous alléger. Elle a envoyé un canot qui a recueilli 25 hommes. Deux heures plus tard, le reste a été recueilli par le youyou.

Je signale la conduite du second maître vétéran Rio, patron du radeau bâbord. Conduite absolument remarquable, grande habileté, sang froid énorme dans la conduite de son radeau. Il a sauvé :
- Le capitaine du génie Grangé, dégagé à deux reprises de dessous le radeau qui avait chaviré
- Le lieutenant Arnou et plusieurs hommes qui flottaient autour de lui, soutenus seulement par leurs ceintures de sauvetage.
Je signale aussi la façon dont il assurait le service de veille à bord avec les marins passagers qui doublaient les 4 veilleurs de l’équipage

Je signale le matelot Guérin. Beaucoup de sang froid et d’initiative dans le dégagement du radeau. A contribué au sauvetage de beaucoup d’hommes tombés à l’eau

Je signale enfin le matelot Véran. Sang froid et initiative. Lors du séjour sur rade de Milo, avait sauvé un militaire tombé à la mer par nuit noire. Le commandant avait alors fait un rapport spécial. J’ai demandé au 1er lieutenant de le renouveler, l’original ayant sans doute été perdu avec le bâtiment.

Conduite de l’équipage, des passagers et des équipages de MOQUEUSE et CAPRICIEUSE irréprochable.

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