1919 : (les Américains...) trop, c'est trop !

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Eric Mansuy
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1919 : (les Américains...) trop, c'est trop !

Message par Eric Mansuy » lun. juin 10, 2019 4:04 pm

Bonjour à tous,

1919. La lune de miel – si tant est qu’elle ait réellement existé – entre civils français et soldats américains, est terminée. La coupe est pleine : les travers des mœurs américaines, translatées sur un territoire qui a, a priori, retrouvé la paix, emplissent les colonnes de la presse quotidienne. Circonstance aggravante : les régions éloignées de la ligne de front, et dont certaines ont eu la chance de ne pas connaître l’occupation allemande en début de guerre, mais n’en pleurent pas moins leurs disparus, subissent maintenant la présence pour le moins tumultueuse d’un « ami » d’Outre-Atlantique, que ses agissements muent en « intrus ». Certes, cet antiaméricanisme, qui a été remarquablement étudié et écrit par Philippe Roger (dans « L’ennemi américain. Généalogie de l’antiaméricanisme français »), n’est pas nouveau. Néanmoins, son caractère protéiforme et géographiquement tentaculaire ne va pas manquer de générer un rejet – pour ne pas dire plus – du « libérateur » quasiment devenu un « gêneur » de par son mode de vie : pendant que les affaires de mœurs, fréquentes en 1917-1918, décroissent relativement, croissent a contrario les vols, les agressions et les coups et blessures, et surtout un usage immodéré des armes à feu. Celles-ci sont d’ailleurs utilisées tout aussi bien par des bandits français, qui ont réussi à se les procurer par vol ou par trafic, que par les Américains, le plus souvent des policiers militaires, lesquels en font un usage que l’on pourrait qualifier de débridé. Au final, une violence plus ou moins latente, dans nombre de communes, de taille et de localisation très variées, semble ne cesser de régner en 1919, et alimente une exaspération déjà présente depuis longtemps, entre des Américains qui ont souvent été financièrement « plumés » par le commerçant français – professionnel ou de circonstance – et des Français dont la vie quotidienne est tourmentée par ceux qui auraient dû la leur rendre plus supportable. Un florilège, il est vrai bien incomplet (et qui ne comprend pas les cas d’excès de vitesse et écrasements de piétons, en nombre considérable…), est tout à fait éloquent.

Concernant les vols et escroqueries, c’est une sorte d’inventaire à la Prévert qui peut être établi, allant de l’acte individuel et du vol de cornichons au pillage en bande organisée, ou au vol avec préjudice de plusieurs milliers de francs [les dates indiquées sont celles de la publication des événements dans la presse, quand celle-ci est mentionnée, et non de la commission des faits] :

1er janvier 1919 : vol à main armée chez un bijoutier, à Romilly-sur-Seine (Le Petit Troyen).
12 janvier 1919 : des soldats américains, à bord d’une voiture de chemin de fer, à Chagny, vident un fût de 108 litres de vin, et volent un fût de 88 litres (Le Courrier de Saône-et-Loire).
16 janvier 1919 : arrestation de pilleurs de trains de ravitaillement, à Saint-Dizier (Le Petit Troyen).
17 janvier 1919 : vols commis par des Américains (La Petite Gironde).
19 janvier 1919 : vols et dégradations commis par des Américains (L’Avenir de la Mayenne).
16 février 1919 : arrestation d’un gang de voleurs américains en auto (L’Ouest Eclair).
18 février 1919 : vol d’épaves par des soldats américains à Chagny (Le Courrier de Saône-et-Loire).
23 février 1919 : vols commis par des Américains (L’Avenir de la Mayenne).
9 mars 1919 : vols potentiellement commis par des Américains, pour un préjudice de 4.000 francs, à Bains-les-Bains (Le Télégramme des Vosges).
12 mars 1919 : arrestation pour vol de deux policiers militaires américains (L’Ouest Eclair).
23 mars 1919 : la limousine volée à Margaret Wilson est retrouvée à Dijon (Le Petit Troyen).
7 avril 1919 : vol commis par des Américains dans une charcuterie (Le Petit Troyen).
13 avril 1919 : vol à l’étalage de cornichons commis par des Américains (L’Avenir de la Mayenne).
14 avril 1919 : arrestation de l’escroc Clarence J. Jackson à La Chapelle d’Angillon (La Dépêche du Berry).
16 avril 1919 : un officier américain vole 20.000 francs à Dijon (Le Courrier de Saône-et-Loire).
16 avril 1919 : un cultivateur tire sur un Américain en flagrant-délit de tentative de vol, à Savenay (L’Ouest Eclair).
27 avril 1919 : un policier militaire américain et une complice sont coupables d’escroquerie (Le Courrier de Saône-et-Loire).
23 juin 1919 : un escroc américain est arrêté à Tournus (Le Courrier de Saône-et-Loire).
27 juillet 1919 : vol à main armée (1.700 francs) par une bande organisée d’Américains, à Nantes (Le Petit Troyen).
18 août 1919 : un soldat américain vole à l’arrachée un sac à main à Tours (La Dépêche du Berry).
27 août 1919 : un soldat américain vole une voiture et s’échappe du camp de Beauvoir (La Dépêche du Berry).
13 septembre 1919 : Joseph Rader et George Harris sont arrêtés après avoir dévalisé des passants, à Tours (La Dépêche du Berry).
14 octobre 1919 : quatre soldats américains volent le contenu d’un tiroir-caisse à Beglavel, tirent sur un cantonnier et des passants, puis sur un bourrelier ; l’un des quatre est abattu (L’Ouest Eclair).

Le vol ou l’escroquerie, à l’instar d’autres crimes ou délits, ne manque pas d’être souvent le fait de déserteurs, qui pullulent, dans l’ouest de la France surtout, la désertion constituant l’un des corollaires du délitement du comportement américain. Aussi la désertion apparaît-elle çà et là dans la presse, dans des proportions cependant relativement faibles :

3 février 1919 : arrestation d’Alfred Bonenfant (désertion et grivèlerie) à Neuvy-sur-Barangeon (La Dépêche du Berry).
14 mai 1919 : le déserteur Herbert Dupuy est arrêté à Nérondes (La Dépêche du Berry).
30 août 1919 : arrestation du déserteur américain Walter Stille à Vierzon (La Dépêche du Berry).
27 septembre 1919 : arrestation du déserteur américain Ernest P. Williford en gare de Vierzon (La Dépêche du Berry).
13 octobre 1919 : trois déserteurs américains arrêtés (La Dépêche du Berry).
31 octobre 1919 : « exploits » de déserteurs américains près de Saint-Brieuc, le 28 octobre (La Dépêche du Berry).

C’est en nombre plus important que les cas de coups et blessures sont présentés, que des Américains en soient les victimes ou les auteurs :

14 janvier 1919 : un Américain porte un coup de rasoir à un Chinois, à Bassens (La Petite Gironde).
18 janvier 1919 : un Américain est victime d’un guet-apens (La Petite Gironde).
22 janvier 1919 : agression d’un comptable par un Afro-Américain (en fuite) (L’Echo Rochelais).
12 février 1919 : coups et blessures sur les époux Boiffard à Massay, par deux Américains (La Dépêche du Berry).
2 mars 1919 : arrestation de deux Américains, le 28 février, pour l’agression du sénateur Gauvin (La Dépêche du Berry).
14 avril 1919 : une prostituée porte des coups de rasoir à un Américain (L’Ouest Eclair).
15 mai 1919 : des Américains provoquent un accident de la route et prennent la fuite à Cluny ; un chef de gare est roué de coups par des Américains à Mervans (Le Courrier de Saône-et-Loire).
17 mai 1919 : une femme de 27 ans échappe à un viol mais reçoit des coups de rasoir, à Mirebeau (Le Courrier de Saône-et-Loire ; Le Petit Troyen).
23 mai 1919 : le rédacteur en chef du « Rhône » est dépouillé par des soldats américains à Lyon (Le Courrier de Saône-et-Loire).
26 mai 1919 : un policier militaire américain est injurié et menacé d’un couteau par un soldat du 171e RI (L’Ouest Eclair).
28 mai 1919 : un homme de 35 ans est frappé de plusieurs coups de couteau par un Américain près de Châteauroux, à Montierchaume (La Dépêche du Berry).
3 juin 1919 : le chef de bataillon Mahieu, récemment démobilisé, est attaqué à coups de couteau par un Américain (Le Petit Troyen).
11 juin 1919 : un correspondant de « La Dépêche de Lyon » est dépouillé par des soldats américains à Lyon (Le Courrier de Saône-et-Loire).
21 juillet 1919 : un soldat américain est grièvement blessé d’un coup de couteau par un soldat du 8e RIC, à Gigny, près de Beaune (La Dépêche du Berry).
10 septembre 1919 : un père et son fils sont agressés par des Américains à Dun-sur-Auron (La Dépêche du Berry).
7 octobre 1919 : le marin José Barrea est atteint d’un coup de feu à Saint-Malo (L’Ouest Eclair).

Comme nous l’avons mentionné, le maniement des armes à feu est également à l’origine d’accidents, dont certains s’avèrent mortels. Le plus souvent, ils adviennent alors qu’un soldat américain laisse un civil manipuler son arme sans avoir pris la précaution élémentaire de la décharger :

16 janvier 1919 : un soldat américain est touché par balle par accident, à Flogny (Le Petit Troyen).
3 avril 1919 : un soldat américain montre son arme à trois jeunes garçons ; le coup part, et blesse mortellement le jeune Darnotte, de Buxerolles, qui meurt à Recey (Le Petit Troyen).
8 juin 1919 : un Américain est tué par balle accidentellement par Anna Bauer, 25 ans, à Noyers (La Dépêche du Berry).

Autre cas de figure, qui ne manque pas – à juste titre – de créer l’émoi dans la population : l’usage d’une arme à feu par les Américains, fréquemment dans l’espace public. Cet usage recouvre divers aspects :
- « de militaire(s) à militaire(s) » : le règlement de comptes entre soldats ; le maintien de l’ordre (homme abattu par un supérieur en cas d’insubordination, de menace ou d’agression ; homme abattu au cours d’une évasion ; homme abattu au cours d’une arrestation) ;
- « de civil(s) à militaire(s) » : légitime défense en cas d’agression ; riposte en cas d’agression ou de vol ;
- « de militaire(s) à civil(s) » : « tirs à la cantonade » ; tirs d’une sentinelle ; tirs d’un policier militaire :

1er janvier 1919 : Frank Stallworth, du 527th engineers, est abattu par un policier militaire américain.
9 janvier 1919 : un soldat américain est arrêté à Montceau-les-Mines pour avoir, en état d’ébriété, menacé d’une arme les clients et le propriétaire d’un café (Le Courrier de Saône-et-Loire).
19 janvier 1919 : le soldat Oliver Cavasino, aux arrêts, est abattu lors d’une tentative d’évasion.
22 février 1919 : Harold Atkinson, du 137th engineers, est abattu par un policier militaire américain.
28 février 1919 : un Afro-Américain est touché à la tête par une balle tirée par un sergent caucasien (Le Phare de la Loire).
1er mars 1919 : un aubergiste agressé par trois Américains en abat un (George Dunlop, 49th infantry), le 23 février, à Andryes (Le Petit Troyen).
3 mars 1919 : Auguste Roux, 24 ans, est abattu par un policier militaire américain, à Beaune (Le Petit Troyen).
3 mars 1919 : le soldat Louis Clericuzio, en état de désertion, est abattu dans un café.
12 mars 1919 : un soldat américain abattu d’une balle dans le dos par un policier militaire américain (La Dépêche du Berry).
16 mars 1919 : John Johnson, de la 863rd transport company, est abattu par un policier militaire américain.
20 mars 1919 : Emile Laureau, du 203e RAC, est abattu par une sentinelle américaine, à Etivey (Le Petit Troyen).
20 mars 1919 : le soldat Lewis Coffey, du 804th pioneer infantry, est abattu par l’un de ses camarades.
3 avril 1919 : Jean Daileux, 17 ans, tire, sans l’atteindre, sur un Afro-Américain qu’il poursuivait, à Saint-Nazaire (L’Ouest Eclair).
4 avril 1919 : Harry Gross, du 808th pioneer infantry, est abattu par un policier militaire américain.
5 avril 1919 : un policier militaire américain interpelle un charpentier pour outrages, après avoir tiré un coup de feu, à Penhouët (L’Ouest Eclair).
9 avril 1919 : un soldat américain tire des coups de feu à Montchanin-les-Mines (Le Courrier de Saône-et-Loire).
19 avril 1919 : un Américain, au sein d’un groupe d’agités, est atteint d’un coup de feu, à Montoir (L’Ouest Eclair).
23 avril 1919 : des Américains tirent sur la maison d’une laveuse (L’Ouest Eclair).
10-12 mai 1919 : une fusillade au camp du Bois Mallet, près du Mans, fait deux morts et deux blessés ; William Howard est abattu par le lieutenant Francis Smith en état de légitime défense (Le Petit Troyen ; La Dépêche du Berry).
31 mai 1919 : un colonial est abattu par un policier militaire américain à Saint-Malo (L’Ouest Eclair).
7 juin 1919 : deux soldats américains tirent des coups de feu dans les fenêtres d’un hôtel de Montluçon (La Dépêche du Berry).
8 juin 1919 : le soldat « Madison » est abattu par la police militaire américaine près de Besançon (Le Courrier de Saône-et-Loire).
14 juin 1919 : le sergent Charles Morton abat l’un de ses hommes à Toulouse, le 12 juin. Jean Nourry, qui venait de frapper deux jeunes femmes à Vierzon, est touché d’une balle au pied par un policier militaire américain (La Dépêche du Berry).
20 juin 1919 : le mécanicien Robert Wafler meurt d’une balle reçue à la tête.
8 juillet 1919 : un policier militaire américain tire sur un gardien de la paix (La Petite Gironde).
8 août 1919 : fusillade à Paris, gare de Lyon (Le Courrier de Saône-et-Loire).
26 août 1919 : six soldats américains tirent sur des gendarmes à Morlaix (L’Ouest Eclair).
29 août 1919 : le policier militaire Grady Walker est tué par balle.
5 septembre 1919 : le débitant Milliac tire sur trois Américains (un mort) à Brest, le 2 septembre (La Dépêche du Berry).
7 septembre 1919 : des déserteurs américains ouvrent le feu dans le train Rennes-Brest (L’Ouest Eclair).
12 septembre 1919 : deux soldats américains tirent sur un jeune homme de 19 ans, qu’ils blessent grièvement, à Croazou-Meine (L’Ouest Eclair).
18-19-20-22 septembre 1919 : un épicier de 49 ans (Laprairie) est abattu par un policier militaire américain à Trignac (L’Ouest Eclair ; Le Courrier de Saône-et-Loire ; Le Petit Troyen ; La Dépêche du Berry).
22 septembre 1919 : un matelot de 26 ans est abattu par un policier militaire américain à Brest (L’Ouest Eclair).
10 octobre 1919 : le déserteur Frank Brazeal est abattu par un policier militaire américain.
25 octobre 1919 : un policier militaire américain ivre tire des coups de feu sur les passants, à Troyes (L’Echo Nogentais).
25 octobre 1919 : une jeune femme est tuée d’un coup de feu par un marin américain à Brest (L’Ouest Eclair).

Dans le même ordre d’idées, les rixes, au cours desquelles il n’est pas rare que recours il y ait aux armes à feu, ne manquent pas de se multiplier. Les occurrences les plus connues, qui s’ajoutent en outre à l’usage d’une arme à feu dans un contexte particulièrement inadéquat, amèneront les parlementaires Boisneuf et Lagrosillière à une interpellation devant la Chambre des députés le 25 juillet 1919, afin de « faire cesser les brimades, les délits et les crimes dont les citoyens ou sujets français de couleur sont, depuis quelque temps, victimes sur le territoire français » de la part de soldats américains. Là encore, là surtout, comme nous l’écrivions, l’importation des mœurs et pratiques des Caucasiens à l’encontre des minorités nord-américaines (dirigées ici contre des Français), choque au plus haut point (et il est instructif de lire les travaux de Dominique Chathuant sur le sujet) :

5 mars 1919 : un soldat américain lance une grenade dans une infirmerie (Les Maisons) (Le Petit Troyen).
5 mars 1919 : le soldat américain Robert Couley tue un soldat français, Charles Soyer, du 1er RG, au cours d’une rixe, à Versailles (Le Petit Troyen).
15-24 mars 1919 : un Américain est tué aux Thons au cours d’une rixe (Le Télégramme des Vosges).
10 avril 1919 : le soldat Franck Burdick est tué d’un coup de couteau au cours d’une rixe entre Français et Américains, à Audival (Haute-Marne). (Le Télégramme des Vosges).
14 avril 1919 : un groupe d’Américains brise des carreaux à Prinquiace (L’Ouest Eclair).
21 avril 1919 : rixe entre Afro-Américains et Caucasiens (Le Phare de la Loire).
7 mai 1919 : trois morts américains à Cenon, près de Bordeaux, le 4 mai, suite à une rixe (un abattu, un suicidé (John Moran ?), un électrocuté). Rixe à Bruère-Allichamps (un Américain blessé par coup de feu) (La Dépêche du Berry).
22 mai 1919 : rixe à Montbard (Côte-d’Or) entre Français et Américains (Le Petit Troyen).
30 juin 1919 : bataille de rue entre Français et Américains le 28 juin au soir (Le Petit Troyen).
6 août 1919 : rixe entre soldats américains et civils, à Bourges (La Dépêche du Berry).

Enfin, un pas plus loin étant franchi, c’est dans le registre du meurtre ou de l’assassinat que les Américains « se distinguent » également. En décembre 1918, la mort de l’agent Lecaroux, tué à Paris alors qu’il affrontait des déserteurs américains et canadien, membres d’un gang de voleurs, défraie la chronique et suscite une très vive émotion, très largement relayée par la presse (Journal des Débats, La Liberté, La Presse, Le Figaro, Le Journal, L’Œuvre…). S’il arrive parfois que des Français paient de leur vie une rencontre qui tourne mal avec des Américains, ce sont le plus souvent des Américains qui s’entretuent. Moins fréquent, et donc d’autant plus surprenant, le meurtre ou l’assassinat de soldats américains par des Français, comme cela se produit le 10 mars (Joseph Bews, de la 501st transport company, est abattu par un civil) ou le 31 mai (le Marine George William Betts est tué par une Française alors qu’il assure la garde d’un prisonnier). En l’espèce, c’est en nombre conséquent que ces événements émergent :

4 janvier 1919 : Thomas Jackson, du 116th infantry, est abattu par l’un de ses camarades.
7 janvier 1919 : Frank C. Case, policier militaire américain, est abattu.
11 janvier 1919 : Dee Carter, du 372nd infantry, est abattu par l’un de ses camarades.
22 janvier 1919 : le corps d’un policier militaire américain a été découvert en bord de voie ferrée, à Tournus (Le Courrier de Saône-et-Loire).
22 janvier 1919 : arrestation des assassins de l’agent Lecaroux, tué le 9 décembre 1918 à Paris (La Petite Gironde).
24 janvier 1919 : détails sur le meurtre du policier militaire américain James Alewine (Le Courrier de Saône-et-Loire).
25 janvier 1919 : un Américain (William Carter) est tué dans une maison de tolérance, le 20 janvier, à Besançon (le coupable, invoquant la légitime défense, est condamné à 8 ans de travaux forcés) (Le Petit Troyen).
2 février 1919 : le soldat George Taylor meurt d’une péritonite causée par un coup de couteau à l’abdomen.
3 février 1919 : Charles Johnson, du 136th field artillery, est tué d’un coup de couteau.
8 février 1919 : détails sur le meurtre du policier militaire américain James Alewine (Le Courrier de Saône-et-Loire).
15 février 1919 : cour martiale à Bar-sur-Aube (un capitaine jugé pour le meurtre d’un second capitaine ; 10 années de forteresse) (Le Petit Troyen).
16 mars 1919 : arrestation des meurtriers du policier militaire américain James Alewine ; ils sont censés devoir être électrocutés aux Etats-Unis (Le Courrier de Saône-et-Loire).
21 mars 1919 : le capitaine Joseph Carter, du 537th engineers, est tué par l’un de ses hommes.
26 mars 1919 : le sergent Clarence Breslin est tué d’un coup de couteau à Libourne (sans doute par un jeune homme de 18 ans, dont l’arrestation est annoncée par Le Petit Marseillais le 29 mars).
27 mars 1919 : le caporal William Berry est tué d’un coup de couteau à Jargeau, par Kléber Dreux (La Dépêche du Berry).
27 mars 1919 : le soldat Angelo Cappello est poignardé.
23 avril 1919 : le soldat Carl Stribling est poignardé.
23-24 avril 1919 : Eloi Etilce est abattu par le policier militaire américain Stephen J. Wharton, à Nantes. Des Américains tirent sur la maison d’une laveuse (L’Ouest Eclair ; Le Phare de la Loire ; Le Populaire).
25 avril 1919 : un soldat américain est assassiné près du camp de Baud (Languidic) (L’Ouest Eclair).
26 avril 1919 : le corps d’un Afro-Américain est découvert près de Locquellas (Vannes) (Le Petit Troyen).
14 mai 1919 : meurtre par des Américains du surveillant Bréhé à la gare de Rennes (L’Ouest Eclair).
15 mai 1919 : affaire Bréhé : arrestation de 12 Américains au Mans (L’Ouest Eclair).
18 mai 1919 : assassinat de Frank Bernier par John C. Rupp près du Mans (Le Courrier de Saône-et-Loire).
21 mai 1919 : le docteur Boaz B. Cox est assassiné à Dijon (La Dépêche du Berry).
29 mai 1919 : le sergent Williard Mode tue sa maîtresse et se suicide, à Issoudun (La Dépêche du Berry).
2 juin 1919 : assassinat du boulanger Charles Gérard, à Is-sur-Tille (le déserteur américain Oscar Jones est le principal suspect) (Le Petit Troyen).
19 juin 1919 : le caporal Ernest Holloway tue le caporal Gerald Scott d’un coup de couteau, à Orléans (La Dépêche du Berry).
3 juillet 1919 : William Carstensen est abattu par l’un de ses camarades.
19 juillet 1919 : assassinat du sergent Harvey Yeary, frappé de 6 balles et battu, à Mehun-sur-Yèvre (La Dépêche du Berry).
28 juillet 1919 : le lieutenant Charles Jenkins, du 868th transport corps, est abattu par l’un de ses hommes.
23 septembre 1919 : deux habitants de Paimboeuf auraient été assassinés par des Américains (Le Petit Troyen).
24 septembre 1919 : découverte du cadavre d’un Afro-Américain noyé, à la Pallice (L’Echo Rochelais).
24-25 septembre 1919 : arrestation de James A. Casey et Daniel Laru, auteurs du double assassinat de Paimboeuf (L’Ouest Eclair ; Le Courrier de Saône-et-Loire).
2 octobre 1919 : Marcel-Adrien Forget a tué « Lhoyd James » le 27 avril 1919, à coups de couteau, à Saint-Nazaire (verdict : 10 ans de travaux forcés) (L’Ouest Eclair).
11 octobre 1919 : meurtre d’Harvey Lindsay (policier militaire américain) par « Elein Dolbo » (aidé de « W. Labeiff » et « E.M. Kneight ») à Brest (L’Ouest Eclair).
18 octobre 1919 : George Bennett et George Fletcher sont arrêtés à Tours, dans le cadre d’une enquête sur un meurtre (La Dépêche du Berry).
16 décembre 1919 : le sous-lieutenant John Cleave est assassiné à Brest.

En conclusion, de quoi enrichir – et encore, je le répète, n’est-ce là qu’un aperçu bien incomplet – une vision complexe de ce qu’a été le séjour des Américains en France il y a un siècle, loin de représentations idylliques et idéales. L’avantage de ces faits, semble-t-il, est d’éclairer l’un des motifs pour lesquels la lutte contre la désertion, en 1917-1918, mais peut-être plus encore en 1919, était devenue un tel impératif pour le commandement américain, au vu des dérives connexes qu’elle a pu permettre ou générer.

Bien cordialement,
Eric Mansuy
"Un pauvre diable a toujours eu pitié de son semblable, et rien ne ressemble plus à un soldat allemand dans sa tranchée que le soldat français dans la sienne. Ce sont deux pauvres bougres, voilà tout." Capitaine Paul Rimbault.

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alvin17
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Re: 1919 : (les Américains...) trop, c'est trop !

Message par alvin17 » lun. juin 10, 2019 6:38 pm

Bonsoir Eric

Bravo pour ce fantastique travail de recherche. Je connais quelques cas que tu relates dans ces lignes. Le dernier en date est celui-ci :
"3 mars 1919 : le soldat Louis Clericuzio, en état de désertion, est abattu dans un café il est localisé à ARCIS SUR AUBE. Le corps du déserteur est toujours dans une nécropole US en France. Mais il est d'origine Italienne. Il y serait né le 28 août 1899... alors peut-on le considérer comme un "vrai" Américain ?

Bonne soirée
alvin17
recherche cartes postales, photos, historiques et objets personnalisés sur les troupes Américaines en Europe de 1917 à 1919

air339
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Re: 1919 : (les Américains...) trop, c'est trop !

Message par air339 » mar. juin 11, 2019 4:19 pm

Bonjour Eric,


Merci pour le partage de cette étude.

"Trop c'est trop", c'est aussi ce qu'a dit en substance le Président du Conseil Georges Clemenceau à propos des américains : "vous êtes arrivés trop tard, vous êtes reparti trop tôt" (je cite de mémoire).

Ainsi les troupes américaines auraient amené une atmosphère de saloon avec elles ? La période incriminée, 1919, est celle des négociations du traité de paix, avec un allié encombrant dont on ne partage pas les 14 Points : la censure qui s'applique en core à la presse laisse-t-elle délibérément passer des informations dépréciatives sur les troupes US ?


Bien cordialement,


Régis

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Eric Mansuy
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Re: 1919 : (les Américains...) trop, c'est trop !

Message par Eric Mansuy » mar. juin 11, 2019 9:08 pm

Bonsoir à tous,
Bonsoir Christian, bonsoir Régis,

Premier point : Clericuzio, né en Italie, était-il un "vrai" Américain ? Si j'ai un avis purement personnel à émettre, le "vrai" Américain, c'est l'Amérindien ; ensuite, par amalgame et / ou assimilation, les Britanniques,Irlandai(se)s, Allemand(e)s, Russes, Italien(ne)s, etc., sans oublier toutes celles et tous ceux venus d'Afrique, de Chine et du Japon, avant 1914, ce ne sont certes pas des Américains "d'origine". Et puisque les Américains peuvent procéder à ce type d'étude, il serait intéressant de savoir quelles étaient les origines des participants à la guerre. J'ai déjà eu à chercher - et ai pu trouver - ce type d'information pour les combattants des deux camps de la Guerre de Sécession, cela serait instructif pour la guerre qui nous occupe (mais c'est un autre sujet).

Second point : cette "porosité" de la presse envers les exactions américaines. Je suis de ton avis, Régis, je pense que la lassitude croissante de la population française à l'égard des Américains, causée ou aggravée par les écarts de conduite plus ou moins graves de ces derniers, n'a pas réfréné les ardeurs des journalistes locaux ou nationaux sur le sujet, bien au contraire, avec un air du temps très anti-Wilsonien qui plus est. A contrario, il est étrange que les événements de Nice et Saint-Nazaire, dénoncés par les parlementaires Boisneuf et Lagrosillière, n'aient pas été plus médiatisés, et aient conservé une certaine confidentialité. Il ne s'agit donc pas de faire l'économie de certains contre-exemples en la matière, mais le fait est : tout cela vaudrait une étude à part entière.

Enfin, du côté des sinistres individus qui ont agité la quiétude espérée de l'immédiat après-Armistice, il en est un qui se distingue tristement par son comportement criminel, à savoir Thomas Scullion, dont voici une partie de l'histoire, très abrégée, entre 1918 et 1923 (je précise qu'une photo de l'assassin est disponible sur Internet, que je ne souhaite en aucun cas intégrer ici) :

La Presse
« Les premiers renseignements permettent de croire que les émules de Bonnot étaient en train de dévaliser des caisses de sucre et de café se trouvant dans des wagons arrêtés à l’entrée des Magasins généraux lorsqu’ils furent surpris par des agents cyclistes. Ces derniers firent appel à leurs collègues Bouquain et Lecaroux pour pincer les malfaiteurs du côté du chemin de fer de ceinture. Arrivés rue Curial, les agents cyclistes pénétrèrent dans les Magasins généraux par la grille se trouvant au commencement de la rue ; ils pensaient, par là, couper la retraite aux malfaiteurs, tandis que les agents Bouquain et Lecaroux s’avançaient seuls rue Curial. Ces derniers avaient à peine fait quelques pas qu’une fusillade les accueillait : le malheureux Lecaroux fut tué net, tandis que son collègue Bouquain était grièvement atteint. L’agent Lecaroux était marié, de même que son collègue Bouquain ; ce dernier est père de deux enfants. » (10 décembre 1918)

L’œuvre
« Hier matin à sept heures, le parquet s’est transporté rue Curial et diverses constatations ont été faites par le magistrat qui était accompagné de M. Philippon, substitut, et du docteur Paul, médecin légiste.
Un seul témoin a pu être entendu. C’est l’agent Bouquain, dont l’état est désespéré, et à qui M. Raux, préfet de police, est allé remettre la médaille d’or à l’hôpital Saint-Louis.
Il était un peu plus de onze heures quand les malfaiteurs furent aperçus par les agents. Cinq ou six individus revêtus d’uniformes américains descendaient d’un wagon une caisse de machines à écrire qu’ils allaient charger dans une automobile stationnée rue Curial. Les bandits réussirent à s’enfuir après avoir abattu deux des agents. En démarrant, l’auto passa sur le corps du gardien. » (11 décembre 1918)

Le Petit Parisien
« On tient les assassins de l’agent Lecaroux
Le 9 décembre dernier, l’agent Lecaroux, du 19e arrondissement, était tué à coups de revolver, rue Curial, par des malfaiteurs surpris en flagrant délit de cambriolage. Un autre gardien fut grièvement blessé par les mêmes bandits.
M. Duranton, chef adjoint de la sûreté, vient de capturer l’assassin de l’agent Lecaroux ; c’est un soldat américain, déserteur, Thomas Scullion, vingt-trois ans ; ses complices, deux autres déserteurs de l’armée américaine : George Rowland, vingt-trois ans ; Ralf Dickerson, dix-neuf ans, et William Langston, soldat canadien, vingt-trois ans, ont été également arrêtés.
Ces malfaiteurs sont aussi coupables du vol de dix automobiles de l’armée américaine et de nombreux vols de marchandises, de vivres et de denrées diverses au préjudice de l’intendance. Ils ont été livrés à la justice militaire de leur pays. » (21 janvier 1919)

Evening Star
« Quatre condamnés au tapis au cours de leur évasion d’une prison américaine
Maîtrisés grâce aux balles et aux matraques, deux d’entre eux étaient considérés comme dangereux, à Leavenworth

- De l’Associated Press / Leavenworth, Kansas, 12 octobre.
Quatre prisonniers, dont deux considérés comme dangereux, ont fait l’objet de coups de feu et de coups de matraque en vue d’être maîtrisés alors qu’ils tentaient, hier, de s’évader de la carrière de pierre du quartier disciplinaire de Fort Leavenworth.
George Jackson, de Paterson (New Jersey), coupable de meurtre, et Dan Simpson, de Clinton (Indiana), ont été grièvement blessés par balles aux hanches. Samuel Tribe, de Woodland (Pennsylvanie), a été blessé par balle à une jambe. Thomas Scullion, de l’Iowa, reconnu coupable de quatre meurtres par une cour martiale outre-mer, et avait été condamné à être fusillé, a été violemment frappé.
Ces hommes ont tenté de s’évader alors qu’ils étaient attablés pour dîner, et essayaient d’atteindre une portion densément boisée du camp. Les gardes ont ouvert le feu lorsque leurs sommations n’ont pas été respectées. » (12 octobre 1923)

The American Legion Weekly
« Peut-être le cas le plus intéressant parmi les hommes ayant fait la guerre est-il celui de Thomas Scullion. Scullion a été qualifié, tant par le général Pershing que par le Juge Avocat Général Bethel, de « pire criminel du Corps Expéditionnaire Américain ». Il a été à la tête d’un gang de criminels, à Paris et dans ses environs, en 1917 et 1918. Il a été jugé pour meurtre – en comptant plusieurs à son actif – mais a réussi à obtenir une peine d’emprisonnement à perpétuité, car la police française lui avait extorqué des aveux par la torture. Il est également venu à la barre, témoigner en faveur de l’un de ses complices et l’exonérer en racontant comment il avait abattu un gendarme parisien. Les faits d’arme de Scullion constituent un chapitre répugnant de l’histoire du Corps Expéditionnaire Américain.
Ceux qui ignorent comment Scullion a fini pourraient être intéressés par ceci. En compagnie de 25 autres prisonniers, il était au travail dans la carrière de pierre de Leavenworth. Il était condamné aux travaux forcés après avoir tenté de s’évader à plusieurs reprises.
C’est avec quatre autres hommes qu’il a précipitamment quitté la table du dîner dans la carrière de pierre. Une douzaine de sentinelles, armées de fusils automatiques, se trouvaient là, et ont ouvert le feu. Une sentinelle, à elle seule, est créditée d’avoir touché trois des quatre hommes. Le quatrième n’avait pas été touché. Scullion et l’un de ses camarades sont morts dans l’après-midi. Telle a été la fin du plus grand desperado du Corps Expéditionnaire Américain. » (5 février 1926)

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Bien cordialement,
Eric Mansuy
"Un pauvre diable a toujours eu pitié de son semblable, et rien ne ressemble plus à un soldat allemand dans sa tranchée que le soldat français dans la sienne. Ce sont deux pauvres bougres, voilà tout." Capitaine Paul Rimbault.

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Re: 1919 : (les Américains...) trop, c'est trop !

Message par air339 » ven. juin 14, 2019 9:48 am

Bonjour,



A propos de l'anti-américanisme naissant, Le Journal du 3 février 1919 l'évoque dans un article en première page :

" ( ) Tout le monde, en effet, a pu constater que, depuis quelques temps, depuis l'ouverture de la conférence de la Paix, pour être précis, une campagne est menée dont les auteurs semblent se proposer de jeter le trouble dans les relations franco-américaines ( ) "

Les crimes commis par les soldats sont ainsi mis en scène :

Le Journal 03 02 1919.jpg

L''instigateur de cette campagne anti-américaine est désigné :

"Je m'excuse de mettre ainsi en lumière, sans ménagements, ces déplorables manoeuvres où se révèle l'habituelle perfidie d'un ennemi que l'armistice n'a pas désarmé".


En parcourant au hasard d'autres numéros de l'année 1919, les délits et crimes commis par des soldats français ne sont pas rares, les couteaux sont plus utilisés que les revolvers.


Des cow-boys au pays des "apaches"...


Bien cordialement,

Régis

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Eric Mansuy
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Re: 1919 : (les Américains...) trop, c'est trop !

Message par Eric Mansuy » ven. juin 14, 2019 11:43 am

Bonjour à tous,
Bonjour Régis,

Intéressant apport, merci. Il y aurait en effet beaucoup à éclaircir au sujet des relations tendues, voire conflictuelles ou violentes, entre Français (civils ou militaires) et Américains. Mais tu as dû le voir tout comme moi en compulsant la presse de l'époque, la société était parcourue d'une violence au quotidien que l'on a tendance à oublier, ou qui est méconnue (ô combien de meurtres, d'infanticides, d'agressions, etc., tant dans les villes que dans les campagnes...?).

Un très instructif article en ligne est celui de Sandy Robertson, intitulé "Deserting the deserters". Il montre bien à quel point les révélations des actes d'indiscipline sont problématiques : elles l'étaient aux Etats-Unis avant la guerre, concernant les soldats américains, et l'ont donc été en France, dans la presse, après guerre (assez étonnamment, la presse américaine nous en apprend plus sur le sujet entre 1918 et 1921). Elles ont également pour vertu de montrer dans quelle mesure il est complexe d'enquêter sur ce thème. Je traduis :

"Une divulgation limitée

Antérieurement à la Première Guerre mondiale, la désertion était déjà source d'inquiétude. En septembre 1910, le magazine Cosmopolitan publiait une histoire intitulée "La honte de notre armée", celle d'un déserteur et de l'état pitoyable et des pratiques déshonorantes de l'armée américaine. L'article incluait une préface éditoriale répondant aux critiques reçues d'officiers subalternes à l'égard d'un article sur la désertion ; le Cosmopolitan défendait ainsi sa décision de publier un tel article :
"... un véritable bénéfice a été obtenu en portant l'attention du public sur l'une des plus grandes faiblesses de notre organisation militaire, car si ce système n'offre pas les garanties d'une efficacité maximale au regard du traitement réservé aux recrues, il est temps que tel soit le cas. Que les méthodes présentement usitées pour traiter les déserteurs soient à la fois stupides et court-termistes, c'est l'avis de force officiers de haut rang bien informés, parmi lesquels le commandant-en-chef de l'armée, le président Taft."

L'article du Cosmopolitan devait servir de base à une suite dans le New York Times en 1911, suite dans laquelle le même déserteur fournissait les détails de sa désertion et de son emprisonnement ultérieur. Il est évident que la couverture de la désertion, antérieurement à la Première Guerre mondiale, n'a pas été favorablement reçue par les militaires ; nul ne sait si le gouvernement a encouragé des officiers subalternes à s'en plaindre, mais cela est des plus plausibles.

D'autres limitations apparaissent, en lien avec des documents historiques, émanant du gouvernement, qui ne contiennent que peu de renseignements. De toute évidence, l'histoire de la guerre prend forme via la disparition, la volonté de cacher, ou l'impossibilité de trouver des documents susceptibles d'expliquer la survenue de la désertion. Des documents d'intérêt significatif existent, mais s'avèrent être dans différents états et différentes structures : la possibilité d'y accéder et leur disponibilité même, posent question, tout comme la possibilité de faire - potentiellement fructueusement - de telles recherches sans avoir à voyager énormément.

Un autre vivier de documents historiques est médiatique. Une recherche dans des coupures de presse de la Tacoma News Tribune a révélé une remarquable absence d'histoires de désertion. S'agissait-il d'une décision délibérée de la presse que de négliger le sort des déserteurs, ou était-ce une exigence gouvernementale ? Autre explication recevable : le choix d'un archiviste de la Tacoma News Tribune, qui n'aurait pas inséré d'histoires de désertion dans les coupures conservées..."

Finalement, le constat - dans tous les cas, pour moi, en y travaillant depuis septembre 2018 - reste le même : la très grande difficulté à accéder à des sources, documents, voire publications de synthèse sur le thème de la justice militaire américaine entre 1917 et 1921, comme s'il y avait encore réellement quelque chose à ne pas dévoiler, un siècle après les faits.

Bien cordialement,
Eric Mansuy
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Re: 1919 : (les Américains...) trop, c'est trop !

Message par Alain Dubois-Choulik » ven. juin 14, 2019 1:13 pm

comme s'il y avait encore réellement quelque chose à ne pas dévoiler, un siècle après les faits.
Bonjour,
Ou qui risquerait de relancer une polémique du même acabit qui cette fois concernerait la guerre suivante.
Cordialement
Alain
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Re: 1919 : (les Américains...) trop, c'est trop !

Message par air339 » sam. juin 15, 2019 12:37 pm

Bonjour Eric,



Bien sûr, la lecture de la presse de 1919 montre une criminalité quotidienne, dans laquelle les agissements de soldats américains ne dénotent pas.

Pour rappeler le contexte criminogène, l'année est marquées par l'inflation ("la vie chère"), la raréfaction des denrées, le chômage. D'où de nombreux vols en bandes organisées, trafics en tous genres, escroqueries. Les gares de marchandises sont particulièrement visées, les dépôts de l'armée également, avec complicité interne.


Un aperçu des faits divers en région parisienne, début février 1919, issu du quotidien le Journal :

1er février 1919 : à Levallois-Perret, des monténégrins sont frappés au couteau par des individus, dont 2 militaires.
2 février 1919 : à Melun, un camion militaire renverse et tue une passante.
3 février 1919 : à Ivry, une auto entre de nuit au parc d’artillerie et charge des caisses de cuivre.
4 février 1919 : à Paris, boulevard Brune, mlle L., 52 ans, est assaillie et abusée par un soldat.
5 février 1919 : interpellation du ministre par le député Brousse sur le pillage des trains de colis postaux par des bandes organisées, situation qui perdure « depuis longtemps ».
6 février 1919 : 44 pièces de vin, soit 10 000 litres, volés en gare de Vaugirard.
7 février 1919 : Un sous-chef d’équipe condamné à 1 an de prison pour le vol de 10 kg de beurre en gare de des Batignolles.
8 février 1919 : à Ivry, arrestation de l’aspirant M., soupçonné de vol et d’escroquerie ; à Satory arrestation de 3 militaires pour détournement de 100 litres de pétrole.
9 février 1919 : toujours à Satory, vol de pétrole au camp par un brigadier du 11e Cuirassiers ; arrestation de 7 artilleurs coupables de vol de tabac en gare de Trappes.
Etc.


Bien cordialement,


Régis

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Re: 1919 : (les Américains...) trop, c'est trop !

Message par rslc55 » mar. juin 25, 2019 5:51 pm

Bonjour

Pour compléter cette intéressante rubrique dans le supplément de l'est Républicain ce cette semaine il y a 2 articles concernant les Américains, le premier : une battue dans les bois de Thiaucout ^pour chasser les filles et leurs protecteurs. Et le second : un Américain assassiné.

Cordialement

Pierre

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