ERNESTINE Brick goélette de Saint Malo

olivier 12
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Re: ERNESTINE Brick goélette de Saint Malo

Message par olivier 12 »

Bonjour à tous,

ERNESTINE

Brick goélette de 160,38 tx JB 124 tx JN
Construit en 1882 par le chantier Gautier de Saint Malo
Immatriculé à Saint Malo n° 3725
En 1914, armé pour la grande pêche sur les bancs de Terre neuve, il appartenait à l’armateur Avril Fils.
Il semble avoir été repris pendant la guerre par un armateur de Quiberon, Le Quellec, mais était exploité par la Société Générale d’Armement, 4 Place Graslin à Nantes.

Cette Société Générale d’Armement possédait pendant la Grande Guerre les voiliers
LA FONTAINE, LA PEROUSE, LA ROCHEFOUCAULT, LEON BLUM, MAC MAHON, MARECHAL DAVOUT, MARECHAL DE TURENNE, MARECHAL DE VILLARS, MARIE, MEZLY, MICHELET, MOLIERE, NANTES, NEUILLY, NOEMI, NOTRE DAME D’ARVOR, RENE KERVILER, SAINT LOUIS, SULLY, THIERS, TOURAINE, VENDEE, VERSAILLES, VILLE DE MULHOUSE et VINCENNES.

Elle possédait aussi une filiale à Arcachon, spécialisée dans la pêche avec des chalutiers à vapeur comme SAINT JOSEPH, NAALSO, IRMA et JEANNE CELINE.

Enfin, il semble bien qu’elle exploitait pour son compte certains voiliers caboteurs comme ERNESTINE.

Note de la Société Générale d’Armement au Capitaine de Vaisseau commandant la Marine à Nantes 18 Mai 1917


Nous signalons à votre attention la conduite du capitaine CATROU, commandant notre brick goélette ERNESTINE. Ce navire a pris à Swansea un chargement de briquettes à destination d’Arcachon. (Nota : on peut légitimement penser que ce charbon était destiné aux chalutiers à vapeur de l’armement.) Il a relâché à Falmouth qu’il a quitté le 17 Avril 1917 au soir en convoi composé de 4 navires français et de 2 goélettes anglaises. Le point de séparation fixé par l’Amirauté était l’île Vierge. Vent d’WNW.
Le 18 Avril, ERNESTINE se trouvait sous le vent du convoi lorsqu’il a du lofer pour doubler les roches de Portsall. A 06h40, le brick goélette SURCOUF, qui était à 1,5 mille au vent d’ERNESTINE fut canonné et coulé par un sous-marin. Notre capitaine fit immédiatement vent arrière pour se diriger vers la côte pour échapper au sous-marin. Ne le voyant plus, il revint au plus près pour doubler les roches de Portsall quand le sous-marin fut à nouveau aperçu se dirigeant vers ERNESTINE à toute vitesse.

Voici un extrait du récit du capitaine

« Je savais qu’il n’y aurait pas d’avertissement et que le sous-marin nous coulerait le plus vite possible. Plutôt que de mettre sur le mât, j’ai laissé porter vent arrière pour lui échapper. Nous filions 5 nœuds. Le 1er coup fut en bonne direction, mais 6 m trop court. La gerbe d’eau fut énorme et faillit nous couvrir, mais seuls quelques embruns volèrent à bord. J’avais pris la barre et, comme le canot était prêt, j’y embarquai l’équipage tout en le maintenant amarré à couple. Seul le maître d’équipage est resté avec moi, prêt à exécuter mes ordres.
Le 2e coup, tiré à obus explosif, a touché l’eau à la même distance du couronnement, tellement près que les autres navires nous ont crus coulés. Un des éclats a fait une déchirure dans la grand voile et l’explosion m’a rendu sourd quelques instants.
Le 3e coup fut tiré précipitamment sans doute car le convoyeur avait ouvert le feu. Il passa à ranger la mâture, sans nous faire de mal. Le sous-marin riposta par un ou deux coups sur le chalutier, quand deux torpilleurs sortirent de l’Aber Wrach et lui donnèrent la chasse. Malheureusement, il était trop tard. »

Nous estimons que le capitaine Catrou a fait preuve d’un très grand sang froid et, par sa manœuvre, a sauvé son navire. Nous vous serions très obligés de signaler sa conduite à Monsieur le Ministre de la Marine.

Note du Capitaine de Vaisseau commandant la Marine à Nantes au Ministre de la Marine. 12 Juin 1917

En complément de l’enquête faite à La Pallice, le bâtiment ayant fait relâche à l’île de Ré, on peut juger que le capitaine Catrou a fait preuve de courage et d’abnégation. En restant seul à la barre et en faisant embarquer son équipage dans un canot qu’il maintenait à l’abri sous le vent du bâtiment, il s’exposait seul avec son maître d’équipage.
L’arrivée des torpilleurs a débarrassé ERNESTINE du sous-marin, mais la conduite du capitaine n’en reste pas moins digne d’éloges

Le sous-marin attaquant

Comme pour le SURCOUF, c’était l’UC 26 du KL Matthias Graf von Schmettow.

Epilogue

ERNESTINE sera néanmoins coulée quelques semaines plus tard, le 13 Juin 1917, à six milles dans l’WNW du cap Ferret, par canonnage, par l’UC 48 du KL Kurt Ramien. (Récit à venir ultérieurement)

Cdlt
olivier
Memgam
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Re: ERNESTINE Brick goélette de Saint Malo

Message par Memgam »

Bonjour,

Ernestine, propriété de F. Avril fils de Saint-Malo jusqu'au 22 juin 1916, puis propriété de la Société générale d'armement de Nantes.

Le rapport de mer de la perte de l'Ernestine, capitaine au long cours Catrou, est aux AD de Loire-Atlantique. Le capitaine est de la vieille école, voire de la très vieille, car il écrit que quatre "boulets" lui ont été tiré dessus. Pour autant, il leur reconnait leur pouvoir d'exploser, sauf le 4 ème qui n'a pas explosé...

Source : René Richard et Jacques Roignant, Les navires des ports de la Bretagne provinciale coulés par faits de guerre 1914-1918, volume 1, Association Bretagne 14-18, 2010.

Cordialement.
Memgam
Rutilius
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Re: ERNESTINE Brick goélette de Saint Malo

Message par Rutilius »


Bonjour à tous,


Ernestine — Brick goélette — Société générale d’armement, Nantes.


■ Historique (complément).


― 13 juin 1917 : Arraisonné au canon par le sous-marin allemand UC 48 (Kapitänleutnant Kurt Ramien) à environ 6 milles dans l’O.N.-O. du cap Ferret, puis incendié, coulé au moyen de charges explosives et finalement achevé par un ultime coup de canon tiré dans le flanc tribord. Aucune victime.


Rapport de mer du capitaine Catrou (19 juin 1917).


« L’an mil neuf cent dix-sept, le dix-neuf juin, devant Nous, Président du Tribunal de commerce de Nantes, assisté de M. E. Ouvrard, commis greffier, a comparu le sieur Catrou, capitaine au long-cours, commandant le brick goélette Ernestine, du port de Nantes, appartenant à la " Société générale d’armement ", jaugeant en douane 124 tonneaux 13/100e, armé de huit hommes d’équipage tout compris, lequel déclare être parti d’Arcachon à la remorque du chalutier Naalso le 11 juin 1917 à 6 h. du soir, coque et gréement en parfait état de navigabilité. Trop tard pour donner les passes, mouillé au Ferret. Le lendemain à 7 h., appareillé à la remorque du Naalso ; mer houleuse, nombreux brisants dans la passe, faible brise d’O.N.-O. A 11 h., au large de la bouée à cloche, établi toute la voilure et pris bâbord amure, largué la remorque, fait plusieurs bords pour tenir près de terre, le Naalso étant en pêche à quelques milles dans le S.-O. A la nuit, calme, toujours en vue du feu du cap Ferret ; le courant dans la nuit nous drosse un peu au large. Le 13, à 7 h. du matin, à 6 milles environ dans l’O.N.-O. du cap Ferret, aperçu un bateau qui, à première vue, m’a semblé être le Naalso, mais quelques minutes après, une détonation et un boulet tombant à une vingtaine de mètres du bord me fit penser que c’était un sous-marin (plus tard, j’ai pu me rendre compte que ce sous-marin avait une construction spéciale). A ce moment, il faisait calme plat. Environ une minute après, un deuxième boulet passa dans la mâture, coupant quelques manœuvres. Donné l’ordre d’appeler la bordée de quart en bas et de débarquer le canot. Un troisième boulet passa dans la mâture en explosant comme tous ont fait d’ailleurs, coupant des manœuvres, trouant les voiles. Le quatrième, tiré plus court, frappa dans la coque, côté bâbord, mais n’explosa pas. A ce moment, poussé le canot en dehors et amarré ; donné l’ordre à l’équipage d’embarquer et, après m’être rendu compte que tout le monde avait évacué le bord, embarqué moi-même dans le canot et donné ordre de déborder pendant que le sous-marin continuait son tir et se rapprochait de plus en plus. Une quinzaine de coups furent tirés après que nous avons délaissé le bord. Sur un signe du sous-marin, dirigé l’embarcation sur lui ; peu de temps après, accosté. On nous donne l’ordre d’embarquer tous à bord et on me demanda le nom du capitaine, celui du voilier, nos nationalités, la nature du chargement et si nous étions armés. Sur ma réponse négative à cette dernière question, il me fut répondu qu’un officier et trois marins allemands allaient être envoyés à bord avec deux de mes hommes pour les conduire. Les cinq hommes restant et moi fûmes placés sur l’avant de sa pièce chargée en notre présence, avec menace de tirer sur nous si des armes étaient trouvées à bord. Ces marins avaient pris avec eux deux bombes et un seau de liquide inflammable pour mettre le feu dans la chambre, ce qui fut fait après avoir fouillé et pris les papiers du bord et des vivres. Les bombes furent placées le long du bord à tribord par le travers des haubans de chaque mât. Du feu mis dans la chambre, il sortit bientôt une épaisse fumée noire, suivie peu après d’une flamme immense qui monta à la hauteur des mâts. Un essai de feu mis dans le panneau arrière ne réussit pas, gêné par les aussières et remorques qui s’y trouvaient. Le canot alors revint, emportant papiers et vivres qui furent mis à bord du sous-marin. Aussitôt, on nous fit descendre dans notre embarcation, nous disant de partir. Il était environ 8 h. 45. Éloignés d’une centaine de mètres du sous-marin, les deux bombes éclatèrent en même temps qu’un coup de canon fut tiré à une quarantaine de mètres en plein flanc tribord. Le navire aussitôt remplit à hauteur du pont et chavira sur bâbord, position dans laquelle nous l’avons perdu de vue. Le sous-marin est resté longtemps près de l’épave puis s’est dirigé vers le Nord à petite allure. Vers 9 h. ½ à l’heure du bord, nous vîmes un hydravion qui eut l’air de se diriger vers l’ennemi, sans que j’aie pu me rendre compte que le pirate avait plongé. Nagé pour chercher la bouée à cloche. Vers 11 h., aperçu trois hydravions se dirigeant vers le N.-O. ou à peu près. A midi ¼, aperçu aux environs des bouées extérieures un petit navire que je supposais être la gazoline des hydravions. Gouverné dessus. A midi et demi, demandé à ce bateau qui s’était dirigé sur nous s’il voulait nous remorquer dans le port, n’ayant à bord que deux avirons et mes hommes très fatigués. Il nous fit embarquer, prit le canot à la remorque et donna à mes hommes de quoi se restaurer. Vers deux heures, débarqué au wharf des " Pêcheries nouvelles ". Conduit mes hommes au restaurant où ils déjeunèrent et, ensuite, conduit dans un magasin d’effets désigné par la Marine pour y être habillé, car canonnés sans avertissement, n’avions pu sauver aucun effet, n’étions vêtus que légèrement et l’équipage pieds nus. Le 14, pris le train de 7 h. 22 pour Bordeaux où nous arrivâmes à 9 h. et, à dix heures, mon interrogatoire eut lieu en présence de l’équipage par l’administrateur en chef de la Marine à Bordeaux, assisté d’un enseigne de vaisseau. Le tout fut terminé à 11 h. ½. A la réouverture du bureau, il fut distribué aux hommes, ainsi qu’à moi, des feuilles de permissionnaires nous donnant droit à demi tarif pour la conduite au port d’armement, laquelle conduite j’ai avancée à cinq des hommes, de façon qu’ils puissent partir aussitôt pour Auray. Avec le calme qui régnait, aucune manœuvre n’a été possible pour fuir le sous-marin.

En foi de quoi, j’ai dressé le présent rapport que je certifie sincère et véritable pour servir et valoir ce que de droit, me réservant en outre le droit de l’amplifier si besoin est.

Le présent rapport n’ayant pu être établi à Bordeaux par suite de l’état de fatigue dans lequel je me trouvais, j’ai décidé de le déposer devant le Tribunal de commerce de Nantes, port d’armement de l’Ernestine. J’ajoute que tous les papiers du bord : acte de francisation, congé en douane, certificat de classification au Veritas, ont été pris par le sous-marin ennemi. Je n’ai pu sauver que le connaissement et la charte-partie dont j’avais sur moi un exemplaire. La position exacte dans laquelle le navire fut coulé était : latitude 44° 41’ N., longitude 6° 44’ Ouest du méridien de Paris.

Ont aussi comparu les sieurs Pradic et Baron faisant partie de l’équipage, lesquels ont juré et affirmé que le présent est sincère et véritable et le capitaine a signé avec les comparants.
[Suivent les signatures]

En conséquence, nous avons reçu le présent sous notre seing et celui du greffier après lecture. »

Signé : E. Ouvrard et Étienne Baillergeau [Président].

[Enregistré à Nantes A.J., le 9 juillet 1917, f° 93, C. 12]


(Archives départementales de Loire-Atlantique, Rapports de navigation des capitaines au long-cours et au cabotage enregistrés par le Tribunal de commerce de Nantes, 16 janv. 1916 ~ 16 déc. 1919, Cote 21 U 77, p. num. 136)
Bien amicalement à vous,
Daniel.
Rutilius
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Re: ERNESTINE Brick goélette de Saint Malo

Message par Rutilius »


Bonsoir à tous,


■ Le capitaine du brick goélette Ernestine.

— CATROU Pierre Marcel, né le ... à ... (...) et décédé le 18 décembre 1925 à bord du trois-mâts Duquesne, au canal de la Martinière, commune de Frossay (Loire-Inférieure – aujourd’hui Loire-Atlantique), à l’âge de 44 ans. Inhumé à Port-d’Envaux (Charente-Inférieure – aujourd’hui Charente-Maritime).

(L’Ouest-Éclair – éd. de Nantes –, n° 8.828, Dimanche 20 déc. 1925, p. 4, en rubrique « Obsèques »).

Capitaine au long-cours, inscrit à ..., n° ... (Brevet vraisemblablement obtenu en Janvier 1909). En 1914, commandait le trois-mâts carré Léon-Blum, appartenant également à la Société générale d’armement.
Bien amicalement à vous,
Daniel.
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Yves D
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Re: ERNESTINE Brick goélette de Saint Malo

Message par Yves D »

Bonjour à tous
En complément de l'incident survenu avec UC 26, vous pouvez trouver une biographie de Matthias von Schmettow à cette adresse :

http://fr.calameo.com/read/000802552fcf09c0d30cc

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www.histomar.net
La guerre sous-marine 14-18, Arnauld de la Perière
et autres thèmes d'histoire maritime.
Memgam
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Re: ERNESTINE Brick goélette de Saint Malo

Message par Memgam »

Bonjour,

Le capitaine Pierre Catrou a également commandé Bourbaki, trois-mâts barque de la Société nouvelle d'armement.

Source : Henri Picard, La fin des cap-horniers, Edita-Vilo, 1976.

Cordialement.
Memgam
olivier 12
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Re: ERNESTINE Brick goélette de Saint Malo

Message par olivier 12 »

Bonjour à tous,

Naufrage du 13 Juin 1917

L’équipage d’ERNESTINE se composait de 8 hommes dont :

- CATROU Pierre Capitaine Rochefort 237
- THOMAS 2e capitaine
- GUENA Emile Matelot
- LE BOULICAUT Matelot
- PRADIC Yves Matelot
- BARON Matelot

Le récit du naufrage donné par la commission d’enquête est identique au rapport du capitaine que l’on trouve aux AD de Nantes

Description du sous-marin

Environ 60 m de long. Pas de numéro
Kiosque très élevé avec tôles de pavois à l’avant
Canon à l’avant du kiosque fixé à l’avant. L’équipage français fut aligné face au canon et le commandant dit que l’on tirerait sur eux si des armes étaient trouvées à bord d’ERNESTINE. Trois marins français et trois marins allemands accompagnés d’un officier se rendirent sur le voilier.
Tube lance torpilles à l’avant, à fleur d’eau, sur bâbord.
Installation TSF avec antennes allant de l’avant à l’arrière par-dessus le kiosque
Peint en gris foncé. Peinture ancienne

Vu 4 officiers et 4 hommes. Le commandant, en tenue, avait 32 ou 33 ans (nota : la Cdt Ramien avait 28 ans) Petite barbe en pointe.
C’est le second du sous-marin qui aurait interrogé le capitaine Catrou. Il parlait correctement anglais et quelques mots de français.
Autres hommes en tenue très sale et négligée.

Voici la silhouette du sous-marin.


Image

Conclusion de la Commission d’enquête (CF GARNIER)

Il n’y a aucun reproche à adresser, ni aucune récompense à demander. Le navire n’ayant aucun moyen de défense, l’abandon s’imposait. Le capitaine a fait procéder à l’évacuation de son navire avec ordre et calme. Il a quitté son bord le dernier. Il est exempt de tout reproche.

Cdlt
olivier
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