JULIA - goélette - A. Briand -Fécamp

Memgam
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Re: JULIA - goélette - A. Briand -Fécamp

Message par Memgam »

Bonjour,

Julia, goélette construite en 1902, 166 tjb, 133 tjn, armateur Anastase Briand de l'île Grande en Pleumeur Bodou (Côtes du Nord), immatriculé à Fécamp.

Coulé par UB 23, EV Voigt, 21 octobre 1916 à 15 milles, NNE d'Ouessant.

"UB 23, enseigne de vaisseau Voigt,

Du 18 au 31 octobre, croisière dans la Manche occidentale.
Le 21, le vapeur norvégien Snestadt, 2 350 tx, chargé de minerai de fer d'Espagne pour l'Angleterre et la goélette Julia, 166 tx, chargée de poteaux de mines pour l'Angleterre furent coulés ; les équipages furent pris à bord du sous-marin et donnés ensuite à des bâtiments neutres."



Sources : Liste JPC
Jean Recher, Le grand métier, journal d'un capitaine de pêche à Fécamp, Plon, 1977, Annexe IV, liste, de 1900 à 1977 des chalutiers à la grande pêche armés par Fécamp, page 429.
Arno Spindler, La guerre sous-marine, III, d'octobre 1915 à janvier 1917, Payot, 1935, page 382.

Cordialement.
Memgam
Rutilius
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Re: JULIA - goélette - A. Briand -Fécamp

Message par Rutilius »

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Bonsoir à tous,


Le Journal de Rouen, n° 305, Mardi 31 octobre 1916, p. 2.


« La goélette Julia, ancien morutier de Fécamp en Islande, appartenant naguère à M.M. Caron et Ledrun, et devenue la propriété de M. A. Briand, armateur à Lille-Grande (sic), qui l’avait affectée au cabotage international, a été coulée par un sous-marin allemand.
L’armateur qui se trouvait comme second à bord de la Julia, est resté quarante heures prisonnier à bord du sous-marin, qui a enlevé et gardé tous les papiers de la goélette.
Le même officier avait échappé au torpillage de son navire Annette-Marie, à bord duquel il se trouvait, il y a deux mois.
»


Il découle de cette brève :

— que l’armateur du trois-mâts goélette Julia était Anasthase Briand, de L’Île-Grande (Pleumeur-Bodou, Côtes-d’Armor), auquel appartenait également le trois-mâts goélette Annette-Marie, coulé le 10 août 1916 dans le Nord-Est de Barfleur par le sous-marin allemand UB-18 (Oberleutnant zur See Otto Steinbrinck) ;

—> pages1418/Forum-Pages-d-Histoire-aviati ... 3215_1.htm

— que ce bâtiment lui avait été récemment cédé par la société en nom collectif Louis Caron, Ledrun & Cie, de Fécamp – société formée en vue de la pêche et de l’armement, qui fut amiablement liquidée par ses deux fondateurs au début des années 1920.

Le résumé de l'historique de ce voilier pourrait donc être :

Julia – Trois-mâts goélette de 166 t jb et de 132,34 t jn construit en 1902. Ancien morutier islandais de la société en nom collectif Louis Caron, Ledrun & Cie, de Fécamp. Lors de sa perte, propriété d’Anasthase Briand, de L’Île-Grande (Pleumeur-Bodou, Côtes-d’Armor), qui l’avait armé au cabotage international, très probablement à Fécamp.

Alors qu’il allait dans un port du Royaume-Uni avec un chargement de poteaux de mine, incendié le 21 octobre 1916 à 15 milles dans le N.N.-E. de l’Île d’Ouessant par le sous-marin allemand UB-23 (Oberleutnant zur See Ernst Voigt).


Il semble que ce trois-mâts fut initialement construit pour un sieur Bouduelle, armateur à Paimpol. Dans une « Situation au 1er juillet 1903 du tonnage admis à participer aux primes à la navigation et compensations d’armement, dans la limite de 150 millions prévue par l’article 23 de la loi du 7 avril 1902. » (J.O. 11 juill. 1903, p. 4.244) – situation établie en application de l’article 31 du décret du 9 septembre 1902 portant règlement d’administration publique pour l’application de la loi du 7 avril 1902 sur la marine marchande (J.O. 10 sept. 1902, p. 6.080) –, se trouve en effet mentionné un « voilier de construction française » de 167,11 tx jb du nom de Julia, lancé pour cet armateur par le chantier Alleau, moyennant le prix de 60.025,87 fr., et francisé le 4 avril 1903. (p. 4.246).
Bien amicalement à vous,
Daniel.
Memgam
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Re: JULIA - goélette - A. Briand -Fécamp

Message par Memgam »

Bonjour,

extrait d'un rapport du lieutenant de vaisseau, commandant le Grondeur à M. le Commandant des torpilleurs de la Flottille de Brest.

24 octobre 1916 - J'ai l'honneur de vous adresser les éléments qui m'ont été fournis par l'armateur et le capitaine de la goélette Julia, dont j'ai ramené hier soir l'équipage à Brest.
La Julia, de Fécamp, allant de La Rochelle à Swansea, avec chargement de poteaux de mines, avait relâché à Camaret. Elle quitta ce port le samedi 21, vers midi et remonta le Four dans la journée. Vers 20 heures, se trouvant à 15 milles environ dans le nord du phare du Four et naviguant tous feux éteints, par une nuit très noire, elle se trouva soudain en présence d'un sous-marin allemand. Quelques hommes de l'équipage de ce navire de guerre se rendirent à bord de la goélette en empruntant son canot. Après s'être emparés des pavillons, baromètres, montres d'habitacle et des papiers du bord, ils y mirent le feu après arrosage au pétrole et à l'huile des matelas du poste d'équipage. Le personnel de la goélette prit alors place dans son canot. La mer était très grosse, comme j'ai pu m'en rendre compte moi-même, ayant croisé toute la nuit dans ces parages. Le commandant du sous-marin, par un restant d'humanité que nous sommes forcés de constater, fit alors embarquer tout le monde sur son bâtiment et laissa le canot partir à la dérive. L'équipage de la Julia a passé à bord du sous-marin la nuit du 21 au 22, la journée du 22, la nuit du 22 au 23 ; il fut remis, le 23, vers 10 heures, à 8 milles dans le SO d'Armen au vapeur norvégien Verlande se rendant de Saint-Nazaire à Newport sur lest. Ce navire fut arrêté à coups de canon et ne dut son salut, parait-il, qu'à sa qualité de neutre ne transportant pas de marchandises.
Renseignements sur le sous-marin : Navire de 65 à 70 m de long, ne donnant pas d'ailleurs cette impression lorsqu'il navigue en surface. Armement : 2 tubes d'étrave superposés, 4 torpilles (une de ces dernières avait été utilisée), 1 canon sur le pont d'un calibre supérieur au 75 mm, vraisemblablement un 88. Ce canon est approvisionné à bras, par un trou d'homme, ce qui ne semble pas permettre un tir rapide. Equipage nombreux, de 30 à 40 hommes. Les hommes ont reçus la même nourriture que les matelots du bord et l'on trouvée déplorable. On peut en conclure que, si l'Allemagne approvisionne de cette façon déplorable des équipages d'élite et soumis à un rude labeur, l'alimentation générale du pays ne doit pas être brillante. La viande du ragoût paraissait être du chien et distribuée d'une manière très parcimonieuse. Il restait 14 jours de croisière à faire. Le pain était encore frais, ce détail semblerait indiquer que la durée de croisière d'un sous-marin de ce type est d'une vingtaine de jours. La mer étant bien faite, on a pu constater bien qu'à l'intérieur du bâtiment et sans compas que les habitudes de croisières étaient les suivantes : de jour, le sous-marin reste en surface ou demie plongée à proximité de points d'atterrissage. Quitte cette faction à la chute du jour et s'éloigne de la côte en surface pendant 2 h 1/2 ou 3 h. Vers 21 heures, plongée à grande profondeur, route à petite vitesse, juste ce qu'il faut pour se maintenir ; tout le monde se repose. Vers 4 heures du matin, reprend la surface, route en vitesse vers le point d'atterrissage choisi pour sa veille du jour, puis vers 7 heures, croisière à petite vitesse toujours en surface. Le sous-marin prend la plongée de jour s'il aperçoit des patrouilleurs.

C'est en arraisonant le Verlande que le Grondeur a recueilli l'équipage de Julia.

Source : René Richard et Jacques Roignant, Les navires des ports de la Bretagne provinciale coulés par faits de guerre 1914-1918, volume 2, Association Bretagne 14-18, 2012, pages 97-98.

Cordialement.
Memgam
Rutilius
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Re: JULIA - goélette - A. Briand -Fécamp

Message par Rutilius »

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Bonjour à tous,


■ L’armateur du trois-mâts goélette Julia lors de la perte de ce bâtiment.


— BRIAND Anasthase, né le 10 septembre 1877 à Pleumeur-Bodou (Côtes-du-Nord – aujourd’hui Côtes-d’Armor –) et décédé le ... à ... (...). Classe 1897, n° 1.012 au recrutement de Guingamp ; inscrit le 4 mai 1901 au quartier de Lannion, f° et n° 3.596.

Fils de Nicolas Marie BRIAND, né le 14 octobre 1835 à Trébeurden (Côtes-du-Nord – aujourd’hui Côtes-d’Armor –) et décédé le 31 mars 1890 à Fort-de-France (Martinique), marin, et de Marie Yvonne PINCEMIN, née le 1er février 1852 à Pleumeur-Bodou et y décédée, le 6 novembre 1880, « ménagère » ; époux ayant contracté mariage à Pleumeur-Bodou, le 4 octobre 1863 (Registre des actes de mariage de la commune de Pleumeur-Bodou, Année 1863, f° 11, acte n° 10. ~ Registre des actes de naissance de la commune de Pleumeur-Bodou, Année 1877, f° 34, acte n° 65.).

Époux de Marie Perrine GAREL, née le 3 décembre 1880 à Pleumeur-Bodou, « ménagère », avec laquelle il avait contracté mariage dans cette commune, le 7 février 1900 (Registre des actes de mariage de la commune de Pleumeur-Bodou, Année 1900, f° 5, acte n° 4.).

Fille de Hyacinthe GAREL, né le 15 juillet 1860 à Cavan (Côtes-du-Nord – aujourd’hui Côtes-d’Armor –), carrier [marin en 1879], et de Catherine LE FLEM, née le 24 janvier 1854 à Pleumeur-Bodou et y décédée, le 4 octobre 1897 ; époux ayant contracté mariage dans cette commune, le 16 novembre 1879 (Registre des actes de mariage de la commune de Pleumeur-Bodou, Année 1879, f° 24, acte n° 22.).


**********

Par décret du Président de la République en date du 27 septembre 1920 (J.O. 30 sept. 1920, p. 14.433), nommé au grade de chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur dans les termes suivants :

« Briand (Anasthase), marin, demeurant à Pleumeur-Bodou ; 24 ans de services. Au cours des hostilités, lors des torpillages des navires Annette-Marie et Julia, sur lesquelles il fut successivement embarqué, a fait preuve d’un courage et d’un dévouement exceptionnels. Gardé prisonnier à bord d'un sous-marin allemand pendant quarante-huit heures, conserva la plus noble attitude. »
Bien amicalement à vous,
Daniel.
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