Bonjour à tous,
■ Historique.
En vertu d’un marché passé le 13 décembre 1916 par le Ministère de la Marine — qui visait également les patrouilleurs-dragueurs Perche et Truite —, la Tanche fut construite par le chantier de la Palice de la société anonyme dite « Société d’exploitation des établissements Delaunay~Belleville ». Par suite des difficultés rencontrées par l’entreprise pour s’approvisionner en matériaux et se faire livrer les machi-nes indispensables à la construction du navire, ce dernier ne fut lancé que le 9 juin 1918. Après avoir effectué ses essais à demi-puissance le 17 décembre 1918, il fut finalement mis en service le 10 février 1919 ; d’abord affecté à la Division des patrouilles de Gascogne, il fut versé à la Flottille de Provence le 25 septembre 1919.
Début 1920, le bâtiment fut mis à la disposition de l’administration de la Marine marchande et des Transports maritimes pour être affecté à des missions de recherche océanographique. Aux frais de cette administration, il fut conduit de Marseille à Lorient par un équipage de marins de l’État (L’Ouest-Éclair — éd. de Caen —, n° 7.292, Samedi 3 janvier 1920, p. 4). Dans un premier temps, il fut utilisé par le Service de surveillance des pêches comme garde-pêche attaché au port de Lorient, étant commandé par l’inspecteur des pêches maritimes de 2e classe Barthélémy Pierre Marie COUBLANT, qui avait été nommé à cet emploi par un arrêté du Sous-secrétaire d’État chargé des Ports, de la Marine marchande et des Pêches en date du 13 avril 1920 (J.O. 15 avr. 1920, p. 6.005).
Puis, après avoir fait transformer ce bâtiment en navire hydrographique dans le port de Lorient et l'y avoir fait immatriculer, le 28 juillet 1921 — marque de coque : L. 2129 —, le Service de surveillance des pêches le loua à l’Office scientifique et technique des pêches maritimes, établissement public de l’État qui venait d’être créé par l’article 10 de la loi du 31 décembre 1918 (J.O. 1er janv. 1919, p. 23) et le décret du 12 mars 1919 (J.O. 14 mars 1919, p. 2.709), à l’époque dirigé par Louis Marie Adolphe Oli-vier Édouard JOUBIN, professeur au Muséum d’histoire naturelle de Paris. L’office l’utilisa notamment pour l’exécution des travaux attribués à la France par le programme de travail arrêté par la Section de l’Atlantique de la Commission internationale pour l’étude de la mer, instance qui avait son siège à Co-penhague (Séance de l’Académie des Sciences du 8 mai 1923 : J.O. 14 mai 1923, p. 4.677). Il l’employa pour toutes ses croisières scientifiques jusqu’en 1928, son commandement étant exercé, du moins en 1922 et 1923, par le capitaine au long-cours Raymond RALLIER du BATY, qui, en 1908, avec le ketch J.-B. Charcot, puis, de 1912 à 1914, avec le ketch mixte La Curieuse, avait exploré les Îles Kerguelen. En 1929, eu égard à la vétusté du navire, l’office décida de s’en séparer et le restitua au Service de sur-veillance des pêches, qui le remit aux fins de vente à l’administration des Domaines (L’Ouest-Éclair — éd. de Caen —, n° 12.303, Lundi 14 juillet 1930, p. 8).
A la suite de diverses péripéties, et sans doute en raison d’une vente intermédiaire, la Tanche fut fina-lement acquise en 1930 par société à responsabilité limitée Merrienne, société formée le 23 novembre 1927 et établie à Fécamp, aux 92-94, quai Guy de Maupassant (Archives commerciales de la France, n° 99, Mardi 13 décembre 1927, p. 3.570), venue aux droits de la société en nom collectif Merrienne Frères, qui avait été formée le 1er juillet 1913. Reconvertie au Havre en drifter harenguier, elle entra le 1er septembre 1930 à Fécamp, où elle fut réimmatriculée F. 725. Elle fit toutes les campagnes au hareng jusqu’en 1939, demeurant toutefois désarmée durant les campagnes au maquereau des années 1933, 1934, 1938 et 1939.
Réquisitionné le 9 septembre 1939, le bâtiment fut conduit au Havre, où il désarma le 16, mais fut restitué à sa société propriétaire dès le 20 octobre 1939. Il reprit alors la pêche au hareng, puis arma au maquereau au début de l’année 1940, ses sorties en mer étant néanmoins passablement contrariées par l’avancée allemande.
Le 18 juin, avec tous les autres bâtiments du port de Fécamp, il reçut l’ordre du Préfet maritime d’ « appareiller d’urgence pour se rendre dans un port du Sud de la Loire », ce qu’il fit. Alors placé sous les ordres du capitaine Constant Pierre Honoré MARIE, il toucha Lorient le 19, à 6 h. 00, afin d’y char-bonner, rejoignant dans ce port un autre chalutier fécampois, le Saint-Pierre, de l’armement Veuve Jules BAJARD, commandé par le capitaine Georges Pierre FRÉGER — inscrit au quartier de Fécamp, n° 7.202. A défaut de grutier, l’opération commença à la pelle à 13 h. 45, avec le concours empressé de nombreux candidats au départ, soucieux de quitter la ville au plus vite pour se mettre en sûreté. Mais l’ordre parvint de transborder le charbon sur le Saint-Pierre, amarré à couple, qui devait appareiller le premier. Ce transfert effectué, le Saint-Pierre embarqua 104 passagers et, vers 15 h. 00, quitta Lorient sans encombre à destination de Bordeaux, où il désarma le 1er juillet.
Après avoir chargé son propre charbon et embarqué environ 200 passagers : réfugiés des régions enva-hies, soldats français et polonais, apprentis de l’École des mécaniciens de Lorient, la Tanche appareilla un peu plus tard, avec 30 membres d’équipage, puis s'engagea dans la passe Ouest des Courreaux de Groix. A 16 h. 10, à 150 mètres de la tourelle des Truies, elle sauta sur une mine magnétique qui avait été larguée par un avion allemand et coula en quelques minutes. Le courrier de Groix fut le premier navire à arriver sur les lieux, suivi par une pinasse de Gâvres, mais ne fut recueillie qu’une douzaine de rescapés. Les mois suivants, des cadavres furent encore retrouvés à la côte jusqu’à Quiberon, dont celui du novice de la Tanche, Fernand MAYGISERT (L’Ouest-Éclair — éd. de Nantes —, n° 15.935, Samedi 13 juillet 1940, p. 4).
Fin Août 1940, devant Larmor-Plage, le dragueur Montjoie, de la Direction des travaux de l’Arsenal de Lorient, fut à son tour coulé par une mine de même nature. Cinq marins échappèrent au naufrage, mais trois en furent victimes (L’Ouest-Éclair — éd. de Rennes —, n° 15.978, Dimanche 25 août 1940, p. 2).
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Principales sources consultées
— Jack DAUSSY : « Les drifters harenguiers fécampois », Imp. L. Durand & Fils, Fécamp, 1999, p. 46 ; p. 178 à 182.
— « Rapport du Directeur de l’Office scientifique et technique des pêches maritimes au Président du Conseil d’administration dudit office pendant l’exercice 1920 » (J.O. 12 mai 1921, p. 5.742 et s.).