Bonjour Jérôme, bonjour à tous,
Quel personnage ! Bien heureux celui qui arrivera à connaitre le parcours exact de ce colosse excentrique, aventurier-boxeur-marin-poète-fondateur de la revue
Maintenant ou plus précisément comme il s’intitulait lui-même, "Chevalier d’industrie, marin sur le Pacifique, muletier, cueilleur d’oranges en Californie, charmeur de serpents, rat d’hôtel, neveu d’Oscar Wilde, bûcheron dans les forêts géantes, ex-champion de France de boxe, petit-fils du chancelier de la Reine, chauffeur d’automobile à Berlin, cambrioleur, etc., etc., etc..". Né en Suisse, de nationalité anglaise, ayant vécu en Suisse, Angleterre, Allemagne, France, Russie, Espagne, Portugal, Canada, Australie, Mexique, etc.…,concernant son appartenance à divers régiments, effectivement, l’homme aurait pu endosser un certain nombre d’uniformes, mais on est seulement sûr qu’il a revêtu (rapidement) celui de l’armée US, puisque sa fille Fabienne racontera qu’il avait été mobilisé dans l’armée américaine. En effet, en 1917, alors qu’il vit à New-York, les Etats-Unis déclarent la guerre à l’Allemagne. Les Etats-Unis, qui au début des hostilités n’envisagent pas d’incorporer les étrangers résidant sur leur territoire, commencent à faire appel à eux. La situation de Cravan, muni d’un passeport Russe, est assez complexe ! Il aurait cherché à obtenir un statut d’objecteur de conscience et en désespoir de cause, choisi de fuir vers le Canada habillé en soldat américain. Il passe la frontière en compagnie d’un ami, puis gagne le Mexique où il trouvera la mort dans des circonstances assez troubles en 1918.
Il est également possible qu’Arthur Cravan ait porté furtivement l’uniforme français dans les débuts de la guerre, puisque sa femme, dans ses souvenirs, relate l’anecdote suivante : "Un jour, pour avoir le voyage gratuit jusqu’à Paris, Colossus (elle le surnommait ainsi) s’enrôla mais prit le large sitôt arrivé à destination, disant : "J’ai une petite affaire à régler avec mon Consul". La nuit même, il prit le chemin de Barcelone et passa la frontière grâce au concours d’un millionnaire irresponsable".
En 1914, quand le conflit éclate, il se trouve dans les Balkans, à la veille d’un cycle de conférences organisé sous les auspices d’un imprésario avec qui il ne peut communiquer qu’en allemand. Un peu par hasard ils se retrouvent en France où ils manquent de se faire trucider par un poilu les ayant entendu converser dans la langue de Goethe. A la déclaration de la guerre il disparait, peu enthousiaste d’aller revêtir l’uniforme du roi George V. (Il affiche d’ailleurs des sentiments germanophiles). Ne se sentant en rien concerné par le jeu des puissances rivales qui viennent de se déclarer la guerre, Cravan met toute son énergie à trouver son propre no man’s land. Il dit: "Que l'Europe crêve; je n'ai pas le temps!". Franchir les frontières devient, en quelque sorte, son passe-temps favori. Il est bien décidé à ne pas répondre à l’ordre de mobilisation, et c’est pour lui le début d’une série d’aventures ténébreuses dans le circuit d’un passeport caméléon. Après un voyage digne des westerns à travers l’Europe centrale en compagnie d’une bande de desperados de son acabit, il se retrouve en 1915 en Espagne où il dit être Canadien. C’est à Barcelone qu’il organisera son fameux combat (truqué?)avec le champion américain Jack Johnson. Fin 1916 il part aux USA où il rencontre la poétesse Mina Loy. En 1917, c’est donc la fuite au Canada puis le Mexique en 1918 avec Mina Loy qui le rejoint là-bas. Ils passent quelques temps en Argentine, au Pérou, puis reviennent à Mexico où Arthur travaille comme professeur de boxe. C’est un peu la misère, Mina est enceinte et ils décident de rejoindre l’Angleterre. Elle part devant en compagnie d’une amie via l’Argentine, il doit la rejoindre quelques temps après. Elle ne le reverra pas. La mort d’Arthur Cravan reste mystérieuse ; on a parlé de suicide, de naufrage, de règlement de compte (la police mexicaine aurait fait état de deux corps abattus près de la frontière au bord du Rio Grande ; le signalement de l’un d’eux, blond cendré et très grand, correspondait à celui d’Arthur Cravan, mais il n’y eut pas de suite). Mina Loy cherchera en vain sa dépouille jusqu’en 1923, puis commencera l’écriture de ses souvenirs dans un livre,
Colossus, qu’elle ne terminera jamais.
Comme disait Blaise Cendrars en parlant de cet eternel déserteur: "Sacré cinéma! Avoir fait tout cela pour sauver sa peau de la guerre et l'avoir crevée avant la fin de la guerre, à la veille de la paix, et à Mexico!"...
cdlt
BB
Sources :
Arthur Cravan- Œuvres : Poèmes, articles, lettres- Edition établie par Jean-Pierre Begot- Editions Gérard Lebovici.
http://www.excentriques.com/cravan/guerre-deserte.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Arthur_Cravan
Bruno BAVEREL - Romans: "La voiture de Vandier" - "Les aventures du lieutenant Maréchal" - (Éditions des Indes Savantes) - "Le lieutenant de Mandchourie" (Éditions de L'Harmattan)