RECHERCHE HISTORIQUE – AIMÉ FRANÇOIS PHILIBERT DE CLERMONT-TONNERRE (1871–1940)

Organisation, unités, hôpitaux, blessés....
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Croix de Guerre
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RECHERCHE HISTORIQUE – AIMÉ FRANÇOIS PHILIBERT DE CLERMONT-TONNERRE (1871–1940)

Message par Croix de Guerre »

Note concernant le choix de la rubrique :
Je prie les modérateurs de m’excuser si cette demande n’est pas placée dans la rubrique la plus appropriée. Philibert de Clermont-Tonnerre était rattaché au Service Automobile et non au Service de Santé proprement dit. J’ai néanmoins choisi de publier cette recherche dans la rubrique « Service Santé » parce que mon enquête concerne spécifiquement son rôle auprès d’A. Piatt Andrew et de l’American Ambulance Field Service, dont les sections automobiles assuraient l’évacuation et le transport des blessés pour l’armée française. Si une autre rubrique paraît plus appropriée, je remercie bien entendu les modérateurs de bien vouloir déplacer ce sujet.


Le duc de Clermont-Tonnerre et l’American Ambulance Field Service pendant la Première Guerre mondiale
Bonjour à toutes et à tous,
Dans le cadre de recherches historiques consacrées aux volontaires américains ayant servi en France pendant la Première Guerre mondiale, je cherche à réunir des renseignements, documents, photographies et références concernant :
Aimé François Philibert de Clermont-Tonnerre
8e duc de Clermont-Tonnerre
Né le 29 janvier 1871 à Glisolles (Eure)
Décédé le 26 octobre 1940 à Ancy-le-Franc (Yonne)
Je suis l’auteur d’un ouvrage actuellement en préparation consacré à la Section Sanitaire Américaine no 3 (SSU 3), connue également sous le nom de « Harvard Section », l’une des premières sections d’ambulances américaines à servir directement auprès de l’armée française avant l’entrée en guerre des États-Unis.
Mon travail s’appuie autant que possible sur des sources primaires : correspondances, journaux personnels, photographies, archives militaires françaises et américaines, dossiers de la Légion d’honneur, archives familiales et presse contemporaine. Je prépare actuellement les notices biographiques des officiers et personnalités françaises directement associés à la création et aux premières activités de l’American Ambulance Field Service.
C’est dans ce contexte que je cherche à mieux documenter Philibert de Clermont-Tonnerre.
Ce que nous savons actuellement
Philibert de Clermont-Tonnerre appartenait à l’une des anciennes familles de la noblesse française. Fils de Gaspard Aimé Charles Roger de Clermont-Tonnerre (1842–1910), 7e duc de Clermont-Tonnerre, et de Béatrice Françoise de Moustier (1847–1914), il succéda à son père comme 8e duc de Clermont-Tonnerre en 1910.
Il épousa à Paris, le 2 juin 1896, Élisabeth Antoinette Corisande de Gramont (1875–1954).
Pendant la Première Guerre mondiale, le duc apparaît à plusieurs reprises dans les archives et photographies relatives à l’American Ambulance Field Service, organisation dirigée par l’Américain Abram Piatt Andrew.
Andrew cherchait alors à transformer les petits groupes d’ambulances américaines travaillant principalement pour des hôpitaux en véritables sections automobiles rattachées aux divisions françaises et capables d’évacuer les blessés beaucoup plus près du front.
La documentation de l’American Field Service indique que le duc de Clermont-Tonnerre faisait partie du petit groupe de Français étroitement associé à Andrew et à son organisation. L’histoire officielle de l’AFS le décrit comme :
« the genial Duc de Clermont-Tonnerre, who generally accompanied Mr. Andrew upon his tours of inspection »

c’est-à-dire, approximativement :
« le sympathique duc de Clermont-Tonnerre, qui accompagnait généralement M. Andrew lors de ses tournées d’inspection. »

D’autres témoignages contemporains sont encore plus précis : Philibert de Clermont-Tonnerre servait comme chauffeur d’Andrew et l’accompagnait régulièrement dans ses déplacements auprès des sections américaines. Dans un récit d’un voyage effectué au front de Verdun en juillet 1916, il est explicitement identifié comme :
« Our chauffeur was Philibert, Eighth Duke of Clermont-Tonnerre… »

Andrew lui-même le désigna également, dans un récit de leurs voyages, comme « my aide ».
Le duc apparaît ainsi dans plusieurs photographies prises avec A. Piatt Andrew, Robert Bacon et d’autres responsables de l’organisation américaine.
Un témoignage particulièrement intéressant : Waldo Peirce
Je possède également la transcription du journal personnel de Waldo Peirce (1884–1970), artiste américain et volontaire de la Section Trois, qui fournit un témoignage particulièrement vivant sur le duc.
À la fin d’octobre 1915, Peirce reçut l’ordre de conduire une Ford de remplacement depuis la région parisienne jusqu’à la Section Trois dans les Vosges. Son journal indique qu’il prit en route « the Duke of Clermont ». Les deux hommes voyagèrent ensuite ensemble pendant plusieurs jours.
Le récit est remarquable par ses détails très personnels.
Peirce raconte notamment que le duc l’aida à effectuer une réparation improvisée lorsque la commande d’allumage de leur Ford se détacha. Ils poursuivirent leur voyage sous une pluie battante, passant notamment par Fontainebleau, Sens, Chaumont et Épinal. Peirce décrit également le duc étudiant les panneaux et les routes à chaque carrefour et participant aux aléas mécaniques du voyage.
Le journal mentionne surtout le désir du duc de passer par Ancy-le-Franc, où se trouvait le château familial des Clermont-Tonnerre. Peirce raconte avoir pris le café avec le duc et sa famille, avoir dîné seul avec lui et avoir dormi, avec son humour caractéristique, dans les « royal apartments ».
Peirce et le duc poursuivirent ensuite leur route vers les Vosges, où se trouvait la Section Trois. Son journal constitue ainsi un témoignage direct de la participation personnelle de Clermont-Tonnerre aux déplacements liés à l’American Field Service.
Objet précis de ma recherche
Malgré son appartenance à une famille française très connue, les informations facilement accessibles concernant la vie personnelle et surtout le service de guerre de Philibert de Clermont-Tonnerre sont étonnamment limitées.
Je souhaiterais donc retrouver, si possible :
son dossier militaire, sa fiche matricule ou tout état de services permettant d’établir son grade, son unité et son statut pendant la guerre ;
des documents concernant son éventuelle affectation au Service Automobile de l’armée française ;
toute mention de ses relations avec Abram Piatt Andrew, Robert Bacon, l’American Ambulance ou l’American Field Service ;
des articles de presse français le concernant entre 1914 et 1918 ;
des photographies du duc pendant la guerre, particulièrement en uniforme ou avec les membres de l’American Field Service ;
des lettres, mémoires, journaux personnels ou archives familiales dans lesquels son activité pendant la guerre serait évoquée ;
des renseignements sur ses activités après 1918 ;
son acte de décès à Ancy-le-Franc ;
un avis de décès, une nécrologie ou un compte rendu de ses obsèques publié après sa mort le 26 octobre 1940 ;
le lieu de ses obsèques et de sa sépulture ;
toute référence permettant d’identifier des fonds d’archives de la famille Clermont-Tonnerre, notamment ceux concernant directement Philibert.
Je serais également très intéressé par toute information provenant des Archives départementales de l’Eure, des Archives départementales de l’Yonne, du Service historique de la Défense, des archives municipales ou paroissiales d’Ancy-le-Franc, ainsi que par des références trouvées dans Gallica, Retronews ou la presse régionale de l’époque.
Photographies
Je joins à ce message les photographies que j’ai pu identifier jusqu’à présent comme représentant Philibert de Clermont-Tonnerre, notamment des images le montrant dans l’entourage d’A. Piatt Andrew et des responsables américains.
Si quelqu’un possède d’autres photographies, même non identifiées mais provenant d’albums ou d’archives concernant la famille Clermont-Tonnerre, Ancy-le-Franc, le Service Automobile ou l’American Ambulance, je serais particulièrement reconnaissant de pouvoir les examiner.
Il est tout à fait possible que le duc apparaisse dans certaines photographies de groupe sans être identifié dans la légende.
Pourquoi cette recherche est importante
Mon objectif n’est pas d’écrire une histoire générale de la famille Clermont-Tonnerre, mais de comprendre et de documenter avec précision le rôle personnel joué par Philibert de Clermont-Tonnerre auprès d’A. Piatt Andrew et des volontaires américains pendant la Grande Guerre.
Ces Américains servirent la France alors que les États-Unis étaient encore officiellement neutres. La Section Trois partit pour les Vosges au printemps 1915 et servit auprès de la 66e Division française en Alsace, notamment dans les secteurs de Saint-Maurice-sur-Moselle, Bussang, Kruth, Wesserling, Moosch, Thann, Mittlach et Hartmannswillerkopf.
Les sources américaines montrent que le duc ne fut pas simplement une personnalité mondaine apparaissant occasionnellement auprès des volontaires. Il accompagna régulièrement Andrew dans ses tournées, conduisit pour lui et participa personnellement aux déplacements de l’organisation. Le journal de Waldo Peirce nous permet même de le suivre sur les routes de France dans une Ford destinée à la Section Trois.
Je souhaite maintenant compléter cette documentation américaine par des sources françaises, afin que sa notice biographique repose sur une documentation historique aussi solide et équilibrée que possible.
Toute indication, même partielle — nom d’un fonds d’archives, cote, article de journal, photographie, acte d’état civil, mention dans un ouvrage, souvenir familial ou simple piste de recherche — serait extrêmement appréciée.
Je remercie sincèrement par avance toutes les personnes qui pourront m’aider dans cette recherche.
Aimé François Philibert de Clermont-Tonnerre
29 janvier 1871 – 26 octobre 1940
8e duc de Clermont-Tonnerre
Associé à Abram Piatt Andrew et à l’American Ambulance Field Service pendant la Première Guerre mondiale
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Ingouf
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Re: RECHERCHE HISTORIQUE – AIMÉ FRANÇOIS PHILIBERT DE CLERMONT-TONNERRE (1871–1940)

Message par Ingouf »

Bonjour,

Vous trouverez ci-dessous la fiche matricule de votre homme. Le lien avec l’automobile est vite établi.

Quelques recherches dans la presse normande laissent penser que Philibert de Clermont-Tonnerre passait ses étés dans la propriété familiale de Glisolles, près d’Évreux, dans l’Eure. Il était maire du village de Glisolles et se rattachait à la tendance des "républicains progressistes", c’est-à-dire une droite républicaine modérée et conservatrice, notamment hostile à l’offensive anticléricale des radicaux. C’est à dire la même tendance politique que celle de Raymond Poincaré.

La presse, notamment le quotidien local Le Courrier de l’Eure, suggère qu’il menait la vie de ce que nos voisins britanniques appellent un "gentleman farmer", par exemple président de la Société des Courses d’Évreux. Ses béliers, moutons et porcins gagnent régulièrement les concours locaux.

Un témoin rapporte qu'à Glisolles, "Philibert de Clermont-Tonnerre, cavalier accompli, nous entraînait dans des galops de charge, à travers champs, sur ses grands chevaux mal mis."
Les journaux locaux abondent en incidents agricoles mettant en scène le sieur de Clermont-Tonnerre en Normandie.

Un article ci-dessous décrit ainsi un accident survenu en 1919. La propriété de Glisolles fut finalement vendue par Clermont-Tonnerre en 1926.


Le Courrier de l’Eure. Source BnF / Gallica.
Le Courrier de l’Eure. Source BnF / Gallica.
Screenshot_20260819_072834_Chrome.jpg (441.79 Kio) Consulté 325 fois


Une traduction en anglais :
Glisolles. — Last Tuesday, at Notre-Dame-de-Gravenchon (Seine-Inférieure), M. Marcel Brachais, a licensed victualler, had just opened his gate to let a carriage out of his yard when a young filly, which was at liberty, followed the vehicle and proceeded to plant herself across the road.

At that moment a powerful motor-car came along. It collided with the filly, bending its axle, and then came to a halt on the roadside bank, demolishing the wall of a barn in the process. The filly died a few hours later.

The motor-car, a 25-h.p. double phaeton belonging to the Duke of Clermont-Tonnerre, Mayor of Glisolles, sustained fairly serious damage. It was being driven by its owner, who was accompanied by three other persons and a chauffeur.
The occupants escaped unhurt, despite the decidedly critical position of the car, which had come to rest almost on its side.
M. Brachais, the owner of the filly, has suffered a loss of 3,500 francs.



Son épouse est une femme de lettres, elle traduit Keats et Tagore, voyage aux États-Unis en 1921, d'où elle revient enchantée : "Ce qui m'a le plus frappée dès l'abord, dit la duchesse de Clermont-Tonnerre, c'est la grandeur d'une civilisation toute différente de la nôtre. On envoie la parole, la pensée, la personne même par les moyens les plus rapides. Qui n'a pas été en auto en Amérique ignore ce que c'est que l'auto : pas de pannes, de bonnes routes, de l'air sans vent ni poussière." (La Petite République, 5 août 1921, source BnF / Gallica).

La presse française et étrangère évoque également les suites du douloureux divorce du duc en 1920, ainsi que le scandale provoqué par le fait que son épouse s’affichait ensuite avec une jeune Américaine. Dans les années 1920, on trouve des articles assez amusants et railleurs dans la presse "rouge" et républicaine, qui tournent en dérision les malheurs et les frasques de cette famille. C'est là une tradition française.

Dans les années 1930, Philibert de Clermont-Tonnerre semble établi dans ses terres d'Ancy-le-Franc (Yonne), impliqué dans l'Automobile Club de France, la préservation des demeures historiques de France, il apparaît à Paris pour promouvoir l'amitié entre France et étranger, dans un club installé en haut des Champs-Élysées. Ce personnage aurait certainement plu à Evelyn Waugh, l'auteur de Brideshead Revisited.

Puisse ce rapide survol de la presse française vous donner quelques pistes. Je suis certain qu'un forumeur expert saura exploiter les informations qui apparaissent sur la fiche matricule ci-dessous.

Bon courage dans vos recherches sur l'American Ambulance Field Service. C'est une belle action de nos amis américains. A friend in need is a friend indeed.

Bien cordialement.
Eric
Pièces jointes
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Croix de Guerre
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Re: RECHERCHE HISTORIQUE – AIMÉ FRANÇOIS PHILIBERT DE CLERMONT-TONNERRE (1871–1940)

Message par Croix de Guerre »

Ingouf a écrit : mar. août 25, 2026 9:37 am Bonjour,

Vous trouverez ci-dessous la fiche matricule de votre homme. Le lien avec l’automobile est vite établi.

Quelques recherches dans la presse normande laissent penser que Philibert de Clermont-Tonnerre passait ses étés dans la propriété familiale de Glisolles, près d’Évreux, dans l’Eure. Il était maire du village de Glisolles et se rattachait à la tendance des "républicains progressistes", c’est-à-dire une droite républicaine modérée et conservatrice, notamment hostile à l’offensive anticléricale des radicaux. C’est à dire la même tendance politique que celle de Raymond Poincaré.

La presse, notamment le quotidien local Le Courrier de l’Eure, suggère qu’il menait la vie de ce que nos voisins britanniques appellent un "gentleman farmer", par exemple président de la Société des Courses d’Évreux. Ses béliers, moutons et porcins gagnent régulièrement les concours locaux.

Un témoin rapporte qu'à Glisolles, "Philibert de Clermont-Tonnerre, cavalier accompli, nous entraînait dans des galops de charge, à travers champs, sur ses grands chevaux mal mis."
Les journaux locaux abondent en incidents agricoles mettant en scène le sieur de Clermont-Tonnerre en Normandie.

Un article ci-dessous décrit notamment un accident survenu en 1919. La propriété de Glisolles fut finalement vendue par Clermont-Tonnerre en 1926.



Screenshot_20260819_072834_Chrome.jpg



Une traduction en anglais :
Glisolles. — Last Tuesday, at Notre-Dame-de-Gravenchon (Seine-Inférieure), M. Marcel Brachais, a licensed victualler, had just opened his gate to let a carriage out of his yard when a young filly, which was at liberty, followed the vehicle and proceeded to plant herself across the road.

At that moment a powerful motor-car came along. It collided with the filly, bending its axle, and then came to a halt on the roadside bank, demolishing the wall of a barn in the process. The filly died a few hours later.

The motor-car, a 25-h.p. double phaeton belonging to the Duke of Clermont-Tonnerre, Mayor of Glisolles, sustained fairly serious damage. It was being driven by its owner, who was accompanied by three other persons and a chauffeur.
The occupants escaped unhurt, despite the decidedly critical position of the car, which had come to rest almost on its side.
M. Brachais, the owner of the filly, has suffered a loss of 3,500 francs.



Son épouse est une femme de lettres, elle traduit Keats et Tagore, voyage aux États-Unis en 1921, d'où elle revient enchantée : "Ce qui m'a le plus frappée dès l'abord, dit la duchesse de Clermont-Tonnerre, c'est la grandeur d'une civilisation toute différente de la nôtre. On envoie la parole, la pensée, la personne même par les moyens les plus rapides. Qui n'a pas été en auto en Amérique ignore ce que c'est que l'auto : pas de pannes, de bonnes routes, de l'air sans vent ni poussière." (La Petite République, 5 août 1921, source BnF / Gallica).

La presse française et étrangère évoque également les suites du douloureux divorce du duc en 1920, ainsi qu’au scandale provoqué par le fait que son épouse s’affichait ensuite avec une jeune Américaine. Dans les années 1920, on trouve des articles assez amusants et railleurs dans la presse "rouge" et républicaine, qui tournent en dérision les malheurs et les frasques de cette famille. C'est là une tradition française.

Dans les années 1930, Philibert de Clermont-Tonnerre semble établi dans ses terres d'Ancy-le-Franc (Yonne), impliqué dans l'Automobile Club de France, la préservation des demeures historiques de France, il apparaît à Paris pour promouvoir l'amitié entre France et étranger, dans un club installé en haut des Champs-Élysées. Ce personnage aurait certainement plu à Evelyn Waugh, l'auteur de Brideshead Revisited.

Puisse ce rapide survol de la presse française vous donner quelques pistes. Je suis certain qu'un forumeur expert saura exploiter les informations qui apparaissent sur la fiche matricule ci-dessous.

Bon courage dans vos recherches sur l'American Ambulance Field Service. C'est une belle action de nos amis américains. A friend in need is a friend indeed.

Bien cordialement.
Eric

Aimé François Philibert de Clermont-Tonnerre
1871–1940
Aimé François Philibert de Clermont-Tonnerre naquit à Glisolles, dans l’Eure, le 29 janvier 1871. Il était le fils de Gaspard Aimé Charles Roger de Clermont-Tonnerre et de Françoise Béatrix de Moustier. Sa fiche matricule décrit un jeune homme instruit qui s’engagea volontairement en 1891 et entra dans les dragons à Joigny. Il progressa dans les premiers grades de la cavalerie, passa dans la réserve en 1895, puis dans l’armée territoriale. À la mort de son père, en 1910, il devint le huitième duc de Clermont-Tonnerre.1
La cavalerie représentait pour lui davantage qu’une obligation conventionnelle liée à son rang. Un témoin se souvint plus tard de Philibert à Glisolles comme d’un cavalier accompli, entraînant ses compagnons dans des galops de charge à travers champs sur de grands chevaux parfois mal mis. Ce même goût de la vitesse et du déplacement pratique trouva bientôt une autre expression dans l’automobile, qui demeura au cœur de sa vie civile comme de son service militaire.2
Le 2 juin 1896, Philibert épousa à Paris Antonia Corisande Élisabeth de Gramont, unissant ainsi deux des plus illustres maisons aristocratiques de France. Deux filles naquirent de cette union : Antonia Béatrix Corisande, en 1897, et Isabelle Gabrielle Diane, en 1902. Leur univers englobait Paris, Glisolles, les propriétés familiales, les courses hippiques et les cercles littéraires et mondains de la Belle Époque. Philip de László peignit Philibert en 1909, et des photographies prises lors du célèbre bal persan de 1912 montrent encore les époux publiquement présentés comme un couple.3
Élisabeth ne fut pas une simple figure secondaire dans la vie de Philibert. Elle devint une mémorialiste, biographe, traductrice et chroniqueuse importante du monde aristocratique et littéraire dont ils étaient issus. Plus tard surnommée la « duchesse rouge » en raison de ses sympathies socialistes, elle écrivit sur Marcel Proust, Barbey d’Aurevilly, la mode et la famille de Clermont-Tonnerre. Son évolution littéraire et politique constitue une dimension essentielle de leur mariage, car elle traduisait une indépendance intellectuelle et affective qui dépassait de plus en plus le rôle traditionnellement attendu d’une duchesse.4
Élisabeth rencontra en 1909 l’écrivaine et salonnière américaine Natalie Clifford Barney. Leur attirance devint une relation amoureuse et sexuelle durable qui se poursuivit, malgré d’autres liaisons de part et d’autre, jusqu’à la mort d’Élisabeth en 1954. Leur lien était aussi intellectuel : elles partageaient des intérêts littéraires, fréquentaient le salon de Remy de Gourmont et évoluaient dans le cercle international d’écrivains et d’artistes réuni autour de Barney. Cette dernière transforma même les débuts de leur liaison en un roman demeuré inédit, L’Adultère ingénue. Il ne s’agissait donc pas d’un scandale passager, mais de l’une des relations fondamentales de la vie adulte d’Élisabeth.5
La liaison commença clandestinement, puisque Élisabeth était toujours mariée. Les biographes modernes rapportent que Philibert découvrit cette relation et tenta, sans succès, d’empêcher les deux femmes de se voir. En juin 1918, Élisabeth et Barney rédigèrent un « contrat de mariage » privé et symbolique affirmant qu’aucune autre union ne serait plus forte ni plus durable. Après une période de séparation, Philibert et Élisabeth divorcèrent en 1920. Suzanne Rodriguez et Francesco Rapazzini décrivent Philibert comme violent, autoritaire et tyrannique au sein du mariage. Ces accusations graves ne doivent pas être atténuées, mais leur provenance doit être précisée : elles traduisent principalement l’expérience rapportée par Élisabeth et l’interprétation de ses biographes modernes, alors qu’aucun ensemble comparable de papiers privés de Philibert n’a été retrouvé.6
Le divorce ne fut donc pas une simple anecdote pittoresque dans la vie d’un aristocrate. Il constitua l’aboutissement juridique d’un mariage déjà profondément transformé dans la sphère privée et divisa les biens, les fidélités familiales et les identités publiques. La presse contemporaine traita parfois la liaison et ses conséquences avec dérision ou malveillance politique, mais la relation d’Élisabeth avec Barney fut durable et historiquement importante. La reconnaître explicitement n’a rien de gratuit : elle éclaire une dimension décisive de l’histoire familiale de Philibert et restitue à Élisabeth sa juste place comme personnalité historique autonome.7
Glisolles demeura le centre de la vie normande de Philibert. Les journaux locaux le présentent comme maire de la commune et le rattachent aux républicains progressistes, courant de droite modérée et conservatrice. Il participait aux concours agricoles, élevait des animaux primés et présidait la Société des Courses d’Évreux. L’expression anglaise « gentleman farmer » résume assez bien cette association de privilège foncier, de responsabilités locales, de sport et de gestion domaniale. Il conduisait également lui-même ses automobiles. En juin 1919, au volant de son double phaéton de vingt-cinq chevaux, il heurta une pouliche en liberté, faussa l’essieu, quitta la route et endommagea le mur d’une grange. Ses passagers sortirent indemnes de l’accident, mais l’animal mourut.8
La mobilisation ramena Philibert sous les drapeaux en 1914. Sa fiche matricule le place dans des formations liées au train, le service chargé des transports de l’armée. En août 1915, Dudley Hale le désigna comme maréchal des logis dans les Services automobiles, grade correspondant approximativement à celui de sergent plutôt qu’à celui d’un officier supérieur. Cette distinction est importante : son titre et sa position sociale ne se traduisirent pas par un commandement militaire élevé. Son utilité tenait plutôt à l’association de son expérience de cavalier, de ses compétences automobiles, de ses relations sociales, de sa connaissance de la région et de sa place dans le service français des transports.9
Ses rapports avec A. Piatt Andrew et la Section sanitaire américaine no 3 sont solidement attestés, même si leur origine et leur nature précise restent inconnues. Le 9 août 1915, Albert Nalle nota l’arrivée du docteur Edmund Gros, d’Andrew, du lieutenant Laborie, du duc de Clermont-Tonnerre et de Lovering Hill pendant le déjeuner de la section. Le groupe se rendit vers un poste d’observation d’artillerie avancé en Haute-Alsace, et le duc rapporta deux douilles d’obus allemandes. Hale décrivit indépendamment la même visite et identifia le duc par son titre, son grade et son affectation aux Services automobiles.10
Le journal de Waldo Peirce montre que cette visite ne fut pas une rencontre officielle isolée. À la fin d’octobre, Peirce prit Philibert près de Saint-Germain et voyagea vers l’est avec lui, partageant repas, réparations au bord de la route et déplacements nocturnes. Philibert reparut lors de l’inspection du 15 décembre aux côtés d’Andrew, de l’ancien ambassadeur Robert Bacon et du docteur Gros. Une photographie d’archives l’identifie également au sein de ce cercle franco-américain. Aucun poste officiel le rattachant à la SSU 3 n’a été retrouvé, et la correspondance de terrain n’explique pas comment il avait connu Andrew. Les sources établissent néanmoins une relation personnelle et pratique récurrente, mêlant probablement amitié, connaissance des transports, rôle de guide et médiation sociale.11
La propriété de Glisolles fut vendue en 1926. Philibert voyagea ensuite en Tunisie ; un album vendu aux enchères en 2014 contenait quatre-vingt-huit photographies prises entre 1927 et 1930, notamment à Kairouan, Kébili, Tataouine et Tunis, ainsi que lors de la construction d’un « puits Clermont-Tonnerre ». Un lot voisin comprenait des photographies familiales où Philibert apparaissait avec Béatrix et Diane. Dans les années 1930, il fut associé à Ancy-le-Franc, dans l’Yonne, et apparut dans les activités de l’Automobile Club de France, de la sauvegarde des demeures historiques et de l’amitié internationale. Il mourut à Ancy-le-Franc le 26 octobre 1940, à l’âge de soixante-neuf ans.12
Le rôle de Philibert dans l’histoire de la SSU 3 fut intéressant sans être déterminant. Il ne faut pas en faire un protecteur officiel ou un commandant sans preuve documentaire. Il n’était cependant pas davantage un simple duc décoratif dans les photographies d’Andrew. Cavalier adapté aux transports mécaniques, maire et propriétaire agricole, conducteur expérimenté, il appartenait au réseau personnel grâce auquel Andrew et les volontaires américains évoluaient dans la France en guerre. Son mariage avec Élisabeth de Gramont ajoute une seconde dimension historique majeure : leur vie commune reliait l’ancien ordre aristocratique à la modernité sociale et sexuelle incarnée par l’œuvre d’Élisabeth et par sa longue relation avec Natalie Barney. Les sources conservées suffisent à établir ce bref portrait, tout en laissant ouverte à de futures recherches la question de l’étendue exacte des liens entre Philibert et Andrew.
Notes
1. Archives départementales de l’Yonne, fiche matricule no 644, classe 1890, image FRAD089_1R_567_0250. Le document fournit le nom complet de Philibert, sa naissance, sa filiation, sa progression dans la cavalerie, son passage dans la réserve, ses adresses et ses annotations de guerre.
2. Éric (« Ingouf »), réponse consacrée à Philibert de Clermont-Tonnerre et à la presse normande, Forum Pages 14–18, 25 août 2026, viewtopic.php?p=610380#p610380.
3. Mariage civil à Paris, 2 juin 1896 ; ministère français de la Culture, POP, « Portrait de Philibert de Clermont-Tonnerre », IM89001459 ; Rouillac, Photographies anciennes, lot 99 (2011), décrivant Philibert et Élisabeth lors du bal persan de 1912.
4. Parmi les œuvres d’Élisabeth figurent Mémoires (1929), Autour de Saint-James (1945), Marcel Proust (1948), La Famille des Clermont-Tonnerre (1950) et La Femme et la robe (1952). Voir Francesco Rapazzini, Élisabeth de Gramont (Paris, Fayard, 2004).
5. Francesco Rapazzini, « Elisabeth de Gramont, Natalie Barney’s “Eternal Mate” », South Central Review, vol. 22, no 3 (2005), p. 6–31, https://doi.org/10.1353/scr.2005.0053 ; Suzanne Rodriguez, Wild Heart: A Life: Natalie Clifford Barney and the Decadence of Literary Paris (New York, HarperCollins, 2002), p. 197–199.
6. Rapazzini, « Eternal Mate », p. 6–12 ; Rodriguez, Wild Heart, p. 196–199. La description du comportement de Philibert provient de ces biographies modernes et des sources sur lesquelles elles s’appuient.
7. Le divorce fut prononcé en 1920 après une période de séparation. Les articles contemporains relatifs au divorce et à ses suites doivent être lus comme des témoignages sur la représentation publique des événements, et non comme des récits neutres de la vie privée.
8. Éric (« Ingouf »), Forum Pages 14–18, résumant Le Courrier de l’Eure et d’autres journaux normands ; Le Courrier de l’Eure, 17 juin 1919, « Glisolles », BnF/Gallica.
9. Fiche matricule, FRAD089_1R_567_0250 ; journal de Dudley Hale, 9 août 1915.
10. Journal d’Albert Nalle et journal de Dudley Hale, entrées du 9 août 1915.
11. Journal de Waldo Peirce, entrées des 28–30 octobre et du 15 décembre 1915 ; A. Piatt Andrew à la SSU 3, 8 décembre 1915, correspondance de terrain de la SSU 3 pour 1915.
12. Catalogue de vente, 28 avril 2014, lots 509–510, photographies de la famille Clermont-Tonnerre et album tunisien de Philibert, https://www.bibliorare.com/wp-content/u ... 202014.pdf ; ministère français de la Culture, POP, buste en marbre IM89001462.

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Croix de Guerre
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Re: RECHERCHE HISTORIQUE – AIMÉ FRANÇOIS PHILIBERT DE CLERMONT-TONNERRE (1871–1940)

Message par Croix de Guerre »

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De gauche à droite : les ambulanciers américains Waldo Peirce et Robert Matter ; Robert Bacon, ancien ambassadeur des États-Unis en France ; A. Piatt Andrew, directeur de l’American Ambulance Field Service ; l’ambulancier américain Dudley Hale ; et le duc de Clermont-Tonnerre. Photographie prise le 15 décembre 1915 dans le village de Mollau, en Alsace, France.
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Croix de Guerre
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Re: RECHERCHE HISTORIQUE – AIMÉ FRANÇOIS PHILIBERT DE CLERMONT-TONNERRE (1871–1940)

Message par Croix de Guerre »

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Sur cette photo, on aperçoit de Clermont assis à l'avant, à côté du conducteur de la voiture de tourisme, lors d'une visite sur le front alsacien en juillet 1915. Je pense qu'il s'agissait d'un volontaire américain nommé Robert Moss, originaire de New York. Durant l'été 1915, les Américains étaient basés à Saint-Maurice-sur-Moslle. À l'arrière, on distingue le sous-chef Lovering Hill et, à côté de lui, A. Piatt Andrew. L'identité des autres officiers français reste inconnue à ce jour.
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Ingouf
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Re: RECHERCHE HISTORIQUE – AIMÉ FRANÇOIS PHILIBERT DE CLERMONT-TONNERRE (1871–1940)

Message par Ingouf »

Bonjour,

Merci pour ces photos et ces informations. Un complément de documentation, visant à aider les forumeurs à identifier les personnels militaires français qui figurent sur ces photos.

Cadre d'emploi de ces volontaires américains : leur interface français au sein du Service Automobile des Armées est la Direction de l'Arrière, dont l'Office des Sections Alliées (OSA) est dirigé par le capitaine Aujay.

Le statut des sections étrangères fut fixé par une décision ministérielle du 14 mars 1915 (917/A) et un Office des sections sanitaires étrangères (O. S. S. E.) (directeurs capitaine Aujay, lieutenant Thillard) fut créé alors à Paris et rattaché au Magasin central automobile. Il devint l'Office des sections alliées (O. S. A.) le 10 octobre 1917, lorsque les premiers contingents américains eurent débarqué en France.

Il était chargé de la liaison entre la direction des services automobiles et les divers comités organisateurs étrangers, de la surveillance du recrutement du personnel et du matériel, de la tenue du contrôle, etc. Un statut qui réglementait le fonctionnement des sections, fut désormais appliqué par la France aux volontaires des pays amis, après approbation des comités étrangers.

Source : les services automobiles pendant la guerre, par AJ Navarre, Librairie Delagrave, Paris 1919.


Le passage cité plus haut par Croix de Guerre dit ceci, traduction :

Le capitaine Aujay avait de nombreux subordonnés, et tant d’entre eux étaient si étroitement associés à nous que nous avons peine à les considérer autrement que comme faisant partie du Field Service : le lieutenant Thillard, son fidèle adjoint ; le sympathique duc de Clermont-Tonnerre, qui accompagnait généralement M. Andrew dans ses tournées d’inspection, M. Perrin, le maréchal des logis Bouchet, et bien d’autres encore, qui tous semblaient s’être donné pour tâche particulière de nous aider de toutes les manières possibles.

Transcription original américain :

Captain Aujay had many subordinates, and so many of them were closely associated with us that we hardly think of them in any way other than as part of the Field Service: Lieutenant Thillard, his faithful adjoint, the genial Duc de Clermont-Tonnerre, who generally accompanied Mr. Andrew upon his tours of inspection, M. Perrin, Maréchal des Logis Bouchet, and many others, all of whom seemed to make it their particular purpose to help in every possible way.
History of the American field service in France 1914 – 1917, par James W.D. Seymour, éditions Houghton Mifflin (Boston & New York) 1920.


Source Léonore – Archives Nationales.
Source Léonore – Archives Nationales.
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– Capitaine AUJAY Maurice Auguste François (1876 – 1937), dans le civil avocat à la cour d'appel, capitaine de réserve du 20e escadron du Train des équipages (Service Auto).

– Lieutenant THILLARD Alfred Aimable Henri, (1881 – 1971), dans le civil avoué près du tribunal civil du Havre, lieutenant au 20e Train.

Archives départementales de Seine Maritime.
Archives départementales de Seine Maritime.
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Transcription de la mention :
Lettre de félicitations du directeur du Service Automobile au GQG, N• 31829 / C, du 21 janvier 1919, au lieutenant THILLARD, pour l'activité, la compétence, et le dévouement qu'il a montré comme chef du SA et de la statistique du personnel. Officier de valeur, par son travail et son esprit d'initiative, a su diriger d'une façon digne d'éloges un établissement important qui a rendu les plus grands services, peut être cité comme modèle. Les résultats obtenus lui font honneur. Par Ordre, le directeur du Service Automobile, signé DOUMENC.
Témoignage de satisfaction du 12 mars 1919 du Président du Conseil, Ministre de la Guerre.


Merci d'avoir partagé avec nous ces remarquables documents.
Bonnes recherches.
Bien cordialement.
Eric
Pièces jointes
Source document BnF / Gallica.
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