YMER - Cargo norvégien et les Sauveteurs de l'ile d'Yeu

Rutilius
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YMER ― Cargo norvégien et les sauveteurs de l'île d'Yeu.

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Bonjour à tous,


Inauguration du monument commémoratif offert par la Norvège

[5 juillet 1922]


Société centrale de sauvetage des naufragés ― Annales du sauvetage maritime,
3e et 4e trim. 1922, p. 194 à 198.

« Le MINISTRE DE NORVÈGE à l’Ile d’Yeu

Inauguration du Monument aux Canotiers de Sauvetage

Il nous faut évoquer encore une fois l’héroïque tragédie du 28 janvier 1917, et rappeler avec quel généreux élan la nation norvégienne multiplia à l’égard de nos canotiers les témoignages de sa recon-naissance. La journée du 5 juillet dernier, dans laquelle eut lieu l’inauguration solennelle du monu-ment commémoratif offert par la Norvège, en fut le digne couronnement.

A 9 heures, le torpilleur d'escadre Enseigne-Roux appareillait des Sables d’Olonne, ayant à son bord le Ministre de Norvège, Baron de WEDEL-JARLSBERG ; le Sous-Secrétaire d’État de la Marine Marchande, M. RIO ; MM. GIRAULT, Directeur des services du Travail et de l’Enseignement maritimes ; BAFFREY, préfet de la Vendée ; GOLA, Sous-Préfet des Sables ; MORAND, Sénateur ; BAZIN, député ; HUET, Ingé-nieur en Chef des Ponts-et-Chaussées ; GRANJON de LEPINEY, Administrateur-Délégué de la
Société Centrale de sauvetage des Naufragés ; Commandant SCOTT-HANSEN, le vaillant compagnon de NANSEN au Pôle Nord, attaché naval de Norvège à Londres et à Paris ; les Consuls de Norvège à Nantes et à La Rochelle ; et de nombreuses personnalités de la région.

Le premier acte du Ministre de Norvège, dès son arrivée à l’Ile d’Yeu, fut de se rendre au cimetière, et de déposer une palme d'or, nouée aux couleurs de France, sur chacune des tombes des sauveteurs vic-times de leur dévouement. Toutes les maisons de l’île, tous les bateaux de la rade étaient pavoisés et la population entière faisait cortège au Ministre qui, après ce pieux pèlerinage, revint sur la place qui porte désormais le nom de
" Place de Norvège ", où s’érige le monument dû au ciseau du grand sculp-teur norvégien Stephan SINDING.

Cette œuvre d’art noble et expressive, en forme de haute pyramide tronquée, porte sur le devant un haut-relief allégorique, qui figure la France recueillant un naufragé ; sur la face opposée l'inscription
: " Aux Marins français, la Norvège reconnaissante " ; sur les côtés, les noms des hommes qui armaient le canot de sauvetage dans la sortie du 26-28 janvier 1917.

Lorsque le cortège eut pris place sur l’estrade dressée à cet effet, le Baron de WEDEL-JARLSBERG prit le premier la parole dans les termes suivants
:

Monsieur le Ministre,
Mesdames et Messieurs,

En juin 1917, quand je suis venu apporter aux marins de l’Ile d’Yeu, l’expression émue de la reconnais-sance de mon pays pour les admirables sauveteurs de l’équipage du vapeur norvégien Ymer, j'ai deman-dé à Monsieur le Maire la permission d’ériger un monument destiné à perpétuer la souvenir de l'héro-ïsme des pêcheurs de votre île.

Je suis heureux qu’il m'ait été donné la grande joie de me retrouver au milieu de vous et de pouvoir, au nom de la Norvège, vous offrir ce monument.

Je suis profondément reconnaissant au Gouvernement de la République d’avoir bien voulu s’associer à l’hommage que mon pays rend à la gloire des marins français, et je prie son éminent représentant, Mon-sieur le Ministre de la Marine Marchande, d’en accepter l’expression. Je remercie également Monsieur le Préfet de la Vendée et les autorités civiles et militaires présentes à cette cérémonie, ainsi que le Re-présentant de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés.

Je me félicite d’avoir à mes côtés les survivants de l’acte sublime que nous exaltons aujourd’hui. Avec son grand talent, notre célèbre sculpteur Stephan SINDING a su traduire le symbole de leur admirable dévouement, qui peut être donné en exemple du plus noble esprit de sacrifice. Il nous montre la France toujours éprise d’idéalisme volant au secours de malheureux en détresse au prix même de la vie de ses enfants. Cette stèle n’est pas seulement un hommage de mon pays au vôtre ; elle sera en outre pour les générations futures un témoignage permanent de l'abnégation surhumaine dont vos marins firent preu-ve, et il conservera les noms des héros de cette épopée de la mer.

Laissez-moi rappeler comment avec un équipage de fortune vous n’avez pas hésité à prendre la mer ; comment vous avez réussi à accoster la baleinière en détresse et faire transporter les Norvégiens qui s’y trouvaient au canot de sauvetage ; comment l’ancre s’est brisée et vous avez été, au milieu de la tem-pête et une mer terrible qui noyait le canot sous les lames, forcés d’amener la voilure et gagner le large ; et le martyre de cette longue nuit où, baignant jusqu’à la ceinture dans une eau glaciale, vous avez lutté avec les éléments pendant que six canotiers et cinq norvégiens succombaient à vos côtés ; enfin comment vos efforts surhumains ont été couronnés de succès et vous avez pu atterrir à l’Ile de Ra-guénès.

Dans les luttes effroyables de la grande guerre, les Français ont montré au monde jusqu’à quel point précédemment inconnu peut aller le courage humain. Vous, chers marins de l’Ile d’Yeu, vous avez montré jusqu’où peuvent aller le courage et le dévouement humain dans la lutte avec les éléments. Votre sauvetage de l’équipage de l’Ymer, dans la terrible nuit du 27 au 28 janvier 1917, peut être com-paré aux plus sublimes actions de la guerre. Vous avez fait le sacrifice le plus précieux de vous-même, de votre vie, pour sauver vos prochains. Vous avez ainsi inscrit vos noms sur le livre de la gloire Fran-çaise et vous avez mérité d’être cités à l'ordre du jour de l’humanité.

M. MICHAUD, maire de l’Ile d'Yeu, exprima la gratitude de ses concitoyens à l’égard de la Norvège, et pria le Ministre d’agréer le titre de citoyen de l’Ile d'Yeu qui lui a été décerné par le Conseil Municipal.

D’autres discours furent prononcés par M. le Sénateur MORAND, par M. le député BAZIRE. Puis, M. GRANJON de LÉPINEY parla au nom de la
Société Centrale de Sauvetage :

Monsieur le Ministre de Norvège,,

Je suis l’interprète de M. le Vice-Amiral TOUCHARD, Président de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés en vous disant qu’il est profondément touché du geste qui vous ramène pour la seconde fois sur les tombes de nos canotiers de l’Ile d’Yeu.

Le drame du 28 janvier 1917 est le plus tragique qu’aient eu à enregistrer les annales de notre Société. Les jeunes, les valides étaient à la guerre. Pour manœuvrer les avirons du canot de sauvetage, il ne res-tait au pays que des hommes d’une vigueur et d’une résistance diminuées. Une tempête d’une violence inouïe, qui souffla de terre pendant trois jours, et qui maintint constamment le thermomètre à plu-sieurs degrés au-dessous de 0, eut raison de leur courage ; et six d’entre eux succombèrent d’épui-sement et de froid.

Lorsqu’après avoir atterri à l’îlot de Raguénès, où furent débarqués les corps des victimes, le Paul Tourreil vint dans le port de Concarneau, je l’y trouvai entouré d’une couche de glace ; les routes de Bretagne étaient recouvertes d’un verglas qui les rendait impraticables aux voitures, si bien qu’on y cir-culait difficilement, même à pied.

Dans l’affreux déchaînement de la guerre mondiale qui accumulait les hécatombes humaines, la mort de six marins pouvait être peu remarquée. Il n’en fut rien. Les circonstances du drame, qui avait son origine dans la sauvage guerre sous-marine allemande, suscitèrent en Norvège un puissant élan d’indi-gnation et de pitié ; et quelques mois plus tard, vous veniez en personne, Monsieur le Ministre, bravant les champs de mines et les sous-marins, porter aux veuves des victimes et aux sauveteurs survivants les amples gages de la reconnaissance de votre pays.

Par la cérémonie solennelle de ce jour, à laquelle M. le Sous-Secrétaire d’État de la Marine Marchande nous fait \par sa présence le grand honneur d’associer le Gouvernement français, vous couronnez votre œuvre. Le monument que vous remettez à l’Ile d’Yeu demeurera, pour porter témoignage aux généra-tions futures, en même temps que de l’atroce barbarie de la guerre sous-marine, de la généreuse fra-ternité du noble peuple norvégien. Qu’à travers la vaste mer qui, loin de nous séparer, nous unit, aillent au roi de Norvège et à la nation norvégienne nos remerciements émus et l'expression de notre vive et constante amitié.

Enfin, M. le Sous-Secrétaire d’État RIO dit toute son admiration pour les marins dont il a partagé la vie pendant vingt-deux ans ; il exalte leur dévouement et leur esprit de sacrifice. " Aussi, quand nous en-tendons le flot monter sur nos grèves, nous ne pouvons nous empêcher d'envoyer notre douloureux sou-venir aux héros que la mer a gardés ".

Un banquet, où d’autres discours furent prononcés, clôtura cette émouvante cérémonie. Puis, le Minis-tre de Norvège, accompagné par les chaudes acclamations de la population de l’Ile, prit place à bord du canot de sauvetage, toujours commandé par le patron Noé DEVAUD, qui le ramena à bord de l’En-seigne-Roux.

A 17 heures l’Enseigne-Roux mouillait de nouveau en rade des Sables-d’Olonne. »

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Daniel.
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Bonjour à tous,


Inauguration du monument commémoratif offert par la Norvège

[5 juillet 1922]


L’Ouest-Éclair — éd. de Nantes —, n° 7.550, Jeudi 6 juillet 1922, p. 4.

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Le Temps, n° 22.251, Vendredi 7 juillet 1922, p. 2.

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Daniel.
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Bonsoir à tous,

Célestin Philippe "Noé" DEVAUD,
patron du canot de sauvetage Paul-Tourreil


Né le 2 février 1865 à Port-Joinville, commune de l’Île-d’Yeu (Vendée) (Registre des actes de naissance de la commune de l’Île-d’Yeu, Année 1865, f° 2, acte n° 4) et y décédé, le 21 mai 1944.

Maître au cabotage, inscrit au quartier de l’Île-d’Yeu, n° 446.

• Fils d’Adolphe Célestin DEVAUD, né le 29 octobre 1834 à Port-Breton, commune de l’Île-d’Yeu (Re-gistre des actes d’état civil de la commune de l’Île-d’Yeu, Année 1834, f° 40, acte n° 105), décédé dans ladite commune, le 15 octobre 1908 (Registre des actes de décès de la commune de l’Île-d’Yeu, Année 1908, f° 17, acte n° 61), marin. Et de Rose Eudoxie POIRAUD, née le 11 décembre 1834 à l’Île-d’Yeu (Registre des actes d’état civil de la commune de l’Île-d’Yeu, Année 1834, f° 43, acte n° 118), décédée le 11 janvier 1919 à Port-Joinville, commune de l’Île-d’Yeu (Registre des actes de décès de la commune de l’Île-d’Yeu, Année 1919, f° 4, acte n° 11), cultivatrice (1865). Époux ayant contracté mariage dans ladite commune, le 18 juin 1861 (Registre des actes de mariage de la commune de l’Île-d’Yeu, Année 1861, f° 8, acte n° 14).

• Époux de Prescile Étiennette Adelina FRIOU, née le 13 novembre 1869 au sémaphore de l’Île-d’Yeu (Registre des actes de naissance de la commune de l’Île-d’Yeu, Année 1869, f° 6, acte n° 62), décédée le 5 février 1955 dans ladite commune, avec laquelle il y avait contracté mariage, le 26 mai 1891 (Re-gistre des actes de mariage de la commune de l’Île-d’Yeu, Année 1891, f° 3, acte n° 4).

Fille de Pierre Prosper FRIOU, né le 6 août 1835 à Barbâtre (Île de Noirmoutier, Vendée) (Registre des actes d’état civil de la commune de Barbâtre, Année 1835, f° 50, acte n° 89), décédé le 16 janvier 1904 à Port-Joinville, commune de l’Île-d’Yeu (Registre des actes de décès de la commune de l’Île-d’ Yeu, Année 1904, f° 3, acte n° 5), guetteur sémaphorique dans cette île. Et de Julie Émilie BUFFE-CHOU, née le 11 janvier 1846 à l’Île-d’Yeu (Registre des actes d’état civil de la commune de l’Île-d’Yeu, Année 1846, f° 2, acte n° 2), décédée le 6 novembre 1918 à Port-Joinville, commune de l’Île-d’Yeu (Registre des actes de décès de la commune de l’Île-d’Yeu, Année 1918, f° 20, acte n° 64), sans profes-sion [Couturière (1864)]. Époux ayant contracté mariage dans ladite commune, le 14 juin 1864 (Registre des actes de mariage de la commune de l’Île-d’Yeu, Année 1864, f° 2, acte n° 1).

Distinctions honorifiques

□ Par décision du Ministre de la Marine et des Colonies prise dans le courant du troisième trimestre de l’année 1883 (J.O. 17 nov. 1883, p. 5.953 et 5.954), lui fut décerné un témoignage officiel de satis-faction pour le sauvetage de l’équipage d’un bateau de pêche naufragé le 31 juillet 1883 au large de l’Île d’Yeu.

□ Par décision du Ministre de la Marine en date du 5 avril 1912 (J.O. 24 mai 1912, p. 4.711 et 4.714), lui fut accordé, comme patron du canot de sauvetage de l’Île d’Yeu, un prix Durand (de Blois) de 150 fr. pour le motif suivant : « Sauvetage de l’équipage de la goélette Jeune-Constance. Dans la nuit du 13 au 14 novembre 1910, la Jeune-Constance, de l'île de Ré, se trouvait en perdition entre l'île d'Yeu et le continent. Le canot de sauvetage de l'île d’Yeu, sorti à onze heures du soir, rentra vers cinq heures du matin au port après avoir recueilli les deux hommes de la Jeune-Constance. »

□ Par décision du Sous-secrétaire d’État à la Marine marchande en date du 13 février 1917 (J.O. 16 févr. 1917, p. 1.275), lui fut décernée la Médaille de sauvetage en vermeil pour actes de courage et de dévouement. [Sauvetage de l’équipage du cargo Ymer, de la société J. Lund & Co., de Bergen (Nor-vège), coulé le 23 janvier 1917 au large de l’Île d’Yeu par le sous-marin allemand UC-16 (Oberleutnant zur See Egon von WERNER)].

□ Par décision ministérielle du 18 mars 1918 (J.O. 9 mai 1918, p. 4.040), lui fut accordé, comme patron du canot de sauvetage Paul-Tourreil, un prix Durand (de Blois) de 1.200 fr. [Sauvetage de l’équipage du cargo norvégien Ymer précité]

□ Par décret du 29 juillet 1928 (J.O. 4 août 1928, p. 8.907), nommé au grade de chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur dans les termes suivants : « Devaud (Célestin-Philippe-Noé), patron du canot de sauvetage de l’Île d’Yeu ; 40 annuités, trois médailles d’or, une médaille de vermeil. »

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Le patron Noé DEVAUD après la remise de sa médaille
de chevalier de la Légion d’honneur


[La Sorbonne, 4 mai 1929]


DEVAUD Noé - Portrait - .JPG
DEVAUD Noé - Portrait - .JPG (231.15 Kio) Consulté 18 fois

Bibliothèque nationale de France ~ Département Estampes et photographie
Photographie de presse de l’Agence Rol ~ Réf. Rol 137.368.
Bien amicalement à vous,
Daniel.
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