YMER - Cargo norvégien et les Sauveteurs de l'ile d'Yeu

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markab
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Re: YMER - Cargo norvégien et les Sauveteurs de l'ile d'Yeu

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Bonjour à tous,

Un article sur les récompenses de l'équipage du PAUL TOURREIL publié par le journal "La Vendée Républicaine" du 18 mai 1918 (Archives de la Vendée) :

PAUL TOURREIL - Canot de sauvetage
PAUL TOURREIL - Canot de sauvetage
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A bientôt.
Cordialement / Best regards
Marc.

A la recherche des navires et des marins disparus durant la Grande Guerre.
Rutilius
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Bonjour à tous,

Paul-Tourreil — Canot de sauvetage — Station
de sauvetage de l’Île d’Yeu
(1913~19xx)


Baleinière en bois construite en 1913 au Havre par la société anonyme dite « Chantiers et ateliers Au-gustin Normand » [Siège social : Le Havre, 67, rue du Perrey] ; № de chantier 125.

Dimensions : 6,00 [ou 5,50] x 1,70 x 0,70 m.

Vraisemblablement remplacée en 1927 par le canot à moteur Gabiou-Charron, inauguré le 18 sep-tembre 1927 à Port-Joinville, dont le parrain fut le patron Noé DEVAUD et la marraine une fille du canotier Edmond PILLET, décédé en mer le 28 janvier 1917 (Société centrale de sauvetage des naufra-gés ~ Annales du sauvetage maritime, 2e semestre 1927, p. 203 à 205).

□ Du nom de Marie Paul Joseph TOURREIL, né le 7 septembre 1871 à Boulogne-sur-Seine — aujourd’hui Boulogne-Billancourt — (Seine — aujourd’hui Hauts-de-Seine) (Registre des actes de naissance de la ville de Boulogne-sur-Seine, Année 1871, f° 35, acte n° 231). Décédé le 15 décembre 1912 à Paris, au 1, villa Victor Hugo — 16, avenue Victor Hugo (XVIe Arr.), son domicile (Registre des actes de décès du XVIe arrondissement de la ville de Paris, Année 1912, f° 97, acte n° 1.875). Célibataire.

• Fils de Léopold Édouard TOURREIL, né le 20 mars 1829 à Paris (Ve Arr.), décédé le 3 mai 1901 à Paris (XVIe Arr.) (Registre des actes de décès du XVIe arrondissement de la ville de Paris, Année 1901, f° 83, acte n° 660), agent de change. Et de Julie Louise JUZAUD-ROUX, née le 9 décembre 1839 à Angoulême (Charente), décédée le 30 août 1917 à Paris (XVIe Arr.) (Registre des actes de décès du XVIe arron-dissement de la ville de Paris, Année 1917, f° 53, acte n° 1.520), sans profession. Époux ayant contrac-té mariage à Angoulême, le 4 février 1861 (Registre des actes de mariage de la ville d’Angoulême, Année 1861, f° 15, acte n° 28).

Par décision du Ministre de la Marine en date du 15 septembre 1888 (J.O. 16 sept. 1888, p. 3.845), admis le 30 à l’École navale au titre du concours ouvert la même année, étant classé 61e sur une liste de 75 élèves. Par décret du 5 novembre 1901 (J.O. 7 nov. 1901, p. 6.991), promu au grade de lieutenant de vaisseau à compter du 2 octobre 1901 (2e tour ; ancienneté) ; attaché au port de Cherbourg. Par décision ministérielle du 18 janvier 1909 (J.O. 20 janv. 1909, p. 618), placé en position de congé sans solde et hors cadres pour servir à la Compagnie d’assurances maritimes « La Marine » [Siège social : Paris, 33, rue Vivienne (IIe Arr.)].

Par décret du Président de la République en date du 30 décembre 1906 (J.O. 31 déc. 1906, p. 8.758), nommé au grade de chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur dans les termes suivants : « Tourreil (Marie-Paul-Joseph), lieutenant de vaisseau ; 18 ans 3 mois de services, dont 13 ans 10 mois à la mer. Madagascar 1894~1896. »

Parcours de vie dans la Royale
—>
https://parcoursdeviesdanslaroyale.fr/o ... joseph.htm

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Le canot de sauvetage Paul-Tourreil


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Daniel.
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Bonjour à tous,


Inauguration du canot de sauvetage Paul-Tourreil

[Port-Joinville, Île d’Yeu, 21 septembre 1913]

Société centrale de sauvetage des naufragés ― Annales du sauvetage maritime,
4e trim. 1913, p. 499 à 501.

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La Croix des Marins, n° 1.018, Dimanche 5 octobre 1913, p. 2.

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Fernand TARDIF , Préfet de la Vendée : « Un département pendant la guerre »,
Librairie Guigné-Hurtaud, La Roche-sur-Yon, 3e éd., 1917, p. 24 à 34.


[…] En regard des actes de piraterie des Allemands, il importe de placer le dévouement et l’énergie dont ont fait preuve nos marins. Un exploit magnifique entre tous a été accompli en janvier 1917 par des marins de l’Île d’Yeu allant, dans les circonstances les plus dramatiques, au secours de marins norvégiens abandonnés en mer, après la destruction de leur navire par un sous-marin allemand.
Le vapeur norvégien Ymer ayant été torpillé et coulé le 23 janvier sur les côtes d’Espagne, sept des hommes de son équipage étaient montés sur une baleinière. L’embarcation en détresse au large fut signalée le 26 janvier par le sémaphore de la pointe de But à l’Île d'Yeu. Bien que la mer fût déchaînée, douze volontaires — la plupart, des hommes âgés ou infirmes — se groupèrent immédiatement et partirent sur le canot de sauvetage au secours des naufragés. Durant trois jours, par un froid extrême, sans vivres, les courageux sauveteurs luttèrent contre les éléments en furie. Lorsqu’ils purent enfin aborder la terre ferme, onze d’entre eux (six Français et cinq Norvégiens) sur les dix-neuf hommes que portait l’embarcation, étaient morts de fatigue, de faim et de froid. « C’est là, — disait le 17 mai 1917 à l’assemblée générale de la Société centrale des naufragés, M. le capitaine de vaisseau Babeau (1)le plus tragique, le plus douloureux événement qu’aient jamais eu à enregistrer les annales de notre société. » Et il le retraçait en termes d'une saisissante sobriété : « Il s’est déroulé entre l’Île d'Yeu et Concarneau dans les journées et les nuits des 26, 27 et 28 janvier de cette année (1917) à l’heure où sévissait sur nos contrées le froid rigoureux qui a aggravé tant de misères. Au cours de ces deux affreuses journées, six canotiers sur les douze que comptait l’équipage du canot Paul-Tourreil de l’Île d'Yeu sont morts de fatigue et de froid. Je suis sûr d'être l’interprète de cette assemblée en envoyant l’expression de sa très douloureuse sympathie, en même temps que l’hommage de son admiration et de ses regrets à la mémoire de ces braves qui se nomment : Pillet, Émile, 49 ans ; Pillet, Edmond, 50 ans ; Taraud, 47 ans ; Izacard, 44 ans ; Pelletier, 46 ans et Renaud, 26 ans (réformé).
Le Paul-Tourreil sorti aune heure de l’après-midi pour recueillir des naufragés montant une baleinière du vapeur norvégien Ymer torpillé au large, rejoignit rapidement ces malheureux et les prit à son bord. La mer était assez grosse et les vents droit debout contrariaient la marche du canot, qui dut mouiller vers 5 heures du soir à un mille dans le nord de l’île, afin d’attendre le renversement du courant. Pendant qu’il était au mouillage, le vent d’Est fraîchissait, et à 9 heures le câble rongé par le frottement sur les roches du fond cassait, au moment où une furieuse tempête de neige et de verglas s’abattait sur la mer. Nos hommes essayèrent de lutter à l’aviron, mais bientôt épuisés, ils se décidèrent à hisser les voiles et à tenter de gagner Belle-Île. Malheureusement la tempête les obligeait à ramasser leur voilure et le Paul-Tourreil devenait le jouet des flots. Trois hommes, dès cette première nuit, mouraient d'épuisement ; huit autres devaient succomber successivement. Belle-Île manquée, le patron Devaud espéra atteindre Groix : il avait pu rétablir la voilure ; mais il était trop sous-venté et ce ne fut que le lendemain à midi qu'il put atterrir à l’ouest de Concarneau, dans la presqu’île de Raguénès, après être resté 48 heures à la barre par une température de plus de 10° au-dessous de zéro dans une mer démontée dont chaque vague glacée balayait l’embarcation et ajoutait aux souffrances des malheureux canotiers. II déploya dans ces circonstances une force d’âme admirable, devant le spectacle de l’agonie de six de ses camarades et de cinq des marins étrangers qu’il avait recueillis. »

Les corps des marins français et norvégiens furent inhumés côte à côte dans le cimetière de Névez (Finistère). Les dépouilles des sauveteurs islais furent bientôt transférées par les soins de la Société centrale de sauvetage à l’Île d’Yeu, où eurent lieu le 2 mai 1917 des obsèques solennelles (2). La presse française (3) et étrangère avait appelé l’attention du monde entier sur la vaillance et l’abnégation dont avaient fait preuve les héroïques marins de l’Île d’Yeu. La Société centrale de sauvetage (4), la Ligue du souvenir de la France à ses marins, le Comité départemental de secours de Vendée, le Département de la Vendée, firent parvenir des secours aux familles des victimes, ou adressèrent des témoignages de gratitude aux sauveteurs survivants.
La Norvège, elle, tint à manifester de façon éclatante sa reconnaissance pour nos marins, et à affirmer en même temps sa sympathie pour notre pays. Aidé par la presse, le gouvernement norvégien organisa au profit des sauveteurs une souscription qui atteignit plus de 200.000 fr. et prit ainsi le caractère d'une manifestation nationale (5). Le ministre de Norvège à Paris, le baron de Wedel-Jarlsberg, se rendit officiellement à l’Île d'Yeu le 18 juin 1917 avec le haut personnel de sa légation (6) pour remettre aux marins islais ou à leurs familles les récompenses décernées par le roi de Norvège et le produit de la souscription. Il était escorté du préfet de la Vendée, représentant du Gouvernement français, des délégués du ministre de la Marine et du sous-secrétaire d’État de la Marine marchande, de MM. le Dr Pacaud, député des Sables-d’Olonne, Hugues Le Roux, rédacteur au Matin, Rousseau, rédacteur au Temps, et des représentants de la presse norvégienne et de la presse régionale française.
Ce fut une cérémonie particulièrement impressionnante que celle à laquelle présida le ministre de Norvège. Désireux de s’associer au caractère de grandeur et de solennité qu' avait voulu lui donner le ministre (7), le Gouvernement français avait mis à la disposition de ce dernier deux vedettes armées et un torpilleur que survolaient trois avions. Dès son débarquement, le ministre veut se rendre au cimetière. Aux six marins sauveteurs, que lui présente le maire, il confie les couronnes commémoratives en bronze ciselé, portant l’inscription « La Norvège reconnaissante » qu’il va déposer sur les tombes des marins islais victimes de leur dévouement. Et un long cortège s’achemine vers le petit cimetière de l’Île. Là, le ministre place lui-même chaque couronne sur la tombe d’un marin, tandis que les familles des disparus, secouées de sanglots, font entendre de longs gémissements.
Le spectacle est poignant et c’est le cœur serré par l’émotion que nous quittons le cimetière. Au retour, nous croisons devant l’hôpital quelques Sénégalais, échappés de la catastrophe du Séquana, paquebot torpillé quelques jours avant, dans les parages de l’Île d’Yeu. C’est l’antithèse vivante entre le dévouement des sauveteurs Français et la piraterie des Allemands.
Sur la place de la mairie, une estrade est préparée pour recevoir le ministre et les personnes qui l’accompagnent. Prenant la parole, le baron de Wedel-Jarlsberg rend hommage à la vaillance des marins de l’Île d'Yeu. Et en termes dont la valeur est renforcée par les circonstances, il ajoute :
« De ces braves, les uns ont donné leur vie, les autres ont risqué la leur pour sauver et non pour tuer. Voilà la France !
« Par leur héroïque sacrifice les marins de l’Île d'Yeu ont glorifié l’humanité et magnifié le nom de leur Patrie. Les vrais marins ont des lois qui sont communes a tous ceux qui pratiquent la lutte magnifique de l’homme contre l’élément. Ils ont le même culte de l’honneur, le même sentiment fraternel de l’assistance que l’on se doit, même dans les épreuves de la guerre, entre marins.
« Le culte de l’honneur des marins, il existe dans vos cœurs, chers marins Français de l’Île d'Yeu. Il s’éclaire de toutes les grandeurs du sacrifice, de l’héroïsme toujours prêt à voler au secours de vos frères de la mer, et c’est parce qu’une fois de plus vous venez de donner le spectacle de ce merveilleux dévouement que je suis ici aujourd’hui. »

Puis, le ministre annonce que pour commémorer l’action des sauveteurs islais, le Gouvernement norvégien a créé deux prix annuel de 400 francs destinés à récompenser des habitants ou des habitantes de l’île qui se seront signalés par leur courage et leur noble conduite. Un monument sera érigé dans l’île pour perpétuer le souvenir du sauvetage des marins de l’Ymer. A chacun des sauveteurs survivants, le ministre décerne au nom du roi de Norvège une médaille « de noble conduite ». Il lui donne un titre de rente de huit cents francs, et une bourse contenant cinq cents francs nouée aux couleurs de la France et de la Norvège. C’est maintenant au tour des veuves de recevoir les mêmes sommes. L’une d’elles, qui porte dans les bras un enfant nouveau-né, s’avance vers l’estrade. « Attendez, je vais descendre », dit le ministre, et avec une grâce charmante, c’est lui qui va vers elles, vers leurs enfants orphelins.
Le Dr Pacaud et le préfet remercient le ministre, le premier au nom de la population de l’Île d’Yeu, le second au nom du Gouvernement. Le directeur de l’Inscription maritime de Bordeaux, délégué du sous-secrétaire d’État de la Marine marchande, distribue aux sauveteurs les médailles de sauvetage qui leur ont, été conférées par le Gouvernement français : médaille de sauvetage en vermeil au patron Noë Devaud, médailles en argent de première classe à ses compagnons Oscar Plessis, Pierre Gérard, Jean Baptiste Tonnel, Emmanuel Turbé et Alexandre Gouillet.
Tous ces braves gens assistèrent au déjeuner offert au ministre. Avec quelle simplicité ils
accueillirent les louanges qui leur furent adressées, le maître écrivain Hugues Le Roux, envoyé spécial du Matin, va le dire dans le vibrant article qu’il a consacré à la cérémonie (8). « Ceci doit faire le tour du monde. Le patron de la barque héroïque, Noé Devaud, à côté de qui j’étais assis au banquet me dit :
" Je suis resté à ma barre trente et une heures sans m’assir (sic), cinquante et une heures sans manger. Mon beau-frère Pillet, dont vous avez vu la femme à genoux sur la tombe avec un petit enfant qui est né huit jours après la mort du père, s’est trouvé près de moi au dernier moment. II m’a dit : " Je n’en peux plus. Adieu vat ! " Il est mort avec des glaçons qui l’enveloppaient. C’est le destin du marin. Le fait est que, quand nous sommes sortis, nous ne savions pas que c’étaient des Norvégiens qui étaient en péril, nous savions seulement que
c’étaient des marins qui étaient en détresse. Si c’avait été des Allemands qu’on aurait trouvés dans l’embarcation, on les aurait secourus tout de même ! ça se doit ! "
« Et voilà ce qu'il faut que la France et le monde entendent. » […]

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(1) Annales du sauvetage maritime, 1er et 2e trimestres 1917, pages 17, 18. Rapport sur les principaux sauvetages accomplis dans l’année.

(2) Les obsèques furent célébrées en présence des représentants de la Société, du ministre de la Marine, du sous-secrétaire d’État de la Marine marchande, de l’administration préfectorale et de la municipalité.

(3) Le Matin, n° du 1er février 1917 ; l’Illustration, n° du 10 mars 1917.

(4) La Société attribua à chacune des veuves des marins sauveteurs une pension de 500 francs, augmentée de 150 francs par enfant de moins de 16 ans.

(5) Discours du baron de Wedel-Jarlsberg à l’Île d’Yeu.

(6) Le colonel L’Orange, attaché militaire et M. de Bentzon, conseiller de légation.

(7) « Le ministre Wedel-Jarlsberg, avec le sentiment sûr et intelligent qu’il était le repré-sentant non seulement des milliers de Norvégiens qui ont donné leur obole aux sauveteurs et aux survivants de l’Île d’Yeu, mais aussi le représentant des marins norvégiens, du peuple norvégien tout entier, d’une extrémité a l’autre du pays, uni comme jamais — a voulu donner à cette cérémonie une empreinte de grandeur et de solennité comme il convient à deux nations qui se saluent dans un temps difficile et critique.
« Par suite de la grande influence et de l’estime que le ministre a su gagner par son tact et ses capacités, et par suite également de la sincère et cordiale amitié qui existe entre les deux pays, encore renforcée par la guerre, il va de soi que les autorités françaises de leur côté ont fait tout ce qu’elles pouvaient pour souligner ce qu’il y avait de grandeur dans l'acte de reconnaissance envers les sauveteurs, les marins, et les vivants.
» (Extrait de l’article publié dans le journal norvégien l’Aftenposten par son envoyé spécial le docteur Froïs Froïsland, sous le titre « La Reconnaissance de la Norvège aux marins de l’Île d’Yeu. » (Traduction due à l’amabilité du consul de Norvège à Nantes).

(8) Le Matin, n° du 19 juin 1917.
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Nota. ― Notes infrapaginales de l'ouvrage, renumérotées par commodité.
Bien amicalement à vous,
Daniel.
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Bonjour à tous,

Récompenses décernées au patron et aux équipiers
du canot de sauvetage Paul-Tourreil


Médailles de sauvetage

Journal officiel du 16 février 1917, p. 1.275.

Image


Prix Henri Durand (de Blois)

□ Par décision du 18 mars 1918 (J.O. 9 mai 1918, p. 4.040), prise après avis de la section permanente du Conseil supérieur de la Marine, furent accordées par le Ministre de la Marine aux équipiers du ca-not de sauvetage Paul-Tourreil les prix Henri Durand (de Blois) suivants :

J.O. 9-V-1918 - 4.040 -- .JPG
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Daniel.
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Bonjour à tous,

Hommages rendus aux équipiers du canot
de sauvetage Paul-Tourreil, de la Station de l’île d’Yeu


Société centrale de sauvetage des naufragés ― Annales du sauvetage maritime,
1er et 2e trim. 1917, p. 17 et 18.

« RAPPORT SUR LES PRINCIPAUX SAUVETAGES ACCOMPLIS DANS L'ANNÉE
par M. le Capitaine de Vaisseau BABEAU (Chevalier de la Légion d’honneur)
ADMINISTRATEUR DE LA SOCIÉTÉ

Mesdames, Messieurs,

Le sanglant tableau, qui se déroule aux yeux du monde depuis bientôt trois années, présente aux imaginations de telles visions d'horreur et de destruction — visions aussi d'héroïsme et de sacrifice admirables — qu'il ne semble pas que nous puissions nous abstraire un instant des hantises de ce cataclysme sans précédent.
[...]

Tout d'abord, je veux vous retracer le plus tragique, le plus douloureux événement qu’aient jamais eu à enregistrer les annales de notre Société ; il s'est déroulé entre l’île d’Yeu et Concarneau dans les journées et les nuits des 26, 27 et 28 janvier de cette année, à l’heure où sévissait sur nos contrées le froid rigoureux qui a aggravé tant de misères.

Au cours de ces deux affreuses journées, 6 canotiers sur les 12 que comptait l’équipage du canot " Paul Tourreil ", de l’île d’Yeu, sont morts de fatigue et de froid. Je suis sûr d'être l’interprète de cette Assemblée en envoyant l’expression de sa très douloureuse sympathie aux familles si cruellement frappées, en même temps que l’hommage de son admiration et de ses regrets à la mémoire de ces braves qui se nomment :

PILLET (Émile), 49 ans ; PILLET (Edmond), 50 ans ; TARAUD, 47 ans ; IZACARD, 44 ans ; PELLETIER, 46 ans et RENAUD, 26 ans (réformé).

Le " Paul Tourreil ", sorti à 1 heure de l'après-midi pour, recueillir des naufragés montant une baleinière du vapeur norvégien " Ymer " torpillé au large, rejoignit rapidement ces malheureux et les prit à son bord. La mer était assez grosse et les vents droit debout contrariaient la marche du canot, qui dut mouiller vers 5 heures du soir à 1 mille dans le nord de l'île, afin d'attendre le renversement du courant. Pendant qu'il était au mouillage, le vent d’Est fraîchissait, et à 9 heures le câble rongé par le frottement sur les roches du fond cassait, au moment où une furieuse tempête de neige et de verglas s'abattait sur la mer. Nos hommes essayèrent de lutter à l’aviron, mais bientôt épuisés, ils se décidèrent à hisser les voiles et à tenter de gagner Belle-Ile. Malheureusement la tempête les obligeait à ramasser leur voilure et le " Paul Tourreil " devenait le jouet des flots. Trois hommes, dès cette première nuit, mouraient d'épuisement ; 8 autres devaient succomber successivement. Belle-Ile manquée, le patron DEVAUD espéra atteindre Groix : il avait pu rétablir la voilure ; mais il était trop sous-venté et ce ne fut que le lendemain à midi qu'il put atterrir à l’ouest de Concarneau, dans la presqu’île de Raguénès, après être resté 48 heures à la barre par une température de plus de 10° au-dessous de zéro, dans une mer démontée dont chaque vague glacée balayait l’embarcation et ajoutait aux souffrances des malheureux canotiers. Il déploya dans ces circonstances une force d'âme admirable, devant le spectacle de l'agonie de 6 de ses camarades, et de 5 des marins étrangers qu'il avait recueillis.

Bien modeste, en regard de leur mérite, est la récompense que nous offrons à ces hommes dont vous voudrez retenir les noms :

DEVAUD, 52 ans ; GIRARD, 54 ans ; TONNEL, 47 ans ; PLESSIS, 40 ans, réformé ; TURBE, 38 ans, blessé de guerre, et GOUILLET, 16 ans. Nous leur décernons les Médailles d’Or du Vice-Amiral Ernest de JONQUIÈRES, de la Marquise d’ESTAMPES, de M. Georges COPIN, du Baron Jules CLOQUET, de M. G. D. de BEAUREGARD, du Baron de JOEST, et les Prix des amiraux ROZE et JACQUINOT, portés à 4.000 francs par un don généreux de 2.000 francs fait dans ce but par Mme TOURREIL, donatrice du canot " Paul Tourreil ".

Et ce nous est un vif regret que les circonstances ne nous aient pas permis de les faire venir ici à l'honneur, après qu'ils ont été si durement à la peine. »


Société centrale de sauvetage des naufragés ― Annales du sauvetage maritime,
1er et 2e trim. 1917, p. 54 à et 18.

« HOMMAGE ET RECONNAISSANCE DE LA NORVÈGE

Lorsqu’en février dernier, la nouvelle se répandit dans la presse française et étrangère que six marins sur les douze qui composaient l’armement du canot de sauvetage " Paul Tourreil " de la station de l’Ile d'Yeu avaient perdu la vie en portant secours aux marins norvégiens de l’ " Ymer " abandonnés en pleine mer, loin des côtes, par la barbarie germanique après la destruction de leur navire, le peuple norvégien tout entier se sentit ému dans les plus intimes fibres de son cœur et voulut témoigner sa reconnaissance aux sauveteurs. Aussitôt le Gouvernement norvégien secondé par la presse organisa à leur profit une souscription qui en quelques jours recueillit plus de 200.000 fr. En même temps, le Ministre de Norvège à Paris, M. le Baron de WEDEL-JARLSBERG adressait au chef du Gouvernement français la lettre suivante :

Monsieur le Ministre,

Le Gouvernement norvégien a appris avec une vive émotion, les renseignements que je lui ai communiqués relatifs à l’héroïque dévouement déployé par le patron et les hommes du canot de sauvetage de l’Ile d'Yeu pour arracher à la mort l’équipage du bateau norvégien " Ymer ". Il déplore profondément qu’un si grand nombre de courageux marins français aient payé de leur vie leur sublime dévouement.

Je suis chargé de me faire l’interprète de ces sentiments auprès du Gouvernement de la République et de vous prier, Monsieur le Ministre, de vouloir bien faire parvenir aux sauveteurs survivants l’expression de la reconnaissance émue du Gouvernement royal et d’assurer les familles des marins victimes de leur héroïsme, de la part sincère que le peuple norvégien prend à leur deuil.

En remettant cette lettre au Président du Conseil, le Ministre de Norvège annonçait que S. M. le roi de Norvège venait de décerner la médaille de sauvetage en or à M. DEVAUD, patron, et des médailles de sauvetage en argent à MM. PLESSIS, GIRARD, TONNEL, GOUILLET et b]TURBE[/b], canotiers, ainsi qu’à M. MARREC, inscrit à Concarneau, qui a aidé à l’atterrissage des naufragés et qui, par des soins dévoués, a sauvé les survivants.

Le 18 juin dernier, M. le Ministre de Norvège accompagné du Colonel LORANGER, attaché militaire, de M. de BENTZAN, conseiller d'Ambassade, de M. TARDIF, préfet de la Vendée, de M. PACAUD, député des Sables d’Olonne, des représentants du Ministre de la Marine et du sous-secrétaire d'Etat à la Marine Marchande, arrivait à l’Ile d’Yeu, afin d'aller s’incliner sur les tombes, saluer les familles éprouvées, et remercier les sauveteurs. Il voulait aussi remettre aux survivants de l’héroïque odyssée et aux veuves des victimes les gages de reconnaissance du peuple norvégien, peuple de marins si éprouvé par cette guerre qu’il semble que les belligérants ne peuvent pas l’être davantage.

A son arrivée dans l’Ile, M. MICHAUD, maire de Port-Breton, lui souhaitait la bienvenue, le remerciait, puis le conduisait au cimetière où il déposait sur chacune des tombes des canotiers, une superbe couronne de métal cravatée des couleurs françaises et norvégiennes et portant cette inscription
: " La Norvège reconnaissante "

Avant de procéder à la remise des médailles et récompenses, M. WEDEL-JARLSBERG dans un fort beau discours retraçait l’acte d’héroïsme accompli par l’équipage du canot de sauvetage, disait combien le peuple norvégien avait été ému en l’apprenant et en quelle estime il tenait le peuple français et particulièrement sa marine dont les membres n’ont jamais failli au devoir et à l’honneur. Il remettait ensuite officiellement aux survivants les Médailles qui leur avaient été décernées au lendemain du naufrage et les récompenses que la souscription norvégienne a permis de leur attribuer ainsi qu’aux familles des victimes. Chacun et chacune reçoivent un titre de rente de 800 francs et un secours immédiat de 500 francs.

II faisait connaître que le Gouvernement norvégien offrait à titre d’encouragement, 2 Prix annuels de 400 francs destinés à récompenser les 2 personnes de l’Ile d'Yeu ayant montré le plus de courage et de bonne conduite.

En outre, un monument commémoratif sera élevé au cimetière.

M. le Préfet de la Vendée, M. PACAUD et M. le Directeur de l'Inscription Maritime répondaient tour à tour et remerciaient le représentant de la Norvège.

Le Conseil d’administration de 1a Société de sauvetage a vivement regretté de n'avoir pu se faire représenter à cette cérémonie émouvante au cours de laquelle a été célébrée la vertu de ses canotiers ; mais il n’a pas tenu à lui de le faire, aucun avis ne lui ayant été donné de cette cérémonie organisée sous les auspices de M. le Ministre de Norvège. Avec son Président, il adresse au peuple norvégien l’expression de sa reconnaissance à laquelle il associe les 117 stations de la Société dont le matériel et l’organisation facilitent de tels actes d’héroïsme.
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Bien amicalement à vous,
Daniel.
Rutilius
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YMER ― Cargo norvégien et les sauveteurs de l'île d'Yeu.

Message par Rutilius »

Bonjour à tous,


Le canot de sauvetage Paul-Tourreil se portant au secours des naufragés de l’Ymer

Illustration figurant dans le "Journal" de Paul-Émile PAJOT

in Jean HUGUET : « Paul-Émile Pajot, marin-pêcheur, imagier de la mer »,
coll. « Univers des hommes », éd. André Bonne, 1975.


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Bien amicalement à vous,
Daniel.
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