Pourquoi ne venez-vous pas nous sauver?
( par le sous-lieutenant Farrenkopf)
J’entends toujours ce cri strident lorsque je pense à la catastrophe du Winterberg-Tunnel. De nombreux camarades ainsi que les familles des victimes du Winterberg m’ont souvent posé la même question : N’y avait-il pas moyen de sauver les nombreux hommes enfermés dans le souterrain ?
Le régiment a-t-il fait tout son possible pour leur sauvetage? A cette dernière question, je peux répondre franchement par un oui, la conscience tranquille.
J’étais en cette période clerc au bureau du 3e bataillon et j’étais abrité dans le Winterberg-Tunnel, ensemble avec l’Etat-Major du bataillon, celui du régiment et avec la réserve du régiment, soit au total une force de deux compagnies et demi. Je vois encore distinctement le commandant du régiment, le major Schüler, lorsqu’il tentait de nous guider, quelques minutes après l’effondrement de l’entrée du tunnel et de l’explosion des munitions, car nous nous bousculions alors dans la panique, enveloppés d’une épaisse fumée et de gaz étouffants, pour gagner l’arrière du tunnel : “Dirigez-vous par groupes vers la sortie de secours!” Cet ordre, il le répéta de multiple fois. Vers 12 heures, j’ai ainsi pu quitter la galerie accompagné de l’aide de camp du 3e bataillon, le sous-lieutenant Schwarz et des camarades Geier et Emil. Dans le tunnel Heeringen occupé par le RIR 109, que nous avons pu atteindre après une heure de course à travers le tir de l’artillerie ennemie, je recevais l’ordre de rassembler tous les hommes sorts Winterberg-Tiunnel. Dans différents abris du Pionierweg, dans la position de protection de l’artillerie et plus tard dans le tunnel Heeringen, j’ai trouvé au total environ 50 rescapés dont de nombreux blessés. La plupart n’avaient plus ni leur fusil, ni leur équipement. En effet, ils avaient séjourné dans les parties centrales et arrières du tunnel et ils n’étaient vêtus que d’une chemise et de leur pantalon. L’air y était de si mauvaise qualité depuis des jours déjà qu’on ne pouvait même pas y faire brûler des cierges ou d’autres flammes ouvertes.
Malgré mes recherches minutieuses dans tous les abris et jusque sur le plateau du Winterberg, le nombre des rescapés découverts n’a guère augmenté. Où étaient alors les autres? Avaient-ils été tués par le bombardement après avoir quitté le tunnel? Ou étaient-ils restés dan le souterrain? C’étaient des questions posées avec une anxiété grandissante. Je poursuivais mes recherches, puis communiquais le pauvre résultat à mes supérieurs. Les pionniers déjà réclamés auparavant par la division furent alors une nouvelle fois demandés en première urgence, ainsi qu’un équipement de sauvetage adéquat. Malgré les combats sur le Winterberg, nos pensées allaient toujours vers ceux qui devaient être enfermés. Soudainement je voyais l’aspirant Schmidt courir vers moi en descendant le PIonierweg, vêtu seulement d’une chemise et de son pantalon. Son visage était défait et il hurlait tout le temps : “Pourquoi ne venez-vous pas pour nous sauver? Où restez-vous donc? Nous allons tous mourir étouffés. Ils sont déjà presque tous inconscients ou morts!”
La majorité des occupants n’avaient-ils donc pas quitté le tunnel? Que faire? Si du moins les pionniers voulaient arriver! Nous ne pouvions plus les attendre. Je reçus l’ordre de rechercher immédiatement des appareils à oxygène dans les abris. Mais aucun n’existe dans les premiers abris visités. Je suis sur le point de retourner au tunnel Heeringen lorsque les pionniers arrivent. Ils sont au nombre de 25, mais sans aucun appareil! Je me porte volontaire pour les guider par la galerie dans le tunnel du Winterberg. Il est maintenant à peu près 20 heures?
En attendant, le tir ininterrompu sur le tunnel a tout détruit. Il fallait donc de longues recherches pour localiser finalement l’ancienne sortie de secours, et de là je pénètre avec les pionniers dans le tunnel principal. Après quelques pas, la lumière devient déjà toute petite, et la flamme s’éteint bientôt. Déjà la respiration devient haletante et la sueur inonde les corps. La fumée âcre provoque des toux en série. Nous trébuchons sur quelques corps qui sont portés à l’extérieur. Nous avançons très lentement tout en lançant constamment des appels. Aucune réponse! Partout un silence de mort. On perçoit seulement de l’extérieur les détonations d’obus. Nous restons serrés les uns contre les autres, et nous continuons ainsi d’avancer. Encore quelques morts ou inconscients. Nous otons nos masques à gaz car ils laissent passer trop peu d’air. Je crie, aussi fort que possible, les noms de quelques camarades. Toujours rien. La fumée s’épaissit, ou est-ce seulement une impression? Finalement nous ne pouvons plus avancer. Il faut faire demi-tour. Nous nous consultons brièvement. Une chose est certaine? Sans masques à oxygène on ne peut aller plus loin. Il faut absolument trouver de l’oxygène.
Avec deux pionniers je pénètre d’abord dans l’ancien abri du premier secours du chemin supérieur. Il est totalement démoli. On ne trouve rien non plus dans les autres abris. Notre seul espoir reste encore le tunnel Heeringen. Peu avant de l’atteindre, un pionnier est blessé à la cuisse. Dans le souterrain, le manque d’oxygène est déjà omniprésent. Les médecins refusent donc de nous céder leurs faibles réserves d’oxygène encore disponibles par ce qu’ils ont de nombreux gazés à soigner. C’est finalement un sous-officier de Santé qui nous donne une bouteille d’oxygène; il n’en a pas d’autres. Mais elle est petite et ne contient qu’entre deux et trois litres. Nous sortons du tunnel avec un regain de courage, malgré notre grande fatigue et la soif qui nous harcèle. Lorsque le sous-officier des pionniers ouvre la bouteille, il doit se rendre compte qu’elle était dépourvue de l’habituel système d’arrêt. Nous sommes néanmoins décidés de faire une tentative; nous retournons dans le tunnel en tenant fermé le robinet de la bouteille avec la main.
Une fois arrivés dans la partie du souterrain où l’air devient irrespirable, nous tentons de nous alimenter avec l’oxygène de la bouteille. Mais cela ne réussit pas car l’oxygène sous pression sort si massivement qu’on ne peut plus respirer. Il n’y a donc eu pour nous aucun soulagement. Et en faisant diverses expérimentations avec la bouteille, celle-ci se vide en quelques minutes. Tout est maintenant perdu.
Nous étions alors pris d’un sentiment d’impuissance totale et notre découragement devenait général. Déjà lorsque j’étais à la recherche d’oxygène, j’avais acquis la conviction que les camarades devaient se trouver dans la partie la plus en arrière du tunnel. Mais pourquoi n’entendait-on personne tousser tandis que la fumée et les gaz nous déchiraient presque la trachée-artère? Ou étaient-ils déjà pour la plupart morts? tout devenait maintenant très sombre, même les pionniers ne savaient plus que faire.
Après avoir recueilli quelques dossiers et des plans de positions, tout en ramassant encore les jumelles oubliées du commandant de bataillon, je retournais vers l’Etat-Major du régiment pour lui annoncer ceci : “Sans un équipement adapté allant du masque à oxygène jusqu’à des lampes électriques, un sauvetage était tout à fait irréalisable. Mais tout cela avait déjà été réclamé, et il ne restait donc qu’à renouveler cette demande.
En attendant, il était environ 4 heures du matin, des événements graves s’étaient produits qui rendaient impossible toute nouvelle tentative de sauvetage. En effet, les compagnies placées sur le Winterberg étaient presque anéanties. Depuis l’aube le bombardement ennemi s’était intensifié à nouveau. Je devais chercher à 5 heures des renforts dans le tunnel Heeringen, une compagnie du 110e RIR. Celle-ci fut complètement dispersée en route, et je n’ai pu en acheminer que quelques débris. Mais auparavant déjà d’autres fractions du RIR 110 étaient arrivées pour préparer une contre-attaque, ensemble avec les restes de nos propres compagnies. Mais les hommes du 110e avaient déjà subi, sous les obus, de telles pertes qu’ils n’ont pas pu dépasser la hauteur. Vers 9 heures, l’ennemi pénétra dans la position du Winterberg. On ne pouvait alors plus approcher l’entrée du tunnel, même si l’on avait reçu entre temps l’équipement sollicité. Et le lendemain notre régiment fut relevé.
CCM le 16 juin 2010
Entre les lignes... (suite et fin)
- drachenhohle
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Re: Entre les lignes... (suite et fin)
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Ceux qui reviendront de cette guerre et qui auront comme moi passés par toutes les misères qu'un homme peut endurer avant de mourir, devra s'en souvenir, car chaque jour qu'il vivra sera pour lui un bonheur."
Gaston Olivier - mon Grand-Père
http://www.
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Re: Entre les lignes... (suite et fin)
bonjour
merci pour se texte tres interresant, j'aurait voulu savoir si vous aviez une copie de se texte
si oui est que vous pourriez me l'envoyer par mail ( adresse dans mon profil) sa serait super sa m'eviterait de tous recopier
merci
amicalement
nicolas [:nicolas55:9]
merci pour se texte tres interresant, j'aurait voulu savoir si vous aviez une copie de se texte
si oui est que vous pourriez me l'envoyer par mail ( adresse dans mon profil) sa serait super sa m'eviterait de tous recopier

merci
amicalement
nicolas [:nicolas55:9]