SAINT LOUIS - Société Navale de l'Ouest

Marine, bateaux & marins pendant la Grande Guerre
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Yves D
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Re: SAINT LOUIS - Société Navale de l'Ouest

Message par Yves D » jeu. févr. 03, 2011 7:56 pm

Bonsoir Olivier, bonsoir à tous
Il est fort possible que ce sous-marin soit U 49, KL Hartmann, qui le 6 oeuvrait en Atlantique le long de la côte espagnole. Par contre je n'ai pour le vérifier que Spindler et il n'est pas fait mention d'un engagement au canon ce matin là, ce qui ne veut pas dire bien sûr que ce ne fut pas le cas, mais l'incident étant mineur, il a pu ne pas le reprendre. Ce même jour, plus tard dans la journée, U 49 capturait le norvégien Balto qu'il allait ensuite utiliser jusqu'au 9 comme bâtiment "de soutien logistique"
En dehors de ce sous-marin, il pourrait y avoir eu U 50 mais il semblerait que celui-ci a plutôt opéré dans le Golfe de Gascogne.
Les deux U-Boot font pareillement état du très gros temps subi en ce début novembre.
Cdlt
Yves
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La guerre sous-marine 14-18, Arnauld de la Perière
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Rutilius
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Message par Rutilius » mar. oct. 30, 2012 10:27 am

Bonjour à tous,
« Appareille d’Oran le 19 Février 1917 à destination de Salonique, escorté par les Torpilleurs 312 et 333 .
Capitaine LÉON, capitaine au long-cours. 37 hommes d’équipage, tous Français. 638 officiers et hommes de troupes français destinés à l’Armée d’Orient. Un officier et 18 hommes de la Légion étrangère, dont un Allemand.
3.000 tonnes de ravitaillement pour l’armée d’Orient. »

Le « ravitailleur réquisitionné Saint-Louis V » transportait notamment d’Oran à Salonique la 162e Compa-gnie du 18e Escadron du train des équipages militaires, soit, au total, 153 hommes :

— trois officiers : le capitaine de réserve Émile DANION, commandant (*) ; le sous-lieutenant DURAND ; le vétérinaire aide-major PERRIN ;
— huit sous-officiers, dont un adjudant ;
— dix brigadiers ;
— 132 conducteurs et ouvriers.

Le bâtiment appareilla d’Oran le 19 février 1917, à 12 h 30, et fit escale le 23 à Malte et le 28 à Milo ; il parvint à Salonique le 1er mars suivant à 20 h. 00.

(Journal des marches et opérations de la 162e Compagnie du 18e Escadron du train des équipages militaires – 21 janv. 1917 ~ 16 juin 1918 – : Service historique de la Défense, S.G.A. « Mémoire des hommes », Cote 26 N 1346/10, p. 5).

_______________________________________________________________________________________

(*) DANION Émile Marie Eugène, né le 8 septembre 1869 à Beaufort (Jura) et décédé le 10 août 1955 à Montbarrey (Jura). Capitaine de réserve de cavalerie (D. 15 avr. 1916, J.O. 18 avr. 1916, p. 3.294) ; classe 1889, n° 1.565 au recrutement de Lons-le-Saulnier.

• Fils d’Évariste René Marie DANION, receveur d’enregistrement, et d’Hélène BOUCHOT, sans profession, son épouse. Époux d’Alice MAIZIER, avec laquelle il avait contracté mariage le 10 septembre 1902. (Base Léonore, Dossier 19800035/0065/8002)

□ Par arrêté du Ministre de la Guerre en date du 12 juillet 1917 (J.O. 14 juill. 1917, p. 5.426 et 5.446) inscrit au tableau spécial de la Légion d’honneur pour le grade de chevalier dans les termes suivants :

« DANION (Émile-Marie-Eugène), capitaine (réserve) à la 162e compagnie, 18e escadron du train des équipages militaires : excellent officier de réserve, ayant toujours su obtenir de sa compagnie le maximum de rendement. »
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Rutilius
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Message par Rutilius » mar. oct. 30, 2012 11:07 am

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Rutilius
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Message par Rutilius » ven. févr. 01, 2013 1:26 am

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marpie
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Re: SAINT LOUIS - Société Navale de l'Ouest

Message par marpie » jeu. avr. 11, 2013 5:48 pm

Bonjour à tous ,

Extrait du JO du 31 décembre 1915 (p 9698) :

Décision du Sous-Secrétaire d'Etat à la Marine
Récompense pour fait de sauvetage :

Image

Bien amicalement
Marpie

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Re: SAINT LOUIS - Société Navale de l'Ouest

Message par Rutilius » ven. oct. 18, 2013 1:18 pm


Bonjour à tous,


■ Historique (complément).


— 3 octobre 1915 : Recueille l’équipage réfugié dans deux embarcations du cargo Antonie [Compagnie des Chargeurs français (Plisson & Cie.), Bayonne], arrêté le même jour, puis coulé au moyen de charges explosives par le sous-marin allemand U-33 (Kapitänleutnant Konrad Gansser), à 60 milles dans le S. 83 O. de la pointe de Cérigotto, par 35° 58’ N. et 21° 53’ E.

—> http://pages14-18.mesdiscussions.net/pa ... 1975_1.htm

Pour ce sauvetage, Émile Philippe LÉON, capitaine au long-cours inscrit à Paimpol, n° 20 –, et enseigne de vaisseau auxiliaire de 1re classe –, commandant le « cargo réquisitionné Saint-Louis », reçut la médaille d’argent de 1re classe par une décision du Sous-secrétaire d’État à la Marine en date du 29 décembre 1915 (J.O., 31 déc. 1915, p. 9.698).
Bien amicalement à vous,
Daniel.

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Re: SAINT LOUIS - Société Navale de l'Ouest

Message par olivier 12 » mar. oct. 13, 2015 4:33 pm

Bonjour à tous,

SAINT LOUIS V


Image

Torpillage du 15 Juin 1917. Rapport du capitaine LEON

Quitté Salonique le 3 Juin avec du matériel en retour, fûts vides, douilles vides, et 1826 sacs postaux de l’armée d’Orient, de l’armée navale et le courrier anglais accompagné de convoyeurs postaux. Fait route sous escorte du LANSQUENET jusqu’à Milo où je mouille le 4 Juin.
Quitté Milo le 12 Juin à 15h30 escorté par le torpilleur 250. Retardé par la rupture d’un joint de soupape, SAINT LOUIS V ne peut appareiller à 12h30 avec le convoi INHAMBANE, VICENZA, TARENTO et KATE escortés par VELOS et LANSQUENET. Passé Cerigotto à minuit 20. Beau temps, mer belle, faible brise. Convoi aperçu à 09h20 et rallié à 10h50. Pris poste derrière KATE et réduit l’allure à 8,5 nœuds. Ligne de file avec SAINT LOUIS V en queue.

Le 15 Juin à 04h20, le bâtiment est torpillé côté bâbord cale 2. Il fait nuit et je suis sur la passerelle avec l’officier de quart, le 2e capitaine. Fait stopper la machine, appelé aux postes d’abandon et envoyé signal de détresse par le poste de secours. Les embarcations sont mises à la mer ainsi qu’une partie des radeaux. Constaté que la cale 2 est pleine d’eau, mais que la cale 1 est sèche. Chaufferie et machines sont envahies, cales arrières sèches. Fermé la porte étanche du tunnel.

Les embarcations, amenées trop hâtivement, sont pleines de monde. Il ne reste plus sur le pont bâbord que le 2e capitaine, Monsieur Plusquellec, et le 1er lieutenant, Monsieur Villedieu, qui crie à la baleinière de ne pas s’écarter et d’accoster. A tribord, baleinière, radeaux et youyou sont au large. Monsieur Filiol, 2e capitaine de l’ANNAM (60 rescapés de l’ANNAM et 5 rescapés du BIARRITZ avaient embarqué comme passagers à Milo) jette un radeau à la mer et y embarque avec trois de ses marins. Seuls les matelots Penniello et Morazanni restent à bord avec moi.

L’eau gagne et le compartiment machine s’emplit, mais la cale 1 reste sèche. Le 2e capitaine de l’ANNAM vient nous accoster tandis que le 2e capitaine du SAINT LOUIS embarque à bâbord et tente de gagner tribord pour venir me chercher. Voyant que le compartiment machine est plein d’eau, qu’il n’y a plus qu’une chance de salut : le remorquage, et craignant une 2e torpille, je donne l’ordre à Penniello et Morazanni de descendre sur le radeau et, après m’être assuré qu’il ne reste personne à bord, je m’y laisse glisser par un pendeur. La baleinière du 2e capitaine vient le ranger et le prend en remorque dans l’attente de l’arrivée du LANSQUENET qui n’avait pas reçu le signal de détresse, mais manœuvrait pour porter secours à un autre navire torpillé.
Il s’approche à 04h50 et je l’informe de la situation et lui dit que le navire peut être remorqué. Je fais transférer les passagers des baleinières sur le torpilleur et dit à l’équipage de réintégrer le bord, en accord avec le commandant du LANSQUENET qui me dit qu’il va prendre la remorque. Tous les officiers pont et machine (sauf le 3e mécanicien), tous les matelots, les 3 canonniers et seul Drillet du personnel chauffeur ont rallié. Les canonniers sont au poste de combat. Officiers et marins vont donner la remorque. Le 2e lieutenant, Monsieur Le Bastard les porte au torpilleur à l’aide du youyou. Monsieur Plusquellec dirige la manœuvre depuis le gaillard.
Deux remorques sont données et LANSQUENET essaie de traîner SAINT LOUIS V qui s’alourdit de plus en plus. Elles cassent successivement au bout de quelques instants. Le torpilleur manœuvre et donne alors sa remorque tandis que le remorqueur italien SALVATORE MILIONI vient offrir ses services et prend deux aussières. Il réussit à nous donner une faible vitesse. A 08h30 arrive un autre remorqueur italien, SICILIA, qui donne sa remorque et le bâtiment atteint 2 nœuds. Nous restons le long de la côte d’Italie pour éviter le courant du milieu du détroit. LANSQUENET fait bonne veille et tourne autour à quelque distance. Nous avons le spectacle peu réconfortant d’un autre bâtiment auquel VELOS portait secours et qui sombre sous nos yeux. Dès qu’il le peut, VELOS vient près de SAINT LOUIS V alléger la tâche de LANSQUENET. Le navire s’enfonce plus rapidement de l’arrière, la cale avant restant vide. Passé Reggio à 13h00 et le navire, s’alourdissant, ralentit. Bien que l’on gouverne avec la barre à main, les remorqueurs ont beaucoup de mal à maintenir la direction. La gîte sur bâbord s’accentue. Le tirant d’eau atteint 8 m et l’eau monte de 50 cm par demi-heure dans la cale 4.

A 17h00, soit 13h00 après le torpillage, j’ai le bonheur d’être à l’entrée de Messine et vient échouer le navire dans le port sur des fonds de 8,5 m à 18h00. Il est sauvé et il n’y a aucun blessé.

Position du torpillage : 37°53 N 15°38 E

Sous le choc, les radeaux de bâbord avant ont été démolis. Beaucoup de vaisselle et d’objets divers ont été brisés.

C’est grâce au dévouement des officiers, de l’équipage et des hommes revenus à bord que l’on doit le sauvetage du navire. Ils sont d’autant plus méritants qu’ils étaient peu nombreux et pendant cette lutte périlleuse, ils assistaient à l’engloutissement du PASHA. Le torpilleur 250 est venu renforcer la protection pendant le remorquage et les remorqueurs italiens, malgré leur faible puissance, ont très bien manœuvré.

Déposition du 1er lieutenant Monsieur VILLEDIEU


Elle confirme entièrement la déposition du capitaine.

Déposition du chef mécanicien Monsieur FRELET


Venait de se coucher après avoir fait une ronde au changement de quart. A été réveillé par l’explosion et est descendu dans la machine. A rencontré l’officier de quart, Monsieur Palvadeau qui lui a dit : »je crois que nous sommes torpillés ». N’a pas trouvé le graisseur Makosso qui était déjà remonté.
Le télégraphe a donné l’ordre de stopper ce qui a été fait aussitôt. On a ouvert les régulateurs et mis le cheval en marche (nota : le cheval est la pompe d’assèchement). S’est rendu dans la coursive pour aller dans la chaufferie, mais n’a pu aller que jusqu’au coin de la chaudière car la chaufferie était déjà envahie. Il y avait plein de charbon sortant par les portes des soutes. Les hommes de quart avaient déjà quitté leur poste.
Se rendant compte que l’envahissement se faisait rapidement, il a évacué en prenant soin de fermer la porte étanche du tunnel. Tous les auxiliaires ont continué à fonctionner. A demandé s’il fallait les stopper. On lui a répondu que ce n’était pas utile et que les embarcations poussaient.
S’est rendu à son poste d’abandon, baleinière tribord, qui était amenée à hauteur du spardeck et envahie par les passagers de l’ANNAM, si bien qu’il fut difficile de l’amener.

On est allé à bord du LANSQUENET d’où tout le monde est revenu à bord sauf le 3e mécanicien Arnaud et tous les chauffeurs, exception faite de Drillet. A bord, s’est efforcé de réaliser toutes les manœuvres utiles au remorquage : débrayage des drosses de la barre à bras, surveillance des cales et des cloisons étanches, obstruction des fissures.
Le 2e mécanicien Dubois s’est fort bien conduit en ces circonstances et a donné une aide précieuse. Le 4e mécanicien Palvadeau n’a pu revenir à bord à cause d’une blessure qui l’a ensuite maintenu 8 jours exempté. Le chauffeur Drillet a fait preuve d’un dévouement et d’une discipline exemplaire.
Le 3e mécanicien (Second maître mécanicien Arnaud) n’a pas exécuté les ordres et n’est pas revenu à bord. Quant aux chauffeurs (sauf Drillet) ils ont été en dessous de tout tant en conduite qu’en discipline.

Le capitaine et le second d’ANNAM ont pris place dans la même embarcation que lui pour revenir sur SAINT LOUIS V.

Déposition du 2e lieutenant Monsieur LE BASTARD

A été réveillé par l’explosion. S’est rendu à son poste d’abandon arrière. Les hommes de l’ANNAM étaient déjà dans les embarcations. C’est lui qui a donné l’ordre aux canonniers d’embarquer. Il n’a pu descendre dans son embarcation car les bosses avaient déjà été coupées par les passagers quand elle était arrivée à hauteur de la lisse et elle s’était éloignée. Il est descendu sur un radeau qui était le long du bord.

Déposition du radiotélégraphiste GAUYACQ

Etait sur le pont à côté de la cabine TSF au moment de l’explosion. A tenté d’envoyer le signal de détresse avec le poste de secours.
N’est pas revenu à bord de SAINT LOUIS V, mais c’est le capitaine lui-même qui, en raison de son très jeune âge, lui a donné l’ordre de rester sur LANSQUENET.

Rapport du CF VALDEMAIRE commandant la 11e escadrille de torpilleurs et le torpilleur d’escadre VELOS

Je vous transmets le rapport du commandant du LANSQUENET sur le sauvetage du SAINT LOUIS V et le sauvetage de l’équipage du vapeur anglais PASHA.
Le 15 Juin à 04h00, comme nous venions d’entrer dans le détroit de Messine, nous avons aperçu par bâbord (VELOS était à tribord de VICENZA n°3 du convoi) des fusées paraissant venir de terre que nous avons prises pour un signal italien provoqué par la présence de bâtiments sans feux dans le détroit.
La tête du convoi INHAMBANE, KATE, VICENZA se tenait assez bien, mais TARENTO et SAINT LOUIS V s’étaient laissés culer pendant la nuit. Trouvant la distance beaucoup trop grande, j’ai fait demi tour à 04h35 jusqu’à voir nettement le SAINT LOUIS V et j’ai eu l’impression qu’il faisait des zigzags comme il avait fait les jours précédents à cause de la vitesse trop faible de KATE.
A 05h00, nous avons vu un vapeur dans l’Ouest lançant des fusées blanches et laissant échapper de la vapeur. Mis le cap dessus et vu des embarcations autour de ce vapeur vers lequel un autre vapeur se dirigeait. Nous revenions vers le SAINT LOUIS quand nous avons reçu le SOS retransmis par LANSQUENET qui allait à son secours. Retourné alors vers le vapeur en détresse qui était le PASHA et avons recueilli son équipage à 05h50. Comme il flottait encore, nous avons demandé un remorqueur pour lui. Nous avons ensuite patrouillé entre PASHA et SAINT LOUIS jusqu’à 07h15, quand PASHA a coulé par l’arrière en chavirant.
Entre temps, deux remorqueurs étaient venus au secours de SAINT LOUIS qui s’est alors déplacé à une vitesse de 2 à 3 nœuds.
Le torpilleur italien AIRONE, ainsi que VELOS et LANSQUENET ont patrouillé autour de SAINT LOUIS. A 09h00, LANSQUENET a aperçu et signalé un sous-marin dans le voisinage.
Le 250, qui était rentré à Messine avec le reste du convoi, est venu nous rejoindre après s’être ravitaillé en charbon. Je l’ai utilisé comme renfort d’escorte et comme estafette.

Je tiens à signaler l’esprit d’initiative et de décision du lieutenant de vaisseau CHAREZIEUX, commandant du LANSQUENET. Il a su remonter le moral du personnel de SAINT LOUIS et a entrepris un remorquage qui n’avait aucune chance de réussir. Il a laissé SAINT LOUIS longer la côte de Calabre au lieu d faire route directe sur Messine, bien qu’aucun échouage ne fut vraiment possible dans le détroit. Je propose qu’il lui soit accordé un témoignage de satisfaction.

Rapport de la commission d’enquête présidée par le Capitaine de Frégate WOLFF

Ce rapport reprend tout ce qui figure dans les rapports du capitaine et dans celui du commandant de LANSQUENET. Elle souligne :

- Le capitaine Léon a rempli entièrement son devoir étant allé lui-même sonder les cales pour se rendre compte de la situation du navire qu’il a quitté le dernier.
- L’opérateur TSF, malgré son jeune âge, est resté à son poste et a lancé les appels avec le poste de secours, le poste principal n’ayant pas fonctionné suite à des courts-circuits provoqués par les projections d’eau lors de l’explosion de la torpille. Par la suite, il a voulu rejoindre SAINT LOUIS V, mais le lieutenant Le Bastard et le capitaine lui ont dit que ce n’était pas utile.
- LANSQUENET ne s’est pas rendu compte du torpillage car il échangeait des signaux au sujet d’un autre torpillage survenu aux environs à la même heure et dans le même secteur que SAINT LOUIS V.
- Le capitaine a donné l’ordre à son équipage de revenir à bord pour tenter le remorquage, mais les chauffeurs et le 3e mécanicien n’ont pas compris, ou pas voulu comprendre, l’ordre et sont restés sur LANSQUENET.
- Le chauffeur Makosso, originaire du Gabon, qui était de quart dans la machine s’est enfui malgré l’ordre du chef mécanicien de redescendre à son poste. Il pourrait être poursuivi pour ce délit grave. Mais devant la commission d’enquête il a montré une attitude très franche. Il ne s’est certainement pas rendu compte du délit qu’il a commis, et dans tous les cas il l’a commis sous l’influence d’un affolement consécutif à la violence de l’explosion à l’endroit où il se trouvait. La commission estime que l’on peut faire preuve d’indulgence à l’égard de ce chauffeur.
- Selon le capitaine Léon, le navire grec KATE, qui était son matelot d’avant, avait chaque nuit un feu de poupe beaucoup trop brillant qui n’est sans doute pas étranger au torpillage de SAINT LOUIS V.
- Le sous-marin ennemi n’a pas été aperçu mais le régulateur de la torpille a été retrouvé à bord du navire écrasé à la marque 600 m. Il était gradué jusqu’à 6000m.

La commission signale en outre que SAINT LOUIS V a participé avant cette attaque à deux opérations de guerre et à deux sauvetages :

- 18 Janvier 1916
Engagement avec un sous-marin qui attaquait le vapeur anglais ESNEN

- 6 Novembre 1916
Combat avec un sous-marin pendant une tempête

- 21 Février 1917
SAINT LOUIS V avec 658 hommes à bord échappe à un sous-marin en position pour le torpiller

- 22 Février 1917
SAINT LOUIS V échappe à un grand sous-marin qui lui donnait la chasse

- 20 Août 1915
Remorquage jusqu’à Bizerte du ponton MARIETTA abandonné à mi-route entre Toulon et Bizerte

- 3 Octobre 1915
Sauvetage de l’équipage du vapeur ANTONIO coulé par un sous-marin.

Lettre de Madame CANE au Contre Amiral ALLEMAND commandant la Marine en Algérie

Amiral,

J’ai l’honneur de vous adresser cette supplique.

Mon mari Raphaël Cane est mobilisé sur le bateau SAINT LOUIS, de la SNO, comme soutier. Il y a une vingtaine de jours, le bateau SAINT LOUIS, sur lequel se trouve mon mari a été victime d’un torpillage. Ils ont été recueillis, et il se trouve actuellement à Messine où le bateau est en réparations.

Voilà 16 mois que mon mari est embarqué et qu’il n’a pas eu de permission. J’ai le plus grand désir de le voir, ainsi que toute la famille. Il a 5 frères mobilisés, dont l’un a été blessé grièvement.

J’invoque votre haute et bienveillante intervention, Monsieur l’Amiral, afin que vous vouliez bien accorder une permission à mon mari pour qu’il reste auprès de nous quelques jours.

Confiante dans votre bienveillance, daignez agréer Monsieur l’Amiral, le profond respect de votre humble servante.

Signé : Madame Raphaël Cane, épouse de Raphaël Cane, soutier à bord du vapeur réquisitionné SAINT LOUIS de la SNO
14 rue Française
Bône

(Cette lettre fut envoyée au capitaine du SAINT LOUIS pour transmission à l’Amiral. Je ne sais quelle suite lui fut donnée.)

Récompenses

Citation à l’Ordre du Jour

LEON Emile LV auxiliaire Capitaine
A fait preuve du plus grand sang froid pendant le torpillage de son bâtiment. Grâce à son énergie pour l’organisation du sauvetage a sauvé tout le personnel et le navire lui-même

FRELET Louis Chef mécanicien
A fait preuve de courage et de sang froid en descendant dans sa machine après l’explosion de la torpille pour y faire toutes les manœuvres nécessaires. N’a quitté son poste qu’à la dernière extrémité.

PALVADEAU Raphaël 4e mécanicien
A fait preuve de courage et de sang froid en restant dans sa machine après le torpillage du bâtiment pour y faire les manœuvres nécessaires. N’est monté sur le pont qu’à la dernière extrémité.

GAUYACQ Jean-Baptiste Georges
Radiotélégraphiste
A fait preuve de beaucoup de courage en restant à son poste après le torpillage du bâtiment et en envoyant avec calme les signaux de détresse nécessaires.

PASCUITO Ernest
Maître d’hôtel
A fait preuve d’énergie et de sang froid en s’opposant, lors du torpillage de son bâtiment, à ce que des passagers affolés coupent prématurément les bosses des embarcations évitant certainement que des accidents se produisent.

DRILLET Jean Chauffeur
A fait courageusement et avec sang froid son devoir pendant toute la durée du sauvetage de son bâtiment après le torpillage. Seul parmi les chauffeurs à être revenu à bord pour participer au remorquage et au sauvetage de son bâtiment

PLUSQUELLEC Jean
2e capitaine
VILLEDIEU Charles 1er lieutenant
LE BASTARD Eugène 2e lieutenant
Ont fait preuve de courage et de sang froid lors du torpillage de leur bâtiment. Ont exécuté ponctuellement tous les ordres reçus, participant ainsi au sauvetage de l’équipage et du navire lui-même

LE VEUX François QM canonnier
BERNET Maurice Canonnier breveté
BLANCBLON Raymond Canonnier auxiliaire
Ont fait preuve de courage et de sang froid lors du torpillage de leur bâtiment. Sont restés à leurs postes jusqu’au dernier moment et ont exécuté ponctuellement les ordres reçus.

Témoignage officiel de satisfaction

DUBOIS Alfred 2e mécanicien
PAUVRET Alfred Matelot
IGORRA Antoine Matelot
PENNNIELLO Aniello Matelot
RUTILI Joseph Matelot
ROBAGLIA Jacques Matelot
MORRAZZANI Pierre Matelot
AVELINE Marie Matelot
GRALL François Matelot
GOURDES Louis Novice
FERRANDON Charles Cuisinier

Pour leur attitude courageuse et disciplinée lors du torpillage de leur bâtiment.

Le Vice Amiral Guépratte conclut : « Les gens qui ont eu une défaillance méritent un blâme ». Bay-Ponty, 5 Septembre 1917

Le sous-marin attaquant

C’était l’UC 38 de l’Oblt z/s Alfred KLATT.
Ce dernier disparaîtra avec tout son équipage le 9 Janvier 1918 suite à l’explosion d’une charge avec l’UB 69 au large de Bizerte.

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Re: SAINT LOUIS - Société Navale de l'Ouest

Message par olivier 12 » mer. oct. 14, 2015 10:34 am

Bonjour à tous,

Messages échangés entre SAINT LOUIS V, LANSQUENET et VELOS

05h15 LANSQUENET à VELOS - Saint Louis V torpillé à tribord. Je vais essayer de le remorquer

05h25 VELOS à LANSQUENET - Je vais prendre une partie des naufragés

05h35 LANSQUENET à VELOS - Je ne laisse à bord que les hommes nécessaires pour le remorquage. Le bateau à vapeur qui crache de la vapeur a fait des signaux de détresse

08h10 SAINT LOUIS à VELOS - Il y a lieu de rallier la côte et de nous remorquer à Messine. L’eau n’augmente pas et les deux cloisons étanches résistent

08h15 LANSQUENET à VELOS - Je gêne plus que je ne sers. J’ai largué la remorque

09h00 LANSQUENET à VELOS - Avons aperçu un sillage sur la droite du Saint Louis

09h20 LANSQUENET à VELOS - Le commandant du Saint Louis m’a dit qu’il craignait que les cloisons ne cèdent et qu’il serait prudent d’échouer son bateau. Il y a 1800 sacs postaux à bord.

09h40 LANSQUENET à VELOS - Saint Louis me signale que l’eau monte dans ses cales. J’ai donné l’ordre aux remorqueurs de le conduire à terre

09h55 LANSQUENET à VELOS - Je viens de signaler au Saint Louis ce qui suit : je vous conduis vers la terre mais il ne faudra échouer votre bateau qu’à la dernière extrémité. Saint Louis a répondu qu’il faut tâcher de gagner Messine, l’eau ne monte pas trop vite

10h00 Remorqueur italien à VELOS - Je viens à votre disposition. Réponse : Allez au secours de Saint Louis

10h30 LANSQUENET à VELOS - Si l’on pompait dans les cales arrières du Saint Louis on pourrait plus sûrement sauver le bâtiment. Réponse : allez dire cela au Cyclope

11h00 LANSQUENET à VELOS - A la demande du Saint Louis, je fais stopper les remorqueurs. Le bâtiment pompe va l’accoster

11h20 LANSQUENET à VELOS - Le remorqueur italien ne veut pas accoster le Saint Louis avant que celui-ci ne soit au mouillage. Le convoi remet en marche

11h35 VELOS à SAINT LOUIS - Quel est votre tirant d’eau

11h40 SAINT LOUIS à VELOS - 7,30 m à l’arrière. Le tirant d’eau a augmenté de 15 cm en une heure

13h45 SAINT LOUIS à VELOS - Nous enfonçons de 10 cm à l’arrière en marchant 40 minutes

13h47 VELOS à SAINT LOUIS - Estimez-vous pouvoir gagner Messine ?

13h50 SAINT LOUIS à VELOS - Oui, probablement. Mais il est regrettable que le remorquage soit si lent et que le bateau pompe ne nous ait pas accosté

15h05 SAINT LOUIS à VELOS - Où va-t-on échouer le navire d’urgence. Il nous faut un bateau pompe à Messine si l’on veut sauver le navire

15h15 VELOS à torpilleur 250 - Allez à Messine dire qu’un bateau pompe est nécessaire si l’on veut sauver le navire

15h15 VELOS à SAINT LOUIS - On va vous échouer dans le port de Messine par des fonds de 7 à 9 m.

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Re: SAINT LOUIS - Société Navale de l'Ouest

Message par olivier 12 » jeu. oct. 15, 2015 10:08 am

Bonjour à tous,

Note du Capitaine de Corvette VEDEL au Vice Amiral commandant la 1ère Armée Navale
8 Septembre 1917. Rapport des travaux effectués sur SAINT LOUIS V à Messine


Dès que le signal de secours concernant SAINT LOUIS V est arrivé à la Défense Maritime, j’ai demandé aux autorités italiennes d’envoyer sur les lieux tous les remorqueurs disponibles. Trois sont partis : SICILIA, MILORO et CYCLOPE. Mais seuls les deux premiers ont été employés au remorquage, le 3e s’étant porté au secours du vapeur anglais ELVASTON qui venait d’être torpillé dans les parages du cap Dell Armi. (Nota : ELVASTON, vapeur anglais de 4130 t qui allait de Famagouste à Sète, avait lui aussi été torpillé par l’UC 38 d’Alfred Klatt au large de Taormina).

SAINT LOUIS V, escorté par VELOS et LANSQUENET est arrivée devant l’entrée du port de Messine à 17h00. J’ai immédiatement pris la direction des opérations et vu l’état critique du bâtiment et l’impossibilité de le faire entrer au bassin à cause de sa trop grande longueur, j’ai décidé de l’échouer dans le port par des fonds de 8,5 m. L’opération était terminée à 18h00 sans incident. Je me suis rendu à bord. L’état du bâtiment était le suivant :
- Brèche dans la cale 2 d’environ 50 m2 à bâbord sur l’avant de la passerelle
- Cale 2, compartiments machine et chaudières, cale 4 complètement envahis
- Suintements dans la cale 3. Cale 1 sèche.

Malgré l’importance de l’avarie, jugeant la réparation possible à Messine, je vous ai demandé l’autorisation de l’entreprendre. Vu l’urgence d’épuiser les compartiments envahis le plus tôt possible pour éviter ruptures et déformations de coque, je suis entré en relation avec la Compagnie Sicilienne de Navigation pour qu’il fut procédé sans retard aux opérations de pompage. Ces travaux commencés le lendemain 16, étaient terminés le 20. Tous les compartiments avaient été vidés, à l’exception de la cale 2 où se trouvait la brèche. Le bâtiment était à flot et n’avait pas souffert de son échouage.
Les travaux de réparation provisoire de la coque ont été terminés le 13 Août, avec quelques jours de retard sur les prévisions, la brèche étant plus importante que ne le laissaient supposer les premières visites des scaphandriers. Ils comprenaient dans les grandes lignes :
- Le tamponnage des pertes et infiltrations sur les cloisons étanches
- L’assèchement de la cale 4, du tunnel et des locaux machine et chaudières
- La construction et la mise en place d’un batardeau extérieur en bois et fer d’une superficie de 50 m2 épousant les formes de la coque
- L’assèchement de la cale 2
- La construction à l’intérieur d’une muraille en bois, fer et ciment suffisamment robuste et étanche pour mettre le bâtiment en état d’affronter une longue traversée

Sur ordre du Ministre de la Marine, j’ai aussi fait effectuer à bord de SAINT LOUIS tous les travaux de machine et chaudières qu’il était possible de faire à Messine. Ces travaux ont consisté en un nettoyage complet et la remise en état de tous les organes machine et chaudières qui avaient souffert de leur séjour dans l’eau. On a remis à neuf toute l’installation électrique.

J’ai adressé au Ministère de la Marine toutes les factures avec traduction en français. Ces travaux ont été exécutés par une entreprise privée, la Société Sicilienne de Navigation, mais sous la direction de Monsieur Lo Gatto, capitaine ingénieur de la Marine, détaché à la défense maritime de Messine. Dès l’arrivée du SAINT LOUIS V, cet officier est venu spontanément m’offrir ses services et se mettre à mon entière disposition pour mener à bien une opération qui présentait de sérieuses difficultés vu l’importance de l’avarie et l’obligation d’effectuer tout le travail à flot, le bâtiment étant trop grand pour être échoué dans le bassin de Messine. Monsieur Lo Gatto n’a ménagé ni son temps, ni sa peine et a surmonté toutes les difficultés. Tous les jours, il se rendait à bord du SAINT LOUIS pour aider le personnel de l’entreprise de ses conseils et pour veiller à la bonne exécution des travaux. Son aide a été des plus précieuses au début quand dès l’arrivée du SAINT LOUIS il s’est agi de le remettre à flot pour éviter de grosses déformations de coque.
Pour ces raisons, je crois Monsieur Lo Gatto tout à fait digne d’une distinction honorifique de la part du Gouvernement français et j’ai l’honneur de vous demander, Amiral, de vouloir bien le proposer pour la récompense que vous jugerez digne du service que cet officier a rendu à la Marine française. Pour d’autres services rendus auparavant, cet officier a reçu les palmes académiques.

Le 17 Août, dès l’arrivée de l’escorte demandée pour lui, SAINT LOUIS V a quitté Messine et a rallié Bizerte par ses propres moyens. Il est arrivé dans ce port le 19 et d’après les renseignements qui me sont parvenus la réparation a très bien tenu et assure toujours l’étanchéité du bâtiment.

Signé : VEDEL

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Re: SAINT LOUIS - Société Navale de l'Ouest

Message par faremiti » jeu. déc. 14, 2017 1:45 pm

Bonjour,
Je suis écrivain et j'ai entrepris d'écrire l'histoire de mon grand-père, Joseph Esswein, capitaine au long cours.
Il a fait ses classes de matelot sur deux trois-mâts, le Duplessis puis le Versailles, puis sur trois bateaux dont je n'ai pas trouvé trace sur internet: le Brémond puis le Bonnet, d'oct 1906 à oct 1907, et l'Amiral Duperré de février à oct 1908.
Il a travaillé pour la Transat puis pour la Société Navale de l'Ouest. Il a été second puis capitaine sur différents bateaux de la SNO, dont le Saint Louis (de juillet 1927 à juillet 1929 puis de mars 1936 à septembre 1939).Je me rappelle qu'il parlait de Georges Bichon qui était un ami. Je suis donc à la recherche de documents sur le Saint Louis mais aussi sur d'autres bateaux de la SNO qu'il a commandés également: Saint Firmin, Sainte Camille, Saint Pierre, Saint Didier, Saint Marc,Saint Vincent,Saint Ambroise, Saint Cyrille, Saint Basile et Saint Octave (ce dernier bombardé à Dunkerque et qu'il n'a abandonné que sur ordre le 2 juin 40).
Je cite à tout hasard aussi les noms des bateaux sur lesquels il a navigué avec la Transat de 1910 à 1920) au cas où quelqu'un aurait des renseignements:
La Champagne, la Guadeloupe, la Savoie, le Maroni, le Mont Ventoux, l'Ohio, le Québec, le Flandre, la Navarre, la Lorraine, l'Espagne et le France.
Merci.
Elisabeth Madranges, alias Alloscribe

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