L’HERMITE ― Trois-mâts barque ― Société des voiliers dunkerquois.

Marine, bateaux & marins pendant la Grande Guerre
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Rutilius
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L’HERMITE ― Trois-mâts barque ― Société des voiliers dunkerquois.

Message par Rutilius » mar. mai 19, 2009 12:43 pm

Bonjour à tous,

L’Hermite ― Trois-mâts barque de 2.309 tx jb du type Ca lancé le 2 novembre 1901 par l'établissement de Nantes de la Société anonyme des Chantiers et ateliers de la Loire [Siège social : Paris, 11 bis, boulevard Haussmann (IXe Arr.)] pour le compte de la Société des voiliers dunkerquois, établie à Dunkerque. Démoli en 1923.

[• Louis LACROIX : « Les derniers grands voiliers », éd. J. Peyronnet & Cie, Paris, 1937, p. 238.]

Créée en 1900, la Société des voiliers dunkerquois fit d’abord naviguer six voiliers long-courriers : Van-Stabel ; Jean-Bart ; Jacobsen ― capturé et coulé le 28 mars 1915 par le Prinz Eitel Friedrich ― ; L’Hermite ; Cornil-Bart et Faulconnier. Elle fit ensuite l’acquisition du Brizeux, de l’Alice-Marie et de la Bérengère. La société vendit sa flotte en 1924 et disparut.

L’Hermite fut attaqué au canon par le sous-marin allemand UC-17 (Kapitänleutnant Ralph Wenninger), le 16 mai 1917, selon le témoignage officiel de satisfaction dont le bâtiment fit ultérieurement l’objet.

L’Ouest-Éclair ― éd. de Caen ―, n° 6.474, Samedi 28 juillet 1917,
p. 4, en rubrique « Nouvelles maritimes ».


« LA GUERRE SOUS-MARINE

PARIS, 27 juillet. ― Un témoignage officiel de satisfaction est accordé au voilier L’Hermitte, pour la bonne attitude de son équipage lors de l’attaque de ce voilier, frappé de deux obus par un sous-marin, le 16 mai 1917. »
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Daniel.

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Yves D
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Re: L’HERMITE ― Trois-mâts barque ― Société des voiliers dunkerquois.

Message par Yves D » mar. mai 19, 2009 8:14 pm

Bonsoir Daniel, bonsoir à tous,
Je me disais aussi qu'il y avait quelque chose qui clochait quelque part...
Le sous-marin en question est l'UC 17 effectivement commandé par R.Wenninger et pas l'UB 17 qui soit dit en passant ne possédait pas de canon.
Amts
Yves
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La guerre sous-marine 14-18, Arnauld de la Perière
et autres thèmes d'histoire maritime.

Rutilius
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Message par Rutilius » mar. mai 19, 2009 8:24 pm

.
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Michael Lowrey
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Re: L’HERMITE ― Trois-mâts barque ― Société des voiliers dunkerquois.

Message par Michael Lowrey » dim. mai 24, 2009 12:15 am

Bonjour à tous,

Selon Spindler, le temps de l'attaque était la soirée du 16 Mai 1917.

Best wishes,
Michael

olivier 12
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Re: L’HERMITE ― Trois-mâts barque ― Société des voiliers dunkerquois.

Message par olivier 12 » dim. mai 24, 2009 10:35 am

Bonjour à tous,

Un petit complément sur L'HERMITTE

L’HERMITTE

Trois-mâts barque du type CA (modifié) construit en 1901 par les Chantiers de la Loire à Nantes pour la Société des Voiliers Dunkerquois. Lancé le 2 Novembre 1901.

Parlant de cette société le capitaine Lacroix fait la remarque suivante :

« La paperasserie était réduite au strict minimum. Les capitaines étaient considérés comme de précieux et véritables collaborateurs et se sentaient considérés et appréciés. En toutes circonstances on leur montrait l’estime dans laquelle on les tenait. Loin de chercher à les rabaisser au rôle de simple conducteurs d’omnibus, comme certaines compagnies ont tendance à le faire de nos jours, on les consultait et la marche de la société n’en allait pas plus mal pour cela. »

Comme quoi rien n’a changé depuis un siècle, car ces deux types de vision existent encore de nos jours…

A noter que chez Lacroix et Randier le voilier est orthographié L’HERMITE avec un seul T. Dans tous les documents officiels il porte deux T.

Même modèle de voilier que le VAN STABEL
3110 tpl 2189 tx JB
Longueur 79,54 m Largeur 12,26 m Creux 6,20 m
Surface de voilure 2631 m2

Pas d’incident notable concernant sa navigation.

L’attaque du L’HERMITTE

Le voilier l’HERMITTE, de la Sociéte Anonyme des Voiliers Dunkerquois faisait route de Falmouth vers l’Australie sur lest, de conserve avec le CORAIL BART, de la même compagnie qui se trouvait à 400 m sous le vent, et escorté par un yacht anglais.

Capitaine Joseph LE BAIL CLC inscrit à Auray
2e cap. Nestor DENON CC inscrit à Dunkerque
Canonniers COUSIN QM fusilier
WADOUX QM fusilier de Gravelines
Equipage français
Le voilier est armé de deux canons de 47 mm modèle 1887 placés à l’avant et à l’arrière.

Le 16 Mai 1917, le navire se trouve par 48°34N et 07°35W route au S45W naviguant sans feux.
Mer belle, léger clapot, légère brise de SE, temps clair à grains passagers

A 21h40, il est attaqué par un sous-marin placé à environ 500 m dans l’Est. Un premier schrapnell fait de nombreux trous dans les voiles hautes. Puis le sous-marin tire 5 obus qui portent tous, dont deux percent la coque à hauteur de la flottaison.
Une minute plus tard, L’HERMITTE riposte. Le capitaine Le Bail, qui dormait tout habillé sur son canapé se précipite sur la dunette et, faisant office de pourvoyeur, passe les cartouches au fusilier Wadoux.
Ne voyant pas le sous-marin, celui-ci tire en direction des lueurs de départ des coups. Il tire 7 obus en quatre minutes.

Le sous-marin cesse alors le feu.
Le capitaine Le Bail, qui craint une attaque par torpille, fait alors renforcer la veille et déborder les embarcations. Mais la nuit se passe sans nouvel incident.

Il fait confectionner des panneaux de bois pour boucher les trous à la flottaison à l’extérieur, installer un batardeau, caisson rempli de ciment et d’escarbilles sur ces trous à l’intérieur, et reporter le lest sur tribord pour mettre le navire à la bande.
Le travail est terminé le lendemain à midi.

Conclusions de la commission d’enquête


Le capitaine a agi avec promptitude et détermination. Il a réussi à repousser l’attaque d’un adversaire puissamment armé. Il a pris des dispositions rapides et efficaces pour boucher deux trous d’obus dans la muraille, à la flottaison, qui pouvaient compromettre gravement la sécurité du navire.

Il mérite une récompense, ainsi que le fusilier Wadoux.

Le sous-marin attaquant

C’était l’UC 17 de l’OL Ralph Wenninger.
Voici sa photo.

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Redoutable sous-marinier, Ralph Wenninger a coulé 97 navires et en a endommagé 6. Croix « Pour le Mérite » le 30 Mars 1918.
En 1935 il est entré dans la Luftwaffe. Général en Novembre 1940 il trouvera la mort en Italie en Mars 1945.

Cdlt
olivier

Rutilius
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Message par Rutilius » jeu. sept. 24, 2015 10:20 am

Bonjour à tous,

Journal officiel du 28 juillet 1917, p. 5.882.

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Bien amicalement à vous,
Daniel.

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Message par Rutilius » jeu. sept. 24, 2015 10:29 am


— Alan Villiers & Henri Picard : « The Bounty Ships of France. The Story of the French Cape Horn Sailing Ships. », éd. Patrick Stephens, Londres,1972.

« L'Hermite — Steel barque, 2,189 g., 1,946 n.
November 2 1901 : Launched by Chantiers de la Loire, Nantes, for Sté des Voiliers Dunkerquois, Dunkirk.

On May 16 1917 she was attacked north-west of Ushant by the German submarine UC-17. The barque had been recently armed and made a very good fight, causing the U-boat to break off the action. L'Hermite, having been damaged by the submarine's shelling, was compelled to put into Brest for repairs. Captain and crew were commended. She survived the war and in April 1923 was sold for crap to Italian ship breakers. In 1921-22 she had made a passage to Falmouth from San Francisco with grain of 135 days ».



— Brigitte & Yvonnick Le Coat : « Cap-Horn, une vie, un mythe », éd. Pascal Galodé, 2008, p. 133 et 134.


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— Louis Lacroix : « L'âge d'or de la voile », éd. Jean-Pierre Gyss, 1999, p. 124.


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Message par Rutilius » jeu. sept. 24, 2015 9:16 pm

Bonsoir à tous,


Le Journal, n° 9.082, Mercredi 8 août 1917, p. 2.


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olivier 12
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Re: L’HERMITE ― Trois-mâts barque ― Société des voiliers dunkerquois.

Message par olivier 12 » mar. janv. 19, 2016 10:42 am

Bonjour à tous,

Un petit complément sur ce voilier à propos de l'attaque du 16 Mai 1917

Récompenses

Citation à l’Ordre de la Division

LE BAIL Joseph Marie Enseigne de Vaisseau auxiliaire Auray 61

Pour les qualités de sang froid et d’énergie dont il a fait preuve en défendant son voilier contre un sous-marin dont il s’est fait abandonner.

Citation à l’Ordre du Régiment

WADOUX Fusilier Gravelines 2060

Pour le sang froid et l’énergie dont il a fait preuve comme chef de pièce lors d’une attaque de sous-marin.

TOS du Ministre


Voilier L’HERMITTE

Pour la bonne attitude de son équipage lors de l’attaque de ce voilier frappé de deux obus par un sous-marin le 16 Mai 1917.

Suite probablement à une réclamation du second capitaine Denon, une note est envoyée par le Ministre de la Marine au sénateur du Nord, Monsieur TRYSTRAM et au député du Nord, Monsieur DEFOSSE :

« A la suite de la riposte que le voilier L’HERMITTE fit à une attaque de sous-marin le 16 Mai 1917, une Citation de Division et une Citation de Régiment furent accordées au capitaine Le Bail et au fusilier Wadoux, et un témoignage de satisfaction à l’ensemble de l’équipage, et par conséquent au second.
Il ressort bien de l’enquête que, bien qu’il fût de quart au moment de l’attaque, Monsieur Denon n’eut qu’un rôle de second plan dans la riposte.
Quant à la question de la prime, le journal la fait parvenir aux intéressés par la voie de l’Inscription Maritime et, l’ensemble du bâtiment ayant eu un témoignage de satisfaction, Monsieur Denon a du recevoir une petite somme, 50 ou 100 f. »

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anne lasserre-vergne
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Re: L’HERMITE ― Trois-mâts barque ― Société des voiliers dunkerquois.

Message par anne lasserre-vergne » mar. nov. 03, 2020 7:36 pm

En triant des documents ayant appartenu à un arrière-grand-père armateur à Dunkerque, j'ai trouvé un rapport de mer concernant le Trois-Mâts L'Hermite. Je l'ai retranscrit, en respectant l'orthographe, mais certains mots sont peu lisibles.

Rapport de mer.
Je soussigné Capitaine du 3 mâts L’Hermitte de la Société Anonyme des Voiliers Dunkerquois de Dunkerque et jaugeant 1946 Tx 11/100 , déclare avoir quitté la rade de Falmouth le 15 mai 1917 en parfait état de navigabilité à destination du Cap d’O [ ? mot illisible] à ordres avec 1 300 tonnes de lest. L’équipage au complet se compose de 25 hommes. Par le travers de Manacles est formé un convoi avec le navire Cornil Bart escorté par un yacht armé anglais. Fait route au S 45° avec des vents de S. E.
Le 16 mai dans la soirée rencontre un croiseur anglais escorté de deux torpilleurs. Notre convoyeur échange des signaux avec ce croiseur. Le temps est clair, petite brise avec grainasses de brumaille. Le Cornil Bart navigue à trois cents mètres sous le vent...
À 21 h 40, étant par une latitude de 48°36 N et longitude de 7°95 O, dans un grain montant de l’E. S. E. nous sommes attaqués par un sous-marin qui se tenait dans l’obscurité du grain à environ 500 mètres. Violente canonnade, nous répondons aussitôt. Le sous-marin continue par deux coups simultanés. Nous rectifions notre tir dans la lueur des bouches à feu de l’ennemi. Un troisième [ ?] coup renvoie le sous-marin au silence. Continué à tirer quatre autres obus dans la même direction. Sondé aux cales, la sonde n’accuse pas d’eau. Après une visite à la coque et à la mature, constaté deux énormes brèches à la flottaison à bâbord milieu, et un petit trou à tribord N. Le roof milieu est perforé de trois projectiles dont un est rentré dans le mât. La misaine, le petit hunier fixe, le petit hunier volant, la grand voile d’étai, les deux baleinières sont criblées d’éclats de shrapnel. La vergue de hunier fixe et le mât de misaine sont percés et trois haubans sont coupés.
On procède aussitôt à assurer la [ ?] du navire. Tout l’équipage dans la cale bouge [?] le lest sur tribord pour donner la bande au navire. Le charpentier, le mécanicien [ ?] sous les ordres du second confectionnent des panneaux de bois et bouchent les brèches à la flottaison par un boulonnage intérieur.
Le 17 au matin, averti le Cornil Bart et le convoyeur qu’il m’est impossible de continuer ma route et que je me décidai à relâcher à Brest. Je prends le plus près, le convoyeur continuant à m’escorter. Le lendemain deux contre torpilleurs anglais viennent près de nous et nous quittent après avoir échangé des signaux avec le convoyeur. Les vents continuant à être contraires et la brise étant très faible, le 20 au matin le convoyeur demande à nous prendre à la remorque. À 15 heures un torpilleur et un remorqueur français viennent sur nous, la terre d’Ouessant est en vue. Quitté le convoyeur et pris la remorque du bateau Atlas mouillé en rade de Brest à 22 h 40.
Vu l’acharnement de l’attaque du sous-marin, je me félicite du sang-froid de mes canonniers et de la discipline de mon équipage qui du fait a évité tout accident de personne.
En foi de quoi, j’ai rédigé le présent rapport pour servir et valoir ce que de droit et l’amplifier si besoin l’exige.
Fait à bord le 20 mai 1917.

Amplification
Vue la gravité des avaries déjà signalées, je fais toutes mes réserves pour celles qu’on pourrait découvrir en cours de réparation. En ce qui concerne tous les frais d’entrée à Brest, remorquage, pilotage, frais d’escortes tant à l’entrée qu’à la sortie, j’entends réclamer à mes assureurs le montant des frais qui me seraient réclamés de ce fait.
Signé : Le Capitaine Le Bail

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