AMIRAL MAGON - Compagnie des Chargeurs Réunis

Marine, bateaux & marins pendant la Grande Guerre
Rutilius
Messages : 13212
Inscription : mar. avr. 22, 2008 2:00 am

AMIRAL-MAGON ― Cargo mixte ― Compagnie maritime des chargeurs réunis.

Message par Rutilius » dim. sept. 14, 2008 2:06 am

...est tout aussi surprenante la parution dans un quotidien des mouvements des navires en plein conflit...
Bonsoir Franck,

Le journal en question n'indiquait que les dates d'arrivée à destination des navires marchands ou des paquebots, non celles de leur départ, ce qui eut été grave. Apparement, la censure n'y trouvait rien à redire. Il est même permis de se demander si une telle publication n'était pas une sorte de pied de nez fait aux commandants des sous-marins ou des pirates allemands, signifiant : " Encore un de manqué ! " En tout cas, elle était de nature à rassurer le bon peuple et ses représentants, en les convainquant d' une apparente sûreté de la navigation...
_________________
Bien à vous,
Daniel.
Dernière modification par Rutilius le lun. juil. 02, 2018 5:32 pm, modifié 1 fois.

Avatar de l’utilisateur
Ar Brav
Messages : 6402
Inscription : mar. avr. 25, 2006 2:00 am

Re: AMIRAL MAGON - Compagnie des Chargeurs Réunis

Message par Ar Brav » dim. sept. 14, 2008 7:35 am

Bonjour Daniel,

Le journal en question n'indiquait que les dates d'arrivée à destination des navires marchands ou des paquebots, non celles de leur départ

Je suis rassuré à postériori, sans doute ces publications avaient-elles en effet pour but de rassurer les populations et leur monter ainsi que les mouvements de navires s'opéraient sans crainte et sans dérangement particulier malgré la menace sous-marine, publications qui du reste, sont habituelles en temps de paix, et ce de nos jours encore dans nos quotidiens, plus précisément dans celui qui prendra la suite de l'Ouest-Eclair à la Libération, Ouest-France, pour ne citer que celui-là (je n'ai pas d'action dans la maison). On sait que la réalité était tout autre...

Je pense néanmoins que les dates et les lieux donnés devaient être plus ou moins fantaisistes pour des raisons évidentes de sécurité, mais je n'ai pas d'exemple précis à proposer

Bien cordialement,
Franck
www.navires-14-18.com
Le cœur des vivants doit être le tombeau des morts. André Malraux.

Lassaque
Messages : 130
Inscription : mar. nov. 18, 2008 1:00 am

Re: AMIRAL MAGON - Compagnie des Chargeurs Réunis

Message par Lassaque » mar. nov. 18, 2008 1:39 pm

Bonjour à tous
Ayant enquêté aux archives de la Marine sur le sujet pour compléter les souvenirs de famille, je peux vous fournir cet extrait :

Dix-huit mois plus tard, L... est versé à l’armée d’Orient, au 15ème escadron du train, à Salonique. Le 4 janvier 1917, il quitte Versailles pour Marseille où il embarque sur un cargo mixte de la Compagnie des Chargeurs Réunis, l’Amiral Magon (Capitaine au long cours Lenormand), qui vient d’être réquisitionné comme transport militaire. Avec le détachement de 25 soldats du train dont il fait partie, L... s’installe à l’avant du bâtiment, sous le pont de la dunette.

Emportant 935 passagers au total (en majorité des fantassins du 40ème régiment d’infanterie), l’Amiral Magon appareille le 20 janvier au soir de Marseille avec le cargo mixte Pampa pour la base navale alliée de Salamine, dans le golfe du Pirée, près d’Athènes. Au cours des premiers jours de la traversée, la mer est belle. Des exercices d’évacuation sont effectués car la guerre sous-marine fait rage et les Alliés perdent chaque mois plusieurs transports torpillés en Méditerranée par des sous-marins allemands. D’ailleurs, le 23, au large de Malte, l’Amiral Magon est rallié par le torpilleur Arc chargé de l’escorter pour la partie la plus dangereuse de la traversée, tandis que la mer devient plus agitée.

Dans la matinée du 25 janvier, le convoi se trouve à 160 milles dans l’ouest de l’île de Cerigotto (Antikythera aujourd’hui), dans une grosse houle de sud-est lorsqu’à 11h 14 un périscope de sous-marin émergeant à la surface est aperçu à 600 mètres par bâbord avant de l’Amiral Magon. On saura plus tard qu’il s’agit du sous-marin allemand U 39, celui qui s'était déjà signalé en coulant le paquebot Lusitania. Alors qu’il serait censé n’attaquer qu’après s’être montré en surface et avoir tiré des coups de canon de semonce, il attaque à la torpille sans avertissement car l’Allemagne vient de déclarer la guerre sous-marine sans restrictions. Ayant repéré le sillage de la torpille, le capitaine Lenormand fait mettre la barre tout à droite et actionne sa sirène pour alerter l’Arc mais l’Amiral Magon est touché dans sa partie centrale à 11h 15.

Ancien marin, L... sait que la situation est compromise. Il commence aussitôt à ôter ses brodequins et enfile sa brassière de sauvetage en conseillant à ses compagnons d’en faire autant. En effet, ses cales instantanément envahies par l’eau, le navire sombre rapidement mais tous les passagers et hommes d’équipage font preuve d’un calme exceptionnel pendant l’évacuation du bord. Neuf minutes à peine après l’impact de la torpille, l’Amiral Magon s’enfonce par l’arrière dans les flots. L’alerte a été donnée par radio mais l’Arc est seul sur les lieux pour récupérer les naufragés, alors que l’état de la mer rend les opérations très difficiles. En plus, il faut veiller à un possible retour du sous-marin qui se tient à proximité en plongée. D’ailleurs, son périscope est repéré à faible distance peu après. L’Arc tire quelques coups de canon qui font définitivement disparaître l’Allemand.

En quelques heures, le torpilleur prend près de 500 rescapés à son bord, au risque de compromettre la sécurité du bâtiment (58 mètres de longueur et 60 hommes d’équipage). Enfin, vers 16 h, un autre torpilleur, la Bombarde, arrive sur les lieux et poursuit le sauvetage pendant que l’Arc fait route vers la base navale alliée d’Argostoli sur l’île grecque de Céphalonie. Léon et les survivants accrochés à des épaves sont recueillis par des marins de la Bombarde qui plongent courageusement le long du bord afin de repêcher les naufragés, engourdis après avoir passé plusieurs heures dans l’eau froide et incapables de se hisser seuls à bord. Ils savent pourtant que, si le sous-marin réapparaît, le torpilleur devra aussitôt s’éloigner et les abandonner à leur sort. Heureusement, il n’en est rien. À la nuit tombée, il ne reste plus de survivants à la surface et la Bombarde met à son tour en route vers Argostoli, où les rescapés de l’Amiral Magon sont rassemblés le 26 février.

On dénombre au total 203 morts et disparus parmi les passagers et l’équipage, dont quatre hommes du détachement de L... notamment le jeune Augustin Verriez qui avait tout juste vingt ans. Mais le bilan aurait été plus lourd encore sans la parfaite tenue de tous à bord pendant l’évacuation. D’ailleurs, le 6 mars 1917, un « témoignage officiel de satisfaction est attribué aux officiers, troupes et équipage de l’Amiral Magon pour le calme, la discipline et l’énergie dont ils ont fait preuve lors du torpillage de ce navire par un sous-marin ».


Cordialement
J. Lassaque

Avatar de l’utilisateur
Ar Brav
Messages : 6402
Inscription : mar. avr. 25, 2006 2:00 am

Re: AMIRAL MAGON - Compagnie des Chargeurs Réunis

Message par Ar Brav » mar. nov. 18, 2008 2:16 pm

Bonjour J. Lassaque,

Merci beaucoup pour cet extrait de vos recherches, c'est très aimable à vous. Nous ne manquerons pas de joindre vos renseignements à la documentation du Magon.

il attaque à la torpille sans avertissement car l’Allemagne vient de déclarer la guerre sous-marine sans restrictions.

Sauf erreur, le guerre sous-marine sans restrictions est officielle à partir du 1er février 1917 (ou 31 janvier selon), les commandants de sous-marins avaient-ils des instructions antérieures à cette date d'effet ?

Bien cordialement,
Franck
www.navires-14-18.com
Le cœur des vivants doit être le tombeau des morts. André Malraux.

Avatar de l’utilisateur
Yves D
Messages : 2044
Inscription : ven. mai 18, 2007 2:00 am
Localisation : Toulon
Contact :

Re: AMIRAL MAGON - Compagnie des Chargeurs Réunis

Message par Yves D » mar. nov. 18, 2008 4:29 pm

Bonjour J.Lassaque, bonjour à tous,
En effet, comme le précise Franck, le début de la guerre sous-marine sans restrictions était bien fixé au 1 Février 17 mais sans attendre cette date, tous les navires civils utilisés à des fins militaires, ce qui est le cas du croiseur auxilliaire Amiral Magon étaient depuis toujours considérés comme tels et à ce titre, comme tout navire de guerre, susceptibles d'une attaque sous-marine menée sans avertissement. Clairement, à cette date et en ces lieux, le Magon ne pouvait être autre chose qu'un transport de troupes et peut-être même était-il peint de gris.
Cordialement
Yves
www.histomar.net
La guerre sous-marine 14-18, Arnauld de la Perière
et autres thèmes d'histoire maritime.

Avatar de l’utilisateur
Ar Brav
Messages : 6402
Inscription : mar. avr. 25, 2006 2:00 am

Re: AMIRAL MAGON - Compagnie des Chargeurs Réunis

Message par Ar Brav » mar. nov. 18, 2008 7:07 pm

Bonjour J.Lassaque, bonjour à tous,
En effet, comme le précise Franck, le début de la guerre sous-marine sans restrictions était bien fixé au 1 Février 17 mais sans attendre cette date, tous les navires civils utilisés à des fins militaires, ce qui est le cas du croiseur auxilliaire Amiral Magon étaient depuis toujours considérés comme tels et à ce titre, comme tout navire de guerre, susceptibles d'une attaque sous-marine menée sans avertissement. Clairement, à cette date et en ces lieux, le Magon ne pouvait être autre chose qu'un transport de troupes et peut-être même était-il peint de gris.
Cordialement
Yves
Bonsoir Yves,

Mais oui, bien sûr. Comment ne pas y avoir pensé ? La tête ailleurs, sans doute ;)

Amts,
Franck
www.navires-14-18.com
Le cœur des vivants doit être le tombeau des morts. André Malraux.

ROBIN
Messages : 19
Inscription : ven. nov. 14, 2008 1:00 am

Re: AMIRAL MAGON - Compagnie des Chargeurs Réunis

Message par ROBIN » mar. nov. 18, 2008 10:23 pm

Bonsoir,


Je viens de parcourir avec intérêt toutes les informations concernant le naufrage de l'Amiral MAGON et je constate que le capitaine au long cours commandant ce cargo mixte s'appelalit LENORMAND. S'agit'il du même qui commandant l'Amiral de KERSAINT lors de son naufrage, toujours en 1917? Dans ce 2ème cas, il s'agissait de René LENORMAND et qui a par ailleurs commandé après la guerre le HOEDIC, toujours des Chargeurs Réunis.

Cordialement.

gastonj13_marseille
Messages : 118
Inscription : jeu. mai 31, 2007 2:00 am

Re: AMIRAL MAGON - Compagnie des Chargeurs Réunis

Message par gastonj13_marseille » mer. nov. 19, 2008 12:11 am

Bonsoir,
On dénombre au total 203 morts et disparus parmi les passagers et l’équipage
Sur le site du 40ème RI, pas mal d'informations sur ce torpillage, notamment des photos de son dernier chargement à Marseille...et sur le site
mpf.provence14-18.org le décompte de la plupart des victimes dont l'intégralité de celles du 40ème dont je peux vous fournir la liste.
Choisir option "analyse sur l'ensemble des unités", dans le formulaire tapez "magon" dans le champ "lieu du décès".

Cordialement,
JM CHARDES

Rutilius
Messages : 13212
Inscription : mar. avr. 22, 2008 2:00 am

AMIRAL-MAGON ― Cargo mixte ― Compagnie maritime des chargeurs réunis.

Message par Rutilius » mer. nov. 19, 2008 12:13 am

[Message supprimé]
Dernière modification par Rutilius le mer. juil. 04, 2018 9:55 am, modifié 3 fois.

Rutilius
Messages : 13212
Inscription : mar. avr. 22, 2008 2:00 am

AMIRAL-MAGON ― Cargo mixte ― Compagnie maritime des chargeurs réunis.

Message par Rutilius » jeu. nov. 20, 2008 10:27 pm

[Message supprimé]
Dernière modification par Rutilius le mer. juil. 04, 2018 10:48 am, modifié 4 fois.

Répondre

Revenir à « MARINE »