transcription d'une lettre relatant la bataille de Flirey

Récits de combattants
p Lamy
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Re: transcription d'une lettre relatant la bataille de Flirey

Message par p Lamy » lun. mai 19, 2008 10:27 am

Suite...
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La dernière planche provient d'un album du 369 e RI qui a combattu à Mort Mare et Bois le Prêtre. Je ne suis pas sûr à 1000% de la légende de l'image de gauche...
Cordialement
P. Lamy
"C'est le Vin qui a fait gagner la Guerre"
Jean-Louis Billet, agent de liaison au 70e BACP

humanbonb
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Re: transcription d'une lettre relatant la bataille de Flirey

Message par humanbonb » lun. mai 19, 2008 4:44 pm

Superbe photo.
Merci à toi.
Si tu retrouve d'autres photos du genre et/ou témoignages sur les environs BLP, Flirey, Mort Mare, je suis prenant.

Bonne journée à toi et encore merci.

denis33
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Re: transcription d'une lettre relatant la bataille de Flirey

Message par denis33 » mar. mai 20, 2008 10:02 pm

Bonsoir à toutes et à tous.

Bonsoir P...

Merci de partager ces photos avec nous. :bounce: :bounce:

Bien cordialement.
Denis

boucan38
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Re: transcription d'une lettre relatant la bataille de Flirey

Message par boucan38 » mar. juin 03, 2008 1:28 am

Bonsoir,

L'attaque décrite pa le grand père Joseph de "Mahele" faisit partie d'une tentative de l'Etat Major pour reduire la hernie de St Mihie.

La veille, 5 avril, et au même endroit le 157° régiement d'Infanterie Alpine avait déjà tenté de prendre les tranchées situées devant le bois de Mort Mare. Le 163° RI allait réussir à conquérir quelques mètres supplémentaires mais sans atteindre le résultats recherché. IL faudra attendre septembre 1918 pour que les américains progressent au delà des positons conquises ces jours d'avril 1915.

Voici un extrait de la dizaines de feuillets retraçant cette attaque, rédigés après l'épreuve par mon GP et qu'il n'a jamais montré à ses fils qui les ont découverts après sa mort plus de 50 ans après :

Extrait Carnet du sergent L. E. du 157ème Régiment d’Infanterie. 11° compagnie
5 avril 1915 – Flirey Attaque devant le bois de Mortmare


Depuis longtemps il est question de nous faire attaquer les tranchées ennemies, en avant de nous, à gauche du bois de Mortmare, car ces tranchées sont établies sur la crête au nord de Flirey, dans une position dominant toutes nos lignes et nos boyaux de défense.

Plusieurs régiments se sont succédés dans le secteur et le nombre de cadavres étendus entre les deux lignes montre clairement que des efforts ont déjà été fait dans le but de déloger les boches. Cette fois il faut que la position soit enlevée, et elle le sera !

Les bruits d’attaque vont en se précisant de plus en plus et, bien qu’aucun avis officiel n’en ait été donné, tous les hommes savent très bien que quelque chose doit se passer. D’ailleurs depuis plusieurs jours l’artillerie est beaucoup plus active et tape sans relâche sur les tranchées ennemies et, principalement sur leur première ligne et les réseaux de fil de fer.
Les 75 et une batterie de 220 font un travail merveilleux. Les derniers, surtout envoient un projectile de 180 kg que l’on voit parfaitement dans sa trajectoire, presque depuis l’horizon jusqu’à son point de chute où l’explosion se produit, creusant un entonnoir formidable. Un jour à la relève nous rencontrons une batterie de Rimailhos qui monte prendre position. A Bernécourt d’autres batteries sont prêtes à l’imiter avec d’innombrables caissons de munitions. Ca va sûrement barder.

Le 3 avril au matin nous descendons au bois de la Hazelle en soutien. Il pleut toute la journée et nous passons un jour mélancolique, accroupis dans les abris souterrains. La nuit se passe sans incident.

Le lendemain, 4 avril, c’est le jour de Pâques ; le calendrier seul a pu nous l’apprendre car rien autour de nous ne peut nous l’indiquer. Nous passons aussi tristement cette journée que la précédente. Le soir, à la tombée de la nuit, le Capitaine fait distribuer des piquets, des rouleaux de fil de fer que les hommes devront emporter avec eux, pour fortifier les positions conquises. On retire les couvre-pieds, les peaux de moutons et on ne laisse aux hommes que leur toile de tente qui, roulée en boudin, se porte en bandoulière. On distribue des pantalons bleus ; chacun a ordre d’en revêtir un car les boches considèrent parait-il, comme franc tireur les hommes ayant des pantalons de velours et drap divers et fusillent les prisonniers sans autre forme de procès. Ces diverses occupations se succèdent dans l’étroite cagna, à la lueur d’une distante bougie. Certains épluchent leur correspondance et brûlent tous les feuillets portant des injures ou des railleries à l’adresse de l’ennemi car un simple papier de cette nature peut être fatal au porteur s’il est pris.


Une fois tout cela mis en ordre, on s’allonge pour goûter avant le départ quelques dernières minutes de sommeil. A deux heures du matin, un agent de liaison vient nous appeler. Le rassemblement est effectué et nous partons dans l’obscurité, en colonne par un dans l’étroit sentier sous les arbres. La pluie vient à peine de cesser et, des arbres mouillés tombent au moindre souffle de larges gouttes. Il fait froid, une boue épaisse et gluante recouvre le sol, rendant très pénible la marche en avant. Nous traversons la voie ferrée où nous nous joignons au reste de la Compagnie. Nous traversons le vallon de la Carrière pour rejoindre la route et, toujours dans une obscurité profonde nous prenons le chemin des tranchées passant sous le grand viaduc affaissé.

Les 1er et 3ème bataillons, je crois,, ont pris part à l’attaque ce jour là, je ne parle que du 3ème que j’ai vu à l’œuvre. Le front d’attaque est la partie comprise entre la voie ferrée et la route d’Esseys. Nous arrivons en 3ème ligne et nous nous arrêtons pour laisser passer devant les compagnies premières à marcher. Voici l’ordre d’attaque : 9° et 12° bondissent à la première ligne boche et s’en emparent, la 10 passe en notre première, la 11 en notre deuxième. Ensuite la 9 et 12 bondissent en 2° ligne boche, la 10 suit en première boche et la 11 en première nôtre pour fournir des renforts si besoin est et approvisionner les fractions qui précèdent. Une compagnie du Génie marche avec nous. Une partie avec notre première ligne sautera dans les tranchées boches et s’empressera de détruire les mines qui pourraient y être préparées pour nous faire sauter. Le restant muni d’outils, se précipite en avant de la tranchée sur un tracé probablement déterminé et se livre aussi rapidement que possible au creusement des boyaux de communication devant permettre le ravitaillement en vivres et munitions des fractions installées en tranchées conquises.

Les diverses unités prennent la place qui leur est assignée pour cette journée. Le jour se lève, brumeux, mais il ne pleut pas. Les cuisiniers apportent la soupe et le café et s’empressent de déguerpir car ils ne tiennent pas à se trouver là durant l’action. L’artillerie se met à donner avec une grande violence sur les tranchées boches qui sont en un instant recouvertes d’un nuage de fumée. Les boches ne sont pas longs à répondre et leurs projectiles rappliquent en nombre. Ils sont heureusement mal dirigés et tombent presque tous en arrière de la ligne, dans les champs, où ils ne font aucun mal.

9 h du matin : on dirait que toutes nos pièces d’artillerie sont déclenchées par un même et unique ressort, et violente est la rafale qui, à ce moment précis passe au dessus de nos têtes. C’est la préparation de l’assaut qui commence. Elle doit durer 45 minutes, et dix mille obus, m’a-t-on dit, doivent tomber en ce laps de temps sur un front de moins d’un kilomètre.

Cette opération est vraiment fantastique. Les boches comprenant que le moment approche, et que nous sommes prêts à bondir, font donner à toutes leurs pièces le maximum et vraiment, bien que très inférieur au notre la densité de leur bombardement est supérieure à tout ce que j’avais vu jusqu’ici. Aucun mot de la langue française n’est assez fort pour donner une idée, si petite soit-elle, des impressions de l’homme perdu dans cet enfer. Le fracas est étourdissant, les détonations de départ et explosions d’arrivée sont si rapprochées les unes des autres que leur fracas se touchent pour ainsi dire, et se réunissent en un fracas immense, surhumain dont la terre est ébranlée. A ces détonations se joint le bruit que font durant leurs parcours les projectiles, ronflements, sifflements, déchirements. Et en plus encore, les bruits plaintifs et gémissant des éclats qui de toutes parts volent et tombent au hasard avec un bruit mat. A cela s’ajoute encore le roulement que produisent en retombant les débris que les percutants projettent dans le ciel. Les débris chassés par chaque explosion montent en forme de cône dont la pointe est le point de l’explosion et tous ces cônes arrivent à se toucher les uns les autres et à former au dessus du sol une espèce de nuage mouvant sans cesse renouvelé, aux particules montant et retombant sans arrêt. Je ne puis donner de cette fournaise une description plus complète et je me rends compte qu’elle ne donne pas une idée si petite soit-elle du chaos que je voudrais faire entrevoir.

Au milieu de tout ce fracas et de cette pluie mortelle, nous sommes sans un mot, serrés les uns contre les autres, baissés le plus possible dans les tranchées pour offrir le moins de superficie, nous attendons notre heure.

L’intensité du bombardement diminue de notre côté, le moment de l’assaut approche, nos sections se portent dans les boyaux pour être prêtes à garnir rapidement les secteurs prescrits. Je marche immédiatement derrière une section de la 10° qui, elle aussi s’approche. Nous avançons, accroupis les uns derrière les autres car les Boches, comprenant que nous nous préparons à bondir font donner à leur artillerie son maximum. Ils ne pointent pas bien et doivent être sûrement amochés par les nôtres, car si tous leurs coups portaient aucun de nous ne serait sorti vivant, et les tranchées démolies nous auraient servi à tous de tombeau. Toutefois, à un moment donné, un grand souffle brûlant m’a projeté en arrière et un grand cri s’est élevé devant moi : une grosse marmite venait de tomber dans le boyau et je n’ai été protégé de ses éclats que par le corps des malheureux qui me précédaient. Ce fut horrible, les deux hommes qui reçurent le projectile disparurent, projetés en mille pièces dans toutes les directions, quatre de plus furent tués sur le coup avec des blessures horribles, un entre autres décapité et les deux jambes sectionnées, et cinq au moins ont été blessés, certains peu gravement ont dû continuer le mouvement car on ne peut sortir d’un boyau quand il est occupé. Deux malheureux dans l’impossibilité de marcher restèrent accroupis dans la boue et pendant des heures les compagnies de renforts durent les enjamber.

Ce furent les premiers que je vis tomber ce jour là, le sort a voulu que je ne fusse pas du nombre, je l’ai échappé belle puisque le dernier blessé est l’homme qui me précédait exactement. J’ai dû faire appel à tout mon courage pour vaincre l’horreur qui m’avait fait dresser les cheveux sur la tête et cirer à mes hommes de ne pas bouger. Il n’y avait pas à reculer, au contraire. Le mouvement avant ayant repris, j’ai dû le premier fouler ces cadavres pantelants qui s’enfonçaient peu à peu dans la boue, marcher dans leur sang et frôler des parois où des lambeaux de cervelle et de chairs étaient plaquées,. Quelle horreur !
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humanbonb
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Re: transcription d'une lettre relatant la bataille de Flirey

Message par humanbonb » mar. juin 03, 2008 3:44 pm

Superbe témoignages !!!
Merci à toi.

Si d'autres personnes retrouvent ce genre d'écrit, je suis prenant bien évidemment.

Bonne journée.
Julien.

boucan38
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Re: transcription d'une lettre relatant la bataille de Flirey

Message par boucan38 » mer. juin 04, 2008 9:37 am

Bonjour,

Je vais poursuivre donc, puisque que certains marquent y trouvent de l'intérêt. La frappe de ce récit qui retrace l'action du 2° bataillon du 157° le 5 avril à Flirey.
Mon GP était en soutien et a "assisté" à l'action sans pouvoir directement y participer compte tenu de la désorganisation de la chaîne de commandement

Je m'y met dès que possible.

Bonne journée

Marc

humanbonb
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Re: transcription d'une lettre relatant la bataille de Flirey

Message par humanbonb » mer. juin 04, 2008 2:20 pm

Merci à toi, c'est très sympatique de ta part.
Si cela t'interesse, j'ai une photo de la croix qui a été érigée en l'honneur du sergent Rocas tombé en 1915 il me semble au bois de Mortmare.

Bonne journée.

gatsby
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Re: transcription d'une lettre relatant la bataille de Flirey

Message par gatsby » mer. juil. 16, 2008 1:14 pm

La ville de nice organise pour 20 élèves de troisième un déplacemnt à flirey du 12 /09/08 AU 14/09/08. Le collège où je suis enseignante d'histoire a été choisi je recherche des renseignements sur le 163 RI donc afin de proposer un dossier à mes 2 classes de 3éme dont seulement 4 élèves ont été choisis. je recherche des photos , d'autres lettres de poilus des noms de poilus ayant intégré ce régiment, tout ce qui vous paraît utile et interessatn pour des jeuns de 14 ans.
D'avance je vous remercie pour votre aide et contribution
nicole

humanbonb
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Re: transcription d'une lettre relatant la bataille de Flirey

Message par humanbonb » mer. juil. 16, 2008 10:48 pm

En espérant que cela leur plaise.
En tout cas, à Flirey et dans ses environs, il y a de quoi visiter.

Bonne soirée.


PS: une autre lettre avait été publié dans cette même rubrique, j'y avais d'ailleurs posté quelques photos prise il y a quelques années.


humanbonb
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Re: transcription d'une lettre relatant la bataille de Flirey

Message par humanbonb » jeu. oct. 30, 2008 7:00 pm

Bonjour,
Gatsby alias Nicole, j'aimerais savoir comment s'est déroulé ce déplacemet à Flirey ?

Par ailleurs, je suis toujours à la racherche de toute sorte de document sur le Bois Le prêtre, Flirey ainsi que la ville de Pont à Mousson et le bois de Mortmare.


Bonne journée à tous.
Cdlt Julien.

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