Artillerie Spéciale - La borne des chars du Camp de Champlieu

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Tanker
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Re: Artillerie Spéciale - La borne des chars du Camp de Champlieu

Message par Tanker » sam. nov. 22, 2014 6:21 pm

Bonjour,

En Octobre 2012, Marc Pilot s'était, dans la rubrique "pages d'Aujourd'hui" du forum, inquiété de la
prolifération de plaques "historiques" autour de la borne des chars du Camp de Champlieu.

http://pages14-18.mesdiscussions.net/pa ... 2371_1.htm

Le titre du sujet n'étant pas très parlant, la suite de ce feuilleton est poursuivie ici.
Voici donc quelques nouvelles récentes du Front de Champlieu . . . . .

L'association, qui avait, en Octobre 2012, "agrémenté" la borne des chars de Champlieu,
a encore sévi le 25 Octobre 2014 et organisé une manifestation pour inaugurer quelques
nouvelles variantes . . . . .

Une bonne nouvelle, tout de même, une partie des plaques installées l'année dernière ont disparu.

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Bien entendu, il n'y avait pas le char Leclerc annoncé et, en son absence, le piquet d'honneur
du 503° RCC a rempli réglementairement la mission de représentation qui lui avait été confiée.
Visiblement, l'annonce de la présence d'un vrai char n'avait pas pour autant attirer les foules,
il est vrai que les organisateurs sont coutumiers du fait et donc, "chat échaudé . . . . ."

Si les plaques concernant la 2° DB et la Division polonaise ont disparu, il semble bien que les
associations de chars avaient aussi envisagé de déplacer la borne de Champlieu à Mourmelon.

En effet, au camp de Mourmelon, un jardin du souvenir, regroupant des plaques provenant
de quartiers détruits ou abandonnées, a été créé cet année.

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C'est la que se trouve maintenant la plaque du 507° RCC, régiment de chars du Colonel De Gaule
avant la 2° Guerre Mondiale.

En définitive, des réactions locales, dont celle du Maire d'Orrouy, ont amené à l'abandon de cette idée.

Voici donc comment se présente aujourd'hui le site de la borne de l'Artillerie Spéciale, et quatre points
méritent d'être ici commentés :
- Les deux rajouts de cette "inauguration" du 25 Octobre 2014 (en rouge, à gauche de la photo),
- Le panneau de l'ONF (à droite de la photo),
- Les deux plaques restées au pied de la borne.

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Au coin de la route, début de la circulaire du camp de Champlieu, et point d'entré du camp,
une plaque rebaptisant "Allée Guy Steinbach", le chemin du Commandant Bossut a été posée.
De quel droit, décider de rebaptiser ce chemin et pourquoi Guy Steinbach ?

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Jusqu'à preuve du contraire, et comme le montre le bleu du camp de l'été 1917 et la carte IGN
au 1-25 000°, celà va faire près de cent ans que l'Artillerie Spéciale a choisi ce nom, en l'honneur
du chef de Groupement d'AS n° I, tué le 16 Avril 1917.
C'était un "Boulevard" à l'époque de l'AS, l'IGN en a fait une "route", et l'on parle mainteant d'une "Allée" ! !

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Pourquoi Guy Steinbach ?

Le Brigadier Guy Steinbach, qui s'est battu dans les chars en 1940, est décédé cette année.
Il était alors simplement le président d'une des associations de chars, auquel appartenait,
un des membres organisateur de toute cette affaire.

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Pour son père, Raymond Steinbach, qui a été formé à Champlieu, et bien appartenu et combattu
dans l'AS en 1918, une première plaque, comme toujours de piètre qualité, avait déjà été rajoutée,
il y a queiques années, sur la borne. Le temps en avaient déjà eu raison . . . .

Ni les mérites du père ou du fils ne sont en cause ici. Ils ont été choisis parce que connus des organisateurs
et non parce que particulièrements représentatifs de ce qu'a été le camp de Champlieu et de ceux qui y ont vécus.

On pourrait de la même manière analyser les raisons qui ont fait mettre en place, il y a maintenant quelques années,
la pierre du Lt Orens.

Il y a eu des dizaines d'officiers formés à Champlieu et il n'est pas envisageable de mettre une pierre pour chacun d'entre-eux.

Cette pierre est en place . . . , il est facile de comprendre l'attachement de la famille, et il est intéressant de remarquer que,
dans le projet de déménagement de la borne à Mourmelon, il était aussi question d'y enmener la pierre du Lt Orens !

Fort heureusement les deux familles de descendants du Lt Orens s'y sont opposées, et ce refus a, semble-t-il,
été déterminant dans la fin de ce projet ridicule de déménagement de la borne.
Ce point sera développer plus loin.

La photo qui suit montre l'état de la borne a ce jour.
Il reste donc, la grande pierre au premier, dont le texte ne présente que peu d'intérêt et donc la réalisation est
ici aussi, du grand bricolage.
Dans l'absolu, cette pierre pourrait être le support d'un plan général du camp, ou d'une inscription historique
sérieuse . . .

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La pierre qui reste à droite de la borne, celle du Lt Orens, pourrait être déplacé sur l'arrière et compléter, en bas
de pierre, par une plaque de bonne qualité, en mémoire de tous les officiers de l'AS morts durant la Grande Guerre.

Il n'en reste pas moins qu'elle a besoin d'être reprise sérieusement (pas par les habituels bricoleurs du dimanche)
pour être rendu lisible . . . .

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Le panneau de l'ONF, installé maintenant depuis quelques mois, n'est pas non plus des plus parfaits
pour aider les promeneurs à comprendre la raion d'être de la borne des chars . . . .

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Le verso du panneau aurait, sans problème, pu être utilisé pour présenter le camp de Champlieu et,
il est assez remarquable de voir que ce panneau n'est pas installé sur les terrains de l'ONF,
mais sur un terrain appartenant à la ferme de Champlieu, et ce, sans même en avoir eu la
courtoisie d'en avertir le propriétaire ou simplement de lui en demander l'autorisation . . . . .

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Tanker
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Re: Artillerie Spéciale - La borne des chars du Camp de Champlieu

Message par Tanker » sam. nov. 22, 2014 6:21 pm

Il reste à commenter le panneau nouvellement installé, probablement censé être,
un panneau historique sur le Camp des chars de Champlieu.

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Il est au second plan, en arrière de la borne.
La pierre devant la borne, est celle du Lt Orens.

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Voici, monté sur une plaque de plastique transparente, avec un texte en lettres collées,
les explications données par ce panneau :

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1914 - Champlieu - 1918
Naissance des chars de combat

Décembre 1915 - Le Général Estienne négocie avec les industriels Schneider et Saint Chamond

Septembre 1916 - Construction du Camp de Champlieu

Octobre 1916 - Livraison de parc de chars - Baptisé AS Artillerie Spéciale

Décembre 1916 - Avec le Général Estienne des hommes de toutes les Armes dont 50 Cavaliers recoivent une instruction poussée.

Mars 1917 - Les 208 Schneider et 48 Saint Chamond forment dès lors des Groupements et déviendront ABC Arme Blindée Cavalerie

Avril 1917 - Combats de Berry-au-Bac L'AS se bat partout Construction du char Renault FT

Juin 1918 - L' AS gagne la bataille du Matz

39/45 - Les chars participent à la libération

Indochine / Algérie Les chars équipent l'ABC


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Tout ceci mérite un commentaire un peu détaillé.

La première ligne, évoquant Champlieu, mentionne les années 1914 et 1918.
C'est déjà une première mauvaise information puisque le camp a été ouvert en 1916.

Dans cette année de centenaire, le concepteur du panneau a, sans doute,
voulu associer le 1914 du haut de panneau au 2014 du bas de panneau.

Il aurait, dans ce cas été plus judicieux d'attendre 2016 pour le réaliser.
Il n'y aurait plus eu aucune ambiguité, en particulier sur la date de naissance
des chars de combat français (1916 et non 1914 . . . ).

Chaque ligne qui suit se rapporte à une date.

Décembre 1915 - Le Général Estienne négocie avec les industriels Schneider et Saint Chamond :

Le Général Estienne n'a rien négocié avec les industriels.
Il a présenté et détaillé un concepte au Commandement, puis aux ingénieurs de Schneider.
Les "négociations de programme" étaient du domaine du Service Automobile et de l'Etat-Major Général de Joffre.

Le Général Estienne n'a surtout rien eu à voir dans l'idée développée par Saint Chamond
et a même été totalement écarté de cet décision.

Septembre 1916 - Construction du Camp de Champlieu :

Les reconnaissances pour le choix d'un camp des chars, dans la zone des Armées, datent de la mi-septembre 1916.
Ce n'est que le 26 Septembre que le Général Estienne rend-compte au 3° Bureau du GQG que Champlieu fera l'affaire
et qu'il serait bon que le camp sont aménagé pour la mi-Novembre.

Par la note n° 24589 GQG des Armées de l'Est/Etat-Major/3° Bureau du 30 Septembre 1916, le Général Joffre entérine
le choix du Général Estienne et donne l'ordre d'engager les travaux.

Les travaux débuteront à la mi-Octobre, sous la direction du Cdt Michel et du Cne Robinet,
en place au château d'Orrouy à partir du 21 Octobre 1918;

150 travailleurs, alors affectés au camp AS du Trou d'Enfer, sont envoyés à Champlieu.
Fin Novembre 1918, la première tranche de travaux est terminée, et le Groupe AS 1
du Cne Lefebvre arrive à Champlieu le 1° Décembre 1918.

Alors qu'il était encore prévu de faire des Groupes de chars mixtes (8 Schneider et 8 Saint Chamond),
le retard dans la mise au point du char Saint Chamond, conduiront à définitivement créern
des unités différenciées de Schneider et de Saint Chamond.

Le 23 Février 1917, à l'arrivée des premiers chars Saint Chamond à Champlieu (le Groupe AS 31),
neuf Groupes de Schneider sont déjà en place.
En Mai 1917, à l'arrivée du Groupe Schneider AS 17, seulement trois Groupes de chars Saint Chamond
étaient déployés à Champlieu.

C'est aussi à cette date du 1° Décembre 1916, qu'ayant quitté le Fort du Trou d'Enfer,
le Général Estienne implante son PC au château d'Orrouy.

Octobre 1916 - Livraison de parc de chars - Baptisé AS Artillerie Spéciale :

Si le rédacteur du panneau a pensé ici à la mise en place des premières dotations de chars
dans l'AS, Octobre 1916, est un peu prématuré . . . .

A cette date, il existait simplement quatre prototypes du futur Saint Chamond et une dizaine de prototypes
(dont 6 chassis plateformes auto-école) du Schneider, en état de marche.
Les deux chassis construits par la STA du Service Automobile faisant partie de ce décompte.

Tant chez chez Schneider que chez Saint Chamond, un certain nombre de composants
des futurs chars étaient déjà bien produits en série, mais des choix n'étaient pas encore faits,
en particulier avec le char Saint Chamond, pour que la production soit vraiment lancée.

Au 1° Décembre 1916, dans la séance d'assais, filmée et photographiée au trou d'enfer par la SPCA,
le Saint Chamond présenté, qui est le quatorzième char du programme, est toujours en version
avec jupe sur le train de roulement.

Décembre 1916 - Avec le Général Estienne des hommes de toutes les Armes dont 50 Cavaliers recoivent une instruction poussée :

En Décembre 1616, Seize chars Schneider étaient présents à Champlieu !
L'instruction se pratiquait alors à Marly-le-Roi et Cercottes et le nombre de cavaliers alors présents
dans l'AS dépassaient de très loin le nombre donné ici . . . .

Au 1° Janvier 1917, la Cavalerie, en application d'ordres du GQG, avait déjà fourni plus de 800 cavaliers.
Avec la stabilisation du Front, la Cavalerie n'ayant plus à jouer le même rôle, les escadrons de réserve des régiments d'actives
sont dissous sur ordre et, leurs personnels (officiers, Sous-Officiers et Hommes du Rang) sont, pour une bonne part,
reversés dans l'Artillerie et dans l'Artillerie Spéciale.

A titre d'exemple, par note n°14619 GQG des Armées françaises/Etat-Major/1° Bureau du 17 Décembre 1916
est organisée, au profit de l'Artillerie Spéciale, la dissolution de six escadrons de Cavalerie Légère.

5° et 6° Escadrons du 5° Hussards
6° Escadrons du 5° Chasseurs
6° Escadrons du 5° Hussards
5° et 6° Escadrons du 8° Chasseurs

Ces cavaliers venaient en rejoindre d'autres, comme ceux du 1° Dragons, arrivés en Octobre 1916 à Marly-le-Roi
Le Cne Bossut est affecté le 30 Septembre 1916 dans l'Artillerie Spéciale.

Mars 1917 - Les 208 Schneider et 48 Saint Chamond forment dès lors des Groupements et déviendront ABC Arme Blindée Cavalerie :

Si en Mars 1917, ces effectifs de chars sont bien en place à Champlieu, ce ne sont alors que 3 Groupements de marche
(Chaubès Bossut et Lefebvre) qui sont alors organisées et préparés en vue des engagements sur Juvincourt et Moronvillers.

Pour ce faire, les Groupes désignés récupérent dans les derniers arrivés, les chars les plus haut point,
comme par exemple le Groupe de Saint Chamond AS 31 qui est armé de chars venant des AS 32 et 33.

Concernant la transformation de l'AS en ABC (Armes Blindés et Cavalerie), il faudra encore attendre près de 50 ans pour que
la fusion de ce que furent les chars d'Infanterie et les chars de Cavalerie de l'entre-deux guerre, tous issus de l'Artillerie Spéciale,
se fondent définitivement dans une même appellation.

Le raccourci (AS - ABC) est ici un peu léger et, très certainement, totalement hermétique à la grande majorité
des promeneurs cherchant à comprendre de quoi l'on parle ici . . . .

Avril 1917 - Combats de Berry-au-Bac L'AS se bat partout Construction du char Renault FT :

En avril 1917, dans le secteur de Juvincourt, a effectivement lieu le premier engagement reconnu de l'Artillerie Spéciale.
Les chars ne se sont jamais battus à Berry-au-Bac (ils n'ont même jamais traversé le village).
C'est l'installation du monument des chars, au lieu-dit "la ferme du Choléra", monument situé dans la commune de Berry-au-Bac,
qui a amené à utiliser cette dénomination pour parler de ces premiers combats avec chars.

Si l'on considère le secteur d'engagement du Groupement Chaubès, aussi engagé à "Berry-au-Bac", mais à partir
de la ferme du Temple (Ouest de La Ville-aux-Bois), on comprend facilement que cette appellation est un peu réductrice.

Pour ce qui est de se battre partout, la encore la formule reste un raccourci osé quand on regarde, dans le détail,
les secteurs d'engagement des unités de chars et qu'on le compare à ce que représentait alors le front des combats.

En Avril 1917, le prototype du Renault FT venait d'être testé à Champlieu.
Les premiers Renault d'instruction en acier doux seront livrés début 1918 et les premiers Bataillon de Chars Légers,
formés à partir de Janvier 1918, n'auront de chars de rangs opérationnels que début Mai 1918 . . . .

Juin 1918 - L' AS gagne la bataille du Matz :

La Bataille du Matz dure deux mois (de Juin à Août 1918), sur un front de près de 30 kilomètres.
Dans cette Bataille, les chars sont engagés sur une journée à Méry sur 7 km de Front . . . .

Un peu juste pour avoir gagné la Bataille du Matz, et ce même si cet engagement, avec ceux de
début Août sur Lataule/Ressons-sur-Mats, et d'Antheuil-Portes ont été importants.

Cette assertion comme d'ailleurs , ci-dessous, les deux dernières du panneau, sont plutôt à classer
dans l'incantation de type "historique régimentaire", destinée à former le moral du jeune soldat,
plutôt qu'à informer un visiteur sur l'histoire du camp des chars de Champlieu . . .

39/45 - Les chars participent à la libération - Indochine / Algérie Les chars équipent l'ABC

Peu de monde à cette inauguration . . . .
Il y avait bien un conseiller général pressé qui serrait des mains.

Le Maire d'Orrouy étant présent, il est à espérer que le petit topo qui a pu lui être fait,
après le départ de tout ce beau monde, portera ses fruits et que 2016 ou 2017
verront se mettre en place quelque chose de plus approprié . . . . et de définitif !

Tout le monde parti, arrive la voiture d'un couple, à la recherche du Leclerc annoncé au Conseil Municipal
d'un des villages du coin.
Pour ceux qui connaissent un peu l'histoire du Camp de Champlieu, c'est le village dans lequel était installé
l'escadron de Cavalerie, chargé de la surveillance du camp et dont quelques cavaliers indélicats, piquaient
des lapins dans le clapier de Madame . . . .

Du coup c'est le mari de la conseillère municipale qui a été déçu de ne pas avoir vu son tank !
Quelle idée aussi de se fier, sans recoupement à des annonces mensongères . . . .

A suivre donc - Michel

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Re: Artillerie Spéciale - La borne des chars du Camp de Champlieu

Message par la garde » lun. nov. 24, 2014 7:24 pm

Bonjour,Michel

Je suis toujours admiratif pour les précisions et vos travaux, je viens d'avoir la réponse à une question que je me suis posé il y a 35 ans en ce qui concerne la relation entre la Cavalerie et les chars, car pendant mon service militaire (78/12) après mes deux mois de PEG on m'a envoyé au CI-ABC de Carpiagne pour être tireur et donc 60 ans après l'appellation arme Blindés Cavalerie était toujours officielle.

Cordialement,Luc.
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