Artillerie Spéciale - La Légion d'Honneur du Brigadier Pierre Cellier de l'AS 35

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Tanker
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Artillerie Spéciale - La Légion d'Honneur du Brigadier Pierre Cellier de l'AS 35

Message par Tanker » mar. sept. 13, 2011 11:58 pm

Bonsoir,

Le 18 Juillet 1918, le Brigadier Pierre Cellier du Groupe AS 35 capture, avec l'aide de quelques soldats américains, 700 Bavarois.
Pour cette action le Brigadier fut décoré de la Légion d'Honneur.

Image

Affaire de la Westfalen Cave :

Intervenants côté français :

Lieutenant Henri L'hospital - Chef du St Chamond n° 62541 du Groupe AS 35 (2° Batterie - 1° Section de chars de la Batterie)

Sous/Lieutenant Louis Lambert - Chef du St Chamond n° 62588 du Groupe AS 35 (2° Batterie - 2° Section de chars de la batterie)

Cne Balland : Commandant du Groupe AS 35.

Cne Marchand : Adjoint du Cdt Herlaut au Groupement XI et Commandant, sur le terrain, du Groupement XI les 18 et 19 Juillet 18.

Cdt Herlaut : Commandant du Groupement XI et Chef des Groupements XI et XII auprès de la 1° DI US pour les combats de Missy.

Lt Durand - Commandant de la 2° Batterie
Le Lieutenant Durand a été tué le 28 Septembre 1918 devant Montfaucon. Son rapport du 21 Juillet 1918, sur l'action de sa Batterie, mentionne la destruction des deux chars perdus à l'Ouest de Missy (les chars de L'Hospital et Lambert), ne parle pas de la Creute, et ne mentionne même pas avoir donné l'ordre de laisser le Brigadier Cellier garder les deux chars.

Documents de référence :

Compte-Rendu de combat du Lieutenant L'hospital.
Compte-Rendu de combat du Sous/Lieutenant Lambert

Notes du Cne Balland (datant de 1930).
Les notes du Cne Balland, détenues par le Shat, sont une copie conforme, du 15 septembre 1930, de celles détenues par lui. Il n'y a apparemment pas d'originaux de ces Compte-Rendus au Shat.

Lettre du Lieutenant L'hospital à l'AOACCAdu 26 Août 1930.
Lettre du Lieutenant L'hospital à l'AOACCA du 21 Août 1930.
Ces deux lettres ont été écrites au Général Estienne, suite à sa demande, faite par l'intermédiaire du Bulletin de l'AOACCA.

Rapport du 26 Juillet 1918 du Commandant Herlaut, Chef du Groupement XI.
Ce rapport ne fait que mentionner la ligne atteinte par l'AS 35 ("Creute Ouest de Missy-au-Bois et Ferme Cravençon").

JMO de l'AS 35
Ce Journal de Marche et Opérations de l'AS 35 ne comprend que 14 pages pour les événements entre Avril 17 et Mars 19. Pour Missy, seul les noms du canonnier tué et des blessés sont cités.

Extraits du Bulletin mensuel de l'AOACCA (Association des Officiers Anciens Combattants des Chars d'Assaut).

Les informations, de Sources françaises, sur la capture de 700 Allemands à Missy au Bois le 18 Juillet 1918, viennent d'une simple question posée en Août 1930 par le Général Estienne qui semblait découvrir qu'un Brigadier de l'AS 35 avait été décoré de la Légion d'Honneur à la suite de la capture de 700 allemands à Missy au Bois.
Si, 12 ans après les faits, le Général Estienne découvrait cette action, il est évident que :
- Les Compte-Rendus qu'ils recevaient à Champlieu, aussi bien dans le feu de l'action que à l'issue des combats, n'ont pas
mentionné ces faits.
- La décision d'attribuer une Légion d'Honneur n'est pas le fait du Commandement de l'Artillerie d'Assaut.

Chronologie des faits.

Le Groupe d'AS 35 attaquait le 18 Juillet, avec 8 chars, en direction des Trois Peupliers, de la Ferme de la Glaux et de la Ferme Cravençon.
Après la ferme de la Glaux, les chars du Lt L'Hospital et du S/Lt Lambert se sont perdus et, après avoir coupé les axes de progression de l'AS 34, l'AS 32, l'AS 37 et l'AS 39,
ils se sont fait mettre hors de combat devant la Westfalen Cave (Ouest de Missy au Bois).

Image
Les erreurs grossières de navigation de ces deux chars (et d'un troisième qui est allé jusqu'à la Croix Ste Créaude avant de revenir à la Ferme de Cravençon),
ces erreurs sont peut-être l'explication de la "discrétion" des chefs de chars sur leur action dans ces combats.

En effet, nulle part dans son CR le Lieutenant L'Hospital ne mentionne l'affaire des 700 allemands capturés.
De la même manière, le S/Lieutenant Lambert, qui a pourtant évacué les blessés des deux chars, ne parle de cette affaire.

Devant cette absence de détails, les rapports des niveaux hiérarchiques supérieurs, habituellement et naturellement plus succins, sont totalement muet sur le sujet.
Les détails sur l'affaire viennent des deux lettres de 1930 au Général Estienne, lettres qui sont des plus contradictoires.

Au moment des faits, le Lt Durand, commandant de la 2° Batterie de l'AS 35 était devant la Ferme Cravençon avec le seul char présent de sa Batterie.
Ses deux autres chars étaient "égarés" vers la creute de Missy.
Il est surprenant qu'il ne se soit pas aperçu, après le passage de la ferme de La Glaux, que deux chars ne le suivaient pas.
Le commandement d'une Batterie de char se faisait à pied, à vue et avec des chars à moins de 100 m l'un de l'autre.
Le terrain était dégagé sur le secteur (Tout comme aujourd'hui). Il est probable que le Lieutenant Durand, installé dans le char du MdL Bergeron, n'ait pas vu ses deux autres chars s'égarer. . . . . .
Chaque char était accompagné de trois fantassins du 262° RI dont le travail était aussi de jouer les estafettes entre les chars.

Le rapport du S/Lt Lambert dit avoir vu le Capitaine Marchand et le Lt Durand à la ferme de La Glaux.
Effectivement, le Lt Durand, après la destruction du char du MdL Bergeron devant la ferme Cravençon, est retourné au PC avancé de la ferme de La Glaux.
Le Cne Marchand lui a alors dit de retourner à Coeuvres au point de Départ de sa Batterie.
Les blessés des chars l'Hospital (un ou deux canonniers) et Lambert (quatre canonniers) ont été ramenés à l'arrière.
Le S/Lt Lambert dit à Coeuvres ! Coeuvres, c'est à au moins 6 kilomètres de là. Et Lambert dit être en suite revenu aux chars.

Les chefs de chars ont récupérés les mitrailleuses (en applications des ordres) - 2 mitrailleuses en état pour le char L'Hospital. Information non précisée pour le char Lambert.
Les deux chars réunis, c'était 22 hommes (dont six blessés) et quelques mitrailleuses et autres équipements de sécurité des chars (les 2 magnétos qu'il fallait démonter quand le char était abandonné).
Six blessés, c'est au moins 12 porteurs . . . .

Ce qui s'est probablement passé.

Les deux équipages ont abandonné les chars et se sont repliés vers la ferme de La Glaux (itinéraire qu'ils connaissaient).
Arrivé à la ferme de La Glaux, le Brigadier Cellier a été renvoyé par le Lt Durand pour gardienner les deux chars.
(Peut-être avec deux hommes - plus probablement seul si l'on en croit le S/Lt Lambert).
Les deux officiers, après avoir mis à l'abri les blessés sont revenus aux chars.
C'est là qu'ils ont trouvé le Brigadier Cellier en train de faire sortir ses prisonniers de la Grotte.

Sur la base de cette hypothèse, on peut estimer que, une fois la Creute dépassée par l'infanterie US, des américains ont pris le chemin
passant devant la Westfalen Cave et que c'est seulement à ce moment que les allemands ont réagi.
Soldats isolés, ils se sont adressés au Brigadier français, seul avec les chars, pensant probablement que ceux-ci pourraient régler le problème.
Le Brigadier a alors pris le commandement de ces hommes, placé leurs FM Chauchat et fusils et organisé un tir sur l'entrée de la Grotte.
La citation du Brigadier précise que les allemands ont mis une heure avant de se rendre.

Si le Brigadier Cellier avait été accompagné d'autres français, ils auraient aussi été cités.
Si comme le raconte L'hospital, c'est lui qui aurait placé au bord de la Creute le Brigadier, celui-ci lui aurait rendu-compte de la présence des allemands,
l'action aurait alors été commandé par le Lieutenant, et c'est lui qui aurait été cité.
Le Lieutenant L'hospital dit avoir fait, au Lieutenant Durand, un rapport sur l'action du Brigadier Cellier.
Si l'action du Brigadier s'était faite sur son ordre, son rôle dans ce fait d'Armes aurait été reconnu et même si, modestement, le lieutenant L'hospital avait
honnètement laissé le beau rôle au Brigadier, son action aurait tout de même été reconnue et récompensée.

Il reste à savoir par quel canal il a été décidé d'accorder une Légion d'Honneur a un Brigadier.
La zone était sous Commandement américain, les chars étaient sous commandement américains.
Si le Commandant du Groupe AS 35 (Cne Balland), le Commandant adjoint du Groupement XI (Cne Marchand) ou le Commandant du Groupement XI (Cdt Herlaut)
avaient été à l'origine de la proposition, il y en aurait trace dans les CR de ces Chefs. Ce n'est pas le cas.

Il est probable que ce fait d'Armes soit arrivé aux oreilles de chefs militaires français par le canal des Américains.
Si des Officiers de Liaison français de la Big Red One en ont fait état dans leur chaîne hiérarchique et auprès du Commandement du 20° CA et/ou du Commandement
de la X° Armée, il est possible que la décision de décorer ce Brigadier ait alors été prise à un de ces niveaux.

Voir un Brigadier décoré de la Légion d'Honneur, même dans les chars, ce n'étaient pas si courant que ça.
La "mémoire collective" des officiers de l'AS semble avoir oublié très rapidement cet événement.
Il suffit de voir comment, dans son récit de 1930, le Lieutenant L'hospital se dit avoir été déçu de n'avoir pas été cité et de ne se voir attribué
que la simple citation collective du Groupe AS 35 pour cette journée de combat.

Il reste à mettre le nez dans les archives de la X° Armée et du 20° CA pour la période d'engagement de la 1° DI US. du 13 au 23 Juillet 1918. . . . .
et voir le dossier LH du Brigadier Cellier à Fontainebleau.
Il n'est pas évident que le mémoire de proposition ait été conservé.

A suivre donc - Michel
Dernière modification par Tanker le sam. oct. 19, 2019 8:38 am, modifié 2 fois.

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Re: Artillerie Spéciale - La Légion d'Honneur du Brg P. Cellier de l'AS 35

Message par Tanker » dim. oct. 09, 2011 10:44 pm

Bonsoir,

Voici quelques éléments de plus concernant la Légion d'Honneur de Pierre Joseph Cellier.

Le Brigadier Pierre Joseph Cellier est fait Chevalier de la Légion d'Honneur par décret du 8 Décembre 1918, décret rendu sur le rapport du Ministre de la Guerre.
Pour l'attribution de cette Légion d'Honneur, Pierre Cellier a été cité par ordre n° 135 P du GQG en date du 17 Août 1918.
(le texte de citation est celui présenté en debut de sujet)

Son dossier Légion d'Honneur aux archives de Fontainebleau (Dossier n° LH 33832) ne contient malheureusement pas le mémoire de proposition,
et il ne donne aucune indication vraiment précise sur la date et les conditions de remise de cette décoration.
Il n'est donc toujours pas possible de savoir qui a initialement décidé de le proposer pour cette décoration.

C'est par un courrier du Bureau des décorations du Ministère de la guerre, en date du 8 Décembre 1918, qu'il apprend qu'il est décoré de la Légion d'Honneur
et qu'il a droit au port de cette médaille depuis le 28 Juillet 1918 . . . !

Il était alors simplement titulaire d'une citation à l'ordre de la Division obtenue le 11 Juin 1918 à la Bataille de Méry
Citation accordée par le Général commandant la 48° DI - n° 117 du 1 Juillet 1917 :
" A secondé son chef de char avec courage et sang froid. Est sorti deux fois de
son char, sous un violent feu d'artillerie pour diriger des manoeuvres de dépannage"


Engagé dans l'Artillerie pour 4 ans le 6 Juillet 1916, Pierre Cellier est affecté dans l'Artillerie Spéciale le 4 Mars 1917 avec le numéro matricule n° 1128.
Il rejoint le camp de Marly-le-Roi le 9 Mars 1917 et a probablement appartenu, dès sa création au Groupe de chars Saint Chamond AS 35.
Il a donc du, avec ce Groupe, arrivé au Camp de Cercottes le 3 Avril 1917 et rejoindre le Camp de Champlieu le 5 Juillet 1917
Une note du 500° RAS (Camp de Cercottes), daté du 20 Décembre 1918, le mentionne toujours au Groupe AS 35 et
pourrait signifier que cette décoration lui a été remise le 20 Décembre 1918.

Le Groupe AS 35 est alors stationné au camp d'AS de Martigny-les-Bains depuis le 14 Octobre 1918.
Le 13 Mars 1919, l'AS 35 est affecté en Allemagne et débarque le 15 Mars 1919 à Rüsselsheim (En Hesse,près de Francfort sur Main).

Engagé pour 4 ans et probablement libéré le 26 Octobre 1920 (après 4 ans trois et 26 jours de Service), notre Brigadier a certainement suivi son unité.
Sa remise de décoration a du se faire sur le front des troupes au Camp de Martigny.
Dans ces conditions, il est tout de même surprenant de voir que cette attribution de Légion d'Honneur n'ait pas fait le tour des popotes de l'AS . . . .
et que ce n'est que plusieurs années après que le Général Estienne découvre l'histoire de cette décoration.


Né en 1897, Pierre Cellier est mort en 1963 à l'âge de 66 ans.
Terminant son service actif avec le grade de Maréchal des Logis, il avait été décoré de la croix de guerre le 8 Juillet 1936 et fait officier de la Légion d'Honneur le 14 Juillet 1962.

Peut-être une nouvelle série d'informations avec un contact de ses descendants . . .

A plus - Michel

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IM Louis Jean
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Re: Artillerie Spéciale - La Légion d'Honneur du Brg P. Cellier de l'AS 35

Message par IM Louis Jean » dim. oct. 09, 2011 11:04 pm

Bonsoir à toutes et à tous,
Bonsoir maître Tanker,
.../... Si, 12 ans après les faits, le Général Estienne découvrait cette action .../...
Découvrir cette action ? Je ne le pense pas, le guide Michelin édité en 1919 évoquait cet exploit :

<< Quant aux chars d'assaut français, ils ont accompli des prouesses et fait la terreur de l'ennemi. Un char monté par le brigadier Chevrel, étant resté en panne, se défendit pendant trente-six heures contre les Allemands qui l'avaient entouré. Un autre char, monté par le brigadier Cellier, captura, avec l'aide de 15 soldats américains, 700 Allemands, 14 officiers, 1 colonel, et 2 pièces de canon. >>

Source "La deuxième bataille de la Marne"

La presse américaine l'avait aussi signalé, et annoncé sa légion d'honneur, dès le 9 novembre 1918, mais en anglais, dans une feuille locale (qui montre un FT avec en légende <<char anglais".....) dans un article précédent.
Source http://news.google.com/newspapers?nid=9 ... 863,602259

Edité encore pour ajouter que l'attribution de la Légion d'Honneur est citée dans l'Express du Midi du 8 août 1918 http://images.expressdumidi.bibliothequ ... _08_03.pdf

Cordialement
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Re: Artillerie Spéciale - La Légion d'Honneur du Brg P. Cellier de l'AS 35

Message par Tanker » dim. oct. 09, 2011 11:18 pm

C'est le comment de la décision de décorer un brigadier qui est ici intéressant et pourquoi les historiques de l'AS n'en parlait pas.
Avec la publication de sa citation dans l'illustration, les faits n'étaient effectivement pas inconnu du grand public.

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IM Louis Jean
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Re: Artillerie Spéciale - La Légion d'Honneur du Brg P. Cellier de l'AS 35

Message par IM Louis Jean » dim. oct. 09, 2011 11:37 pm

Re,
C'est le comment de la décision de décorer un brigadier qui est ici intéressant et pourquoi les historiques de l'AS n'en parlait pas.
Avec la publication de sa citation dans l'illustration, les faits n'étaient effectivement pas inconnu du grand public.
Les dates s'entremêlent : le 3 août, l'express du Midi raconte l'exploit et annonce la Légion d'Honneur :

<< Paris, 3 août.
Le jeune brigadier Pierre Cellier vient d'obtenir la croix de la Légion d'honneur pour avoir, dit sa citation, réussi à capturer un colonel, quinze officiers, sept cents soldats, vingt mitrailleuses et une section de deux canons de 77 avec leurs caissons.
Pierre Cellier a raconté bien simplement son histoire.
Il combattait dans un tank lorsque celui-ci fut démoli par un obus ; il sortit alors, et comme ont l'habitude de le faire tous ses camarades, il continua à tirer avec sa carabine. Se trouvant, à un moment, dans un ravin, il aperçut l'entrée d'une grotte dans laquelle des Allemands venaient de s'engouffrer ; il se précipitait ; mais, en route, ayant rencontré une vingtaine d'Américains, il les emmena avec lui et se mit à leur tête pour faire le siège de la grotte. Chaque Allemand qui essayait de sortir était aussitôt abattu.
Pendant près d'une heure Pierre Cellier et ses vaillants compagnons tinrent tête aux Allemands qui, finalement, agitèrent au bout d'un fusil un drapeau blanc en signe de reddition. Pierre Cellier pénétra alors dans la grotte et cueillit tous ceux qui s'y trouvaient.
On vient de lire son glorieux bilan. >>
Source Express du Midi

Sans polémique mais intéressé par cette énigme je me demande pourquoi << ce n'est que plusieurs années après que le Général Estienne découvre l'histoire de cette décoration.>>

Cordialement
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Re: Artillerie Spéciale - La Légion d'Honneur du Brg P. Cellier de l'AS 35

Message par air339 » lun. oct. 10, 2011 11:44 pm

Bonsoir,

J'ai eu précemment l'occasion de m'intéresser à l'histoire de la creute de l'Abreuvoir :

Prise par les Bavarois le 3 juin 1918, à 7h10 du matin pour être précis... Le lieutenant colonel Clermont, commandant le 144e RI, dernier à partir, sera tué à l'entrée de la creute.

L'attaque du 18 juillet nous rend cette creute, qui est dans la zone attribuée à la 1ère DI US.

Quelques témoignages américains évoquent cette attaque du 18 juillet.
Voici, en gros, ce que j'ai traduit de divers sites américains :

L'attaque part à 4h45, dans le brouillard et le crachin, les blés hauts, mais une éclaircie se fait au moment où les Américains abordent le ravin de l'Abreuvoir.
La compagnie D, du 16 Régiment, se retrouve en fâcheuse posture au nord du ravin.
Là sont les mitrailleuses et les canons allemands (77, 105, 150) qui tirent à bout portant et font des ravages.
5 tanks en appui de la DI US contournent le ravin et prennent sous leur feu les lignes allemandes.
Le commandant américain Huebner capture 6 canons de 77 à la tête du ravin.
Vers 7h30, la ferme de Cravençon est prise, ainsi que 500 soldats allemands qui sont capturés dans une carrière.
Pour le correspondant du NewYork Times, il s'agit de la Minnenwerferhöle.

Voyons la suite côté français :

Dans "la Grande Guerre Racontée par les Combattants" (éd. Quillet, 1933, tome 2, page 337) :

"les chars dépassent rapidement les soldats et aident à la prise des ravins de Missy aux Bois et vont jusqu'à la route nationale. Le groupe 35 (groupement XI) s'empare d'une batterie de 150 et couvre l'installation du 18 RI US.
Un char de ce groupe ayant été détruit par un obus, le brigadier Cellier retourne vers la position de départ et reçoit des coups de fusils partant d'une creute non loin de Missy aux Bois.
Il ramasse un fusil mitrailleur abandonné sur le champs de bataille et tire sur l'entrée de la caverne, tandis que 4 fantassins US, guidés par les gestes du brigadier, contournent la creute et jettent des grenades par une ouverture qu'ils découvrent au-dessus.
Au bout de quelques minutes, un soldat allemand, porteur d'un drapeau blanc, apparaît à l'entrée de la creute. Cellier cesse le feu.
Le parlementaire lui demande s'il veut accepter la capitulation de la garnison de la creute.
1 colonel, 8 officiers et 300 fantassins jettent leurs armes à ses pieds. Avec les 4 Américains, il les conduit au PC de la 1ère DIUS.
Il recevra quelques jours plus tard la croix de la Légion d 'Honneur, que le général Mangin accroche à sa poitrine."

On voit différentes variantes de cette histoire :
- les 5 tanks ne sont pas perdus, mais bien appelés en renfort...
or les soldats de la compagnie D du 16ème RI ne parlent pas de l'intervention de tanks au nord du ravin...
- Le nombre de prisonniers varie de 200, 300, à 700...
- Le brigadier Cellier est aidé de 4 à 20 soldats US...
- Le brigadier "revient" du champs de bataille quand il est pris pour cible : son tank est donc au-delà du ravin de l'Abreuvoir...
- Il ramasse un Chauchat "abandonné" en état de marche, avec son chargeur garni : plutôt étonnant une arme de cette valeur...
- Le journaliste du NY Times évoque la Minnenwerferhöle, or celle-ci correspond à la creute de saconin, 500 mètres plus au nord...
- Enfin Mangin décore Cellier quelques jours après...

Je suis allé sur place pour étudier l'histoire (à rallonge) de cette creute qui est partiellement effondrée.
Le récit du Quillet se tient : un soldat revenant du front (la RN, à 1 km) passe immanquablement par le ravin pour se protéger. Le brigadier Cellier à donc bien pu être pris en cible à la hauteur de la creute.
Des soldats Américains lui prêtent main forte en jetant des grenades par une ouverture au-dessus de la creute : effectivement, cette creute présente la caractéristique d'avoir une grande ouverture dans son ciel, quelques mètres après son entrée.

Que s'est-il réellement passé ? Pour conclure, cette photo d'un étui de 8mm, trouvé à quelques dizaines de mètres en contrebas de la creute. Daté de 1918, je me plais à imaginer qu'il s'agit du tir du brigadier Cellier...


Image


Affaire à suivre...

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Re: Artillerie Spéciale - La Légion d'Honneur du Brg P. Cellier de l'AS 35

Message par air339 » lun. oct. 10, 2011 11:52 pm

ah oui, petit détail : la photo du papillon,là, à gauche ! (colias hyale), a été prise à l'entrée de la creute...

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Re: Artillerie Spéciale - La Légion d'Honneur du Brg P. Cellier de l'AS 35

Message par Tanker » mar. oct. 11, 2011 3:01 pm

Bonjour,

Pour les Américains cette carrière s'appellait la Westphalen Cave

Le Groupe AS 35, dont les deux chars ont été mis hors de combat devant la carrière, était engagé au Sud du dispositif de la 1° Division américaine et il appuyait le 18° RI américain.
Son axe d'attaque était jalonné par les 3 Peupliers, la Ferme de la Glaux et la Ferme de Cravençon.
Après le passage au nord de la ferme de la Glaux, les deux chars de l'AS 35, mis hors de combat près de la carrière, se sont engagés le long d'une ancienne tranchée qui leur a fait
coupé les secteurs d'engagement des AS 34, 32, 37 et 39 . . . .

Le secteur de la carrière était celui du Groupe AS 38 (limite nord du secteur de la Big Red One), dont les chars ont été mis hors de combat plus au nord de cette carrière (Fermes d'Arly et St Amand).

La topo ne semblait pas le fort de tous les équipages de ce groupe puisque qu'un autre char fit aussi un remarquable périple l'amenant à la Crois Ste Créaude (nord du secteur américain)
puis au Tilleul de la Glaux et finalement sur la ferme de Cravençon !
Il traversa donc deux fois la totalité des secteurs d'engagement des Groupement XI et XII avant de retrouver son Groupe à la ferme de Cravençon . . .

Le secteur du Ravin de Missy était un obstacle important, en particulier pour le Groupement Schneider n° III qui était engagé avec la 153° DI, au nord de la 1° DI US.
Les chars auquel le 16° RI US fait appel sont des chars Schneider du Groupe AS 15, chars qui décidèrent de contourner le ravin par le Sud pour atteindre leurs objectifs à l'Est du Ravin.
Se faisant ils pénétraient dans le secteur sous responsabilité américaine et traversaient aussi les secteurs d'engagement des Groupes AS 39, AS 38 et AS 37 . . . .
Il y avait beaucoup de chars dans le coin ! Y compris quelques Renault FT détruits en Juin 1918 . . . .

A l'arrivée des Schneider, le problème des américains du 16° RI, qui avaient avancé plus vite que les français de la 153° DI, était de retrouver le contact avec les unités françaises
situées au nord de leur limite d'engagement. Ce sont ces chars Schneider de l'AS 15 qui les y ont aidé.

Entre la ferme St Amand et la Westphalen Cave, une douzaine de St Chamond ont été engagés (Groupe AS 38 et la 3° Batterie de l'AS 39).
5 de ces chars ont été détruits, en plus des deux "perdus" du Groupe AS 35.

Le nombre de prisonniers (et de matériels capturés) est bien celui donné dans la citation accordée au Brigadier Cellier.
Il ne s'agissait pas d'Allemands mais de Bavarois du 3° Régiment d'Infanterie.

Pierre Cellier est effectivement "revenu" sur les chars car les 2 équipages, après avoir démonté les mitrailleuses, neutralisé les canons et les moteurs, se sont repliés avec leurs blessés.
C'est le commandant de Batterie qui a renvoyé Cellier pour garder les deux chars et éviter qu'ils ne soient pillés (Par nos troupes bien sur ! - Habituelle recherche de souvenirs . . . . !).

Le secteur de la carrière est largement dépassé par l'attaque quand les Américains isolés, qui empruntent la route, se font tirés dessus depuis la carrière.
A l'époque, contrairement à maintenant, il n'y avait aucun arbre sur la carrière et dans la boucle de la route Ferme St Amand, Missy-au-Bois.
Les deux chars, juste en arrière de la carrière semblait en état et il a semblé judicieux à cette poignée d'Américain de faire appel à eux.

Comme tous les personnels de l'AS, Cellier est simplement armé d'une arme de poing . . . .
Ces isolés américains possédaient certainement leurs armes et effectivement les armes abandonnées ne devaient pas manquer dans cette phase des combats.
Notre brigadier a donc bien fait son travail de chef, face à ce qu'il a sans doute cru être quelques irréductibles isolés, embusqués dans la carrière.

Concernant nos Bavarois, les officiers de cette unité se sont probablement trouvé face a un refus d'obeissance collective.
Abrités dans la carrière, pendant la phase de préparation d'artillerie, cette unité devait avoir l'ordre de défendre le secteur.
Les tirs sur les isolés américains sont sans doute le fait d'officiers ou de sous-officiers désireux de faire réagir l'ennemi, et par contre-coup leurs hommes.

Quelles références précisent que Mangin a bien décoré Cellier le 28 Juillet et à quelle date le New-York Time relate-t-il l'histoire ?

La prise d'Arme avec Mangin s'est déroulé près de la ferme St Rémy (Est du parc du chateau de Villers-Cotterets) le 28 Juillet 1918.

Le JMO du Groupe AS 35 (seul JMO existant du Groupement XI) donne, pour la période du 26 Juillet au 1° Août 1918 :
"Stationnement à Haramont. Remise en état de marche du matériel pouvant être réparé et versement au Parc d'AS de celui qui est hors service".

Aucune mention de la prise d'Armes du 28 Juillet 1918, à laquelle participe bien des chars et dont parle bien le JMO du Groupement XII à la date du 28 Juillet 1918.
" Le Capitaine Bourider AS 38 est fait Chevalier de la Légion d'Honneur par le Général Mangin. Le canonnier Royer René de l'AS 38 réçoit la Médaille militaire."

La citation accordé au Brigadier Cellier pour sa Légion d'Honneur a été signé le 18 Août 1918.
La décision d'accorder une Légion d'Honneur a pu effectivement se faire à chaud, hors procédures, et sans la paperasse réglémentaire.
Dans cette hypothèse, et à cette date toute l'Artillerie Spéciale aurait du en parler . . . et c'est un événement que le Général Estienne, vers
qui tous les rapports remontaient, n'aurait pu ignorer.

L'article de l'Express du Midi du 8 Août 1918 est très intéressant car il montre que l'information avait bien été médiatisée à cette date.
Depuis Ie 3 Août le Groupe AS 35 est à sa base arrière de Martigny-les-Bains. La encore si l'action de Pierre Cellier avait été médiatisée
et que quelques journalistes avaient pu le voir, il parait évident que l'affaire eu fait le tour des popotes.

Pierre Joseph Cellier était originaire de l'Hérault (région de Gignac). Il était donc assez logique qu'un journal de la région relate cette action.
S'agit-il de la reprise d'une information de presse parisienne, ou d'éléments fournis à la presse par le Ministère de la guerre ou l'Etat-Major ?

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Il semble bien que l'on soit bien ici dans une opération médiatique bien organisée.

Après le premier engagement d'une division US à Cantigny, autre opération bien médiatisée, les combats de Juillet 1918, au Sud de Soissons voyaient s'engager,
sous commandement français et pour la première fois, plusieurs divisions d'Infanterie américaines.
Le "plan de Com" sur ces engagements vraiment réussis se devaient aussi probablement d'être bien réussi. . . .

L'AS ne semblant pas du tout à l'origine de cette attribution de Légion d'Honneur, la demande de récompenser ce Brigadier qui est probablement partie de la Big Red One.
peut être le résultat de :
- Une proposition des Officiers de liaisons français auprès de la Division US,
- Une demande américaine auprès de l'Etat-Major français du Général Mangin
- Une discussion entre Généraux (Général Mangin et le Général Cdt la 1° DI US)

Avant cette initiative, somme toute finalement brillante*, Pierre Cellier n'avait jamais été décoré, et une palme et la croix de guerre pouvait être, pour un Brigadier une très belle récompense.
* Si nos Bavarois avaient finalement décidé de se battre, celà faisait 700 hommes sur les arrières américaines qui auraient pu faire des dégats et plomber plus encore les pertes de la Division.

Le texte de l'Express du Midi reprend bien celui de la citation (concernant le bilan), mais il parait assez improbable qu'il était été directement interviewé
par la presse et l'histoire qu'il aurait raconté et bien loin de la vérité :

"Il combattait dans un tank lorsque celui-ci fut démoli par un obus "
- Oui
"il sortit alors, et comme ont l'habitude de le faire tous ses camarades, il continua à tirer avec sa carabine."
- Non. Les équipages des chars se sont occupés des blessés et des chars et ne possédaient que des armes de poing.
"Se trouvant, à un moment, dans un ravin, "
- Non. Les deux chars étaient au dessus du ravin de Missy et au dessus de la carrière.
"il aperçut l'entrée d'une grotte dans laquelle des Allemands venaient de s'engouffrer ; "
- Non. Les Bavarois étaient dans la carrière bien avant l'arrivée des chars.
"il se précipitait ; mais, en route, ayant rencontré une vingtaine d'Américains, "
- Non. Il gardait ses deux chars, et ce sont des Américains qui sont venus le voir.
il les emmena avec lui et se mit à leur tête pour faire le siège de la grotte.
- Oui
"Chaque Allemand qui essayait de sortir était aussitôt abattu."
- Non. Aucun élément ne semble permetre de dire que leurs tirs ont tués des hommes.
"Pendant près d'une heure Pierre Cellier et ses vaillants compagnons tinrent tête aux Allemands."
- Non, il ne s'agit pas d'un combat, mais du simple contrôle d'une souricière, et cela devait discuter ferme entre Bavarois !
"qui, finalement, agitèrent au bout d'un fusil un drapeau blanc en signe de reddition."
- Oui, mais c'est d'abord un Légionnaire prisonnier qui est venu dire qu'il se rendaient
"Pierre Cellier pénétra alors dans la grotte et cueillit tous ceux qui s'y trouvaient."
- Non, ce sont les Bavarois qui sont sortis et en voyant leurs effectifs dépasser les leurs, ils ont du avoir un grand moment de solitude . . . . .

Le coeur de cette histoire reste donc, s'il existe bien, le Mémoire de Proposition.
Il reste aussi à vérifier si la remise de cette Légion d'Honneur s'est bien faite à la Ferme St Rémy.

Il existe une photo de cette cérémonie sur laquelle on peut voir les chars et le Général Mangin décorant des "tankers".
La qualité de cette photo grand champ ne permet pas d'identifier les récipiendaires.

Encore donc quelques points à éclaicir !
Bonne recherche - Michel

air339
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Re: Artillerie Spéciale - La Légion d'Honneur du Brg P. Cellier de l'AS 35

Message par air339 » mar. oct. 11, 2011 11:49 pm

Bonsoir,

Pour commencer, une photo tirée du site de la médiathèque de Senlis :

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La légende dit : Missy aux Bois, tank détruit. Un Schneider ?

Pour les sources américaines, je les reprend :

le NY Times du 21 juillet ne relate pas la prise d'une garnison,
En fait, c'est le Stars and Stripes du 3 janvier 1919 qui relate la capture dans le ravin de Missy aux Bois d'environ 2000 prisonniers "dont 500, incluant un commandant de bataillon et plusieurs autres officiers, pris d'un seul coup dans une carrière par une poignée de soldats américains".
Aucune mention d'un Français...

L'histoire de la compagnie D du 16ème bataillon (the American in the Great War, 1920), racontée par le Major Leonard R. Boyd, commandant la compagnie D (et rapidement traduit par mes soins) :
"5h50. La fumée et le brouillard du petit matin limite la visibilité à quelques centaines de mètres. Peu après cette seconde avancée la compagnie D perd contact avec les unités à sa gauche, sa droite, derrière.
Soudain le brouillard se lève et la compagnie se retrouve sur une butte du côté ouest du ravin de Missy. Ici elle est stoppée par le feu concentré de mitrailleuses, partant de face et des côtés.
Aucune troupe amie en vue.
La compagnie entière se retire derrière la butte.
Des patrouilles sont envoyées de chaque côté mais le feu ennemi est si dense qu'il interdit tout passage de la crête de la butte.
Peu après, et à la grande surprise du commandant, 4 tanks français arrivent derrière et rejoignent la position de la compagnie D, apportant leur force de feu.
Le capitaine de la compagnie D prend immédiatement en charge les tanks et dirige leur feu des lieutenants français vers les cibles repérées.
Les tanks foncent à travers le ravin sous une herse de feu ennemi et se dirigent vers le sud, au fond du ravin, vers Missy aux Bois, écrasant les nids de mitrailleuses.
Quand les tanks quittent le ravin, la compagnie peut avancer.
Une seule mitrailleuse ouvre le feu alors que la compagnie passe la crête et investit le ravin.

Donc, bien 4 tanks (contrairement à ce que j'évoquais hier...).

Le puzzle prend forme !

Cordialement,

Régis

air339
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Re: Artillerie Spéciale - La Légion d'Honneur du Brg P. Cellier de l'AS 35

Message par air339 » mer. oct. 12, 2011 12:20 am

J'oubliais : sur le site criticalpast.com, il est possible de visionner et d'acheter quelques films d'archives de l'armée US à Missy aux Bois, dont celle-ci avec Saint Chamont en arrière plan :

http://www.criticalpast.com/video/65675 ... y-in-field

Régis

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