Histoire de mots : « bâbord » et « tribord ».

Marine, bateaux & marins pendant la Grande Guerre
Rutilius
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Re: Histoire de mots : « bâbord » et « tribord ».

Message par Rutilius » lun. juil. 30, 2012 10:28 pm

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Bonsoir à tous,


Histoire de mots : « bâbord » et « tribord »


Variation en hommage respectueux à Franck LE BEL, l’instigateur de la rubrique « Marine », qui m’a fait découvrir l’histoire maritime. « Bâbord » et « Tribord », deux mots du langage usuel des marins qu’ignorait assurémént Charon, le nocher des Enfers, lorsque, à force rames, il faisait traverser le fleuve Styx aux ombres errantes des défunts en partance pour le séjour des morts.


Pierre de Bonnefoux : « Dictionnaire de la marine à voile et à vapeur », 1856, réédité en fac simile par René Baudouin, Difunat, Paris, 1980, 776 p.


« BÂBORD, s. m. Larboard. ― Si l’on imagine un plan vertical passant par l’axe de la quille, toute construction navale sera partagée en deux parties ou moitiés longitudinales, par la section de ce plan. Celle qui est à gauche d’un spectateur regardant vers la proue, s’appelle le côté de Babord ou simplement Babord ; et, par suite, tous les objets placés ou situés dans cette partie sont dits être à Babord. Pour les préséances, ce côté passe après l’autre, qui s’appelle Tribord ; toutefois, quand on est sous voile, c’est le côté du vent qui est celui d’honneur, et Babord peut, par conséquent, le devenir accidentellement.
Babord est encore la gauche d’un marin, ou le côté gauche de l’objet dont il parle.
Ces explications suffisent pour faire comprendre le sens des explications suivantes : Brasser Babord. — Défier Babord. — Feu Babord ! — Courir Babord au vent. — Passer à Babord. — Être couché ou incliné sur Babord. — Laisser une île à Babord. — Découvrir un navire par Babord. — Être couché par Babord, et autre analogues.
Babord est enfin le nom donné à une des deux moitiés de l’équipage d’un bâtiment, faisant alternativement le quart avec l’autre moitié qui s’appelle Tribord. Ainsi l’on dit : Babord au quart ! — Babord est de quart. — Le quart de Babord.
» (op.cit., p. 72)

Nota : On remarquera que les marins du milieu du XIXe siècle orthographiaient « Bâbord » en omettant l’accent circonflexe sur le « a ».

« TRIBORD, s. m. Starboard. ― Si l’on imagine un plan vertical passant par l’axe de la quille, toute construction navale est partagée en deux parties ou moitiés longitudinales par la section de ce plan. Celle qui est à droite d’un spectateur regardant vers la proue, s’appelle le côté de Tribord ou, simplement, Tribord, et, par suite, tous les objets placés ou situés dans cette partie, sont dits être à Tribord. Pour les préséances, ce côté passe avant l’autre, qui s’appelle Babord. P. p. a. d. voy. BÂBORD.
Tribord est, encore, la droite d’un marin, ou le côté droit d’un objet dont on parle.
Ces explications suffisent pour faire comprendre le sens des explications suivantes : Brasser Tribord. — Défier Tribord. — Feu Tribord ! — Courir Tribord au vent. — Passer à Tribord. — Être couché ou incliné sur Tribord. — Laisser une île à Tribord. — Découvrir un navire par Tribord. — Être abordé par Tribord, et autre analogues.
Babord est, enfin, le nom donné à une des deux moitiés de l’équipage d’un bâtiment, faisant, alternativement, le quart avec l’autre moitié qui s’appelle Babord ; ainsi l’on dit : Tribord au quart ! — Tribord est de quart. — Le quart de Tribord.
» (op.cit., p. 712)


Dictionnaire culturel en langue française, sous la direction d’Alain Rey, Dictionnaires Le Robert, Paris, 2005, en quatre tomes.


« BÂBORD, n. m. (1548 ; d’abord babort 1484, bas-bord aux XVIIe-XVIIIe s., d’où l’orthographe bâbord 1762 ; emp. au moyen néerlandais bakboord " côté du dos ", parce que le pilote manœuvrait en tournant le dos au côté gauche, comp. de ba, bak " dos" (de même orig. que l’angl. back) et boord (–> bord). L’altér. en franç. bas-bord, basbord est due à l’infl. de l’adj. bas au sens fig., d’après la hiérarchie, l’équipage se tenait à bâbord et les officiers à tribord).

Mar. 1. – Le côté gauche d’un navire, en tournant le dos à la poupe (s’oppose à tribord). Recevoir le vent par bâbord. Loc. adv. Bâbord amures. — Adj. Les couchettes bâbord.

2. – Côté gauche, par rapport au navire. Laisser une île à bâbord. » (op.cit., Tome I., p. 709)

« TRIBORD, n. m. (1545 ; d’abord destrebort 1484 ; emp. au moyen néerlandais stierboord var. de stuurboord, comp. de stuur " gouvernail " et boord " côté, bord ").

Mar. et cour. – Côté d’un navire qu’on a sa droite quand on regarde vers l’avant, vers la proue (s’oppose à bâbord). Aviron, chaloupe de tribord. Bordée de tribord. — Adj. De tribord. Le grand hunier de tribord. — Loc. Être TRIBORD AMURE (ou tribord amures) : recevoir le vent de tribord. " C’est une des lois de la mer que tout navire cède le passage à qui lui arrive ayant le vent à tribord [...] c’est l’adage célèbre : Tribord amure, roi des mers " (J.-R. Bloch, Sur un cargo). » (op.cit., Tome IV., p. 1.583)



Une réforme terminologique oubliée mais demeurée totalement inopérante...


• Le Temps, n° 19.378, Vendredi 12 février 1915, p. 3, en rubrique « Marine ».


« On ne dira plus " bâbord " et " tribord "


Un décret vient de supprimer les antiques désignations de la gauche et de la droite d’un navire. Ce décret est ainsi conçu :

A bord des navires de commerce, les commandements à la barre sont donnés à l’aide des mots
" droite " et " gauche " correspondant au sens sur lequel doit venir le navire marchant en avant.
L'emploi pour ces commandements des mots
" tribord " et " bâbord " est et demeure interdit.

Un rapport adressé au président de la République donne les motifs de cette suppression. En voici le texte :

Par une instruction ministérielle du 24 juillet 1884, les termes
" à droite ", " à gauche " concernant les commandements à la barre, ont été rendus réglementaires, à bord des navires de guerre, dans le but d’éviter les confusions qu’avait entraînées jusque-là l'emploi des mots " tribord " et " bâbord " dont la désinence est la même.
Sur les navires de commerce, les appellations
" tribord ", " bâbord ", prescrites par le décret du 2 septembre 1874, continuent d’être usitées dans les commandements relatifs aux manœuvres du gouvernail.
Les raisons qui ont dicté l’instruction du 24 juillet 1884 intéressent la sécurité de tout navire, qu’il appartienne à la marine de guerre ou à la marine de commerce. Aussi bien les inscrits maritimes appelés à naviguer dans l’une et l’autre marine doivent-ils recevoir la même instruction professionnelle, en ce qui concerne la manœuvre des bâtiments.
»
Bien amicalement à vous,
Daniel.

Rutilius
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Re: Histoire de mots : « bâbord » et « tribord ».

Message par Rutilius » dim. déc. 03, 2017 9:34 pm

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Bonsoir à tous,


— Décret du 25 septembre 1874 relatif aux manœuvres du gouvernail à bord des navires de commerce (J.O. 26 sept. 1874, p. 6.713).


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— Décret du 2 février 1915 relatif à l’emploi des mots « droite » et « gauche » pour les commandements à la barre sur les navires de commerce (J.O. 11 févr. 1925, p. 715).


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— Arrêté du ... février 1915 arrêté remplaçant les mots « tribord » et « bâbord » par les mots « droite » et « gauche » pour les commandements à la barre donnés à bord des navires de commerce (J.O. 11 févr. 1925, p. 715).


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Bien amicalement à vous,
Daniel.

Bulleur
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Re: Histoire de mots : « bâbord » et « tribord ».

Message par Bulleur » dim. févr. 04, 2018 3:45 pm

Sur un bateau français à barre franche qui fait route en avant, l'ordre "à droite toute" signifie que le timonier doit mettre la barre à bâbord au maximum et la proue du bateau doit venir sur tribord.
Sur un grand navire moderne, lorsqu'il reçoit l'ordre "à droite toute", le timonier incline vers tribord le joystick qui commande les presses de l'appareil à gouverner, ou il tourne dans le sens des aiguilles d'une montre la roue de l'appareil à gouverner ; les presses font venir sur bâbord la barre qui est clavetée sur la mèche du gouvernail, le safran s'oriente sur tribord et la navire doit venir sur tribord (s'il fait route en avant).
Pour faire venir le navire sur tribord, les autres nations maritimes utilisent les mots qui, dans leurs langues respectives, correspondent à tribord (par exemple starboard en anglais, estribor en espagnol, etc.) au lieu du mot correspondant à droite comme en français (right ou right side en anglais).
Par convention, sur les navires français l'hypothétique ordre à la barre "à bâbord toute" serait équivalent à l'ordre "à droite toute".
Pour éviter les confusions, l'emploi des mots bâbord et tribord est interdit dans les ordres à la barre sur les navires de commerce ou sur les bâtiments de guerre français.

capu rossu
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Re: Histoire de mots : « bâbord » et « tribord ».

Message par capu rossu » dim. févr. 04, 2018 4:35 pm

Bonsoir,

Dans la nuit du 10 au 11 juillet 1900, le contre-torpilleur Framée vint se jeter sous l'étrave du cuirassé Brennus car l'homme de barre avec cru entendre "tribord" alors que le commandant avait ordonné "bâbord".
Une dépêche ministérielle avait ordonné de remplacer les mots "tribord" et "bâbord" par "droite" et "gauche" pour les ordres de barre pour éviter la répétition d'un tel accident.
Cette prescription a été rappelée plusieurs fois.

@+
Alain

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