LANGUEDOC SGTM

Marine, bateaux & marins pendant la Grande Guerre
olivier 12
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Re: LANGUEDOC SGTM

Message par olivier 12 » sam. mars 14, 2009 10:48 pm

Bonjour à tous,

LANGUEDOC

Vapeur lancé le 26 Juin 1884 aux chantiers Thomson de White Inch pour la Société Générale de Transports Maritimes, de Marseille.

1612 tx JB (selon rapport du second capitaine) 942 tx JN 1899 tpl
Longueur 77,88 m Largeur 10,32 m TE 5,94 m
1 machine coumpound et deux chaudières
Vitesse 12 nds

Voici le LANGUEDOC amarré à la Joliette, à Marseille.

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La perte du LANGUEDOC

Le 10 Février 1916 une pièce d’artillerie de 47 mm est installée sur l’arrière du vapeur.
Le 19 Mai 1916 le LANGUEDOC quitte Cette pour Bône ayant chargé 114 tonnes de céramique à Marseille et 30 tonnes de savon, bougies et liqueurs à Cette.

Beau temps, pas de vent, mer plate et horizon clair.

L’équipage comporte 28 hommes dont

BATTISTI CLC Capitaine
SAINT PLANCAT Célestin CLC Second capitaine
LE MOAL Lieutenant
MIQUELIS Chef mécanicien
BERTONI 2nd mécanicien
OLIVIERI 3e mécanicien
BLANC Restaurateur
SEBILO François QM fusilier Lorient
MADRO Pierre Fusilier Auray
FILIPPI Canonnier
BOCHER Matelot
ALATA Matelot
PELLEGRIN Matelot
FELLICIA Matelot
TORRE Matelot
CAMONS Chauffeur

Le capitaine Battisti ayant été gardé prisonnier sur le sous-marin, c’est le second capitaine Saint Plancat qui va rédiger le rapport des évènements.

Le 20 à 04h30, à 70 milles de Cette, un sous-marin sans pavillon national apparaît sur l’arrière et ouvre le feu au canon. Les obus tombent à peu de distance sur l’avant ou l’arrière.
Le commandant Battisti fait le branle-bas général, demande la vitesse maximum et hisse le pavillon national. La résistance à outrance est décidée d’un commun accord avec les principaux de l’équipage.

Le sous-marin est équipé de deux pièces de 100 mm et le petit canon de 47 n’a qu’une faible portée.
Le combat, acharné, va durer jusqu’à 07h00. Sur 200 projectiles envoyés par le sous-marin, une trentaine atteignent leur but.
Une voie d’eau se déclare dans la machine. Le tir du sous-marin devient très précis à partir de 05h30.
De multiples avaries sont provoquées par les obus. La drosse arrière td est cassée et le navire ne peut plus gouverner.
Le chef mécanicien est sérieusement blessé à la main. Le chauffeur Camons, qui se trouvait près de lui est grièvement atteint. Plusieurs canots sont troués. Un obus traverse la cabine du lieutenant, sur la passerelle inférieure tribord, et décapite le matelot Bocher, réduisant son corps en bouillie.
Hors de portée du canon de 47, le sous-marin ajuste un tir effroyablement précis.

Pour éviter un massacre inutile, le capitaine fait amener le pavillon. Le sous-marin cesse aussitôt le feu. « Il faut lui rendre cette justice et admirer sa magnanimité » souligne le second capitaine. « Je le répète, par son tir d’une précision inouïe, il pouvait en quelques instants nous anéantir jusqu’au dernier ».
Les canots sont amenés à la mer, tandis que les canonniers jettent à l'eau la culasse du canon et les munitions non utilisées.
"Personnel pont, machine et restaurant ont exécuté les ordres qui leur furent donnés sans défaillance, jusqu’au bout, sous un feu d’enfer et avec un sang-froid et un courage qu’on ne louera jamais assez. La conduite des canonniers fut admirable. Ils n’ont pas bronché alors que les explosions les couvraient de débris divers. Le commandant Battisti fut le digne chef d’un équipage de héros."

L’évacuation terminée, le sous-marin s’approche des embarcations.

Le commandant allemand fait monter le capitaine Battisti dans le kiosque et s’adresse à lui en ces termes :

« Je devrais tous vous faire fusiller ». Puis il se reprend et ajoute : « Selon les lois internationales, un navire mercantile (nota : marchand) ne doit pas porter de canon. Non contents de tirer sur le sous-marin, vous avez tenu tête pendant près de trois heures. J’aurais donc le droit de vous faire fusiller. Dites bien à tous les capitaines français qu’ils stoppent au premier coup de canon et se mettent en travers. Ils n’auront rien à craindre et nous leur donnerons tout le temps voulu pour évacuer le navire. Aucun navire n’est coulé sans avertissement préalable (Il insiste particulièrement sur ce point).
Si vous aviez stoppé, je ne vous aurais fait aucun mal. Résistant avec opiniâtreté comme vous l’avez fait, vous vous exposez à toutes les représailles. Mais je vous laisse la vie sauve ».

Il fait alors monter quelques hommes dans le youyou, qui vont accoster le LANGUEDOC et y prennent montres, sextants et vivres. Puis ils font un 2e voyage avec deux bombes qu’ils placent l’une dans la cale 2 et l’autre dans la chaufferie. A 08h46, elles explosent et le navire coule par l’avant en quelques minutes.

Voici l’explosion des bombes, vue depuis le sous-marin. Sur la droite, le youyou ramène les marins allemands à leur bord.

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Pendant ce temps, le commandant allemand avait laissé les Français récupérer quelques barils d’eau douce, des caisses de biscuits, des avirons et des fusées de détresse dans le canot 1, inutilisable car percé par les éclats d’obus.
A 09h00, le youyou revient vers les canots, mais sans le commandant qui est gardé à bord. Les Allemands ont dit à l’équipage qu’un autre commandant français était déjà prisonnier sur le sous-marin.

Le second capitaine tient à noter l’hommage que l’officier allemand qui est monté sur le LANGUEDOC (et que l'on voit ci-dessus à la proue du youyou) a rendu aux marins français.

Apercevant notre canon de 47 il a marqué sa surprise et son étonnement et a prononcé ces paroles qui se passent de tout commentaires :

-« Comment ? c’est avec ce joujou-là que vous avez osé nous tenir tête si longtemps ! C’est impossible…
Français, vous êtes des braves ! Je n’en puis dire autant de vos alliés anglais qui se rendent lâchement au 2e coup de canon. Votre tir était très bien dirigé, mais tous vos coups tombaient à mi-distance… »

Le sous-marin s’éloigna vers l’WSW.
Les canots firent route vers l’WNW , le youyou étant amarré derrière le canot à longueur de bosse. A 19h00 , ils étaient en vue des côtes d’Espagne. A minuit, les feux d’un vapeur furent aperçus. Attiré par les coups de sifflets, le capitaine du vapeur, qui avait tout d’abord cru au piège d’un sous-marin, fit demi tour et recueillit les naufragés. C’était le vapeur hollandais HELENA , d’Amsterdam, qui allait à Livourne avec un chargement de charbon.
La récupération eût lieu par 41°39 N et 5°45 E, soit à 30 milles dans l’WSW de San Sebastian.
L’HELENA vint au large de Toulon, près du cap Sicié, pour transférer les blessés sur le chalutier patrouilleur FIER . Ce patrouilleur vint débarquer les naufragés dans le vieux port de Marseille.

Les marins décrivent le sous-marin comme long d’environ 75 m, d’un déplacement de 1200 tonnes. Grand blockhaus pouvant contenir 5 personnes. Il porte deux canons de 100 mm escamotables et une mitrailleuse.
Probablement des antennes radio. Ancres s’encastrant dans la coque. Pas de coupe-filets. Peinture gris bleuté.
Tous les officiers allemands parlaient bien le français. Jamais l’anglais ou l’italien n’ont été utilisés.

Voici les divers dessins faits par les rescapés.

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L’officier enquêteur note :

« Le capitaine et l’équipage du LANGUEDOC ont fait leur devoir. On ne saurait imputer à crime à des non-combattants de se rendre après trois heures de lutte, ayant eu un tué et un blessé, et leur navire étant criblé par les obus.
Il est regrettable que le LANGUEDOC n’ait pas eu la TSF et un canon de calibre plus fort.
Le discours du commandant du sous-marin à l’équipage du LANGUEDOC est une tentative de pression sur nos équipages pour qu’ils demandent le désarmement des navires sur lesquels on ne peut mettre de canons assez puissants. Mais l’état d’esprit de nos capitaines au long cours est excellent, même si cette insinuation pèse sur l’esprit de certains de nos navigateurs. Il faut donc leur donner tous les encouragements possibles… »

Le LANGUEDOC sera cité à l’ordre de l’armée navale

« A résisté pendant plus de deux heures à l’attaque d’un sous-marin ennemi qui lui a tué ou blesser 13 hommes et a fini par lui provoquer des avaries de barre et de coque qui lui interdisant toute prolongation de résistance. »

Le 19 Juillet, le capitaine Battesti est fait chevalier de la Légion d’Honneur.

On trouve, dans le dossier LANGUEDOC, une lettre manuscrite du capitaine Battesti dans laquelle il écrit notamment :

« 11 Novembre 1918

A la suite d’une pénible captivité de 30 mois, j’ai enfin le bonheur de réintégrer mon cher pays. J’ai lu avec attention le rapport de Monsieur Saint Plancat, second capitaine du LANGUEDOC, sur les péripéties du combat contre le sous-marin allemand. ..(Suivent quelques considérations sur ce combat qui n’apportent rien de nouveau)…Je le confirme en tous points.
Après le départ des canots, on m’a fait descendre dans la partie avant du sous-marin où j’ai retrouvé mon collègue Castaldi, commandant du MIRA, qui s’y trouvait depuis cinq jours.
Le commandant du sous-marin s’est excusé de ne pouvoir mieux nous loger, faute de place. Mais on nous a installé des hamacs et donné de chaudes couvertures. La nourriture était abondante et nous avions le même traitement que l’équipage.
Le sous-marin a continué sa patrouille puis fait route à petite vitesse vers sa base, afin de permettre à son équipage de se reposer.
Dans la journée, on nous a laissé monter dans le kiosque lorsqu’il faisait beau. En revanche, la nuit, le sous-marin restait en plongée.
Après 17 jours à bord, nous sommes entrés à Cattaro.
Nous avons tout d’abord été internés dans la forteresse de Castel Nuovo, puis dans le camp de K….(illisible) qui était le camp pour les prisonniers de guerre français en Autriche. Dans ce camp, nous étions assez confortablement logés.
Malgré toute cette captivité, je dois dire qu’aussi bien sur le sous-marin allemand que dans les différents camps de prisonniers autrichiens, nous avons été l’objet d’une constante attention. Officiers, autorités et population étaient d’une parfaite correction à notre égard. »

Le sous-marin attaquant

C’était l’U 34 du KL Claus RÜCKER. Le 15 Mai précédent il avait coulé le vapeur MIRA.

Claus Rücker coulera un total de 80 navires représentant 175000 tonnes. Il en coulera dix entre le 20 et le 30 Mai, lorsque le capitaine Battesti était à son bord ; parmi eux le Français MYOSOTIS.

Sources : "La SGTM" d'Alain Croce
Rapport Saint Plancat des archives Vincennes

Cdlt
olivier

Rutilius
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LANGUEDOC — Cargo — Société générale de transports maritimes à vapeur.

Message par Rutilius » mer. avr. 15, 2009 12:43 pm

Bonjour à tous,

Le Temps, n° 20.051, Mardi 30 mai 1916, p. 2, en rubrique « Marine ».

« CITATIONS A L’ORDRE DE L’ARMÉE. — Sont cités à l’ordre du jour de l’armée :

Le vapeur Languedoc, capitaine Battisti, pour avoir résisté pendant deux heures à l’attaque d’un sous-marin ennemi qui lui a tué ou blessé treize hommes et a fini par lui causer des avaries de barre et de coque lui interdisant toute prolongation de la résistance.
[…]

Sont en outre cités : dans le personnel du Languedoc ; le matelot Bocher, tué à son poste de combat ; le premier chauffeur Camons ; le capitaine au long cours Saint-Plancat, second ; les officiers mécaniciens Miquelès, Bertoni et Olivieri ; les matelots Filippi, Alata, Pellegrin, Vellicia et Blanc, […]. »

________________________

Bien amicalement à vous,
Daniel.
Dernière modification par Rutilius le jeu. oct. 04, 2018 10:25 am, modifié 1 fois.

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Terraillon Marc
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Re: LANGUEDOC SGTM

Message par Terraillon Marc » sam. avr. 18, 2009 2:37 pm

Bonjour

Ce navire a l'indice (1) dans la base de données

http://www.navires-14-18.com/index.php

A bientot
Cordialement
Marc TERRAILLON

A la recherche du 17e RIT, des 166/366e RI et du 12e Hussards.

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francois-alexandre
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Re: LANGUEDOC SGTM

Message par francois-alexandre » jeu. févr. 16, 2017 9:41 am

Bonjour à tous,

C'est mon premier message sur le forum des pages 14-18.

Je vous remercie d'avoir donné tant d'informations précises, et d'avoir si fidèlement rapporté l'histoire de ce navire coulé par l'U 34 allemand. Je me suis inscrit sur le forum pour pouvoir écrire ce message pour lequel j'ai volontairement pris pour pseudo le prénom composé de mon grand-père François Alexandre RAVIS. Mon père m'a heureusement indiqué cette page en 2016 sachant que je recherchais des informations sur ce navire dont je ne pouvais me souvenir du nom. Mon père avait fait lui aussi cette recherche, visiblement, car il a encore près de lui le livret de mobilisation et les fascicules ou carnets de navigation de son père dont il m'a alors transmis des scans des pages qui donnent ses embarquements successifs entre 1913 et 1953.

Tout le récit de l'histoire de la résistance du LANGUEDOC m'avait été intégralement rapportée par mon grand-père vers 1974 quand à l'age de 9 ans je le questionnai sur la longue et fine cicatrice de 15 cm qui se dessinait sur son crâne et restait visible encore 60 ans après à travers ses cheveux blancs. Il était né en 1898 à Alger (Bab-El-Oued) et avait 18 ans lorsque le languedoc fut torpillé et il était a bord de celui-ci ce jour là, car comme jeune marin de la Joliette à Marseille, il avait été embarqué comme soutier aux machines. Je fut étonné de voir que son nom ne figurait pas dans la liste de l'équipage. Il fut pourtant sérieusement blessé à la tête par un éclat d'obus, probablement un de ceux qui avaient atteint les machines ou la rue de chauffe du LANGUEDOC.

En 1974 Il m'avait raconté oralement quasiment tout ce qui est dans le récit rapporté par le Second Commandant SAINT-PLANCAT, ce qui en confirme la véracité. Il m'avait dit que ses camarades et lui avaient stoïquement résisté 8 heures aux tirs du sous-marin allemand par des manoeuvres constantes d'évitement des tirs, il disait que le capitaine BATTISTI du Languedoc ordonnait "bâbord toute" ou "tribord toute" à la machine pour éviter les obus en observant constamment les manœuvres de tir du sous-marin. Il n'est pas fait état de torpillage dans le récit et j'en fut étonné car il m'avait semblé que mon grand-père parlait de torpilles, mais j'avais sans doute mal compris (l'imagination d'un enfant de 9 ans) pourtant je ne comprend pas bien encore comment on peut éviter des tirs d'obus en manœuvrant un navire à la vitesse auxquels ces tirs parviennent à leur cible. Mon grand-père m'avait dit aussi à quel point la lutte était inégale et vouée à être perdue, que le canon 47 du LANGUEDOC était beaucoup plus faible en portée que celui du sous-marin allemand qui était, toujours selon ses dires, un canon de 80 ou 115 (là j'ai oublié, je ne sais plus exactement le chiffre) et que les tirs du LANGUEDOC ne pouvaient pas atteindre le sous-marin. Il m'avait aussi raconté comment au bout de 8 heures de résistance (en réalité 7) son équipage s'était rendu, et comment le Capitaine BATTISTI avait été emmené par les allemands et fait prisonnier à bord du sous-marin.

Mon grand-père me disait que le Commandant allemand RÜCKER du sous-marin avait apostrophé le Capitaine BATTISTI en ces termes (je rapporte là les mots exact de mon grand-père) : "vous avez résisté 8 heures mais vous êtes un navire de commerce et vous n'aviez pas le droit d'être armé. Je devrais vous faire fusiller avec votre équipage car vous violez les conventions". Le capitaine BATTISTI aurais alors lui-même demandé à en endosser toute la responsabilité et aurais demandé la grâce pour la vie de ses hommes et leur libération. Le Commandant RÜCKER aurais répondu (dixit mon grand-père): "Soit ! je relâche votre équipage, mais vous garde prisonnier à bord de mon sous-marin. Vous serez emmené en Allemagne où vous serez traduit devant un Conseil de Guerre" (ou une cour martiale, je ne sais plus exactement) "... et jugé pour avoir enfreint les lois maritimes". Le valeureux Capitaine BATTISTI aura alors fait ses adieux à son équipage qui l'aura chaleureusement remercié de les avoir tous sauvé, en disant à leur Capitaine qu'ils rapporteraient sa bravoure (ce qui fut effectivement fait) puis le Capitaine BATTISTI aura suivi sans résistance le commandant RÜCKER et ses hommes à bord de la chaloupe qui regagna l'U34 allemand.

Avant de lire cette page 14-18, je n'étais pas certain que tout le récit de mon grand-père, dont je me souviens et entend encore très bien l'intonation en ma mémoire, reflétait l'exacte vérité, mais en fait, c'est incroyable de voir à quel point ses phrases de témoin oculaire et acteur de cette lutte corroborent et épousent très exactement le récit de la magnanimité du Commandant RÜCKER et de la bravoure du commandant BATTISTI rapporté par le Second Commandant SAINT-PLANCAT qui sont retranscrits sur cette page commémorative. Bien sûr, le patronyme de tout ces hommes n'apparaissait pas dans le récit de mon papé, ou je ne les ai pas retenu. C'est cette page et vos formidables recherches qui me les précisent.

Il m'avait dit que le LANGUEDOC avait été "cité à l'Ordre du jour" (ce sont ses termes à lui) pour sa résistance à l'ennemi, ce qui pour lui, marin, semblait être une grande marque de reconnaissance du courage d'un navire lors de ce conflit 14-18, et grace à Olivier12 je découvre ici que c'était vrai et que le LANGUEDOC fut effectivement "cité à l'Ordre de l'Armée Navale". je n'étais encore parvenu à en trouver la trace nulle part, mais c'est normal car n'étant ni marin ni officier je n'ai pas un accès facile aux archives maritimes militaires.

Un dernier point restait pour moi incompréhensible : mon grand-père blessé aux machines par l'éclat d'obus m'avait dit avoir été obligé d'apprendre par un de ses camarade, un chauffeur ou soutier plus âgé que lui, comment nager pour le ne pas périr noyé car il ne l'avait jamais appris et était obligé de l'apprendre en ces circonstances "sur le tas". Les membres de l'équipage du LANGUEDOC semblent bien ne pas avoir rejoint le canot de sauvetage à la nage. Mon grand-père m'avait semblé avoir fait état d'un acte d'urgence, comme lors d'un naufrage où il se serait jeté à l'eau en étant blessé à la tête par l'un des obus du sous-marin allemand. Il ne put pas être naufragé sur le LANGUEDOC qui ne fut pas torpillé mais dynamité, alors était-ce sur un autre navire ? l'équipage a t-il du sauter à l'eau pour rejoindre la chaloupe désignée par le Commandant RÜCKER ? je ne le crois pas. Cela démentirai d'ailleurs les témoignages de l'enquête et du rapport du Commandant en Second SAINT-PLANCAT. Je crois que mon grand-père est resté blessé à bord car il a pu assister avec les survivants de l'équipage du LANGUEDOC au laïus du Commandant RÜCKER, sinon il n'aurait pu parfaitement me le raconter en 1974. Il a ensuite dû monter avec les autres marins dans la chaloupe accordée par Commandant RÜCKER qui sauva l'équipage de l'explosion planifiée du cargo par son sous-marin, et c'est probablement à bord de cette chaloupe, qu'inquiet de ne pas savoir nager, il aura alors demandé à un de ses camarades de la chauffe ou a l'un des marins du bord sauvé comment il faut faire pour se tenir hors de l'eau au cas ou l'embarcation chavirerait. Celui-ci lui a montré les gestes du crawl que mima mon grand-père (et on sait qu'en cas de naufrage c'est plus la brasse coulée qui sauve). D'ailleurs avec la longue et profonde cicatrice de la plaie de 15 cm que j'ai vu qui courait le long du haut de son crâne, du haut du front à l'oreille, il se serait probablement noyé s'il avait eu à tenter de d'apprendre à nager en situation car il devait avoir perdu pas mal de sang et être choqué par l'effleurement de l'éclat d'obus qui avait explosé aux machines.

Mon grand-père fit les deux guerres mondiales dont les Dardanelles, embarqué dès 1913 sur le VULCANNUS*, puis engagé volontaire successivement dès 1914 puis à nouveau en 1940. il avait reçu la croix du combattant 14-18 et la croix de guerre pour ses faits de service, je ne sais si c'était suite à sa blessure reçue sur le LANGUEDOC. Sans être un militaire de carrière, il aura vécu comme marin embarqué quatre fronts de guerres si l'on ajoute aux deux guerres mondiales le soulèvement FLN Indochinois et plus tard Algérien. Une vie jalonnés de conflits internationaux. Fut-il naufragé sur un autre navire ? je ne le crois pas, je ne sais pas. Il était certainement le plus jeune des marins à bord du LANGUEDOC mais je ne comprend pas qu'il n'apparaisse pas dans la liste de son équipage. Son embarquement sur ce cargo vapeur marchand figure pourtant sur son livret de mobilisation à la date du 18 mai 1916 (voir la photo de la page scannée). Peut-être a t-il été ajouté à la hâte à l'équipage du LANGUEDOC à la veille de sa dernière traversée, parce qu-il manquait un soutier aux rues de chauffe...

Cela reste curieux qu'il soit "inconnu au bataillon", surtout avec cette blessure d'éclat d'obus qu'il reçut aux machines mais en fait elle n'était certainement pas aussi grave que je l'ai cru à 9 ans, car le rapport de témoignage du Second capitaine dans le recueil des citations à l'ordre naval est formel et très précis : des blessés sérieux ou graves, il n'en mentionne que deux : le Chef Mécanicien, M. MIQUELIS, et le 1er Chauffeur, CAMONS qui apparaissent tous deux bien dans l'équipage, mais rien sur mon grand-père. Aucun rapport d'un soutier blessé. Alors il me faut admettre que la blessure de mon grand-père n'était pas si terrible et fut, au fond, relativement superficielle, ce qui malgré sa cicatrice est fort possible, son crâne ayant résisté à l'effleurement de l'éclat d'obus. Seul son cuir chevelu avait été vilainement entamé. Une blessure douloureuse mais bénigne au regard de ce que les deux autres blessés graves endurèrent qui souffrèrent encore horriblement toute la nuit sur l'HELENA qui avait recueilli la chaloupe de l'équipage, en pleine nuit (dixit le rapport de témoignage du Second Capitaine que je découvre à présent) : 3 hommes de l'HELENA veillèrent toute la nuit sur les blessés de l'équipage recueilli pendant leur rapatriement en hâte sur Marseille via Toulon. A l'arrivée à Marseille, le Chef Mécanicien M. MIQUELIS fut transporté chez lui, mais le 1er Chauffeur CAMONS dut être emmené à l'Hôtel Dieu (hôpital principal de la ville en 1916 et situé au quartier Panier-Vieux-Port, donc tout proche de la Joliette ou accosta l'HELENA). Tout est précisément relaté par le commandant en second. Sur le corps d'équipage du LANGUEDOC il y eu certainement des blessés plus légers, dont mon grand-père fit partie.

En fait, mon grand-père eut beaucoup de chance ce jour là de ne pas être en salle des machines mais aux rues de chauffe. Il eut aussi beaucoup de chance de pouvoir poursuivre sa carrière sans être ni tué, ni gravement blessé ou estropié par la guerre de 14-18 et par les guerres suivantes. De soutier-chauffeur il fit le long cours, devint chauffeur, puis quartier-maître et 1er chauffeur, graisseur, ou nettoyeur, selon les navires et les circonstances des poste aux besoins des compagnies. Il navigua à la volée de 1913 à 1953 sur nombre de vapeurs des compagnies d'armement marseillaises ou méditerranéennes, ceux de la SGTM, de la Cie Fraissinet, Cie Fabre, Cie Paquet, Cie Mixte et quelques autres encore, puis entra aux Messageries Maritimes. En tout, près d'une trentaine de navires, dont l'André LEBON, le Général METZINGUER et l'Alexandre DUMAS au Long Cours sur l'Indochine, le Commandant DEL PIAZ, et aussi l'ATHOS II vers New-York ou il passa le canal de Panama pour remonter sur l'Alaska.

Dés 1932 il travailla de plus en plus pour la Transat aux turbines du Gouverneur Général CHANZY et fit 20 ans pour la Transat qui en 1939 l'avait titularisé à son poste, sans doute parce qu'il fallait un chauffeur qui sache graisser consciencieusement à l'étambot les rouages des arbres d'hélices et ceux de ces vieilles turbines vapeur anglaises de 1923, et qu'on le savait soigneux et propre. Il avait alors 41 ans et œuvrait aux machines depuis 1913, donc plus rodé que les jeunes nouvellement affectés à entretenir cette machine déjà ancienne, et il était bien loin derrière lui désormais l'orphelin de Bab-El-Oued analphabète qui à 15 ans, pour échapper à la misère sans plus aucun proche, s'était engagé à Alger dans la marine comme novice sur le VULCANNUS*, juste à la veille de la guerre. Il était devenu un technicien titularisé subalterne en sachant à peine lire et écrire trois mots, et c'était déjà un sacré tour de force.

Pardonne-moi de m'être un peu étendu sur le récit de la vie de mon papé mais j'en ai été marqué car elle fut singulière et épique comme le fut celle des Poilus et leurs proches (il en fut, au fond, même dans la marine marchande, car affecté au transport de troupes, de ravitaillement, et du courrier, ses navires étaient comme le LANGUEDOC : des résistants engagés dans le conflit). Quand je pense qu'il fut embarqué sur le cargo MOSSOUL réquisitionné pour le transport du courrier en Méditerranée une semaine seulement après avoir subi sa blessure et l'arraisonnement du Languedoc où il avait survécu ! la prise en charge des "cellules psychologiques" d'aujourd'hui n'existait pas, et ces gars étaient obligé de remonter à bord avec la peur aux tripes en sachant qu'un évènement similaire restait fort probable avec moins d'une chance sur deux d'en réchapper. En mer comme dans les tranchées, il fallait retourner au "casse-pipes"... pris dans la guerre, ces marins de 14-18 ne rigolèrent pas dans des mers truffée de sous-marins. Le fatalisme et l'effroi devaient planer sur tous ces membres d'équipages et ces soldats de troupes embarquées, la plupart étaient chefs de famille.

Tout comme son navire le Gouverneur Général CHANZY de la Transat, dont j'effectue la maquette fidèle commémorative, mon grand père eut cette très grande chance de sortir indemne de toutes ces années de violences et d'hécatombes maritimes. La mort et les maladies coloniales qui avaient emporté toute sa famille avant ses 15 ans l'ont par suite épargné tout au long de sa vie. Il passa vraiment entre les gouttes là où près de la moitié des navires où il travailla furent sabordés, bombardés, torpillés, coulés. Il aura survécu à tout les effroyables conflits coloniaux d'hégémonie expansionniste et leurs affreux obus meurtriers. Il avait sûrement appris à être prudent, à se protéger, ce qui lui fut certainement salutaire lors de la seconde guerre mondiale. Par chance aussi, son navire, le G.G. CHANZY fut capturé et utilisé par les italiens puis les allemands comme navire hôpital, ce qui le sauva et mit mon grand-père en gérance à la Joliette. Il y a eu tant de mort déchiquetés ou noyés dans la boucherie des affrontements de 14-18 en mer. Toutes les flottes, même de commerce, furent décimées par les mines, les torpilles et les obus, jusqu'aux plus petits caboteurs.


* Le VULCANNUS sera torpillé 3 ans plus tard, en 1917, par un U 47 allemand, comme le relate avec précision Yves DUFEIL, historien érudit de ces évènement maritimes, qui a publié une étude détaillée sur la guerre 14-18 et ses sous-marins. Le VULCANNUS était un cargo-mixte dont Joseph Sanguinetti, un enfant de Bab-El-Oued, comme mon grand-père, se sauva in-extremis en trouvant l'escalier qui menait au pont, sautant à l'eau juste avant que son navire ne soit englouti par les flots après avoir été torpillé. Une histoire incroyable racontée ici : http://www.histomar.net/GSM/htm/vulcan.htm


Bien amicalement à tous,

Jean-Christophe, de Marseille :hello:


P.S. Un correctif s'impose : Le patronyme du capitaine était bien BATTISTI (et non BATTESTI), patronyme du Cap-Corse du village de Barrettali, tout près de Morsiglia, 2 villages qui donnèrent beaucoup d'officiers de marine à Marseille, antérieurement un patronyme Italien originaire de la région de Gènes qui donna aussi de nombreux officiers maritimes. Le patronyme BATTISTI est rapporté dans le témoignage du Second Capitaine SAINT-PLANCAT sur la fin du LANGUEDOC dans sa Citation à l'ordre Naval (source : ouvrage de Gilbert Delannoy "Guerre 14/18 - Citations Marine à l'Ordre de l'Armée des Formations et Bâtiments de la Marine Française, Faits de Guerre, Rapports et Témoignages")
chaleureuse amitié à tous les marins et leurs proches de Marseille ou d'ailleurs qui commémorent la vie de leurs aïeux qui ont trimé ou laissé leur peau sur les navires de 14-18 dans l'impérialiste colonisation occidentale. Jean-Christophe

Rutilius
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LANGUEDOC — Cargo — Société générale de transports maritimes à vapeur.

Message par Rutilius » jeu. févr. 16, 2017 12:24 pm

Bonjour et bienvenue Jean-Christophe,
Bonjour à tous,


■ Au nombre des membres d’équipage du cargo Languedoc.

— RAVIS François Alexandre, né le 21 janvier 1898 à Alger (Département d’Alger, Algérie), au 1, rue de Phalsbourg, et décédé le ... à ... (...). Inscrit définitif au quartier maritime d’Alger, n° 2.834 ; classe 1918, n° 874 au recrutement d’Alger.

Fils d’Albert Pierre RAVIS, né le 11 octobre 1860 à Koléah [Koléa] (Département d’Alger, Algérie), cocher [maçon en 1898] et décédé le 31 janvier 1898 à Alger ; et de Françoise RIPOLL, née le 7 mai 1858 à Tàrbena (Province d’Alicante, Espagne), cigarière ; époux ayant contracté mariage à Alger, le 10 octobre 1891 (Registre des actes de mariage de la ville d’Alger, Année 1891, f° 142, acte n° 395 – Registre des actes de naissance de la ville d’Alger, Année 1898, f° 41, acte n° 161).

Petit-fils de :

– Joseph François RAVIS, né vers 1830 à Batias (Suisse) et décédé le 18 juillet 1894 à Bouzaréa [Bouzareah] (Département d’Alger, Algérie), cultivateur ; et de Marie Joseph MARTINAL, son épouse.

– Antoine RIPOLL, maçon, et Marie PONT, son épouse, domiciliés de leur vivant à Tàrbena (Espagne).

Époux de Catherine GIORDANI, avec laquelle il avait contracté mariage à Marseille, le 27 octobre 1925 (Registre des actes de naissance de la ville d’Alger, Année 1898, f° 41, acte n° 161 – mention marginale).
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Bien amicalement à vous,
Daniel.

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Re: LANGUEDOC SGTM

Message par francois-alexandre » jeu. févr. 16, 2017 5:29 pm

Bonjour Daniel,

Je vous remercie d'avoir ajouté là l'extrait du registre de naissance de mon grand-père. J'ai trouvé cet extrait de registre et ceux de sa famille sur le site d'Aix-en-Provence fin 2016 (ville où j'ai longtemps vécu avec mon grand-père) qui me permis de remonter à la première génération suisse du premier pied-noir de mon patronyme pour chercher mes racines et pour retrouver la toute petite rue de Phalsbourg nichée au cœur de Bab-El-Oued où naquit mon grand-père (cela m'a pris du temps car les noms de rues des colons pied-noirs ont tous été rebaptisés et il existe très peu de cartes de Bab-el-Oued avec les anciens noms, elle a été renommée "rue des Frères ANSAR" du nom de deux résistant du FLN algérien). Une courte rue prenant sur la rue des Moulins.

Je n'avais trouvé que ce registre de l'histoire de mon grand père juste avant que mon père ne m'envoie les scans de son fascicule de livret maritime ou ce qui en tient lieu : livret de mobilisation, livret professionnel maritime, et fascicule d'inscription maritime qui regorgent de dates d'embarquement sur près de 60 navires dont certains indéchiffrables. J'aurais voulu ajouter à mon précédent message son inscription sur l'équipage du LANGUEDOC mais je n'avais pas encore trouvé comment les ajouter dans le cœur de mon message.

L'image de ce navire amarré aux dardanelles en 1914 et jointe est proche du profil du Cargo LANGUEDOC.Est-ce lui ? je ne sais pas s'il a navigué dans ces eaux des Balkans mais c'est possible.

Image

Non, ce n'est assurément pas le LANGUEDOC car la poupe et la teinte diffèrent

Daniel, vous avez écrit "Au nombre des membres d’équipage du cargo Languedoc" cela confirme t-il qu'il existe bien un document qui relate qu'il faisait partie de l'équipage à bord lors du dernier voyage du navire ? a-t-il remplacé un titulaire absent ou souffrant la veille du dernier départ de Marseille du Languedoc ? je suis curieux de comprendre pourquoi il n'est pas mentionné comme soutier dans l'équipage.

Il est vrai que soutier en 1916 était le poste le plus ingrat et totalement sous qualifié, c'était juste amener du charbon de la soute aux chaudières dans la rue de chauffe. Peut-être l'occupant de ce poste n'était-il pas considéré alors comme un membre de l'équipage mais un simple manœuvrier subalterne. En 1916 mon grand-père n'avait pu aller à l'école de son quartier à Bab-El-Oued car orphelin dès 12 ans il a dû travailler pour survivre. il était analphabète et ne pouvait donc pas lire un manuel de chauffeur-mécanicien pour accéder à un poste plus élevé. Il a appris son métier de visu-in situ, par la pratique de manœuvres aux machines guidé par ses camarades chauffeurs qui l'ont progressivement formé.

Je poste ici les images de mon récit, des scans de livrets maritimes, surtout celui de l'engagement de mon grand-père dans l'équipage du Languedoc du 18 mai 1916 qui atteste qu'il était bien à bord de ce dernier le jour de la tragédie. Il fut sûrement le plus jeune survivant blessé aux machines du LANGUEDOC qui en survécut. L'éclat d'obus n'avait heureusement que glissé sur son crâne. Il s'éteignit dans sa famille à Aix-en-Provence à 97 ans.

ImageImageImageImage

Je vous remercie tous pour cette page, qui, je peux le dire, m'a provoqué une vive et poignante émotion en 2016 et depuis longtemps je souhaitais y laisser ce long récit. J'y retrouve les mots même de mon grand-père, l'histoire qu'il me conta, rapporté point pour point trait pour trait par le témoignage d'enquête de tout l'équipage qui sur cette page commémore et perpétue un peu de sa mémoire, de son histoire, et c'est comme si une partie de lui vivait encore ici. Cela m'émeut beaucoup car c'était un homme meurtri (surtout après le naufrage du LAMORICIÈRE auquel il assista sans pouvoir y sauver les femmes et enfants emportés par les vagues de 12 mètres) et qui a une une dure vie, mais un homme doué d'une infinie tendresse pour ses proches, et dont aucune trace de sa vie ne reste hormis cette page et une autre sur les Forums du naufrage du LAMORICIÈRE. Comme pour des milliers de marins de l'ère coloniale et poilus de 14-18, Il ne reste aucune trace de leur vécu alors que bon nombre d'entres-eux se trouvèrent pris dans des tragédies personnelles ou collectives graves et hors du commun de notre XXI ème siècle auxquels ils firent face et résistèrent. L'Histoire a purement et simplement balayée la vie épique des acteurs ouvriers et soldats de la marine coloniale française.

"La chasse n'est pas écrites par les lapins" comme ont dit, et il n'est le plus souvent rapporté de cette époque que la nostalgie du luxe démentiel fortuné des croisières d'antan des grands transatlantiques sur lequel se focalisent des expositions commémoratives de grandes compagnies maritimes françaises, et ce même jusqu'au bout du monde. Heureusement pour la mémoire de nos aïeux marins et poilus, ce site-forum (et quelques autres) permet de remettre à leur vraie place le réel vécu de ces acteurs et de leurs navires oubliés, fussent-ils même cargos, caboteurs, ou remorqueurs, aux drames aussi poignants qu'un Titanic chargé de fraternité, de résistance, d'amitié solidaire, souvent nommé "héroïsme" là où ils n'obéirent qu'à leur conscience éthique, et c'est bien ainsi : c'est essentiel, car c'est cela qui a marqué la vie affective de leurs descendants, bien au-delà des commémorations post-colonialistes du faste des grands navires de la marine de guerre ou de commerce qui n'exalte que la grandiosité de la fortune fondée sur l'exploitation méprisante des hommes et des territoires colonisés par les armes.

Mon père ethnologue me disait qu'il existe un dicton pour les marins, eux qui vivent sans cesse loin des autres et des sociétés des continents, Ce dicton dit "ni vivant, ni mort : marin". Des hommes nécessairement exilés et détachés des joies du monde solide, éloignés des vivants et des sociétés, ayant un univers a eux difficilement communicable à ceux qui vivent sur les continents.

Ainsi vécurent mon grand-père et mon arrière grand-père. Ce dernier ayant prit mon grand-père en amitié car ils n'avaient tous deux pas connu leur propre paternel. Une amitié solide, car il lui maria sa fille pour lui offrir une famille et pour que chacun d'eux ne fut alors plus seul. C'était aussi ça les marins de 14-18 : cette entraide réciproque solidaire qu'on retrouve chez les ouvriers et soldats, la fraternité solidaire induite par une lutte à un monde dur et impitoyable, celui des années 1900 du capitalisme exponentiel et de ses guerres, car isolés, ces ouvriers furent restés encore plus vulnérables.
Ma famille fut fondée par cette amitié résiliante nouée entre deux marins qui se sont adoptés et rapprochés par l'absence de reconnaissance ou de présence paternelle, tous deux n'ayant jamais rencontré et connu ou été reconnu de leurs père respectif.

Merci encore Daniel, votre maxime d'Avatar que je ne connaissais pas est très émouvante.
Mes amitiés à toutes et tous les passionnés de 14-18, avec mes vifs et fervents remerciements pour cette page commémorative d'Histoire, la vraie, celle qui s'attache à relater le vécu de ces poilus et des équipages des navires protagonistes dans le détail du rapport des faits.

À bientôt j'espère !

Jean-Christophe, de Marseille :hello:


P.S. Pour effectuer fidèlement la maquette du navire de mon grand-père je recherche sans relâche des plans de coupe et de pont du paquebot mixte S.S. Gouverneur Général CHANZY, paquebot mixte de poste construit par Cammel Laird à Liverpool aux chantiers de Birkenhead en 1922 pour le gouvernement français et la Compagnie Générale Transatlantique French Line . À défaut de pouvoir les trouver, j'ai eu la chance de pouvoir acquérir ceux du Gouverneur Général GREVY, son sister-ship, construit au chantier de l'Atlantique, et aménagé aux chantiers de Penhoët à Saint-Nazaire (dit Chantiers de La Loire). Ce sont des plans d'ingénieur des aménagements du GRÉVY, mais des différences notables d'aménagements subsistent. Si l'un de vous sait à quel centre d'archive j'ai des chances de retrouver les plans de pont, de coupe, ou de construction du Gouverneur Général CHANZY, ou a la moindre piste maritime en ce sens, qu'il n'hésite pas à me laisser un message personnel. Merci beaucoup, par avance, de votre aide en ce sens.
chaleureuse amitié à tous les marins et leurs proches de Marseille ou d'ailleurs qui commémorent la vie de leurs aïeux qui ont trimé ou laissé leur peau sur les navires de 14-18 dans l'impérialiste colonisation occidentale. Jean-Christophe

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Re: LANGUEDOC SGTM

Message par francois-alexandre » ven. févr. 17, 2017 1:16 am

Je viens de trouver des précisions dans le récit chronologique du Second Capitaine SAINT-PLANCAT témoignage-rapport sur les faits de la perte du LANGUEDOC (le récit est quasi complet, il manque 2 pages sur les 7) Source : "Guerre 14/18 : Marine de guerre, Marine de commerce - Citations" ouvrage en vente en ligne sur amazon et d'autres librairies.

J'ai ajouté ces pages car on y trouve des détails, notamment le sauvetage et retour de l'équipage au port d'attache de Marseille avec ses deux blessés graves

ImageImageImageImageImage

Amitiés,

Jean-Christophe
chaleureuse amitié à tous les marins et leurs proches de Marseille ou d'ailleurs qui commémorent la vie de leurs aïeux qui ont trimé ou laissé leur peau sur les navires de 14-18 dans l'impérialiste colonisation occidentale. Jean-Christophe

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LANGUEDOC — Cargo — Société générale de transports maritimes à vapeur.

Message par Rutilius » ven. févr. 17, 2017 6:50 pm

Bonsoir Jean-Christophe,

Sur la foi de votre témoignage, j’ai considéré que François Alexandre RAVIS était membre de l’équipage du cargo Languedoc, sans pour autant disposer de la liste complète des marins qui en constituaient l'équipage. La liste d'embarquement correspondante figure peut-être dans les archives de la Chambre de commerce de Marseille, port d’armement du bâtiment ; cet organisme consulaire est en effet dépositaire de nombreuses archives des armements marseillais, et probablement de celles de la Société générale de transports maritimes.

Tragédie du sort, votre grand-père a été orphelin de père dès l’âge de dix jours. Son père, Albert Pierre RAVIS, est en effet décédé le 31 janvier 1898 à Alger, au 1, rue de Phalsbourg, son domicile (Registre des actes de décès de la ville d’Alger, Année 1898, f° 64, acte n° 251). Sa mère s’est remariée le 27 février 1902 à Alger avec un compatriote, Juan Bautista MASCARÓ, né le 28 décembre 1857 à Tàrbena (Province d’Alicante, Espagne), journalier de son état (Registre des actes de mariage de la ville d’Alger, Année 1902, f° 60, acte n° 60). Semble-t-il, ils vivaient déjà ensemble, au 3, rue du Lavoir.
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Bien amicalement à vous,
Daniel.

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LANGUEDOC — Cargo — Société générale de transports maritimes à vapeur.

Message par Rutilius » ven. févr. 17, 2017 7:11 pm

Bonsoir à tous,

Reconstitution partielle de la liste d’équipage du cargo Languedoc

[20 hommes / 28]

Marins du commerce

État-major

— BATTISTI Pierre Dominique, né le 27 février 1874 à Marseille (Bouches-du-Rhône) et décédé le ... à ... (...). Capitaine, capitaine au long-cours, inscrit au quartier de Bastia, f° et n° 203 ; classe 1894, n° 1.386 au recrutement de Bastia. [Blessé].

Commandait le Languedoc depuis le 21 mars 1916. Rentré d’Autriche, où il était en captivité, le 12 novembre 1918.

— SAINT-PLANCAT Célestin Pierre, né le 29 décembre 1879 à Cierp (Haute-Garonne) et décédé le 29 décembre 1953 à Marseille (Bouches-du-Rhône). Second capitaine, capitaine au long-cours, inscrit au quartier de Marseille, n° 865.

— LE MOAL ... Lieutenant, inscrit à ...

— MIQUELIS Étienne Marius, né le 11 décembre 1874 à Marseille (Bouches-du-Rhône) et décédé le ... à ... (...). Chef mécanicien, inscrit au quartier de ... [Blessé à la main droite].

— BERTONI ... Second mécanicien, inscrit au quartier de ...

— OLIVIERI ... Troisième mécanicien, inscrit au quartier de ...

— LE ROUILLÉ Pierre Marie. Maître d’équipage, inscrit au quartier de Binic, n° 256. [Blessé].

— BLANC ... Restaurateur, inscrit à ...

Hommes d’équipage

— ALATA ... Matelot, inscrit à ...

— BOCHER ... Matelot, inscrit au quartier de ... [Tué à son poste].

— CAMONS ... Premier chauffeur, inscrit au quartier de ... [Blessé grièvement].

— HECK Armand Élie. Premier chauffeur, inscrit au quartier de Marseille, n° 5.611. [Blessé].

— PELLEGRIN ... Matelot, inscrit au quartier de ...

— RAVIS François Alexandre. Soutier, inscrit au quartier d'Alger, n° 2.834.

— TORRE ... Matelot, inscrit au quartier de ...

— VELLICIA ... Matelot, inscrit au quartier de ...

... / ...

Marins de l’État

— GRÉVELLEC Alexandre Joseph Marie, né le 26 avril 1889 à Moëlan-sur-Mer (Finistère). Quartier-maître canonnier (1er octobre 1913) [Second maître canonnier le 1er avril 1919], inscrit au quartier de Lorient le 4 novembre 1907, n° 9.512 ; classe 1909, n° 2.854 au recrutement de Quimper.

• Fils de Jean-François GRÉVELLEC, né vers 1849, cultivateur, et d’Honorine SOUFFEZ, née vers 1854, cultivatrice, son épouse (Registre des actes de naissance de la commune de Moëlan-sur-Mer, Année 1889, f° 10, acte n° 54).

— FILIPPI ... Matelot de ... classe canonnier.

— MADEC Pierre Marie Valentin, né le 13 février 1888 à Baden (Morbihan). Matelot de ... classe fusilier auxiliaire, inscrit au quartier d'Auray, n° 4.323 ; classe 1908, n° 18 au recrutement de Vannes.

• Fils de Joachim Marie MADEC, né vers 1854, cultivateur, et de Louise BRIENT, née vers 1856, « ménagère », son épouse (Registre des actes de naissance de la commune de Baden, Année 1888, f° 11, acte n° 12).

• Époux de Marie Eugénie NICOLAZO, avec laquelle il avait contracté mariage à Baden, le 31 décembre 1912 (Ibid. — Mention marginale).

— SÉBILO François. Quartier-maître fusilier réserviste, inscrit au quartier de Saint-Nazaire, n° 4.126.
Dernière modification par Rutilius le jeu. oct. 04, 2018 10:51 am, modifié 1 fois.
Bien amicalement à vous,
Daniel.

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Re: LANGUEDOC SGTM

Message par Rutilius » ven. févr. 17, 2017 7:32 pm

.
Bonsoir à tous,


Le capitaine du cargo Languedoc lors de la perte de ce bâtiment


— BATTISTI Pierre Dominique, né le 27 février 1874 à Marseille (Bouches-du-Rhône), au 6, rue Servian, décédé le ... à ... (...). Capitaine, capitaine au long-cours, inscrit à Bastia, f° et n° 203 ; classe 1894, n° 1.386 au recrutement de Bastia. [Blessé].

Fils d’Ange François BATTISTI, né vers 1836, marin, et de Marie Dominique MATTEI, née vers 1848, « ménagère », son épouse (Registre des actes de naissance de la ville de Marseille, Année 1874, Registre II., f° 91, acte n° 538). En 1893, domiciliés à Barrettali (Corse – aujourd’hui Haute-Corse –).

Époux de Célestine Antoinette CARVIN, avec laquelle il avait contracté mariage à Marseille, le 16 janvier 1908 (Ibid. – Mention marginale).


Le second capitaine du cargo Languedoc lors de la perte de ce bâtiment


— SAINT-PLANCAT Célestin Pierre, né le 29 décembre 1879 à Cierp (Haute-Garonne) et décédé le 29 décembre 1953 à Marseille (Bouches-du-Rhône). Second capitaine, capitaine au long-cours, inscrit à Marseille, n° 865 [initialement inscrit en qualité de matelot le 29 juillet 1903 à Bordeaux, n° 4.124] ; classe 1899, n° 1.555 au recrutement de Saint-Gaudens.

Fils de Louis Charles SAINT-PLANCAT, né vers 1847, ancien gendarme, et de Marie TOUCON, née vers 1851, « ménagère », son épouse (Registre des actes d’état civil de la commune de Cierp, Année 1879, acte n° 43).

Par décret du 13 janvier 1938 (J.O. 16 janv. 1938, p. 735), promu au grade d’officier dans l’Ordre du Mérite maritime.

Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur.


Le chef mécanicien du cargo Languedoc lors de la perte de ce bâtiment


— MIQUELIS Étienne Marius, né le 11 décembre 1874 à Marseille (Bouches-du-Rhône) et décédé le ... à ... (...). Chef mécanicien, inscrit à ... [Blessé à la main droite].

Fils de Jacques Marius Félix MIQUELIS, né vers 1842, forgeron, et de Marie Thérèse Alexandrine RICCIADO, née vers 1845, voilière, son épouse (Registre des actes de naissance de la ville de Marseille, Année 1874, Registre X., f° 29, acte n° 166).

Époux de Carmelle Marie DI RUSSO, née le 25 octobre 1877 à Marseille, sans profession, avec laquelle il avait contracté mariage à Marseille, le 14 juin 1902 (Registre des actes de mariage de la ville de Marseille, Année 1902, Registre IV., f° 332, acte n° 330).
Bien amicalement à vous,
Daniel.

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