DUC D'AUMALE Trois-mâts barque

Marine, bateaux & marins pendant la Grande Guerre
olivier 12
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Re: DUC D'AUMALE Trois-mâts barque

Message par olivier 12 » lun. juin 02, 2008 1:17 pm

Bonjour à tous,

DUC D’AUMALE

Lancé le 27 Décembre 1900 aux chantiers nantais de Chantenay pour l’armement Compagnie Maririme Française.
10e navire du type AMIRAL COURBET (type unique des chantiers nantais).

Caractéristiques

3000 tpl 2189 tx JB 1944 tx JN
Longueur 84,70 m Largeur 12,26 m Creux 6,89 m TE 6,20m

Pris au neuvage par le capitaine Boju. Revendu avant la guerre à la Société Nouvelle d’Armement.

Beaucoup d’incidents au cours de sa carrière

1902
Quitte Londres avec un chargement de ciment pour San Francisco, en remorque du CHALLENGE.
Abordé en Manche par le travers tribord par le vapeur CAMROSE, dans une brume épaisse. Tente de gagner Calais avec une importante voie d’eau. Au moment de s’échouer dans les vases de l’avant port, aborde violemment le quai, démolissant son étrave, puis le remorqueur CALAISIEN, lui occasionnant de sérieuses avaries.

1907
Avec un chargement de coke et de fonte pour Melbourne, importante voie d’eau que les pompes ne peuvent étaler. Doit s’échouer dans la baie Fitz-Roy. Renfloué ultérieurement.

1909
Arrive à Hobart, Tasmanie, avec de grosses avaries de mâture et de coque dues au mauvais temps. 25 jours de réparations avant de repartir pour Seattle et Tacoma.

La perte du DUC D’AUMALE

Extrait du rôle

Trois-mâts DUC D’AUMALE immatriculé à Nantes n° 553
Armé en date du 14 Juillet 1916 pour un voyage au long cours par la Société Nouvelle d’Armement.
(Désarmement en date du 2 Février 1917)

Capitaine Joseph DOUBLECOURT CLC né le 18 Décembre 1883 à Gravelines Inscrit à Dunkerque
domicilé 29 rue Carnot à Gravelines
Second Pascal LE HUEC Cap. au cabotage né le 20 Août 1879 à Quiberon Inscrit à Auray
Domicilié à Quiberon

« Le trois-mâts DUC D’AUMALE a été coulé en mer le 22 Janvier 1917 à 11h06 par 45°21 N et 007°36 W »
Le voilier avait appareillé le 4 Novembre 1916 de Bahia Blanca avec une cargaison de blé pour Pauillac.

Récit de l’équipage (source Lacroix)

Le voilier étant encalminé, au matin du 22 Janvier, un sous-marin allemand fut aperçu faisant route sur le navire. Sur ordre du commandant allemand, les embarcations du DUC D’AUMALE furent mises à l’eau et l’équipage abandonna le navire. La baleinière que conduisait le second capitaine reçut l’ordre d’accoster le sous-marin et d’y débarquer son équipage.
Des marins allemands y prirent alors place et retournèrent sur le DUC D’AUMALE pour y prendre tout ce qui pouvait leur servir.
A 10h40, tout le butin fut déposé sur le sous-marin. Puis un bruit sourd se fit entendre et le voilier s’inclina doucement sur tribord, comme sous l’effet d’une risée. Les bombes disposées pour le couler venaient d’exploser.
A 11h06 le DUC D’AUMALE se coucha complètement sur tribord et disparut dans les flots.
Le sous-marin prit à son bord tous les marins français qui furent photographiés, puis distribués dans les divers postes du submersible allemand. Puis il plongea.
Il revint en surface la nuit suivante et à 01h00 le 23, le commandant arraisonna le vapeur norvégien STORLI qui allait à Portland (état du Maine). Il y transféra tous les prisonniers avant de le laisser repartir.
Dans l’après-midi du 23, le capitaine norvégien transféra à son tour les Français sur un chalutier espagnol qui les débarqua à Corcubion, petit port situé sous le cap Finisterre, d’où ils furent dirigés sur La Corogne avant d’être rapatriés en France.

Le sous-marin attaquant

Il s’agissait de l’U 43 du commandant Hellmuth Jürst. (KK)

On peut noter, qu’alors que le Haut Commandement allemand s’apprêtait à déclarer la guerre sous-marine totale, impliquant des torpillages sans préavis, le commandant Jürst n’hésitait pas à embarquer 24 marins sur son navire afin qu’ils aient la vie sauve.
Les sous-marins étant déjà armés avec 32 hommes environ, le submersible devait être alors bien encombré !

Cdlt

Olivier
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Joe R
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Re: DUC D'AUMALE Trois-mâts barque

Message par Joe R » mer. mars 18, 2009 5:50 pm

Hello Everyone,

Here is the DUC D'AUMALE from Picture Australia.
Image

Amicalement,


Joe

olivier 12
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Re: DUC D'AUMALE Trois-mâts barque

Message par olivier 12 » lun. nov. 16, 2009 9:29 pm

Bonjour à tous,

Voici un complément sur le naufrage du DUC D’AUMALE avec le rapport du capitaine Doublecourt

« Quitté la rade de Punta Pipa le 14 Novembre 1916 à 14h15. Débarqué lé pilote au bateau-feu de Bahia Blanca. »

Suit le déroulement du voyage jusqu’en Janvier. Le DUC D’AUMALE essuiera notamment deux forts coups de vent avec mer très dure et pont constamment couvert par les lames en Novembre et Décembre.

« Le 20 Janvier, à la latitude 45°16 N, croisé le quatre-mâts VALPARAISO. Dans la nuit du 21 au 22 Janvier 1917, le voilier est encalminé. A 04h00, par 45°21 N et 07°36 W, aperçu un sous-marin qui fait route à toute vitesse sur nous. Arrivé le long du bord, il demande la nationalité du navire. Nous répondons « Français ». Le commandant nous donne alors l’ordre d’abandonner immédiatement le voilier. Les deux baleinières sont mises à l’eau avec les bâbordais dans celle du second et les tribordais dans la mienne. Je prends les papiers du bord. M’étant écarté du voilier qui, je pense, va être torpillé, je perds de vue la baleinière bâbord. J’apprendrai ensuite qu’elle avait reçu l’ordre d’accoster le sous-marin et que son personnel y avait été embarqué et enfermé. Un équipage allemand se servit alors de cette baleinière pour monter sur le DUC D’AUMALE.
Au lever du jour, je vois cet équipage en train de piller le navire transportant le butin avec le youyou. Je suppose que la baleinière avait été coulée. Ils prennent des provisions de toutes sortes, vêtements, instruments, conserves, vivres. Cette rafle dure jusqu’à 10h40. Désirant savoir ce qu’il compte faire, je fais route sur le sous-marin. Mais, arrivé auprès de lui, le commandant me fait signe de m’écarter.
A 10h45, on entend plusieurs détonations sourdes. Le navire s’incline sur tribord et chavire à 11h06.

Etabli alors la voilure pour faire route sur la côte espagnole. C’est alors que je vois le sous-marin se mettre en route, cap sur nous. Il nous accoste et le commandant me dit de monter à son bord en me priant de lui remettre les papiers.
La situation était critique car nous n’avions plus qu’une seule baleinière. Le commandant me propose alors de prendre tout le monde à son bord et la baleinière en remorque pour nous conduire jusqu’en vue des côtes d’Espagne, dans les environs de Estaca-Pointe. Il m’assure qu’il peut nous mettre en toute sécurité sur un navire neutre. Craignant d’essuyer du gros temps, j’y consens.
Quand j’arrive à bord il me dit (en bon français) :
« -C’est pénible de faire une pareille besogne. Mais c’est mon devoir. Avec tous ces marins américains à votre bord…. »
Comme je lui fais remarquer que nous n’avons aucun Américain sur le DUC D’AUMALE, il me répond :
« - Ah bon ! C’est dommage… »

(nota : il est assez difficile d’interpréter ces réflexions, mais on peut penser que certains des premiers marins montés à bord du submersible ont voulu faire croire qu’ils étaient Américains)

En regardant les papiers, congés et connaissements, il me dit :
« Je sais parfaitement que de nombreux voiliers sont affrétés par votre gouvernement pour assurer le ravitaillement en blé d’Argentine. »
Je n’ai pas répondu.
C'est une fois à bord que nous avons identifié le sous-marin U 43 par les inscriptions portées sur divers instruments.
Le sous-marin se met en route à 11h50. L’après midi, le commandant permet aux hommes de monter à l’air ; il autorise les officiers et moi-même à séjourner à notre gré sur le pont. A 14h00, les Allemands montent l’antenne TSF.
De temps à autre le commandant et les officiers causent avec moi. C’est ainsi que j’apprends que le vapeur français AMIRAL TROUDE aurait été torpillé dans la nuit de Dimanche. Ce vapeur allait à Bordeaux et ils avaient surpris un câble annonçant son arrivée. Le commandant me dit aussi qu’ils espèrent torpiller sous peu un grand vapeur anglais chargé de munitions.

(nota : en fait l’AMIRAL TROUDE n’a pas été torpillé. Il peut donc s’agir, soit d’une tentative d’intoxication, soit d’un torpillage qui n’aura pas réussi, la torpille ayant manqué sa cible. Il faudrait retrouver où se trouvait l’AMIRAL TROUDE à cette date)

A 15h00, il fait aligner tout mon équipage sur le pont arrière et une photo est prise. J’ignore pourquoi.

(nota : cette photo existe-t-elle toujours et peut-on la retrouver dans les archives allemandes ?)

A 16h00, tout le monde reçoit l’ordre de descendre dans les postes avant et arrière. C’est une plongée d’exercice qui dure une demi-heure environ. J’apprends que cela se fait chaque jour avant la tombée de la nuit.

Je me suis rendu compte qu’ils avaient eu beaucoup d’égards pour mon équipage, leur donnant un supplément de nourriture et tout le nécessaire pour leurs besoins divers. J’ai aussi été traité convenablement.

Vers 22h00, j’entends un coup de canon. C’est pour arrêter un vapeur qui vient dans l’Ouest. Il augmente aussitôt sa vitesse et stoppe à 23h20. Le commandant allemand m’appelle et me donne l’ordre de vider la baleinière et d’y embarquer tout l’équipage pour être transférer sur un vapeur norvégien qui va à Portland (Etat du Maine). Je fais remarquer au commandant que je crains pour la stabilité de la baleinière si je prends 24 hommes. Il est donc décidé d’embarquer 8 hommes dans la baleinière du vapeur norvégien STORLI qui était accosté le long du bord, et les autres dans notre baleinière.

A 01h00 le 23 Janvier je quitte le sous-marin U 43 à 10 milles d’Estaca Pointe. A 01h30, les deux baleinières sont hissées et le personnel est embarqué sur le STORLI qui fait route sur Finisterre où le commandant de l’U 43 et le capitaine norvégien ont convenu de nous déposer. Nous sommes bien reçus sur le STORLI. A 14h40, nous sommes remis au chalutier espagnol MARIN qui nous dépose à Corcubion. L’état de notre baleinière ne permettait pas de nous y rendre nous-mêmes car la coque s’était déformée le long du STORLI.

Arrivé à 15h30 à Corcubion et rencontré l’agent consulaire de La Corogne.

Description du sous-marin

L’officier enquêteur écrit :

« D’après les indications du capitaine du DUC D’AUMALE, l’U 43 ressemble beaucoup à l’U 52 (note secrète de Décembre 1916 de l’Etat-Major Général).

(nota : cette note secrète est celle reproduite à la fiche EMMA LAURANS dont l’équipage, ayant séjourné deux jours à bord de l’U 52, avait pu le décrire en détail - voir fiche EMMA LAURANS-)

Sous-marin d’environ 60 m de longueur, atteignant 16 nœuds en surface. Plonge en 5 minutes mais ne pourrait rester plus de trois heures en plongée.
Equipé de 4 tubes lance-torpilles et de deux torpilles de réserve stockées dans les postes équipage. Les torpilles y sont introduites par des panneaux situés sous le pont supérieur et qui s’ouvrent à volonté de l’extérieur ou de l’intérieur. Les torpilles sont en bronze, avec cône de stabilité peint en rouge.

Une coursive centrale permet d’aller du poste central aux postes équipage avant et arrière.
Les munitions du canon de 120 mm sont placées dans cette coursive et l’approvisionnement de la pièce se fait par le panneau de hissage.

Dans le poste des officiers, le logement du commandant est situé contre la cloison du poste équipage et une porte de communication permet au commandant d’aller directement dans ce local.
Le poste central est à deux étages avec étage inférieur pour le rangement des cartes.
Le capitaine du DUC D’AUMALE a pu voir les cartes chez le commandant. L’U 43 croise régulièrement entre Ouessant et Finisterre avec, de temps à autre, des incursions sur l’embouchure de la Gironde et sur Belle Ile.

La forme extérieure de l’U 43 diffère sensiblement de celle de l’U 52. Porte filière établi à l’avant, et de loin le sous-marin ressemble à un cargo. Coque peinte en gris toile mouillée. Partie supérieure couverte d’une peinture lisse.
Deux mâts sur l’arrière. Deux périscopes. Un mât central téléscopique sur la passerelle. Antenne TSF allant de l’avant à l’arrière comme sur l’U 52.

En surface, un homme de vigie est en permanence sur le sommet du tube de passage du périscope, à quatre mètres au dessus du toit du blockhaus.

Le commandant est un lieutenant de vaisseau âgé de 43 ans et de promotion toute récente.
Etat major et équipage sont tous des mobilisés. Port d’attache Borkum.

Le moral de l’équipage, tout au moins des hommes avec lesquels le capitaine Doublecourt a pu bavarder, semble empreint d’une grande lassitude.
Le sous-marin possède eau et vivres en abondance.
Le ravitaillement en combustible s’effectue comme sur l’U 52 au moyen de raccords filetés situés à l’extérieur de la coque. Le capitaine du DUC D’AUMALE croit certain que le ravitaillement peut s’effectuer en mer. »

Notons que le STORLI, vapeur de 2271 t lancé en 1889 à Wallsend sous le nom d'ALDERSGATE appartenait depuis 1916 à l'armement norvégien Hellingsen Johannesse. Il se perdra dans l'Atlantique le 2 Octobre 1917.

Quant à Hellmuth Jürst, le commandant allemand, il ne coulera qu'un seul navire français, le DUC D'AUMALE. En revanche le 23 Janvier, juste après avoir débarquer l'équipage français, il coulera le vapeur anglais de 2747 t JEVINGTON. S'agissait-il du grand vapeur chargé de munitions ...??

Enfin, pour répondre à Daniel, l'arrivée à La Corogne semble avoir eu lieu dès le 23 au soir. Il est donc fort possible que l'équipage ait été rapatrié dès le 28 Janvier en France.

On note aussi l'assez bonne ambiance qui semble avoir régné entre Allemands et Français pendant toute l'affaire. A aucun moment il n'est question de la moindre menace, d'arrogance ou de brutalité. Tout s'est même déroulé avec une certaine courtoisie, si l'on peut dire... et les Allemands n'étaient, en tous cas, pas des obsédés du secret! Il serait intéressant d'avoir plus d'informations sur ce que devint par la suite le cdt Jürst.

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Yves D
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Re: DUC D'AUMALE Trois-mâts barque

Message par Yves D » mar. nov. 17, 2009 12:17 am

Bonsoir Olivier, bonsoir à tous
Le Jevington a priori ne transportait pas de munitions selon le S.Reg. de 1905
JEVINGTON BR 1T
2,747 Southdown SS. Co., Ltd. (Bell, Symondson & Co.), London 331.2 x 47.5
C Richardson, Duck & Co., Stockton (7) #564 120584
Torp. and sunk by U 43, 23 Jan 1917, 52 miles NW ½ W from Cape Ortegal, voy. Rosario - Rochefort, wheat

Hellmuth Jürst est né le 23.6.1881, il avait donc 36 ans. Il est entré dans la Marine Impériale avec la promo d'avril 1899 et durant la guerre il a occupé les postes suivants :
1914 à 2.1915 Off. torpilleur SMS Westfalen
4.15 à 5.17 Commandant U 43
17.12.1916 promu au grade de Korvetten Kpt (et non Kplt, promotion toute récente en effet en jan.17)
6.17 à 9.17 Etat Major du Commandement des U-Boot puis chef de la 5 U-Flottille jusqu'en 4.18
5.18 à 11.18 Off. Navigation sur SMS Derflinger
Quitte la Marine le 28.8.1919
J'ignore ce qu'il est devenu ensuite.
Amts
Yves
www.histomar.net
La guerre sous-marine 14-18, Arnauld de la Perière
et autres thèmes d'histoire maritime.

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Re: DUC D'AUMALE Trois-mâts barque

Message par olivier 12 » mar. nov. 17, 2009 9:53 am

Bonjour Yves, bonjour à tous,

Jürst a du parler au capitaine Doublecourt de sa promotion toute récente, mais celui-ci n'a pas compris que c'était au grade de capitaine de corvette. Il ne devait pas porter ses galons pendant cette journée.
L'officier enquêteur a pensé qu'il s'agissait d'un lieutenant de vaisseau car la plupart des commandants de sous-marins étaient effectivement soit LV, soit enseignes. Les capitaines de corvette étaient plutôt chefs de flottilles.

Pour le site U-boot.net, le nom du navire sauveteur est bien STORLI et non STORTI comme je l'avais écrit dans le premier post (erreur provenant du rôle d'équipage et reprise par Lacroix)

Cdlt
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Memgam
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Re: DUC D'AUMALE Trois-mâts barque

Message par Memgam » mer. août 11, 2010 7:01 pm

La photo de la perte de Duc d'Aumale, publiée ici et là, dont chez Henri Picard & Alan Villiers (1972) ou encore Brigitte et Yvonnick Le Coat (2008),

Image
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Re: DUC D'AUMALE Trois-mâts barque

Message par Memgam » jeu. août 12, 2010 11:16 pm

Olivier 12 mentionne une arrivée de Duc D'Aumale en Australie avec des avaries de mâture en 1909.

Duc D'Aumale, capitaine Lelièvre venait de Brest, arrivant à Hobart le 4 novembre pour en repartir le 30 du même mois.

Source : Patrick Ahern, French sailing ships at Australian ports, arrivals and departures 1898-1925, Patrick Ahern 2010.

Olivier 12 mentionne également l'événement de mer survenu en 1907, à Fitz-Roy en 1907.

Duc D'Aumale, capitaine Lalande, quitte Rotterdam le 19 septembre 1907 avec un chargement de coke et de fonte pour San Francisco. Une voie d'eau est découverte au large des Falklands dans le mauvais temps, et le capitaine, après avoir consulté les principaux de l'équipage, décide de s'échouer aux Iles Malouines, dans la baie de Roy Cove, ce qu'il réussit à faire le 25 novembre 1907. Le récit de cet épisode se trouve dans l'ouvrage d'Yves Le Scal, La grande épopée des cap-horniers, André Bonne, 1964, pages 174-185. Le navire est remis à flot et remorqué à Port Stanley le 17 février 1908. Le 5 avril, il part pour Montevideo où il arrive 13 jours plus tard. Il passe au bassin à Buenos Aires et reprend son voyage le 18 juillet, arrivant à San Francisco le 20 novembre 1908, 14 mois après son départ de Rotterdam.

Source : Alan Villiers & Henri Picard, The bounty ships of France, Patrick Stephen Limited, 1972.
Louis Lacroix, Les derniers grands voiliers, Peyronnet 1937.
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Re: DUC D'AUMALE Trois-mâts barque

Message par Memgam » sam. août 08, 2015 11:40 pm

Bonjour,

"Tout le monde embarque. les uns descendent à l'intérieur, où il fait chaud. Prudents, Doublecourt et ses officiers restent sur le pont. En bas, on boit le café, l'arôme monte par les panneaux ouverts. Un matelot arrive avec un plateau et présente une tasse à Doublecourt. Comme le capitaine semble vouloir en choisir une autre, le matelot s'y oppose. Bizarre. Tout à l'heure, ce même homme a versé quelque chose dans certaines tasses. De loin, Doublecourt a surpris le geste…N'est-ce pas une drogue ?
Justement, il tend des tasses vierges de tout mélange au commandant et à ses lieutenants…Le Français regrette de ne pouvoir dire à ses hommes de ne pas boire ; mais ils sont répartis dans divers compartiments à cause de l'équilibre…Et puis le commandant ne le quitte pas des yeux…Hum ! c'est suspect. Le matelot continue sa tournée. Puis le voici revenu. Sur son plateau restent deux tasses, une petite et une grande. Cette dernière est attribuée à Doublecourt qui essaie de prendre l'autre. Une fois encore le matelot refuse. La petite, c'est pour le timonier, explique-t-il du geste. Pourquoi diable n'a-t-on pas versé une seule larme de ce mystérieux flacon dans le gobelet que le marin tend à son compatriote ?
Doublecourt pose sa tasse. Il crève de froid, mais il ne boira pas. Le commandant le regarde toujours en sirotant son café. Tiens, pardi, le sien n'est pas drogué !..
-… Fameux café, dit l'Allemand. Nous l'avons pris sur un cargo venant de la Jamaïque…Vous ne buvez pas?..Vous craignez de vous brûler?..
-…Il se fout de moi par-dessus le marché…pense Doublecourt. Il croit que je me dégonfle…
Rageur, il prend la tasse.
Il boit..Oh ! mais c'est un "café féroce" ça ! moitié café, moitié rhum, et quel rhum, du vrai ! il vient aussi, sans doute, du cargo capturé…Voilà la fameuse drogue ! La tasse n'est plus trop grande !
Mais pourquoi lui imposait-on un gobelet au lieu de lui laisser choisir ?
Tout s'explique, l'alcool est interdit aux matelots en service, et le commandant allemand montre l'exemple ! Doublecourt rigole tout seul de sa méprise."

Source : Edmond Tranin, Les rouliers de la mer, (1914-1918), Payot, 1928. pages 135-137.

Cordialement.
Memgam

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Re: DUC D'AUMALE Trois-mâts barque

Message par olivier 12 » dim. juin 04, 2017 11:53 am

Bonjour à tous,

Complément sur U 43

Voici un autre récit fort intéressant concernant l’U 43 et son commandant le Capitaine de Corvette Hellmuth JÜRST. Il s’agit d’une lettre écrite au Director of Naval Intelligence par le capitaine anglais du tanker SAN HILARIO coulé le 20 Avril 1917 au large du Fastnet alors qu’il effectuait une traversée Puerto Mexico – Queenstown. Le capitaine de ce navire pétrolier avait été fait prisonnier.

Voici le SAN HILARIO

Image

« Dear Sir,

J’ai été fait prisonnier par l’U 43, commandant Hellmuth Jürst, 1er officier Müller, le 20 Avril quand mon vapeur SAN HILARIO a été coulé.
Mon traitement dans le sous-marin a été plutôt bon (quite fair), bonne nourriture en abondance et liberté de me promener sur le pont quand le bâtiment était en surface ainsi que libre accès dans tous les compartiments du sous-marin.
Le commandant du sous-marin m’a demandé, lorsque j’ai été pris à son bord, si j’avais une arme quelconque sur moi, et il a accepté sur ma seule parole de croire que je n’en avais pas. Dans la conversation, il m’a dit que nous avions été la tâche la plus chère qu’il ait eue à effectuer. Elle lui a coûté 136 obus et une torpille. Il m’a aussi dit que son canon de 120 était maintenant inutile car tous les sous-marins utilisaient maintenant du 105 mm. Il a pris le chemin du retour le 27 Avril et nous sommes arrivés à Emden le 4 Mai 1917.

Le KorvettenKapitan Jürst (Nota : le capitaine anglais qui n’a sans doute pas bien compris le nom l’écrit Yuerst) a effectué là son dernier voyage. Il a été promu au commandement d’une patrouille.

Le 24 Avril, U 43 a discuté avec U 93 et le 25 Avril avec U 67. U 93 est un très grand sous-marin et a relevé U 43 sur cette station de patrouille. Il est équipé de 2 canons de 105 mm, un sur l’avant et 1 sur l’arrière. Son commandant a dit au Cdt Jürst avoir coulé le FOXGLOVE quelques jours auparavant.

(Nota : FOXGLOVE était une frégate de patrouille de 1200 t. qui n’a jamais été coulée. En revanche, U 93 avait coulé le 18 Avril le norvégien TROLDFOS, 1459 t. Il est probable que l’anglais a mal interprété le nom. U 93 était alors commandé par le Kptlt Edgar von Spiegel von und zu Peckelsheim)

Je n’ai vu aucun équipement de largage de mines sur U 43 et pas de mines à bord. Il est bien pourvu en obus et possède une mitrailleuse légère sur l’arrière.
Dans une conversation, j’ai entendu dire qu’un vapeur avait été coulé avant que je sois capturé (sans doute le TOWER GATE) et le même jour la barque russe AUGUST a été détruite. Sur ce voilier il y avait l’épouse du capitaine. Elle et tout l’équipage se sont réfugiés dans un seul canot et j’ai peur qu’ils soient tous perdus car le canot était terriblement surchargé.
(Nota : tout l’équipage semble avoir été recueilli)
Le 21 Avril, j’ai vu un tanker être détruit par un autre sous-marin
(Très probablement le TELENA par l’U 61 du Kptlt Victor Dieckman)
Le 22 Avril le shooner américain WOODWARD ABRAHAMS a été détruit.
Le 23 Avril, 2 torpilles ont été lancées sur un bâtiment de guerre britannique du type CANOPUS.
Le 24 Avril la barque suédoise CORDELIA a été coulée. Les canots de ce navire étaient en si mauvais état que j’ai protesté auprès du commandant du sous-marin, lui disant que c’était un crime de laisser tout ce monde dans de pareils embarcations. Il a acquiescé et consenti alors a prendre six hommes à bord du sous-marin, disant que les Suédois étaient des amis de l’Allemagne et qu’il ne souhaitait pas leur faire le moindre mal.
Le 25 Avril ABOSSO a été coulé. Le même jour SWANMORE a été attaqué, mais a pu s’échapper, U 43 ayant eu une avarie de machine. J’ai toutefois entendu dire que le vapeur avait finalement été coulé par U 93 qu’U 43 avait appelé à la rescousse.
(Nota : information partiellement exacte. SWANMORE a bien été coulé ce jour-là, mais par U 50 du Kptlt Gerhard Berger.)
Le 26 Avril le shooner russe EHRGLIS a été détruit et le tanker norvégien HECTORIA torpillé.
Le 3 Mai, deux chalutiers ont été capturés mais je n’ai pas été autorisé à monter sur le pont.
(Nota : il s’agit de CONCORDIA et EMMA)

J’ai été extrait du sous-marin par un destroyer à Borkum et emmené à Emden où j’ai été interné sur un vieux croiseur.

L’équipage du sous-marin parlait anglais et la plupart d’entre eux très bien. Ils étaient très amicaux et bien disposés envers moi. Ils m’ont dit que le seul adversaire qu’ils craignaient était le destroyer car ils pouvaient esquiver tout autre bâtiment. Mais être aperçu par un destroyer était généralement fatal pour un sous-marin.
Le destroyer qui accourut au secours de l’ABOSSO passa juste au dessus du sous-marin qui eut à peine le temps de s’immerger. Il était si proche que dans le sous-marin on percevait les vibrations des hélices. Le torpillage de l’ABOSSO fut célébré avec un punch pour l’équipage et du champagne pour les officiers, et l’usuel « Hoch the Kaiser ! ». C’était après avoir échappé de justesse au destroyer et le sous-marin était en plongée à 70 m. »

Lettre envoyée le 10 Novembre 1919 par le Captain Thomas F. COLE

Commentaire

Les récits faits par des marins marchands capturés par des sous-marins sont toujours passionnants. Dans le cas de l’U 43, ce récit recoupe tout à fait celui fait par les hommes du DUC D’AUMALE. En particulier, l’ambiance à l’intérieur du sous-marin est bien décrite et conforme à celle ressentie par les marins français. On note d’ailleurs que le caractère du commandant inspire aussi celui de ses hommes et se reflète dans l’attitude générale existant à bord. Et dans certaines circonstances comme par exemple après une très chaude alerte, il pouvait arriver qu'un verre d'alcool soit autorisé... :)

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Re: DUC D'AUMALE Trois-mâts barque

Message par olivier 12 » mar. juin 06, 2017 10:02 am

Bonjour à tous,

Le sous-marin U 43 qui coula DUC D'AUMALE photographié le 20 Novembre 1918 lors de sa reddition à Harwich

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Cdlt
olivier

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