Se battre encore en 1919 ?

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Bernard Plumier
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Re: Se battre encore en 1919 ?

Message par Bernard Plumier » sam. janv. 31, 2009 6:42 pm

Bonjour,

suite a une question concernant l'identification d'un uniforme a 9 chevrons dans la rubrique Collections, je me suis rappele d'une question qui me chatouille depuis longtemps.

Aidez-moi a me gratter :

Apres le 11 Novembre 1918, de nombreux regiments Francais et allies ne furent pas demobilises, et eurent la desagreable surprise de se retrouver su un nouveau front d'operations, dans les Balkans et la Russie, contre le mouvement revolutionnaire communiste. Cette periode me semble bien peu documentee, et pourtant certains survivants des tranchees sont alles mourir la-bas.

Je n'ai jamais lu sur cette epoque que les pages qu'y consacrent le "Capitaine Conan", de Roger Vercel.

Qui pourrait nous en dire un peu plus ? Quel livre me conseilleriez-vous ?

Amicalement

Bernard
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ddumont
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Re: Se battre encore en 1919 ?

Message par ddumont » sam. janv. 31, 2009 6:49 pm

bonjour
Sans vraiment faire avancer le schmilblick,je crois meme que des Français se sont battus jusqu'en 1920/21 en Pologne.

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TURPINITE
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Re: Se battre encore en 1919 ?

Message par TURPINITE » sam. janv. 31, 2009 9:12 pm

Bonsoir Bernard,

En décembre 1917, le général Guillaumat succède à Sarrail au commandement en chef des armées d'Orient. Il réorganise le commandement en créant un état-major interallié adapté à la direction d'une armée " multinationale " et obtient des moyens matériels qui lui permettent d'envisager une offensive. Sa mission reste néanmoins modeste après l'effondrement de la Russie qui aboutira à la signature, le 3 mars 1918, du traité de Brest-Litovsk entre les Russes et les Allemands mais qui entraîne d'ores et déjà le transfert de nombreuses divisions allemandes sur le front de l'Ouest. Ses efforts vont donc tendre à maintenir l'intégrité du front macédonien et y fixer le plus grand nombre de forces ennemies.
La situation des Alliés s'améliore peu à peu. L'Empire ottoman, inquiet de ce qui se passe sur son front d'Asie, l'Autriche, bloquée devant le front italien, et l'Allemagne, concentrée sur son offensive en France en mars 1918 retirent une partie de leurs troupes des Balkans. La Bulgarie reste donc le principal adversaire.
Le général Guillaumat prépare ses plans mais il est rappelé par Clemenceau pour prendre le commandement de Paris, à nouveau menacé par l'avance des armées allemandes en mai - juin 1918. Le général Franchet d'Esperey, son successeur, arrive le 18 juin 1918 à Salonique. Il poursuit l'œuvre entreprise et prépare une offensive généralisée à travers les montagnes.

Le général Guillaumat. Source : L'Illustration - l'album de la guerre 1914-1919


Cependant, il doit attendre l'accord des gouvernements britannique et italien toujours réticents à une action d'envergure dans la région. Le 15 septembre 1918, l'armée d'Orient passe à l'offensive dans deux directions : l'action principale au centre (forces serbes et françaises) en direction de Belgrade, par Usküb (aujourd'hui Skopje) pour couper en deux les armées bulgares, et une action secondaire (forces britanniques et grecques) à l'est vers la Bulgarie en direction de la vallée du Vardar et du lac Doiran.

Les divisions serbes progressent à une vitesse remarquable, appuyées par des unités grecques et françaises. Parmi ces unités françaises, un raid devenu célèbre est accompli par la brigade à cheval des chasseurs d'Afrique du général Jouinnot-Gambetta qui traverse 70 kilomètres de montagnes à près de 2 000 mètres d'altitude, sans routes ni cartes ni fantassins et batteries de 75 pour l'appuyer. Les cavaliers foncent en direction d'Usküb, capitale de la Macédoine, qu'ils prennent par surprise le 29 septembre. Cet épisode constitue la dernière charge de l'histoire de la cavalerie française. Le front bulgare est brisé et un armistice (le premier de la guerre) est signé avec la Bulgarie le soir même.
Le général Franchet d'Esperey poursuit vers le nord, franchit le Danube et marche sur Bucarest, ouvrant la route vers l'Autriche, quand l'armistice du 11 novembre met fin aux combats. Ainsi, comme le reconnaîtront plus tard le maréchal von Hindenbourg, commandant en chef des armées allemandes, et le général Ludendörff, son principal collaborateur, la rupture du front de Macédoine en septembre 1918 a précipité la défaite des Empires centraux en provoquant la capitulation en chaîne de la Bulgarie (29 septembre), de l'Empire ottoman (30 octobre), de l'Autriche (3 novembre) et enfin de la Hongrie qui ne signe que le 13 novembre.
Près de 300 000 soldats français, dont plus de 50 000 ne sont jamais revenus, ont combattu sur ces terres balkaniques où ils ont vécu une fraternité d'arme avec leurs alliés serbes. Ceux que Clemenceau avaient appelés avec mépris "les jardiniers de Salonique", leur reprochant longtemps leur inaction, poursuivent la guerre cinq mois de plus que leurs camarades, postés en Roumanie et tenant le front sud de la Russie contre les bolcheviques. Ce n'est qu'en mars 1919 que les poilus d'Orient sont rembarqués d'Odessa avec le sentiment d'avoir injustement été les oubliés de la Grande Guerre.
Revue "Les Chemins de la Mémoire n° 148" - mars 2005 pour MINDEF/SGA/DMPA

Amicalement
Florian
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Re: Se battre encore en 1919 ?

Message par ALVF » sam. janv. 31, 2009 10:08 pm

Bonsoir,

Pour étudier les opérations de l'Armée d'Orient après la rupture du front Bulgare suivie de la capitulation de la Bulgarie en septembre 1918, un bon résumé des opérations est contenu dans le livre du Capitaine F.J Deygas "L'Armée d'Orient dans la guerre mondiale-1915-1919" -Payot-1932.
Ce livre ontient un chapitre sur l'occupation de Constantinople et un autre sur "L'Armée d'Orient en Russie" qui contient un résumé de l'avance vers Odessa et des combats qui durèrent jusqu'en juin 1919.
Pour une relation plus détaillée voir les ouvrages du Général Bernachot "Les Armées françaises en Orient après l'armistice du 11 novembre 1918".
Trois tomes-Imprimerie Nationale 1970:
-T1: L'Armée d'Orient et l'Armée de Hongrie 11/11/1918 au 10/09/1919.
-T2: L'Armée du Danube, l'Armée d'Orient 28/10/1918 au 25/11/1920.
-T3: Le Corps d'occupation de Constantinople.
Cordialement, Guy.

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Tanker
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Re: Se battre encore en 1919 ?

Message par Tanker » dim. févr. 01, 2009 1:02 am

Bonsoir,

Pour le BCAAM de Pau, la grande guerre c'est 1914 - 1920 . . . .
Les combats en Crimée avec les Russes blancs contre les rouges font encore partie de la première guerre mondiale.
L'AS 303 était présent à la chute d'odessa avec ses Renault FT et le 1° BCL du 501° RAS a rejoint sa garnison à l'été 1920. . . . .

Les marins font probablement partie de ceux qui ont pu profité le mieux de ce supplément de guerre,
car c'est la Marine qui a rapatrié de Crimée tout ce beau monde.
Chez certains marins, le "rouge soviétique" commençait un peu à faire tache d'huile . . . .

Michel

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patrick mestdag
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Re: Se battre encore en 1919 ?

Message par patrick mestdag » dim. févr. 01, 2009 1:29 am

Bonjour Bernard

Pour la Russie

voir sujet de 2005

Expédition à Archangel (Russie)


http://pages14-18.mesdiscussions.net/pa ... 2340_1.htm

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Re: Se battre encore en 1919 ?

Message par ALVF » dim. févr. 01, 2009 6:15 pm

Bonjour,

La campagne de l'Armée d'Orient en Russie et Ukraine fut loin d'être une "promenade militaire".Les surprises y furent nombreuses, ainsi le poste installé au carrefour stratégique de voies ferrées et de route dans la ville de Birezovka à 100 km au Nord d'Odessa fut attaqué par surprise en mars 1919 par les "bolcheviks", la garnison put se replier mais en abandonnant une batterie de 75 mm, une batterie de 65 mm de Montagne et surtout 5 chars Renault FT.Ces chars envoyés tardivement en Orient n'avaient pu participer à l'offensive contre les Bulgares en septembre 1918 et furent employés en Ukraine, notamment à Odessa.Ces cinq chars capturés expliquent pourquoi les premiers chars soviétiques construits dans les années 1920 ressemblent beaucoup aux chars Renault.
Le dernier grand combat de l'Armée d'Orient date du 27 mai 1919 en Bessarabie, après le repli d'Odessa.Ce jour là les "Bolcheviks" attaquent par surprise la ville de Bender occupée par des éléments des 30° D.I et de la 16° D.I Coloniale.L'attaque de nuit permet aux "Bolcheviks" d'occuper les 3/4 de la ville, mais une contre-attaque magistrale de la 16° D.I.Col, notamment du 21° bataillon de Tirailleurs Algériens, rejette l'Armée Rouge vers le fleuve Dniestr.Dans la débâcle de la traversée du Dniestr, l'Armée Rouge perd plusieurs centaines d'hommes noyés ou fauchés par des tirs massifs de mitrailleuses.C'est à Bender que sont tombés les derniers poilus de l'Armée d'Orient.
Cordialement, Guy.

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Bernard Plumier
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Re: Se battre encore en 1919 ?

Message par Bernard Plumier » dim. févr. 01, 2009 7:58 pm

Bonjour a tous,

un grand merci pour vos reponses, et les liens interessants.

Je ne peux m'empecher de ressentir pas mal de compassion pour tous ceux qui se sont retrouves dans cette aventure, alors que leurs copains etaient demobilises, et que leurs combats n'avaient plus rien d'une guerre de liberation de leur patrie... Pas facile de motiver ces troupes dans ces circonstances !

A-t-on une idee du volume des effectifs engages par la France ?

Comment les regiments furent-ils choisis ? S'agissait-il uniquement de regiments composes de soldats de metier, ou y avait-il des conscrits ?

Amicalement

Bernard
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margareta
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Re: Se battre encore en 1919 ?

Message par margareta » dim. févr. 01, 2009 8:30 pm

Bonsoir à tous

Les "oubliés de l'Orient"..... il y aurait beaucoup à dire, mais à l'époque toutes leurs victoires avaient été occultées.
L'armée d'Orient, devenue armée de Hongrie, avait pour mission de faire respecter les clauses de l'armistice dans les pays occupés.
Les 227è R.I. et 210è R.I. ont participé à l'occupation en Hongrie. Mon père y était, il a été rapatrié le 13/8/1919.
La mission de l'armée de Hongrie terminée, elle rentre en France et dans un dernier geste d'amitié offre ses armes et son matériel à la Serbie.
La France n'accordait qu'une attention secondaire à ce qui se passait dans les Balkans, trop occupée par ses problèmes d'après guerre et à panser ses plaies. Cette indifférence explique la désillusion et la rancoeur des "Poilus" devant l'ingratitude du haut-commandement à l'égard de leurs sacrifices.
Amicalement
Denise
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Re: Se battre encore en 1919 ?

Message par ALVF » dim. févr. 01, 2009 10:35 pm

Bonsoir,

Les effectifs engagés en Russie et en Ukraine étaient importants, trois divisions françaises (à effectifs réduits par les combats de 1918 et la démobilisation des classes anciennes) accompagnées de trois divisions grecques (celles-ci souffrirent beaucoup lors de la retraite d'Odessa).Les jeunes classes étaient toujours mobilisées au sein des divisions françaises.Ceci explique que plusieurs unités, sans se mutiner au sens propre du terme, mirent peu de zèle à combattre en Russie car la situation était très "mouvante": proximité de forces russes "blanches" aux motivations souvent discutables, intense et habile propagande des "Bolcheviks", lassitude et manque de moyens des forces françaises.Le repli d'Odessa fut négocié directement avec les forces bolchéviques qui favorisèrent le repli des français et des grecs pour mieux écraser les forces "blanches" et même massacrer certaines couches de la "bourgeoisie" d'Odessa et de Sébastopol.
Beaucoup reste à écrire sur ces faits, les forces françaises firent même "coopérer" des unités allemandes dans leur lutte contre les "Bolcheviks" car il n'existait pas assez de moyens maritimes pour évacuer rapidement ces forces allemandes (il ne faut pas oublier que l'armée allemande occupait encore en force l'Ukraine, la Crimée avec Sébastopol, la Roumanie et la Bessarabie à la date de l'armistice du 11 novembre 1918).Pour compliquer encore la situation, les forces Ukrainiennes issues de la déclaration d'indépendance de l'Ukraine livraient des combats pour leur propre compte (anciens alliés de allemands, hostiles aux russes "blancs" ou "rouges").Le principal souci du commandement français fut de s'extirper sans trop de "casse" de ce guépier où les anglais ne firent que de timides incursions, surtout navales.Le Commandant en Chef des alliés en Orient, le Général Franchet d'Espérey n'était pas favorable à cette expédition qui fut essentiellement imposée par le gouvernement de Georges Clémenceau.
Cordialement, Guy.

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