FRONT DE SAINTE-MARIE-AUX-MINES 1914-1918

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cedsch
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Re: FRONT DE SAINTE-MARIE-AUX-MINES 1914-1918

Message par cedsch » lun. nov. 29, 2004 2:10 pm

"FRONT DE SAINTE-MARIE-AUX-MINES (1914-1918)

C’est en lisant l’article fort documenté de Jean JOSEPH, de Dieffenbach-au-Val, concernant le chemin de fer stratégique « LA LORDONBAHN » du Val de Villé, que m’est venue l’idée de me pencher sur un domaine peu connu de l’histoire de Ste-Marie-aux-Mines, à savoir ce qu’a pu être le front tenu par les allemands au cours de la guerre 1914-1918.
Bien sûr, nombre de Ste-Mariens connaissent le petit livre vert relatant les faits de guerre de la vallée, édité par M. CELLARIUS en 1920. Ce livre, excellent en soi, ne dit rien sur la ligne de front pour la bonne raison qu’aucun civil ne pouvait monter dans les tranchées du Violu ou du col de Ste-Marie. Lorsqu’un 1919, les démobilisés, les chômeurs de l’époque, comblèrent les tranchées ; firent sauter les abris et démantelèrent les installations militaires, aucune photo ne fut prise, aucun plan ou tracé ne furent relevés. 70 ans ont passé depuis. La configuration du sol et du paysage a changé. De nombreux vestiges ont disparu. Les anciens qui savaient encore sont décédés, et les rares survivants ne se souviennent plus de rien. Pourtant, j’ai estimé que cela valait la peine de consigner ce qui restait, parce que les années passant et les souvenirs s’estompant, peu de choses subsisteraient de cette période qui a pourtant marqué les générations qui l’ont vécue et l’histoire de Ste-Marie.

Je me suis donc attelé à la besogne, et je dois reconnaître que j’ai été beaucoup aidé par un petit fasCicule que m’avait remis M. HAAS, de Colmar, et qui était dédié aux anciens combattants des unités allemands stationnées à Ste-Marie. Ce précieux petit livret, introuvable depuis longtemps, m’a permis de suivre à la trace l’ancienne ligne de front. Hélas, trop de choses ont disparu au cours de ces dernières décennies, et il m’a souvent été difficile de me repérer ou d’imaginer qu’à tel endroit se trouvait un camp ou un abri pourtant mentionnés sur la carte et dont la description est formelle. Je cite le cas typique du lieu appelé aujourd’hui « Hegelau » où plus rien ne rappelle l’existence de ce village de soldats. J’ai également trouvé l’explication de faits restés obscurs, et je livre au lecteur le résultat de mon travail et de mes investigations. Pour faciliter la compréhension de mon récit et des mes descriptions, je me place à l’époque de la guerre, mettons en été 1918 et j’adopterai le style direct du reporter. Mais avant de commencer, faisons un peu d’histoire.

Le 31 juillet 1914, à 3 heures du matin, marque la fin de la « Belle Epoque » pour Ste-Marie. A cette heure-là les premières troupes allemandes composées d’uhlans, d’une batterie d’artillerie et de sections de mitrailleuses font leur apparitions dans la ville. Après une courte éclipse en août, mais ,qui voit les français entrer à Ste-Marie, les troupes allemandes réapparaissent, disputent aux français la possession des hauteurs et s’installent pour quatre longues années dans notre bonne ville qui devient ainsi la cible de l’artillerie française.
De novembre 1914 à novembre 1918, le front ne varie qu’insensiblement. Les français occupent le sommet du Bernardstein et du Violu, les troupes allemandes tiennent fermement les pentes. Située seulement à 3-4 km du front, Ste-Marie connaît à peu près toutes les affres de la guerre. Pourtant, malgré tout, le sort lui est clément et la ville sort presque indemne de l’épreuve. A ses habitants est épargné un funeste exode. Bien sûr, ses plaies sont nombreuses et l’observateur les discerne facilement.

Immédiatement en entrant en ville à gauche, on découvre les décombres du grand gazomètre rappelant les tirs d’artillerie du 16 août 1915. Les installations ferroviaires, la gare, les usines environnantes, la filature Hallenstein (Bloch) et un grand nombre de maisons portent les traces bien visibles des obus français et la paisible population civile de la ville a déjà payé un lourd tribut en morts en blessés et passé d’innombrables heures dans les caves et les abris.

Pourtant, combien de villes et villages, situés souvent plus loin que Ste-Marie de la zone des combats, ne sont plus que décombres ; leurs malheureux habitants, dispersés dans des régions étrangères, connaissent le triste sort des personnes déplacées. Etait-ce l’intérêt des français de ménager Ste-Marie, ou avaient-ils la crainte de fortes représailles sur les localités situés derrière le front, en particulier St-Dié ? Nous n’en savons rien. La situation géographique de Ste-Marie démontre bien qu’aucun de ses quartiers n’est à l’abri de l’artillerie française.
A Ste-Marie même, la rue principale longe sur près de 3 km d’est en ouest la montagne. Au nord de dresse le Kreuzberg (Croix de Mission), au sud le Schulberg et à l’ouest l’énorme massif du Pain de Sucre semble verrouiller la vallée. Entre le Schulberg (Rain de l’horloge) et l’Eichkoepfel couronné par le château d’eau au sud-ouest, s’étendent les rues St-Louis et d’Echery, se dirigeant vers Echery et le Rauenthal. Les rues Rebert et de la Gare frôlent le Schulberg au sud et la rue du Tir monte à l’assaut de la Croix de Mission.
De nombreuses usines textiles (filatures, tissages, teintures et apprêts) donnent du travail aux habitants. Début août 1914, toutes marchent encore, et puis lentement les roues cessent de tourner. Ce n’est pas le silence pour autant, puisque les grandes salles de ces usines sont envahies par les « Feldgrauen » et des artisans de tout poil y établissent leur atelier.
Comme les usines, les écoles sont réquisitionnées et hébergent en permanence la troupe. Y sont installés infirmeries, cantines, salles d’études, magasins, « Schreibstuben », dépôts pour instruments de musique et bagages. Même un cinéma de campagne y trouve sa place. Le théâtre sert longtemps d’hôpital de campagne et son toit, marqué de la croix rouge sur fond blanc, est visible de partout. Ensuite, il est rendu à sa destination première et la croix rouge effacée. Aux troupes de comédiens militaires ambulants est réservée la lourde tâche de distraire les soldats en mal de tranchées. Avec la création de « Frobületa »(Frontbühne Leberthal) le théâtre de Ste-Marie est doté d’un personnel attitré, et à côté des artiste en « feldgrau » des dames exercent leurs talents. Les représentations sont dignes d’éloges.
L’établissement des bains municipaux a également la faveur des soldats, et leur gérant, M. Balhem, s’occupe des sépultures militaires. En face du bain, un immense pou indique la station de dépouillage, le « Lausoleum ». Place de la Fleur, le parc du génie (Pionierpark) occupe beaucoup de monde. Dans chaque quartier de la ville on trouve une cantine et une cuisine roulante (Feldküche). A côté des soldats, de nombreux enfants pauvres tendent leur gamelle. Dans la cour de l’hôpital, derrière la mairie, la roulante du 1er Bataillon du L.I.R. 80 est constamment entourée des pensionnaires de l’hospice. A noter aussi les nombreux cafés où soldats et civils se retrouvent pour d’interminables parties de cartes, pour boire une bière bien fade, discuter et de temps à autre danser et oublier les misères de la guerre. Le concert-apéritif du dimanche matin attire toujours beaucoup d’auditeurs. A noter aussi les nombreux baraquements abritant les chevaux, les forges, les charronneries, l’infirmerie pour chevaux et ânes situés au fond du Fenarupt, à Fertrupt, Blumenthal et autres lieux.
Après ces préliminaires, venons-en au front proprement dit. Lorsqu’en septembre 1914, les troupes allemandes se retirent su leurs nouvelles positions, le secteur « Leber » allant de la Chaume de Lusse au nord, jusqu’à la ligne Brézouard-Aubure au sud, est confié à la 61ème Landwehr-Brigade unité prussienne de réserve, mais comprenant principalement des Bavarois et des Hessois. Celle-ci est recommandée par le général Ferling, dont une rue de Ste-Marie porte le nom. Sont à mentionner, les nombreuses unités formant cette brigade, toutes réserve et de la territoriale, en, particulier le L.I.R. 80 qui occupe les crêtes depuis septembre 1914, les Brigades-Ersatz Btl. 81-58 et 84, le Ersatz-Reg., le Jäger-Btl. 8, le 15ème Pioniere, la Minenwerfer-Komp. 409, le 2ème Bayerische Ersatz-Reg. Et les Landsturm-Infanterie Btl. De Weilheim, Friedberg, Kempten, Bonn, Passau, Landshut, Düren et Augsburg. A ne pas oublier les formations d’artillerie qui soutiennent efficacement ces unités. En août 1914 les français se font refouler par les différentes Ersatz-Btl. Bavarois ainsi que par le régiment d’infanterie wurtembergeois 180. Leurs trop nombreuses tombes sont toujours entretenues avec soin, de même que les sépultures françaises.
Ainsi que je l’ai déjà mentionné, aux environs de la Toussaint 1914, les français essayent de rejeter les allemands des hauteurs de Ste-Marie. Ils réussissent en partie et occupent les crêtes. Les allemands s’accrochent aux pentes. C’est ainsi que des deux sommets du Bernhardstein, le plus élevé, celui à l’ouest, reste entre les mains des français. Le Bernhardstein (856m) et la Tête du Violu (993m) sont les points chauds de la guerre de position du secteur de Ste-Marie. Mentionnons que c’est au Bernhardstein que la ligne du front français passe en territoire allemand jusqu’à la frontière suisse.
Maintenant, avec notre officier-guide, montons en ligne et passons en revue les différents secteurs. De Ste-Marie, la route menant au col et à la frontière passe par le vallon du Robinot, contourne le Grand Hennaumont, frôle la maison forestière du Clésio (Pflanschule), salue les quelques abris et cuisines situés avant le virage et atteint à 772m le col. Jusqu’à l’automne 1914, sur territoire français, deux auberges accueillaient les touristes et les passants. Puis, les obus français remplacent les touristes et les douaniers, et jour après jour, les soldats voient la lente agonie de ces maisons, les trous dans les toits, les ouvertures des fenêtres béantes et finalement des amas de pierres sous lesquels ils se terrent dans des abris bétonnés. C’est aussi ici, avec beaucoup d’autres, qu’est tué, en août 1914, le colonel Fèvre, dont la tombe est toujours fleurie. A droite du col s’élèvent le Haut de Faîte et la Roche des Chèvres. De ce point nous avons une vue magnifique vers la France. Nous distinguons bien les villages, les bosquets, les fermes, au fond le massif de l’Ormont et à ses pieds, la ville de St-Dié.
Quelques ballons captifs brillent au soleil. Ce haut de Faîte, au vu des nombreuses tombes, a coûté la vie à bien de braves soldats. Un peu plus au nord, du côté alsacien, changement de décor ; un immense camp militaire sylvestre frappe nos yeux. Ce camp, crée à l’origine par le colonel Hegel, du Landsturm Btl. Weilheim, s’appelle « Hegelau ». Il est considérablement agrandi et embelli par le L.I.R. 80. La fontaine, dessinée par un architecte de Mayence, est remarquable, ainsi que le mess des officiers, en briques rouges, dénommé das Rothaus. Une station de pompage, située dans le vallon du Robinot ainsi qu’un transformateur, alimentent ce camp en eau potable et en électricité. Nous continuons toujours vers le nord par les cotes 907, 963, 987. Les nombreuses tombes, les trous individuels, rappellent les durs combats de 1914 avec les chasseurs alpins. Quelques huttes de branchages témoignent encore de leur passage. Nous arrivons à la Chaume de Lusse où nos yeux étonnés contemplent le téléphérique dit « Eberhardbahn », amenant matériel et approvisionnement par le vallon du Petit-Rombach. Tout un système de chemins de fer de campagne, la « Lordonbahn » ravitaille le secteur voisin et s’étend jusqu’à la Lusse et Lubine. Exténués, nous nous arrêtons là pour la nuit, partageons l’ordinaire du Feldgrau et couchons dans un confortable abri.
Le lendemain, par une belle matinée d’été, nous reprenons nos périgrinations par un très bon chemin forestier construit par les pionniers du Landsturm et remplaçant un petit sentier. Ce chemin servira certainement plus tard à l’exploitation forestière. Cette route appelée « Dürenenstrasse » mène après maints détours, par les bois dits « Devant les Héraux » aux positions du Bois du Dansant de Faîte. En suivant cette route, nous avons à notre gauche des ruines de l’ancienne ferme-auberge du « Renclos des Vaches » et vers le nord-ouest, les vallons du Mont et des Yraux avec ses habitations détruites et son curieux cimetière. Nous atteignons les deux camps sylvestres « Altena » et « Werdohl » qui ressemblent fortement, avec leurs agencements et leurs abris témoins, à celui de la Hegelau. Environ 500m plus haut, le long de la Bergstrasse, se trouve la tombe, fort bien entretenue, du médecin-major Lépine, fils de l’ancien préfet de police de Paris. La Dürenerstrasse trouve sa continuation par le Wiesbadenerstrasse qui longe de très près les premières lignes. Une ruine, dans le vallon d’Aubry-Goutte, nous rappelle le souvenir de soldats surpris et blessés par un coup de main français. D’un poste avancé nous apercevons distinctement le village de Wisembach abandonné par ses habitants. Outre une usine détruite et le clocher décapité, le village ne paraît pas avoir trop souffert de la guerre. Passant par les jardins et la route couverte de végétation, la première ligne française s’étire à droite vers le Bois du Chêna et à gauche vers le Bois de Beulay. Nous découvrons aussi la route de Ste-Marie - St-Dié qui déroule ses lacets vers le vallon de la Cude et la maison forestière du Rain des Orges vers le Bois de Beulay. Par les postes avancés de Dagsburg, Felsenburg et Strassburg, nous atteignons les ruines du col.
Jusqu’à présent, souvent quelques centaines de mètres nous séparent des lignes françaises et, dans la forêt assez épargnée, nous pouvons en toute quiétude circuler sur les chemins et regarder le paysage sans craindre un coup de fusil. Au sud du col, il en va tout autrement. Le temps est loin où la troupe pouvait aller et venir sans crainte sous l’épaisse froridaison de la forêt. Maintes fois les soldats pouvaient scier et clouer hors des tranchées. Les français, sans être vus, faisaient bien entendu de même. Puis, inexorablement, vint l’agonie de la majestueuse forêt. D’abord quelques arbres isolés, puis plusieurs ensembles, frappés et décapités, formèrent par la suite un inextricable lacis de troncs et de branches. Même ceux-ci furent hachés par l’acier des obus de tous calibres et la mitraille. Lentement la montagne, autrefois très boisée, prit l’aspect d’un crâne chauve, hérissé de quelques moignons d’arbres. La terre, toute bouleversée, ressemblait étrangement à un paysage lunaire.
Pourtant, sous ce terrain ravagé par les obus et cette forêt hachée par la mitraille vivent, d’une façon précaire, dans des abris inconfortables, des hommes, plutôt des taupes, sales, mal rasés et mal habillés. Un réseau dense de tranchées, de boyaux, de parallèles conduit à leurs antres et en première ligne. Celle-ci est séparée de l’ennemi par un parapet et un entrelacement inextricable de chevaux de frises et de barbelés. Quelques mètres seulement séparent bien souvent les deux tranchées adverses. La première ligne, bien aménagée avec ses fascines et ses sacs de terre, ses créneaux, ses chicanes, ses plaques de tir à fente verrouillable, ses filets protecteurs pare-grenades et pare-éclats et ses abris, offre une certaine sécurité. Pour une meilleure observation, des tours en béton armé et pourvues de sacs de sable ont été construites çà et là. Malgré leur aspect peu engageant, ces tours sont relativement sûres.
Etant donné le peu de distance entre les tranchées antagonistes, la tendance de pratiquer la guerre des mines est grande. Elle consiste à faire sauter, grâce à une galerie souterraine bourrée d’explosifs (la sape) les positions adverses, ce qui arrive de temps à autre sur les pentes du Bernhardstein et du Violu. On imagine mal l’angoisse de la sentinelle de faction la nuit dans une position avancée. Aussi longtemps qu’elle entend le bruit de la pioche, elle est rassurée. Puis ce bruit s’arrête pendant un temps assez long. Va-t-on sauter avec les camarades ?
Un étroit boyau nous conduit des positions du Bernhardstein français à travers une dépression du terrain, dans la première ligne. Ici les tranchées, continuellement bouleversées et fortement endommagées par les tirs français, sont souvent impraticables. La pelle et la pioche sont des instruments indispensables pour se frayer un chemin. Environ à mi-pente, entre le sommet et le chemin de la Landwehr, nous trouvons le terminus du téléphérique amenant tout le matériel de la vallée du Hergauchamp. Un système de wagonnets sur rails, la « Hannsmannbahn » du type 3, assure la liaison entre les secteurs est et ouest du Bernhardstein. Au terminus inférieur du téléphérique aboutit le petit chemin de fer à voie étroite venant de la maison forestière du Clésio. Ici les attelages et camions venant de la ville déchargent leur cargaison de matériel de guerre et le ravitaillement sur les plateaux du petit train.
Le long du chemin de la Landwehr, on trouve les abris pour la Réserve, un parc du génie, une forge, des cantines et cuisines, l’infirmerie, de nombreux abris pour les munitions ainsi que les stands des « Minenwerfer » (mortiers) et l’Etat-Major. Une « Förderbahn » dessert tout ce secteur. Au pied du Bernhardstein, on nous montre également la station de pompage ainsi que le poste de transformateur électrique. Tout le secteur est pourvu en eau, air comprimé et électricité. Toutes les fermes du vallon du Hergauchamp sont abandonnées et révèlent d’importants dégâts dus aux bombardements. La dernière surtout est la cible de l’artillerie française, à voir les nombreux impacts autour du bâtiment, qui lui n’a que peu souffert. Pour mémoire, rappelons quelques noms des nombreux abris du Bernhardstein. Nous y trouvons : Glaube, Hoffnung, Heimat, Waldfriede, Hindenburg, Falkenhausen, Weddigen, Ludendorff, Friede, Alter Fritz, Münchener Kind’l, Landwehrhöhle, Landwehrruh, Lustiger Osswald, Arbeitsnachweis, Kegelbahn, Hermannsruh, D-Zug etc.
Nous quittons le Bernhardstein par le boyau de liaison à forte pente passant par le vallon du Hergauchamp et le Bois des Hussards (cote 851) et nous atteignons, exténués, les positions du Violu nord, massif de 993,5m situé au sud du Bernhardstein. Ici, également, la même image s’offre à nos yeux, forêt morte, paysage lunaire, d’innombrables entonnoirs, barbelés, hérissons, chevaux de frise, tranchées. Continuellement, il faut se battre à la pelle pour maintenir libre le passage dans les tranchées, quotidiennement nivelées par l’artillerie. Le libre passage de ces tranchées est impératif, étant donné que les Français, occupant le sommet de la montagne, ont vue dans les lignes allemandes et tout passage à découvert est quasiment mortel. A tout ceci s’ajoute l’action des intempéries. Toute pluie, ou orage, transforme les tranchées en torrents de boue, et bien souvent les caillebotis seuls permettent le passage. Nous traversons la première ligne du secteur Violu nord par les points d’appui « Beton et Rentnertum ». La défense des accès à ces derniers a été particulièrement soignée. Des doubles-portes blindées, avec fentes verrouillables et des chicanes, empêchent quasiment toute intrusion. Dans certains endroits particulièrement visés, un treillis oblige toute personne à se courber pour passer inaperçue. Autour de l’abri « Berwerk » se développe tout un ingénieux système d’abris souterrains. Ici la ligne dessine une courbe rentrante, et c’est presque à angle droit que nous atteignons une position avancée, très curieuse et unique, composée de sacs de sable, la « Flankenburg ». Nous sommes dans le secteur du Violu sud. Dans un saillant, le « Eberhardeck », nous apercevons le célèbre abri « Geschienter Lorenz » connu par le coup de main des français, qui embarquèrent un jour tous ses occupants. Par un boyau boueux, nous atteignons le « Badenerweg » (Chemin des Badois). Ici aussi nous voyons de nombreux et confortables abris ainsi que le terminal d’un téléphérique. Récemment une nouvelle installation de téléphérique mieux adapté aux besoins, a pris la suite du chemin de fer à voie étroite dite « Benzolbahn ou Albertibahn » relayée au Pain de Sucre par le funiculaire « Wickeaufzug » qui amène de Ste-Marie tout ce qu’il faut en munitions, matériel et ravitaillement. Le dernier secteur de la compagnie tombe à pic sur la route de la Petite Lièpvre. Alors là, nous nous croyons en Bavière. Toutes les inscriptions et indications nous transportent dans ce pays. Il est frai que beaucoup de secteurs sont occupés par les Bavarois. Voici quelques extraits de ces indications ou abris : München, Passau, Starnberg, Dachau, Bräurös’l, Torggelstube, Wind’Istoa etc. Devant nous, le no man’s land. Dans une prairie, nous apercevons les ruines de l’ancienne auberge de la Maison de Bois ; derrière elles, les premières lignes françaises. Nous retournons au « Badenerweg » où un petit chemin de fer militaire dénommé « Eugenbahn » nous fait défiler devant d’impressionnants abris jusqu’au « Eselweg » où nous visitons le très confortable abri dit « Stabsblockhaus » ou d’Etat-Major.
De cet abri, nous voyons devant nous ce que les « Feldgrauen » d’ici appellent le grand cimetière. Effectivement ce cimetière, très bien aménagé, avec ses plates-bandes et son monument, son portique en bouleau blanc avec l’inscription « Friedhof des Brigade Ersatz Btl 84 », ses nombreuses tombes bien entretenues nous serre le cœur. Tant de soldats reposent ici. L’officier accompagnateur nous dit que ce cimetière n’est pas à l’abri des tirs d’artillerie. Nous remontons légèrement la pente vers les ruines de la ferme de la Petite Chaume avec également toute une série de tombes. Même les morts n’ont point de repos. Toutes ces tombes sont annotées avec précision. Cela permettra plus tard aux proches de les repérer avec exactitude.
Nous sommes bien étonnés de passer ensuite devant un chalet de type suisse. Ce dernier abritait d’abord une infirmerie et tient lieu actuellement de clinique dentaire. En face se trouve la blanchisserie (Waschanstalt) du Btl. 58 et une ravissante petite piscine avec eau chauffée nous invite presque à nous baigner. D’ici, nous avons une vue magnifique sur la ville de Ste-Marie, la vallée, la plaine d’Alsace et la Forêt-Noire au fond.
A notre droite, nous découvrons la Petite-Lièpvre avec le col des Bagenelles, le Haïcot et le Brézouard. Nous aurions aimé rester ici contempler longuement ce paysage, mais il nous fait continuer notre chemin. En passant, nous jetons un coup d’œil sur l’imposant blockhaus qui abrite l’infirmerie. Devant nous, le massif du Pain de Sucre avec ses nids de mitrailleuses, ses fortins, ses réseaux de barbelés, ses abris dispersés dans la forêt, ses tranchées, mérite bien le nom de « Feste » ou fort. Nous avons beaucoup de chance, devant les ruines d’une ancienne ferme passe juste le train militaire, à voie étroite, tiré par une machine à benzol, sans fumée, pour ne pas être repéré des français, la « Albertibahn ». Nous faisons signe au conducteur qui nous embarque, et par une large tranchée rectiligne sur le flanc sur le Pain de Sucre, nous atteignons la station supérieure du téléphérique dit « Wickeaufzug », un solide blockhaus aménagé.
De cette station supérieure, où règne une activité fébrile et qui ressemble à une gare, vu le nombre imposant de matériel et sa disparité, nous prenons place dans de curieux wagonnets qui, malgré la forte pente, restent à peu de chose près à l’horizontale. Une sonnerie retentit, et doucement nous glissons vers la vallée. Dans cette descente de nombreux piétons (militaires) nous font signe et subitement nous entendons le martèlement sourd de la machine à broyer les pierres, située dans la carrière de l’autre côté de la route. Nous voyons des hommes qui, comme des fourmis, se meuvent dans la paroi et font tomber des pans entiers de roches. Sur la route il y a une intense circulation : des embouteillages, des convois, de longues colonnes de voiture hippomobiles et de camions, des piétons isolés, des formations qui essayent de rejoindre le but qui leur est assigné. Une légère secousse, le wagonnet s’arrête. Tout le monde descend. Le parcours a duré douze minutes. Pendant que nous descendions d’une côté, une tonne de matériel a rejoint la gare supérieure de l’autre côté, épargnant ainsi aux chevaux et ânes faméliques une épuisante montée. Ayant touché à la roulante notre maigre pitance, harassés et fourbus, nous nous étendons avec délice sur les bas-flancs. Nous entendons fort bien la fusillade et un tir d’artillerie et sommes heureux d’être à l’abri. Nous avons néanmoins une pensée pour ces hommes que nous avons côtoyés dans les lignes du Violu durant cette journée.
Le lendemain, reposés, nous attaquons le dernier secteur de la brigade, situé le plus au sud et an altitude. Un camion militaire nous conduit à Echery, que nous voyons fortement endommagé par l’artillerie. Nous débarquons face aux vestiges des anciennes mines. Après environ une heure de marche, nous atteignons la gare du funiculaire Rauenthal-Haïcot appelé « Ferlingaufzug ». Celui-ci force notre admiration. Ici les soldats du génie se sont surpassés. Roulant sur une voie tantôt en pente, tantôt horizontale, traversant les ponts, s’engouffrant dans un étonnant tunnel et défilant devant le parc du génie et les baraquements de l’ »Eselsmatte », ce funiculaire nous conduit, à une allure raisonnable, au collet situé entre le Haïcot et le Brézouard à environ 1000m d’altitude. De là nous escaladons le Brézouard à 1228m. Une vue splendide s’offre à nous : en face le sommet dénudé et bombardé de la Tête des Faux et plus au sud, les champs de bataille du Linge, du Schratzmaennele et du hartmannswillerkopf. Nous distinguons nettement les Alpes. De cette hauteur notre vue plonge sur les positions allemandes du Violu et du Bernhardstein : un enchevêtrement de tranchées et de boyaux et un paysage minéral. Notre accompagnateur nous raconte que ces sommets du Haïcot et du Brézouard sont recouverts en été de framboises, de myrtilles et de mûres que cueillent les soldats pour améliorer leur pitance ordinaire. De retour au collet nous souffrons un peu devant l’imposant et confortable blockhaus d’Etat-Major avec vue sur le Rauenthal, la ville et la vallée de Ste-Marie. A côté de ce blockhaus, le Landsturm Btl. Bonn a érigé un très joli monument commémoratif. Vers l’ouest, nous suivons le « Koenigsweg », vers l’intendance et ses étonnants abris. Une mosaïque du Btl. Friedberg exécutée en 1915, représentant le lion du pays de Hesse, nous retient un instant. Il y a des artistes dans les unités ! A droite, sur la crête, et s’étirant vers le bas, s’étendent les pâturages du Haïcot. Au centre, les ruines de la ferme nous rappellent, qu’au temps de la paix, les marcheurs faisaient halte ici. Des sentiers raides, souvent adoucis par les marches, nous conduisent aux postes avancés du Lernythal. De l’abri « Hohe Acht », nous voyons très bien les positions françaises de la place Mandray, de la Roche des Fées, du Coq de Bruyère ainsi que le Gretschy. Dans les prés en contrebas de celui-ci, les ruines des fermes sont le but des patrouilles des deux adversaires.
Nous continuons notre parcours par le « Metzerweg ». Les derniers avant-postes allemands s’étirent sur le versant nord, vers la Petite Lièpvre et constituent la liaison avec les positions du Violu sud. La route de la Petite Lièpvre est impraticable de jour, étant continuellement sous le feu des français. C’est ainsi que, parallèlement à la route, un peu en hauteur, un boyau, le « Mosergraben » assure les communications avec Echery. Nous retournons au « Metzerweg » et par la crête du Schulberg (Rein de l »Horloge), en passant devant la position « Dicke Buche », où nous nous arrêtons un instant pour jouir une dernière fois de l’imposant panorama qui s’étend autour de nous, nous nous engageons sur des sentiers rocailleux qui nous amènent au Rauenthal. En peu de minutes nous sommes à Echery et à la route camouflée menant à Ste-Marie.
En retournant à Ste-Marie, je n’ai pu m’empêcher de penser à ces hommes vivant sur les hauteurs, exposés à tout instant au danger et à la mort, mal logés, mal chauffés, mal habillés et très mal nourris, confrontés à des travaux durs et inhabituels, à un climat souvent rude et inhospitalier, loin des leurs et près des tombes des camarades fauchés à la fleur de l’âge.
Un sentiment d’amertume nous submerge en pensant que tout cela c’était pour rien. Pourtant ces hommes ont fait leur devoir.
Nous pensons aux générations futures qui, lorsqu ‘elles emprunteront ces chemins des Vosges et verront les vestiges de cette guerre, auront une pensées émue pour ces hommes, qui des deux côtés ont combattu avec abnégation, durant quatre ans, dans des conditions atroces.
Je termine ici le récit de mon périple de quelques jours dans les lignes et le secteur de la 61ème Landwehr Brigade. Puisse ce rapport servir un jour à l’histoire de Ste-Marie et à présenter ce que fut le front durant quatre ans sur ces hauteurs vosgiennes !

Ste-Marie, juillet 1983
Robert GUERRE"

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vincentfr66
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Re: FRONT DE SAINTE-MARIE-AUX-MINES 1914-1918

Message par vincentfr66 » mer. janv. 09, 2008 5:23 pm

il a aussi dans les livre la guerre de 1914-1918 dans le val de liepvre aussi magnifique livre mais introuvable aussi j ai ue l un des dernier livre
bonjour je recherche des carte sur le violu

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rohmer
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Re: FRONT DE SAINTE-MARIE-AUX-MINES 1914-1918

Message par rohmer » mer. janv. 09, 2008 6:20 pm

Bonjour à Tous,
Bonjour Patrice,

2004....2008.....qui dit mieux....? :lol: :lol:

Je retourne à mon tricot. :pt1cable:
Amicalement.
Evelyne.

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rohmer
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Re: FRONT DE SAINTE-MARIE-AUX-MINES 1914-1918

Message par rohmer » mer. janv. 09, 2008 7:32 pm

Oui, et l'autre à l'envers....la maille, ...pas l'oeil :lol: :lol:

Amicalement. :hello:
Evelyne.

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Jean RIOTTE
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Re: FRONT DE SAINTE-MARIE-AUX-MINES 1914-1918

Message par Jean RIOTTE » mer. janv. 09, 2008 7:59 pm

Bonsoir,
Heureusement ! :lol: :pt1cable: [:jean riotte:2] [:jean riotte:4]
Cordialement.
Jean RIOTTE.

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cedsch
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Re: FRONT DE SAINTE-MARIE-AUX-MINES 1914-1918

Message par cedsch » mer. janv. 09, 2008 9:07 pm

Bonjour à tous,
Bonjour Cédric,
J'espère que tu n'as pas trop mal aux doigts :D
Merci pour avoir pris le temps de transcrire ce très intéressant article.
Je me fais un c/c pour essayer de reprendre tout ça tranquillement avec ma 25 000 ;)
J'ai envie de parodier notre ami Eric: encore! encore! :lol:
Amicalement, Patrice.
Merci Patrice

pour la date, même moi je ne me rappelais plus avoir écrit ce poste.
content qu'il serve à quelqu'un même 4 ans après.

a+
Cédric
Cordialement,
SCHEPPLER Cédric

http://hwk68.free.fr/l_hwk_021.htm

Pierre Grande Guerre
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Re: FRONT DE SAINTE-MARIE-AUX-MINES 1914-1918

Message par Pierre Grande Guerre » dim. nov. 09, 2008 4:44 pm

Merci beaucoup, Cedric. Votre article concernant le Tète du Violu et le Bernhardstein est le plus profond, que j'ai trouvé au internet; mes compliments!

Pierre
Amsterdam, Pays Bas
http://pierreswesternfront.punt.nl

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cedsch
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Re: FRONT DE SAINTE-MARIE-AUX-MINES 1914-1918

Message par cedsch » dim. nov. 09, 2008 10:06 pm

Merci Pierre

a+
Cédric
Cordialement,
SCHEPPLER Cédric

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LOTHAR
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Re: FRONT DE SAINTE-MARIE-AUX-MINES 1914-1918

Message par LOTHAR » lun. nov. 10, 2008 9:28 am

Bonjour cedsch, bonjour à tous.

Bravo pour cette page d'histoire très intéressante sur le front des Vosges. Voici quelques visages de soldats allemands, tombés sur ce front : en haut de G. à D.

Le Landwehrmann Franz Strohamer (agriculteur) du Bay. Landw. J.R.2 (2ème R. I. de Landwehr Bavarois), tué le 20/07/1915 lors de la seconde bataille pour la prise de Munster (32 ans).

Franz-Xaver Schauer (agriculteur) 8ème de Réserve Bavarois, tué le 19/02/1915 à Mulbach (alsace) il avait 22 ans.

Le Gefreiter (Caporal) Michael Sareiter 8ème Compagnie du 1er R.I. de Landwehr Bavarois, tué le 27/07/1915 par une balle dans la tête au Linge-Barrenkopf (37 ans)

En bas de G. à D.

Le Reservist Benedikt Ritz 12ème Comp. du 1er R. I. de Landwehr Bavarois, tué le 21/06/1915 par un éclat d'obus sur Metzeral, dans les bois de l'Anlasswasen (côte 741), il avait 32 ans.

L'Infanterist Jakob Omasmeier (fils d'un meunier) du 23ème de Réserve Bavarois, tué le 20/02/1915 sur Munster par une balle dans le ventre (21 ans)

L'Unteroffizier Heinrich Hausberger 7ème Compagnie du 1er de Landwehr Bavarois, tué le 22/07/1915 lors de la seconde attaque sur Munster, sur les hauteurs de Metzeral (37 ans).Image

Je tacherai d'inclure des photos de St.-Marie-aux-Mines (L.I.R.80 + B.E.B.84) plus tard.

Bonne journée à tous.

Olivier.

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cedsch
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Re: FRONT DE SAINTE-MARIE-AUX-MINES 1914-1918

Message par cedsch » lun. nov. 10, 2008 9:42 am

Bonjour à tous,

merci Olivier pour cartes

a+
Cédric
Cordialement,
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