Re: ERNESTINE Brick goélette de Saint Malo
Publié : lun. août 04, 2014 1:58 pm
Bonjour à tous,
ERNESTINE
Brick goélette de 160,38 tx JB 124 tx JN
Construit en 1882 par le chantier Gautier de Saint Malo
Immatriculé à Saint Malo n° 3725
En 1914, armé pour la grande pêche sur les bancs de Terre neuve, il appartenait à l’armateur Avril Fils.
Il semble avoir été repris pendant la guerre par un armateur de Quiberon, Le Quellec, mais était exploité par la Société Générale d’Armement, 4 Place Graslin à Nantes.
Cette Société Générale d’Armement possédait pendant la Grande Guerre les voiliers
LA FONTAINE, LA PEROUSE, LA ROCHEFOUCAULT, LEON BLUM, MAC MAHON, MARECHAL DAVOUT, MARECHAL DE TURENNE, MARECHAL DE VILLARS, MARIE, MEZLY, MICHELET, MOLIERE, NANTES, NEUILLY, NOEMI, NOTRE DAME D’ARVOR, RENE KERVILER, SAINT LOUIS, SULLY, THIERS, TOURAINE, VENDEE, VERSAILLES, VILLE DE MULHOUSE et VINCENNES.
Elle possédait aussi une filiale à Arcachon, spécialisée dans la pêche avec des chalutiers à vapeur comme SAINT JOSEPH, NAALSO, IRMA et JEANNE CELINE.
Enfin, il semble bien qu’elle exploitait pour son compte certains voiliers caboteurs comme ERNESTINE.
Note de la Société Générale d’Armement au Capitaine de Vaisseau commandant la Marine à Nantes 18 Mai 1917
Nous signalons à votre attention la conduite du capitaine CATROU, commandant notre brick goélette ERNESTINE. Ce navire a pris à Swansea un chargement de briquettes à destination d’Arcachon. (Nota : on peut légitimement penser que ce charbon était destiné aux chalutiers à vapeur de l’armement.) Il a relâché à Falmouth qu’il a quitté le 17 Avril 1917 au soir en convoi composé de 4 navires français et de 2 goélettes anglaises. Le point de séparation fixé par l’Amirauté était l’île Vierge. Vent d’WNW.
Le 18 Avril, ERNESTINE se trouvait sous le vent du convoi lorsqu’il a du lofer pour doubler les roches de Portsall. A 06h40, le brick goélette SURCOUF, qui était à 1,5 mille au vent d’ERNESTINE fut canonné et coulé par un sous-marin. Notre capitaine fit immédiatement vent arrière pour se diriger vers la côte pour échapper au sous-marin. Ne le voyant plus, il revint au plus près pour doubler les roches de Portsall quand le sous-marin fut à nouveau aperçu se dirigeant vers ERNESTINE à toute vitesse.
Voici un extrait du récit du capitaine
« Je savais qu’il n’y aurait pas d’avertissement et que le sous-marin nous coulerait le plus vite possible. Plutôt que de mettre sur le mât, j’ai laissé porter vent arrière pour lui échapper. Nous filions 5 nœuds. Le 1er coup fut en bonne direction, mais 6 m trop court. La gerbe d’eau fut énorme et faillit nous couvrir, mais seuls quelques embruns volèrent à bord. J’avais pris la barre et, comme le canot était prêt, j’y embarquai l’équipage tout en le maintenant amarré à couple. Seul le maître d’équipage est resté avec moi, prêt à exécuter mes ordres.
Le 2e coup, tiré à obus explosif, a touché l’eau à la même distance du couronnement, tellement près que les autres navires nous ont crus coulés. Un des éclats a fait une déchirure dans la grand voile et l’explosion m’a rendu sourd quelques instants.
Le 3e coup fut tiré précipitamment sans doute car le convoyeur avait ouvert le feu. Il passa à ranger la mâture, sans nous faire de mal. Le sous-marin riposta par un ou deux coups sur le chalutier, quand deux torpilleurs sortirent de l’Aber Wrach et lui donnèrent la chasse. Malheureusement, il était trop tard. »
Nous estimons que le capitaine Catrou a fait preuve d’un très grand sang froid et, par sa manœuvre, a sauvé son navire. Nous vous serions très obligés de signaler sa conduite à Monsieur le Ministre de la Marine.
Note du Capitaine de Vaisseau commandant la Marine à Nantes au Ministre de la Marine. 12 Juin 1917
En complément de l’enquête faite à La Pallice, le bâtiment ayant fait relâche à l’île de Ré, on peut juger que le capitaine Catrou a fait preuve de courage et d’abnégation. En restant seul à la barre et en faisant embarquer son équipage dans un canot qu’il maintenait à l’abri sous le vent du bâtiment, il s’exposait seul avec son maître d’équipage.
L’arrivée des torpilleurs a débarrassé ERNESTINE du sous-marin, mais la conduite du capitaine n’en reste pas moins digne d’éloges
Le sous-marin attaquant
Comme pour le SURCOUF, c’était l’UC 26 du KL Matthias Graf von Schmettow.
Epilogue
ERNESTINE sera néanmoins coulée quelques semaines plus tard, le 13 Juin 1917, à six milles dans l’WNW du cap Ferret, par canonnage, par l’UC 48 du KL Kurt Ramien. (Récit à venir ultérieurement)
Cdlt
ERNESTINE
Brick goélette de 160,38 tx JB 124 tx JN
Construit en 1882 par le chantier Gautier de Saint Malo
Immatriculé à Saint Malo n° 3725
En 1914, armé pour la grande pêche sur les bancs de Terre neuve, il appartenait à l’armateur Avril Fils.
Il semble avoir été repris pendant la guerre par un armateur de Quiberon, Le Quellec, mais était exploité par la Société Générale d’Armement, 4 Place Graslin à Nantes.
Cette Société Générale d’Armement possédait pendant la Grande Guerre les voiliers
LA FONTAINE, LA PEROUSE, LA ROCHEFOUCAULT, LEON BLUM, MAC MAHON, MARECHAL DAVOUT, MARECHAL DE TURENNE, MARECHAL DE VILLARS, MARIE, MEZLY, MICHELET, MOLIERE, NANTES, NEUILLY, NOEMI, NOTRE DAME D’ARVOR, RENE KERVILER, SAINT LOUIS, SULLY, THIERS, TOURAINE, VENDEE, VERSAILLES, VILLE DE MULHOUSE et VINCENNES.
Elle possédait aussi une filiale à Arcachon, spécialisée dans la pêche avec des chalutiers à vapeur comme SAINT JOSEPH, NAALSO, IRMA et JEANNE CELINE.
Enfin, il semble bien qu’elle exploitait pour son compte certains voiliers caboteurs comme ERNESTINE.
Note de la Société Générale d’Armement au Capitaine de Vaisseau commandant la Marine à Nantes 18 Mai 1917
Nous signalons à votre attention la conduite du capitaine CATROU, commandant notre brick goélette ERNESTINE. Ce navire a pris à Swansea un chargement de briquettes à destination d’Arcachon. (Nota : on peut légitimement penser que ce charbon était destiné aux chalutiers à vapeur de l’armement.) Il a relâché à Falmouth qu’il a quitté le 17 Avril 1917 au soir en convoi composé de 4 navires français et de 2 goélettes anglaises. Le point de séparation fixé par l’Amirauté était l’île Vierge. Vent d’WNW.
Le 18 Avril, ERNESTINE se trouvait sous le vent du convoi lorsqu’il a du lofer pour doubler les roches de Portsall. A 06h40, le brick goélette SURCOUF, qui était à 1,5 mille au vent d’ERNESTINE fut canonné et coulé par un sous-marin. Notre capitaine fit immédiatement vent arrière pour se diriger vers la côte pour échapper au sous-marin. Ne le voyant plus, il revint au plus près pour doubler les roches de Portsall quand le sous-marin fut à nouveau aperçu se dirigeant vers ERNESTINE à toute vitesse.
Voici un extrait du récit du capitaine
« Je savais qu’il n’y aurait pas d’avertissement et que le sous-marin nous coulerait le plus vite possible. Plutôt que de mettre sur le mât, j’ai laissé porter vent arrière pour lui échapper. Nous filions 5 nœuds. Le 1er coup fut en bonne direction, mais 6 m trop court. La gerbe d’eau fut énorme et faillit nous couvrir, mais seuls quelques embruns volèrent à bord. J’avais pris la barre et, comme le canot était prêt, j’y embarquai l’équipage tout en le maintenant amarré à couple. Seul le maître d’équipage est resté avec moi, prêt à exécuter mes ordres.
Le 2e coup, tiré à obus explosif, a touché l’eau à la même distance du couronnement, tellement près que les autres navires nous ont crus coulés. Un des éclats a fait une déchirure dans la grand voile et l’explosion m’a rendu sourd quelques instants.
Le 3e coup fut tiré précipitamment sans doute car le convoyeur avait ouvert le feu. Il passa à ranger la mâture, sans nous faire de mal. Le sous-marin riposta par un ou deux coups sur le chalutier, quand deux torpilleurs sortirent de l’Aber Wrach et lui donnèrent la chasse. Malheureusement, il était trop tard. »
Nous estimons que le capitaine Catrou a fait preuve d’un très grand sang froid et, par sa manœuvre, a sauvé son navire. Nous vous serions très obligés de signaler sa conduite à Monsieur le Ministre de la Marine.
Note du Capitaine de Vaisseau commandant la Marine à Nantes au Ministre de la Marine. 12 Juin 1917
En complément de l’enquête faite à La Pallice, le bâtiment ayant fait relâche à l’île de Ré, on peut juger que le capitaine Catrou a fait preuve de courage et d’abnégation. En restant seul à la barre et en faisant embarquer son équipage dans un canot qu’il maintenait à l’abri sous le vent du bâtiment, il s’exposait seul avec son maître d’équipage.
L’arrivée des torpilleurs a débarrassé ERNESTINE du sous-marin, mais la conduite du capitaine n’en reste pas moins digne d’éloges
Le sous-marin attaquant
Comme pour le SURCOUF, c’était l’UC 26 du KL Matthias Graf von Schmettow.
Epilogue
ERNESTINE sera néanmoins coulée quelques semaines plus tard, le 13 Juin 1917, à six milles dans l’WNW du cap Ferret, par canonnage, par l’UC 48 du KL Kurt Ramien. (Récit à venir ultérieurement)
Cdlt