Armes récupérées sur le front

TBARDIN
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Armes récupérées sur le front

Message par TBARDIN » sam. mai 23, 2020 7:22 pm

Bonjour,

Beaucoup de soldats ont récupérés des armes sur le front, en tout cas côté français, souvent des k98 que pas mal de descendants conservent encore. Je me demandais s'il y avait une prépondérance du côté de certaines armes (artillerie, infanterie, ...) pour la récupération de ces armes, comment elles pouvaient être récupérées et si cela était autorisé.

Bien cordialement.

bbl56
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Re: Armes récupérées sur le front

Message par bbl56 » dim. mai 24, 2020 2:31 pm

Pour les 98k, il doit d'agir des Kar 98 a, mais pas si répandues. C'est surtout le G98 (Gewehr 98) qui a pu être capturé, il était largement dominant dans les armées allemandes. Il pouvait y avoir des G88 "capturables" dans les unités de deuxième ligne.
Sur la légalité, sans connaitre très précisément celle en vigueur à l'époque, il faut se souvenir que le régime restrictif que nous connaissons date de 1939. Avant cela, l'acquisition et la détention d'un fusil Lebel ou G98 était libre. Il reste à savoir dans quelle mesure l'autorité militaire acceptait ce genre de capture.
Enfin, j'imagine que l'infanterie était plus à même se se constituer ce genre de butins, l'artilleur n'ayant pas pour vocation principale d'aller occuper les positions ennemies.
Par analogie, le GI dans la guerre d'après avait le droit de rapporter ce qu'il voulait, à condition que cela rentre dans son sac à paquetage. D'où parfois des armes longues avec des crosse coupées proprement pour que tout rentre, une fois l'arme démontée.

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Frederic S.
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Re: Armes récupérées sur le front

Message par Frederic S. » dim. mai 24, 2020 7:30 pm

Bonsoir,
Un petit témoignage du sergent-major Emile Imberton du 11e BCA, extrait de 2 de ses lettres :
Alsace 21 juin 1915
[...] Nous avons fait une grande quantité de prisonniers ces jours derniers. J’en ai profité pour prendre un fusil boche que des amis de Gérardmer se chargent de vous faire parvenir. Il vous sera probablement adressé demain par la gare. Vous m’aviserez, je vous prie, Mon cher Monsieur Fournau, lorsque vous l’aurez reçu.[...]

Alsace le 2 juillet 1915
[...] Comme je vous l’avais fait connaître dans ma dernière lettre, j’avais fait parvenir à une personne de Gérardmer un fusil boche modèle 1915 pour qu’elle vous le fasse parvenir. J’ai reçu hier soir un mot de cette même personne. Elle a bien reçu le fusil en question mais il lui est, paraît-il, impossible de vous l’envoyer, la gare refusant tous colis. C’est bien ennuyeux. Enfin, je lui écris par ce même courrier de le conserver chez elle. Je pense pouvoir descendre à Gérardmer d’ici quelques jours et je ferai tout mon possible pour vous faire parvenir ce petit souvenir. [...]
Cordialement,
Frédéric S.

ALVF
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Re: Armes récupérées sur le front

Message par ALVF » dim. mai 24, 2020 10:14 pm

Bonsoir,

La récupération par les militaires de tous grades des "trophées" et singulièrement des armes de l'ennemi est très courante mais elle est aussi réglementée.

-1: tout d'abord, ce que disent les règlements: il est interdit aux "hommes" de s'approprier les armes et munitions ramassées sur le champ de bataille.
...au début de la guerre, la récupération organisée des armes ennemies est la règle. D'ailleurs les Instructions sur l'armement réglementaire de 1915 décrivent et expliquent le fonctionnement des deux armes les plus couramment récupérées, le fusil G 98 et le fusil G 88. Ces armes sont distribuées à des forces supplétives et à des alliés, notamment en Orient.
...la récupération des armes individuelles est à la charge de l'Artillerie (qui gère tout l'armement) qui les trie, les répare et regroupe les armes utilisables.
...ceci explique que les armes longues ennemies sont au début de la guerre presque toutes récupérées dès le retour en arrière des troupes ayant fait des prisonniers. Les armes longues sont difficiles à dissimuler. Les soldats gardent donc plus facilement les armes de poing et aussi les grenades qui seront souvent source d'accidents.
...officiellement, il n'est donc pas permis de garder les armes capturées. J'ai noté plusieurs instructions ministérielles:
DM du 6 février 1917 (Rappel): "Interdiction de s'approprier les armes et munitions ramassées sur le champ de bataille qui sont exclues de la catégorie des souvenirs pouvant être conservés par les hommes". La catégorie "souvenirs" comprend les casques, couteaux, ceinturons mais exclut en principe les pattes d'épaule qui doivent être remises aux officiers chargés du renseignement.
DM du 7 novembre 1918: "...étend aux sabres allemands l'autorisation donnée aux hommes d'emporter des souvenirs bien spécifiés de la guerre".
On voit que les armes à feu demeurent en principe interdites de récupération.

-2: dans les faits, la réalité est toute autre. Il existe dans les récits et témoignages des dizaines de faits montrant que dès le début de la guerre, les soldats "récupèrent" de l'armement. Ainsi au lendemain de la Bataille de la Marne, un soldat vend un bon prix un P 08 à un "bourgeois" en voiture sur les arrières immédiats du front. Autre exemple, l'abbé Cabaret, populaire car il ramène les corps des soldats abandonnés sur le champ de bataille, se constitue un petit Musée de souvenirs et un artilleur lui procure le plus beau fusil G 98 d'un lot récupéré après une attaque en Artois. On pourrait multiplier les exemples d'autant que les officiers et sous-officiers ne se privent pas de "récupérer" des souvenirs de tous ordres.
Le haut-commandement est bien conscient de cet état de fait, il manie la menace pour éviter les abus mais il tarifie les armes rares à récupérer pour inciter les soldats à les ramener. Un bon prix est donné pour les armes automatiques ou armes nouvelles, y compris les munitions comme les cartouches anti-char du gros fusil Mauser anti-char "Tank Gewehr" dont les munitions manquent pour réaliser des essais poussés de perforation.
Un fait demeure, dans les années d'après-guerre, on peut constater l'abondance des armes ramenées par les soldats. La police et la gendarmerie le constatent lors des faits divers tragiques car la législation est très permissive jusqu'en 1919 pour toutes les armes individuelles. Les armes automatiques sont seules interdites ce qui n'empêche pas des bandits corses de légende de poser aux côtés de mitrailleuses légères MG 08-15!
Cordialement,
Guy François.

Rutilius
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Armes récupérées sur le front.

Message par Rutilius » lun. mai 25, 2020 7:21 pm

Bonsoir à tous,

Durant la Grande guerre et jusqu’en 1939, la détention d’armes de guerre, cartouches ou autres munitions de guerre demeurait prohibée par l’article 3 de la loi du 24 mai 1834 sur les détenteurs d’armes et de munitions de guerre (Bull. des Lois 1834, n° 124, Texte n° 277, p. 113), disposition qui était ainsi rédigée :

« Tout individu qui, sans y être légalement autorisé, aura fabriqué ou confectionné, débité ou distribué des armes de guerre, des cartouches ou autres munitions de guerre, ou sera détenteur d’armes de guerre, cartou-ches ou munitions de guerre, ou d’un dépôt d’armes quelconques, sera puni d’un emprisonnement d’un mois à deux ans, et d’une amende de seize francs à mille francs.

La présente disposition n’est point applicable aux professions d’armurier et de fabriquant d’armes de com-merce, lesquels resteront seulement assujetties aux lois et règlements particuliers qui les concernent. »


L’article en question ne fut, en effet, expressément abrogé que par l’article 40 du loi décret-loi du 18 avril 1939 relatif au régime des matériels de guerre, armes et munitions (J.O. 13 juin 1939, p. 7.463), texte adopté par le Gouvernement Daladier sur le fondement de la loi du 19 mars 1939 lui ayant accordé, jusqu’au 30 novembre 1939, la faculté de « prendre, par décrets délibérés en conseil des ministres, les mesures nécessaires à la défense du pays. » (J.O. 20 mars 1934, p. 3.646).


Il semble néanmoins qu’il ait été rarement appliqué, bien que commenté au mot « Armes » du « Diction-naire-formulaire des parquets et de police judiciaire » de Gustave Le Poittevin (Librairie nouvelle de droit et de jurisprudence Arthur Rousseau, Paris, 1884, T. I., p. 157). Ceci s’explique sans doute par la circonstance que la loi de 1834 s’était abstenue de définir ce qu’il convenait d’entendre par « arme de guerre ». Il revenait donc aux tribunaux de décider si une arme pouvait ou non être qualifiée de telle. Et, à cet égard, la Chambre criminelle de la Cour de cassation décida que l’appréciation du juge du fond était souveraine et échappait à son contrôle (Cass. 15 juin 1877, Jean-François Louis Franceschini : Bull. crim. 1877, n° 143, p. 285). Mais, en droit, elle considéra que la loi de 1834 n’admettait pas l’excuse de bonne foi, punissant le fait matériel de détention d’une arme de guerre, indépendamment de tout élément intentionnel de son possesseur [i](Même arrêt)[/i].

Bien amicalement à vous,
Daniel.

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