Bonjour à tous,
SAINT MARC
Naufrage du 5 Septembre 1916
Vapeur affrété de la Compagnie Navale de l’Océanie (sic). 4084 tx JB 5818 tpl
Avait quitté Corfou le 3 Septembre 1916 pour Bizerte, en convoi avec (semble-t-il) SAINT JEAN et un autre vapeur dont le nom est malheureusement illisible, escorté par le chalutier LA SAVOIE III.
Armé d’un canon de 47 mm modèle 1885
Capitaine SALAUN CLC inscrit au Conquet.
Equipage de 31 hommes et 8 officiers, tous Français.
Le 5 Septembre, le SAINT MARC se trouve par 35°30 N et 14°00 E, route au S28W à 9,5 nds
Mer belle, beau temps, très bonne visibilité.
Un sous-marin est aperçu par le travers Td à 7 ou 8 milles, route au S 45 W. Il porte à mi-drisse le pavillon allemand. Le SAINT MARC vient aussitôt à gauche toute pour lui présenter l’arrière et augmente sa vitesse à 11 nds. Il ne peut augmenter plus, sa coque étant sale.
A 11h10, le sous-marin ouvre le feu et le 1er obus tombe à 800 m sur l’AR. Le SAINT MARC réplique, mais ne tire qu’un seul coup car l’obus tombe à mi-distance. Le capitaine Salaun estime inutile de continuer le tir car le sous-marin est trop éloigné et ne se rapproche pas.
Il continue la poursuite, tirant environ une dizaine de coups espacés d’au moins deux minutes.
L’ordre d’évacuation est alors donné. Tous les documents secrets sont placés dans un sac lesté et jetés à la mer. L’équipage évacue dans l’ordre dans les trois baleinières, le capitaine en dernier. Au cours de cette évacuation, un homme, (matelot en sursis d’appel de la Direction du port de Sidi Abdallah) est blessé. Sa main est engagée dans une poulie et ses doigts écrasés.
Dès que le sous-marin voit les canots s’écarter du bord, il se rapproche des embarcations et son commandant ordonne au capitaine de venir seul à son bord, avec les papiers du bord.
Il demande en anglais : « Pourquoi avez-vous riposté et essayé de résister ? » Le capitaine Salaun répond : « J’ai le droit de me défendre. Mais parlez-moi en français car je ne comprends pas l’anglais ». L’Allemand va continuer en français. Il l’informe qu’il va le laisser libre. Il lui offre une cigarette (le capitaine refuse poliment) Il l’informe qu’il a à son bord trois capitaines anglais faits prisonniers les jours précédents et lui remet trois lettres destinées à leurs familles en lui demandant de les poster en France.
Nota : ces trois officiers devaient être les capitaines des vapeurs AILES RAPIDES, coulé le 01/09, STRATHALLAN, coulé le 02/09 et LARISTAN, coulé le 04/09.
A la demande du capitaine, le marin blessé est transféré sur le sous-marin afin de recevoir des soins.
Après que les canots se soient éloignés, le SAINT MARC est coulé à coups de canons, vers 12h20, par
35°24 N et 14°02 E.
Le sous-marin était long de 50 à 60 m, haut de plus de 2m, et peint en gris. Un gros canon (120 mm) sur l’avant et un canon plus petit sur l’arrière du kiosque. 3 périscopes.
Vu trois officiers et quelques hommes. Tenue assez négligée blanche pour le commandant qui était en bras de chemise, sans veste, et portait un pantalon bleu. Même négligé dans la tenue pour le lieutenant qui portait un chapeau de toile. Les hommes en tenue de toile grise.
Le sous-marin a plongé en deux minutes.
Rapport d’enquête
L’officier enquêteur de Bizerte est le CF Wolff, que nous avons déjà rencontré à propos du SAINT SIMON (voir site histomar.net).
Il note que le SAINT MARC a bien manœuvré et que le commandant Salaun regrette vivement de n’avoir eu qu’un canon de 47 mm et pas de TSF.
Il note la bonne tenue de l’équipage. Aucune panique. Le chef mécanicien a même dû répéter deux fois l’ordre de stopper les machines et de mettre bas les feux, ce qui prouve qu’il n’y avait aucun affolement parmi les mécaniciens.
Il remarque que le commandant du sous-marin avait la préoccupation évidente de ménager ses munitions, n’ayant pas tiré plus de vingt coups en une heure de poursuite.
Toutefois, il signale que le chalutier convoyeur LA SAVOIE III escortait normalement le SAINT MARC et d’autres navires. Selon les renseignements fournis par le SAVOIE III, le SAINT MARC s’est éloigné à 9 milles du convoi. LA SAVOIE III a bien vu les signaux de détresse du SAINT MARC, hissés vers 12h00 ; mais ces signaux ont aussi été vus par les hommes du sous-marin qui ont envoyé l’un d’eux sur le vapeur pour les affaler.
Il se demande donc si, après avoir passé le travers du cap Passero, le SAINT MARC n’a pas cherché à couper au plus court . En tous cas, le point donné par SAVOIE III, confirmé par SAINT JEAN et un vapeur anglais, est exact tandis que le point donné par SAINT MARC est faux. L’erreur commise par le SAINT MARC ne peut s’expliquer que par une route erronée donnée à l’homme de barre, soit involontairement, soit volontairement afin de couper au plus court.
Il note enfin que les documents secrets ont bien été détruits et que le capitaine déclare n’avoir porté aucun point sur les cartes, respectant ainsi les ordres. Le second maître timonier Collobert ne peut confirmer ce point, le personnel autre qu’officiers n’étant pas autorisé à pénétrer dans la chambre des cartes.
Le sous-marin attaquant
C’était l’U 38 de l’OL Max VALENTINER dont voici la photo.
La position donnée pour le naufrage est 35°08 N et 15°23 E. Notons que cette position est très éloignée de celle donnée par le SAINT MARC. Il avait doublé le cap Passero (pointe SE de la Sicile) à 10 milles au large. Même en supposant qu’il a coupé au plus court en faisant route plus à l’ouest que le reste du convoi et en se rapprochant des côtes maltaises, une pareille distance du point donné par le sous-marin est difficilement explicable ! Malheureusement, les points donnés par LA SAVOIE III et le SAINT JEAN ne figurent pas au rapport.
Max Valentiner, né en 1883 et décédé le 19 Juin 1949, sera l’un des grands as de la sous-marinade. Il coulera un total de 143 navires et en endommagera un certain nombre d’autres. Avant le SAINT MARC, il avait déjà coulé les Français DAHRA, CALVADOS, SIDI FERRUCH, ISERE, LA FRANCE et BACCHUS, et bien d’autres viendront par la suite.
Max Valentiner sera l’un des rares commandant de sous-marin à être placé par les Anglais, après le conflit, sur une liste de criminels de guerre pour ses méthodes très dures et très peu orthodoxes ; il semble que ces poursuites aient été abandonnées ou n’aient tout au moins pas été suivies d’effets.
En l’occurrence, concernant le SAINT MARC, il s’est montré accommodant. Le capitaine Salaun a sans doute eu beaucoup de chance de ne pas être fait prisonnier, sans qu’on en connaisse la cause. (Peut-être Valentiner avait-il apprécié qu’un commandant de cargo lui tienne tête !) Le SAINT MARC fut en tous cas le dernier navire coulé au cours de cette patrouille de Septembre 1916, et son commandant fut seulement chargé de poster le courrier du sous-marin.
Notons qu’en Septembre 1917 Wilhelm Canaris remplacera Max Valentiner comme commandant de l’U 38.
Aucun renseignement concernant le marin laissé sur le submersible et qui aura sans doute été débarqué à Cattaro pour être dirigé sur un camp de prisonniers.
Cdlt