Re: Prise du drapeau au 68° Landwehr le 27 août 1914
Publié : jeu. nov. 11, 2010 7:00 pm
En ce qui concerne la prise du drapeau du 68° Landwehr le 27 août 1914 par les caporaux Yves Broussard (mon grand-père) et son compagnon Turcaud du 137° régiment d'infanterie de Fontenay le Comte, je souhaite donner ci-après la version du Sergent Broussard tel que rapporté par le M. le Maire de Bourgneuf en Retz à son conseil municipal, probablement en cette fin d'année 1914.
Il n'est ici évidemment nullement question de polémique mais de donner la version que je pense être la plus authentique relative à ce haut fait d’armes.
Voici le récit de M. le Maire de Bourgneuf en Retz:
« Sergent Broussard,
Lorsque nous apprîmes par les journaux que les caporaux Broussard et Turcaud du 137° de ligne avaient enlevé un drapeau à l'ennemi, nous en fûmes doublement heureux, comme français et comme habitant de Bourgneuf.
Le conseil municipal (de Bourgneuf) entend perpétuer parmi les générations futures le souvenir de votre héroïsme, et c'est pourquoi il vous accorde les honneurs de cette séance dont le procès-verbal contiendra le récit de votre belle action.
Le 26 août 1914, le 137° s'était battu avec acharnement toute la journée, et le soir il campait près du petit bourg de Bulsons dans les Ardennes à l'orée d'un grand bois qui était occupé par les allemands.
Le matin du 27, vers 4 heures, le capitaine de la Faille de la 4° compagnie demande des volontaires pour faire une reconnaissance dans le bois. La mort paraît certaine, les hommes hésitent, Broussard et son camarade Turcaud seuls s’avancent. La veille et aussi les jours précédents ils avaient été chargés de missions semblables, mais pour les braves, il n’y a pas de tour de service.
Le capitaine les remercie chaleureusement et leur adjoint 3 hommes de la compagnie. Il leur donne comme instruction de pénétrer dans le bois aussi avant qu’ils le pourront, de reconnaître le nombre des ennemis, leurs positions de combat, etc…tous renseignements utiles à la sécurité du régiment.
Ils partent, à peine sont-ils entrés dans le bois que les balles allemandes leur sifflent aux oreilles. Ils se jettent par terre, à ce moment ils constatent que leurs trois camarades se sont dérobés. Ils ne sont que deux, que vont-ils faire ? Rentrer dans les lignes ? Non. Leur chef leur a donné une mission, ils la rempliront, dussent-ils y perdre la vie.
Ils s’enfoncent donc dans le bois. Après avoir franchi un espace d’environ 600 mètres sous les balles allemandes et sous les balles françaises, ils distinguent à leur gauche des allemands dissimulés dans une tranchée, mais dont les casques à pointe révèlent la présence.
En avant, encore des allemands ; en arrière, toujours, dans le bois, un détachement de hulans ; enfin à leur droite, les français tirent avec vigueur.
Ils sont dans un cercle de feu et les balles ricochent tout autour d’eux. C’est miracle s’ils échappent.
Par bonheur, à 20m devant eux, ils aperçoivent une petite tranchée abandonnée par les allemands. Ils s’y glissent sous la bruyère. Personne ne les a encore éventés. Ils restent là six heures, tapis dans leur repaire, sous le feu croisé des balles.
Sortir en ce moment serait faire le sacrifice inutile de leur vie. Mais ils sont aux aguets et observent les mouvements de l’ennemi. Tout à coup, du détachement allemand de face qui se replie décimé, se détache un groupe de cinq hommes, un porte-drapeau et sa garde qui se dirigent vers les hulans pour mettre en sûreté l’étendard dont ils ont la garde. Ils doivent passer à courte distance de nos deux braves, qui vite ont pris leur résolution. Le drapeau à tout prix ; ils l’auront. Successivement, ils abattent trois allemands. A chaque soldat qui tombe, les autres inquiets, interrogent de tous côtés pour reconnaître d’où partent ces balles meurtrières. Ils ne suspectent pas la petite tranchée et croient fuir le danger en fonçant sur elle. C’est le moment critique. Lorsqu’ils ne sont plus qu’à un mètre, nos deux héros s’élancent sur leurs ennemis. D’un coup de baïonnette enfoncée jusqu’à la garde, Turcaud abat son homme. Broussard avec la même impétuosité s’élance sur le porte-drapeau. Mais son pied glisse sur le talus de la tranchée, et son arme, au lieu de transpercer son adversaire lui fait une blessure profonde en séton à la hauteur de l’estomac. L’allemand tombe, mais décoche à Broussard un coup de revolver qui le blesse à l’aisselle, Broussard roule dans la tranchée. Mais Turcaud intervient. Il assène à l’officier un coup de crosse qui lui brise le crâne.
Déjà Broussard s’est relevé et s’est emparé du drapeau. Cette scène fut rapide comme l’éclair.
Ils le tiennent ce drapeau, emblème de l’honneur du régiment. C’est celui du 68° d’Infanterie prussienne, décoré de la croix de fer pour la brillante conduite du régiment au siège de Mézières en 1870.
Il s’agit maintenant de ruser pour sauver ce glorieux trophée qu’ils défendront, s’il le faut, jusqu’à la mort. Mais ils ont été vus et leur situation devient extrêmement périlleuse.
Pour déjouer les allemands, Broussard lance le drapeau du côté des français qui ont fait un mouvement en avant. Ceux-ci ne sont plus qu’à une quarantaine de mètres et tiennent les allemands en respect. Quant à Broussard et Turcaud ; ils se jettent en sens opposé dans la bruyère. Ils y restent blottis pendant deux heures, attendant le moment favorable pour s’échapper.
Les français continuant de progresser et les allemands étant contraints de reculer, Broussard et son ami reviennent à leur drapeau et rampent vers les lignes françaises. Mais le danger du côté des français n’est pas moindre que du côté des allemands. Ils ont beau crier : France-France, ne tirez pas !
Leur appel semble exciter les français. Ils ont été tant de fois trompés par les allemands, que soupçonnant une traîtrise, ils s’acharnent sur le point d’où partent les appels. Situation terrible en vérité et qui certainement aurait eu un dénouement tragique sans la présence d’esprit de Broussard de crier : « Capitaine de la Faille, c’est nous, Broussard et Turcaud que vous avez envoyés ce matin en reconnaissance ». Cet appel fut une révélation pour le capitaine. « Cessez le feu, ordonne t’il ». Et nos deux braves s’élancent vers leurs camarades.
A la vue du trophée qu’ils brandissent triomphalement, on les entoure ; le capitaine les embrasse.
« Il n'y a que vous, mes enfants, pour faire des coups pareils. Et moi qui vous croyais mort ». Scène touchante et inoubliable !! Mais le colonel est prévenu ; il accourt et embrasse avec effusion Broussard et Turcaud.
Cette étreinte, nobles héros, c’est celle de la Patrie qui rend hommage à votre courage et vous remercie ! »……..
fin de citation.
Suivent encore deux pages d’hommage au Sergent Broussard et relatant les blessures que les deux hommes reçurent quelques jours plus tard, le 7 septembre à la Fère Champenoise. Turcaud fût blessé au dos, et Broussard après une balle dans la cuisse reçut une balle dans la tête qui pénétra au niveau de la tempe gauche et ressortit derrière l'oreille. Après 26h de coma sur le champ de bataille, mais constamment veillé par son ami Turcaud, lui prodiguant les soins qu'il pouvait avec sa balle dans le dos, il fut évacué vers Val de Grâce. Il resta un an totalement amnésique puis fût versé dans les services auxiliaires de l'armée. Pour lui, la guerre était terminée!
Après la guerre, dans l'impossibilité de reprendre son métier de boulanger, il fût nommé facteur à Guenrouët(44).
Le dimanche 25 avril 1954, une prise d'armes eut lieu à Guenrouët pour commémorer ce fait d'armes et une plaque commémorative fût apposée sur la maison où vécut Yves Broussard.
Il n'est ici évidemment nullement question de polémique mais de donner la version que je pense être la plus authentique relative à ce haut fait d’armes.
Voici le récit de M. le Maire de Bourgneuf en Retz:
« Sergent Broussard,
Lorsque nous apprîmes par les journaux que les caporaux Broussard et Turcaud du 137° de ligne avaient enlevé un drapeau à l'ennemi, nous en fûmes doublement heureux, comme français et comme habitant de Bourgneuf.
Le conseil municipal (de Bourgneuf) entend perpétuer parmi les générations futures le souvenir de votre héroïsme, et c'est pourquoi il vous accorde les honneurs de cette séance dont le procès-verbal contiendra le récit de votre belle action.
Le 26 août 1914, le 137° s'était battu avec acharnement toute la journée, et le soir il campait près du petit bourg de Bulsons dans les Ardennes à l'orée d'un grand bois qui était occupé par les allemands.
Le matin du 27, vers 4 heures, le capitaine de la Faille de la 4° compagnie demande des volontaires pour faire une reconnaissance dans le bois. La mort paraît certaine, les hommes hésitent, Broussard et son camarade Turcaud seuls s’avancent. La veille et aussi les jours précédents ils avaient été chargés de missions semblables, mais pour les braves, il n’y a pas de tour de service.
Le capitaine les remercie chaleureusement et leur adjoint 3 hommes de la compagnie. Il leur donne comme instruction de pénétrer dans le bois aussi avant qu’ils le pourront, de reconnaître le nombre des ennemis, leurs positions de combat, etc…tous renseignements utiles à la sécurité du régiment.
Ils partent, à peine sont-ils entrés dans le bois que les balles allemandes leur sifflent aux oreilles. Ils se jettent par terre, à ce moment ils constatent que leurs trois camarades se sont dérobés. Ils ne sont que deux, que vont-ils faire ? Rentrer dans les lignes ? Non. Leur chef leur a donné une mission, ils la rempliront, dussent-ils y perdre la vie.
Ils s’enfoncent donc dans le bois. Après avoir franchi un espace d’environ 600 mètres sous les balles allemandes et sous les balles françaises, ils distinguent à leur gauche des allemands dissimulés dans une tranchée, mais dont les casques à pointe révèlent la présence.
En avant, encore des allemands ; en arrière, toujours, dans le bois, un détachement de hulans ; enfin à leur droite, les français tirent avec vigueur.
Ils sont dans un cercle de feu et les balles ricochent tout autour d’eux. C’est miracle s’ils échappent.
Par bonheur, à 20m devant eux, ils aperçoivent une petite tranchée abandonnée par les allemands. Ils s’y glissent sous la bruyère. Personne ne les a encore éventés. Ils restent là six heures, tapis dans leur repaire, sous le feu croisé des balles.
Sortir en ce moment serait faire le sacrifice inutile de leur vie. Mais ils sont aux aguets et observent les mouvements de l’ennemi. Tout à coup, du détachement allemand de face qui se replie décimé, se détache un groupe de cinq hommes, un porte-drapeau et sa garde qui se dirigent vers les hulans pour mettre en sûreté l’étendard dont ils ont la garde. Ils doivent passer à courte distance de nos deux braves, qui vite ont pris leur résolution. Le drapeau à tout prix ; ils l’auront. Successivement, ils abattent trois allemands. A chaque soldat qui tombe, les autres inquiets, interrogent de tous côtés pour reconnaître d’où partent ces balles meurtrières. Ils ne suspectent pas la petite tranchée et croient fuir le danger en fonçant sur elle. C’est le moment critique. Lorsqu’ils ne sont plus qu’à un mètre, nos deux héros s’élancent sur leurs ennemis. D’un coup de baïonnette enfoncée jusqu’à la garde, Turcaud abat son homme. Broussard avec la même impétuosité s’élance sur le porte-drapeau. Mais son pied glisse sur le talus de la tranchée, et son arme, au lieu de transpercer son adversaire lui fait une blessure profonde en séton à la hauteur de l’estomac. L’allemand tombe, mais décoche à Broussard un coup de revolver qui le blesse à l’aisselle, Broussard roule dans la tranchée. Mais Turcaud intervient. Il assène à l’officier un coup de crosse qui lui brise le crâne.
Déjà Broussard s’est relevé et s’est emparé du drapeau. Cette scène fut rapide comme l’éclair.
Ils le tiennent ce drapeau, emblème de l’honneur du régiment. C’est celui du 68° d’Infanterie prussienne, décoré de la croix de fer pour la brillante conduite du régiment au siège de Mézières en 1870.
Il s’agit maintenant de ruser pour sauver ce glorieux trophée qu’ils défendront, s’il le faut, jusqu’à la mort. Mais ils ont été vus et leur situation devient extrêmement périlleuse.
Pour déjouer les allemands, Broussard lance le drapeau du côté des français qui ont fait un mouvement en avant. Ceux-ci ne sont plus qu’à une quarantaine de mètres et tiennent les allemands en respect. Quant à Broussard et Turcaud ; ils se jettent en sens opposé dans la bruyère. Ils y restent blottis pendant deux heures, attendant le moment favorable pour s’échapper.
Les français continuant de progresser et les allemands étant contraints de reculer, Broussard et son ami reviennent à leur drapeau et rampent vers les lignes françaises. Mais le danger du côté des français n’est pas moindre que du côté des allemands. Ils ont beau crier : France-France, ne tirez pas !
Leur appel semble exciter les français. Ils ont été tant de fois trompés par les allemands, que soupçonnant une traîtrise, ils s’acharnent sur le point d’où partent les appels. Situation terrible en vérité et qui certainement aurait eu un dénouement tragique sans la présence d’esprit de Broussard de crier : « Capitaine de la Faille, c’est nous, Broussard et Turcaud que vous avez envoyés ce matin en reconnaissance ». Cet appel fut une révélation pour le capitaine. « Cessez le feu, ordonne t’il ». Et nos deux braves s’élancent vers leurs camarades.
A la vue du trophée qu’ils brandissent triomphalement, on les entoure ; le capitaine les embrasse.
« Il n'y a que vous, mes enfants, pour faire des coups pareils. Et moi qui vous croyais mort ». Scène touchante et inoubliable !! Mais le colonel est prévenu ; il accourt et embrasse avec effusion Broussard et Turcaud.
Cette étreinte, nobles héros, c’est celle de la Patrie qui rend hommage à votre courage et vous remercie ! »……..
fin de citation.
Suivent encore deux pages d’hommage au Sergent Broussard et relatant les blessures que les deux hommes reçurent quelques jours plus tard, le 7 septembre à la Fère Champenoise. Turcaud fût blessé au dos, et Broussard après une balle dans la cuisse reçut une balle dans la tête qui pénétra au niveau de la tempe gauche et ressortit derrière l'oreille. Après 26h de coma sur le champ de bataille, mais constamment veillé par son ami Turcaud, lui prodiguant les soins qu'il pouvait avec sa balle dans le dos, il fut évacué vers Val de Grâce. Il resta un an totalement amnésique puis fût versé dans les services auxiliaires de l'armée. Pour lui, la guerre était terminée!
Après la guerre, dans l'impossibilité de reprendre son métier de boulanger, il fût nommé facteur à Guenrouët(44).
Le dimanche 25 avril 1954, une prise d'armes eut lieu à Guenrouët pour commémorer ce fait d'armes et une plaque commémorative fût apposée sur la maison où vécut Yves Broussard.