Re: La bataille de la Somme
Publié : sam. sept. 19, 2026 10:36 am
Bonjour,
Complément de documentation sur les Gallois à Mametz. Le texte de Michael Palin ci-dessus évoque "une bataille féroce au cours de laquelle 4000 hommes ont été tués ou blessés". Quelques éléments de contexte.
Communiqués britanniques — publiés dans la presse le Mercredi 12 juillet 1916.
La nuit dernière, après un fort bombardement, notre infanterie a donné l'assaut et repris CONTALMAISON, faisant 199 prisonniers valides, dont un chef de bataillon et quatre autres officiers.
Une violente contre-attaque allemande pendant la nuit a été repoussée avec de grosses pertes pour l'ennemi. Tout le village est maintenant entre nos mains. Plus à l'est, nous avons enlevé plusieurs lignes de tranchées dans le bois de MAMETZ, et la plus grande partie de ce bois est en notre possession. Nous y avons pris un gros obusier, plus trois canons de campagne et fait 295 prisonniers valides, dont 3 officiers.
Le combat est toujours violent dans le bois des TRÔNES.
Les combats aériens ont continué ; un de nos avions a été abattu par un canon allemand et trois de nos appareils ne sont pas revenus.
20 heures. Au bout de dix jours et dix nuits de luttes incessantes, nos troupes ont achevé la conquête méthodique de la totalité des défenses ennemies sur un front de treize kilomètres. Ces défenses comportaient un système complet de nombreuses tranchées de première ligne, de soutien et de réserve. La profondeur des lignes variait entre deux et quatre kilomètres, et elles englobaient cinq villages particulièrement bien fortifiés, des bois garnis de réseaux de fils de fer et de tranchées, un grand nombre de redoutes puissamment organisées. La conquête de chacun de ces éléments représente une opération importante. Ils sont actuellement tous entre nos mains.
Les Allemands qui avaient repris le bois des TRÔNES au prix de six assauts sanglants, ne l'ont pas conservé longtemps. Nous avons regagné aujourd'hui le bois presque en son entier. Seul, l'extrême point nord n'est pas encore en notre possession.
Ces diverses opérations nous ont valu, en dehors des canons cachés dans les maisons ou sous les décombres, vingt-six pièces de campagne, un canon de marine, un canon antiaérien, un obusier lourd, et un chiffre total de sept mille cinq cents prisonniers.
Communiqué officiel britannique, publié le 13 juillet 1916.
12 heures 45
Depuis le début de la bataille, l'ennemi a reçu d'importants renforts. Il a dirigé hier et la nuit dernière de fortes attaques contre plusieurs de nos nouvelles positions. Ces attaques ont été repoussées, avec pertes pour les Allemands, sur tous les points sauf au bois de MAMETZ et au bois des TRÔNES, où nous avons cédé un peu de terrain.
Entre le front principal de bataille et la mer, nous avons activement bombardé les positions de l'ennemi et exécuté divers coups de main dans ses lignes. Au sud-est de LOOS, un groupe de « Royal Irish Fusiliers » a pénétré dans un point fortement défendu des tranchées allemandes. Pendant son séjour de vingt minutes, un violent combat s'est déroulé, entraînant de nombreuses pertes pour l'ennemi et des pertes légères pour nous-mêmes.
Deux compagnies de « Seaforth Highlanders » sont entrées dans une autre partie des tranchées ennemies à la suite d'un combat violent. De nombreux Allemands ont été tués ou blessés, une mitrailleuse détruite et plusieurs abris bien garnis d'hommes attaqués avec succès à la grenade. Nous avons ramené quelques prisonniers.
Plusieurs engagements aériens ont eu lieu le 10. Un appareil allemand a été descendu, Nous avons perdu de notre côté un aéroplane.
20 heures
La journée a été marquée par de vifs engagements locaux dans certains secteurs, Dans le bois de MAMETZ, nous avons reconquis tout le terrain perdu la nuit dernière et nous occupons maintenant la totalité du bois. Nous avons aussi fait quelques progrès dans le bois des TRÔNES. Les Allemands ont laissé dans ces parages un très grand nombre de cadavres, qui montrent que leur attaque de la nuit dernière leur a coûté cher. Deux violentes attaques allemandes contre CONTALMAISON ont été complètement brisées par notre feu.
Traduction du JMO du 14e bataillon Royal Welsh Fusiliers, référence WO 95/2555/2 aux archives nationales britanniques.
10 juillet 1916
Attaque du BOIS DE MAMETZ. Le 16e Royal Welsh Fusiliers se porta à l’attaque à 4 h 12 du matin et, à ce moment, nos compagnies A et C s’étaient formées en quatre lignes derrière le 16e R.W.F. et suivirent à proximité, en arrière.
À ce moment, la 114e Brigade sur notre droite n’était pas visible, mais, tandis que le bataillon pénétrait dans le creux de terrain près du chemin de fer, quelques bataillons de la 114e Brigade traversèrent notre front de gauche à droite. Cela provoqua une certaine confusion, mais n’arrêta pas la progression.
Dès que notre ligne arriva à moins de 200 mètres de la lisière du bois, elle fut soumise à un feu nourri de fusils et de mitrailleuses et subit de lourdes pertes, particulièrement parmi les officiers et les gradés.
À 150 mètres environ du bois, alors que la grande allée courait du N. au S. en face de notre droite, un certain nombre d’hommes des lignes précédentes refluèrent sur nous en criant : « Repliez-vous ! »
À ce moment, le major GWYTHER, commandant le 14th R.W.F., fut blessé et le major R.H. MILLS fut tué. La pression exercée vers l’arrière était considérable et le capitaine J. GLYNN JONES donna l’ordre de se reformer dans un creux de terrain à 150 mètres de la lisière du bois et de s’y retrancher. Cela fut exécuté et un compte rendu fut envoyé à la brigade.
Environ une heure plus tard, on aperçut certains de nos hommes progressant sur la gauche, le long de l’étroite bande de bois où se trouvait STRIP TRENCH. Il s’agissait de nos compagnies B et D et du 15e R.W.F.
À ce moment, des prisonniers arrivaient en assez grand nombre par la gauche et un drapeau blanc fut aperçu près de l’entrée de la grande allée. Ceux-ci furent examinés et l’on constata que la lisière du bois était assez dégagée ; il fut alors décidé d’y pénétrer. Cela fut fait et le premier objectif fut atteint.
Le sous-lieutenant STORK, le sergent-major P. THOMPSON et le Cpl. PUDNER furent envoyés en patrouille pour reconnaître le bois. Ils signalèrent que celui-ci était libre sur 200 mètres, sauf dans la direction de WOOD SUPPORT. Ce renseignement fut communiqué au C.O. du 15e R.W.F. et nous reçûmes l’ordre de nous retrancher sur place.
La ligne était alors très dense et les bataillons fortement mélangés ; lorsque l’ennemi tenta une petite contre-attaque venant de WOOD TRENCH, une grande partie de notre feu de mitrailleuses et de fusils fut masquée et une quantité considérable de notre feu efficace fut ainsi perdue. La contre-attaque fut toutefois facilement repoussée.
Le bataillon fut alors réorganisé, mais, en raison des pertes subies parmi les officiers et les sous-officiers, cette tâche fut difficile. Certains hommes furent donc ramenés dans la ligne dans laquelle nous nous étions retranchés vers 5 h 00.
11 juillet
Nous demeurâmes dans cette position pendant la nuit du 10 au 11 juillet ; pendant ce temps, les traînards furent regroupés et les tentatives de relève par des hommes d’autres unités furent empêchées.
Vers midi, le G.O.C. de la 113e Bde. nous donna l’ordre de monter en réserve au 1er carrefour, en vue d’une attaque qui devait être organisée dans l’après-midi.
Vers 16 h 00, nous reçûmes l’ordre de renforcer le 11e South Wales Borderers, à 200 mètres au nord-est de la deuxième allée courant d’E. en O. à travers le bois. À ce moment, nous fûmes soumis au tir de nos propres shrapnels.
Le 11e S.W.B. avait progressé jusqu’au point indiqué et nos hommes furent engagés en file, en colonnes parallèles, pour le renforcer. Les groupes de droite rencontrèrent le 11e S.W.B. en retraite, mais ils continuèrent à avancer jusqu’à une ligne située à 50 mètres de la lisière du bois.
Ils s’y retranchèrent et une ligne fut tenue depuis la grande allée vers l’E. sur une longueur de 300 mètres, les flancs étant protégés par des mitrailleuses Lewis.
Environ une demi-heure plus tard, les éléments du 14e R.W.F., sous les ordres du capitaine WHELDON, qui attendaient l’ordre de renforcer juste au sud du bois, arrivèrent et prolongèrent la ligne sur la droite. Quelques minutes plus tard, le capitaine HARDWICK et des hommes du 13e R.W.F. arrivèrent et tinrent la ligne sur la gauche, la prolongeant encore de ce côté.
Une bonne quantité de munitions et de bombes fut amenée.
Vers 22 h 00, le capitaine J. GLYNN JONES rendit compte de la situation au G.O.C. de la 115e Bde. Celui-ci ordonna à la ligne de se replier vers le S., jusqu’au 1er carrefour du bois.
Cela fut exécuté et nous y demeurâmes jusqu’à notre relève par les WARWICKS à minuit.
Pendant toute cette période, l’ennemi maintint un violent barrage au S. du bois, tandis que notre artillerie en établissait un au N. du bois.
Transcription original anglais:
10th July 1916: "Attack on MAMETZ WOOD. The 16th R.W.F moved off to attack at 4.12 a.m. and at that time our A & C Companies had formed up in four lines behind the 16th. R.W.F and followed up near them in the rear. At that time the 114th. Bde. on our right could not be seen but as the Battalion was moving into the Hollow by the Railway, some Battalions of the 114th Brigade crossed our front from the left. This caused some confusion but did not stop the advance.
As soon as our line got within 200 yds of the front of the wood they were subjected to heavy rifle and Machine Gun fire, and suffered heavy casualties particularly in officers and Senior N.C.O's. When within 150 yds of the wood with the main ride running N & S opposite our right, a number of men from the preceding lines retired back on us shouting "Retire".
At this stage Major GWYTHER commanding 14th R.W.F. was wounded and Major R.H. MILLS was killed. The pressure backwards was great and Capt. J. GLYNN JONES gave the order to reform in a hollow 150 yards from the front edge of the wood and dig in. This was done and a report sent to Bde. About an hour later some of our men were seen advancing on the left along the narrow strip of wood in which runs strip trench. There were our B & D Companies and the 15th. R.W.F. At this time prisoners in some numbers were coming from the left and a white flag was shown up near the entrance to the main ride. These were investigated and it was found that the front of the wood was fairly clear and it was decided to move in. This was done and the front objective was reached.
2/Lt. STORK, C.S.M P. THOMPSON and Cpl PUDNER were sent out as a patrol to search the wood. They reported it clear for 200 yds except in the direction of WOOD SUPPORT. This was reported to the C.O. 15th R.W.F. and we received orders to dig in where we were. The line was very thick at this time and Battalions much mixed up & when enemy threatened a small counter attack from WOOD TRENCH much of our M.G. and rifle fire was masked and a great deal of effective fire was lost. The counter attack was however easily repulsed. The Battn was then reorganised but owing to casualties among officers and N.C.O's this work was difficult. Some men were therefore moved back into the line into which we had dug in at about 5.0 a.m.
11th july: We remained in this position during the night of the 10/11 July during which time stragglers were formed and attempts to relieve by men of other units were frustrated.
About noon the G.O.C. 113th Bde ordered us up as a reserve at 1st cross ride to an attack that was being organised that afternoon.
About 4 p.m. we had orders to reinforce the 11th S.W.B. 200 yds to the North East of the second ride running E and W across the wood. At this time we were subjected to our own shrapnel fire. The 11th S.W.B. had pushed in to a point mentioned and our men were moved in file in parallel columns to re-inforce. The parties on the right met the 11th S.W.B.s retiring but they moved up to a line 50 yds from the front edge of the wood.
There they dug themselves in and a line was held extending from main ride to the E for 300 yds, the flanks being protected by Lewis Guns.
About half an hour later the Details, 14th R.W.F. under Capt WHELDON, who had been awaiting the order to reinforce just south of the wood came up and extended the line on the right and a few minutes later Capt. HARDWICK and men of the 13th R.W.F. arrived and held the line on the left & still further extended it on the left. A good supply of ammunition and bombs was brought up.
About 10.0 p.m. Capt. J. GLYNN JONES reported the situation to G.O.C. 115th Bde. and he ordered the line to retire to the S. to the 1st cross ride in the wood. This was done and we stayed there until relieved by the WARWICKS at midnight. During the whole period there was a heavy barrage on the S. of the wood by the enemy and on the N. of the wood by our Artillery."
Un témoignage :
« Ma première expérience de la nature obstinément impénétrable des broussailles survint lorsque je tentai de quitter l’allée principale pour échapper à un violent bombardement. Je ne parvins pas à m’y frayer un passage et je dus revenir sur l’allée principale. Des années d’abandon avaient transformé le bois en une formidable barrière, profonde d’un kilomètre et demi.
Le violent bombardement de l’extrémité sud avait couché une partie des jeunes pousses, mais il avait également projeté des arbres et de grosses branches qui formaient une barricade. Du matériel, des rouleaux de fil de fer barbelé, des boîtes de conserve, des masques à gaz et des fusils gisaient partout. Il y avait plus de cadavres que d’hommes, mais il y avait des spectacles plus atroces encore que les cadavres. Des membres et des troncs mutilés, çà et là une tête détachée, formant des éclaboussures rouges sur les feuilles vertes ; et, comme pour proclamer l’horreur de notre manière de vivre et de mourir, ainsi que notre crucifixion de la jeunesse, un arbre portait dans ses branches une jambe, dont la chair déchirée pendait au-dessus d’une touffe de feuillage.
Ces images sont si tenaces dans la mémoire que je ne peux jamais sentir l’odeur du bois vert fraîchement coupé sans voir resurgir la vision de cet arbre exhibant un membre humain. Un message était alors en route vers quelque paisible village du pays de Galles, vers une ferme grise sur le versant d’une colline descendant jusqu’à la baie de Cardigan, ou vers la maison d’un mineur dans une vallée du sud du pays de Galles : une nouvelle de mort, que l’on ne pouvait, en ce siècle avancé de l’ère chrétienne, associer à une telle manière de tuer …
La mort avait été déformée, transformée d’une chose empreinte de tristesse en une horreur hurlante, qui ne se contentait pas d’arracher la vie à son enveloppe, mais piétinait avec une fureur insensée le coffret dévalisé que nous appelons un cadavre. »
Llewelyn Wyn Griffith (capitaine 15e Royal Welsh Fusiliers), Up to Mametz and Beyond, 1931. Traduit de l'anglais.
... / ...
Complément de documentation sur les Gallois à Mametz. Le texte de Michael Palin ci-dessus évoque "une bataille féroce au cours de laquelle 4000 hommes ont été tués ou blessés". Quelques éléments de contexte.
Communiqués britanniques — publiés dans la presse le Mercredi 12 juillet 1916.
La nuit dernière, après un fort bombardement, notre infanterie a donné l'assaut et repris CONTALMAISON, faisant 199 prisonniers valides, dont un chef de bataillon et quatre autres officiers.
Une violente contre-attaque allemande pendant la nuit a été repoussée avec de grosses pertes pour l'ennemi. Tout le village est maintenant entre nos mains. Plus à l'est, nous avons enlevé plusieurs lignes de tranchées dans le bois de MAMETZ, et la plus grande partie de ce bois est en notre possession. Nous y avons pris un gros obusier, plus trois canons de campagne et fait 295 prisonniers valides, dont 3 officiers.
Le combat est toujours violent dans le bois des TRÔNES.
Les combats aériens ont continué ; un de nos avions a été abattu par un canon allemand et trois de nos appareils ne sont pas revenus.
20 heures. Au bout de dix jours et dix nuits de luttes incessantes, nos troupes ont achevé la conquête méthodique de la totalité des défenses ennemies sur un front de treize kilomètres. Ces défenses comportaient un système complet de nombreuses tranchées de première ligne, de soutien et de réserve. La profondeur des lignes variait entre deux et quatre kilomètres, et elles englobaient cinq villages particulièrement bien fortifiés, des bois garnis de réseaux de fils de fer et de tranchées, un grand nombre de redoutes puissamment organisées. La conquête de chacun de ces éléments représente une opération importante. Ils sont actuellement tous entre nos mains.
Les Allemands qui avaient repris le bois des TRÔNES au prix de six assauts sanglants, ne l'ont pas conservé longtemps. Nous avons regagné aujourd'hui le bois presque en son entier. Seul, l'extrême point nord n'est pas encore en notre possession.
Ces diverses opérations nous ont valu, en dehors des canons cachés dans les maisons ou sous les décombres, vingt-six pièces de campagne, un canon de marine, un canon antiaérien, un obusier lourd, et un chiffre total de sept mille cinq cents prisonniers.
Communiqué officiel britannique, publié le 13 juillet 1916.
12 heures 45
Depuis le début de la bataille, l'ennemi a reçu d'importants renforts. Il a dirigé hier et la nuit dernière de fortes attaques contre plusieurs de nos nouvelles positions. Ces attaques ont été repoussées, avec pertes pour les Allemands, sur tous les points sauf au bois de MAMETZ et au bois des TRÔNES, où nous avons cédé un peu de terrain.
Entre le front principal de bataille et la mer, nous avons activement bombardé les positions de l'ennemi et exécuté divers coups de main dans ses lignes. Au sud-est de LOOS, un groupe de « Royal Irish Fusiliers » a pénétré dans un point fortement défendu des tranchées allemandes. Pendant son séjour de vingt minutes, un violent combat s'est déroulé, entraînant de nombreuses pertes pour l'ennemi et des pertes légères pour nous-mêmes.
Deux compagnies de « Seaforth Highlanders » sont entrées dans une autre partie des tranchées ennemies à la suite d'un combat violent. De nombreux Allemands ont été tués ou blessés, une mitrailleuse détruite et plusieurs abris bien garnis d'hommes attaqués avec succès à la grenade. Nous avons ramené quelques prisonniers.
Plusieurs engagements aériens ont eu lieu le 10. Un appareil allemand a été descendu, Nous avons perdu de notre côté un aéroplane.
20 heures
La journée a été marquée par de vifs engagements locaux dans certains secteurs, Dans le bois de MAMETZ, nous avons reconquis tout le terrain perdu la nuit dernière et nous occupons maintenant la totalité du bois. Nous avons aussi fait quelques progrès dans le bois des TRÔNES. Les Allemands ont laissé dans ces parages un très grand nombre de cadavres, qui montrent que leur attaque de la nuit dernière leur a coûté cher. Deux violentes attaques allemandes contre CONTALMAISON ont été complètement brisées par notre feu.
Traduction du JMO du 14e bataillon Royal Welsh Fusiliers, référence WO 95/2555/2 aux archives nationales britanniques.
10 juillet 1916
Attaque du BOIS DE MAMETZ. Le 16e Royal Welsh Fusiliers se porta à l’attaque à 4 h 12 du matin et, à ce moment, nos compagnies A et C s’étaient formées en quatre lignes derrière le 16e R.W.F. et suivirent à proximité, en arrière.
À ce moment, la 114e Brigade sur notre droite n’était pas visible, mais, tandis que le bataillon pénétrait dans le creux de terrain près du chemin de fer, quelques bataillons de la 114e Brigade traversèrent notre front de gauche à droite. Cela provoqua une certaine confusion, mais n’arrêta pas la progression.
Dès que notre ligne arriva à moins de 200 mètres de la lisière du bois, elle fut soumise à un feu nourri de fusils et de mitrailleuses et subit de lourdes pertes, particulièrement parmi les officiers et les gradés.
À 150 mètres environ du bois, alors que la grande allée courait du N. au S. en face de notre droite, un certain nombre d’hommes des lignes précédentes refluèrent sur nous en criant : « Repliez-vous ! »
À ce moment, le major GWYTHER, commandant le 14th R.W.F., fut blessé et le major R.H. MILLS fut tué. La pression exercée vers l’arrière était considérable et le capitaine J. GLYNN JONES donna l’ordre de se reformer dans un creux de terrain à 150 mètres de la lisière du bois et de s’y retrancher. Cela fut exécuté et un compte rendu fut envoyé à la brigade.
Environ une heure plus tard, on aperçut certains de nos hommes progressant sur la gauche, le long de l’étroite bande de bois où se trouvait STRIP TRENCH. Il s’agissait de nos compagnies B et D et du 15e R.W.F.
À ce moment, des prisonniers arrivaient en assez grand nombre par la gauche et un drapeau blanc fut aperçu près de l’entrée de la grande allée. Ceux-ci furent examinés et l’on constata que la lisière du bois était assez dégagée ; il fut alors décidé d’y pénétrer. Cela fut fait et le premier objectif fut atteint.
Le sous-lieutenant STORK, le sergent-major P. THOMPSON et le Cpl. PUDNER furent envoyés en patrouille pour reconnaître le bois. Ils signalèrent que celui-ci était libre sur 200 mètres, sauf dans la direction de WOOD SUPPORT. Ce renseignement fut communiqué au C.O. du 15e R.W.F. et nous reçûmes l’ordre de nous retrancher sur place.
La ligne était alors très dense et les bataillons fortement mélangés ; lorsque l’ennemi tenta une petite contre-attaque venant de WOOD TRENCH, une grande partie de notre feu de mitrailleuses et de fusils fut masquée et une quantité considérable de notre feu efficace fut ainsi perdue. La contre-attaque fut toutefois facilement repoussée.
Le bataillon fut alors réorganisé, mais, en raison des pertes subies parmi les officiers et les sous-officiers, cette tâche fut difficile. Certains hommes furent donc ramenés dans la ligne dans laquelle nous nous étions retranchés vers 5 h 00.
11 juillet
Nous demeurâmes dans cette position pendant la nuit du 10 au 11 juillet ; pendant ce temps, les traînards furent regroupés et les tentatives de relève par des hommes d’autres unités furent empêchées.
Vers midi, le G.O.C. de la 113e Bde. nous donna l’ordre de monter en réserve au 1er carrefour, en vue d’une attaque qui devait être organisée dans l’après-midi.
Vers 16 h 00, nous reçûmes l’ordre de renforcer le 11e South Wales Borderers, à 200 mètres au nord-est de la deuxième allée courant d’E. en O. à travers le bois. À ce moment, nous fûmes soumis au tir de nos propres shrapnels.
Le 11e S.W.B. avait progressé jusqu’au point indiqué et nos hommes furent engagés en file, en colonnes parallèles, pour le renforcer. Les groupes de droite rencontrèrent le 11e S.W.B. en retraite, mais ils continuèrent à avancer jusqu’à une ligne située à 50 mètres de la lisière du bois.
Ils s’y retranchèrent et une ligne fut tenue depuis la grande allée vers l’E. sur une longueur de 300 mètres, les flancs étant protégés par des mitrailleuses Lewis.
Environ une demi-heure plus tard, les éléments du 14e R.W.F., sous les ordres du capitaine WHELDON, qui attendaient l’ordre de renforcer juste au sud du bois, arrivèrent et prolongèrent la ligne sur la droite. Quelques minutes plus tard, le capitaine HARDWICK et des hommes du 13e R.W.F. arrivèrent et tinrent la ligne sur la gauche, la prolongeant encore de ce côté.
Une bonne quantité de munitions et de bombes fut amenée.
Vers 22 h 00, le capitaine J. GLYNN JONES rendit compte de la situation au G.O.C. de la 115e Bde. Celui-ci ordonna à la ligne de se replier vers le S., jusqu’au 1er carrefour du bois.
Cela fut exécuté et nous y demeurâmes jusqu’à notre relève par les WARWICKS à minuit.
Pendant toute cette période, l’ennemi maintint un violent barrage au S. du bois, tandis que notre artillerie en établissait un au N. du bois.
Transcription original anglais:
10th July 1916: "Attack on MAMETZ WOOD. The 16th R.W.F moved off to attack at 4.12 a.m. and at that time our A & C Companies had formed up in four lines behind the 16th. R.W.F and followed up near them in the rear. At that time the 114th. Bde. on our right could not be seen but as the Battalion was moving into the Hollow by the Railway, some Battalions of the 114th Brigade crossed our front from the left. This caused some confusion but did not stop the advance.
As soon as our line got within 200 yds of the front of the wood they were subjected to heavy rifle and Machine Gun fire, and suffered heavy casualties particularly in officers and Senior N.C.O's. When within 150 yds of the wood with the main ride running N & S opposite our right, a number of men from the preceding lines retired back on us shouting "Retire".
At this stage Major GWYTHER commanding 14th R.W.F. was wounded and Major R.H. MILLS was killed. The pressure backwards was great and Capt. J. GLYNN JONES gave the order to reform in a hollow 150 yards from the front edge of the wood and dig in. This was done and a report sent to Bde. About an hour later some of our men were seen advancing on the left along the narrow strip of wood in which runs strip trench. There were our B & D Companies and the 15th. R.W.F. At this time prisoners in some numbers were coming from the left and a white flag was shown up near the entrance to the main ride. These were investigated and it was found that the front of the wood was fairly clear and it was decided to move in. This was done and the front objective was reached.
2/Lt. STORK, C.S.M P. THOMPSON and Cpl PUDNER were sent out as a patrol to search the wood. They reported it clear for 200 yds except in the direction of WOOD SUPPORT. This was reported to the C.O. 15th R.W.F. and we received orders to dig in where we were. The line was very thick at this time and Battalions much mixed up & when enemy threatened a small counter attack from WOOD TRENCH much of our M.G. and rifle fire was masked and a great deal of effective fire was lost. The counter attack was however easily repulsed. The Battn was then reorganised but owing to casualties among officers and N.C.O's this work was difficult. Some men were therefore moved back into the line into which we had dug in at about 5.0 a.m.
11th july: We remained in this position during the night of the 10/11 July during which time stragglers were formed and attempts to relieve by men of other units were frustrated.
About noon the G.O.C. 113th Bde ordered us up as a reserve at 1st cross ride to an attack that was being organised that afternoon.
About 4 p.m. we had orders to reinforce the 11th S.W.B. 200 yds to the North East of the second ride running E and W across the wood. At this time we were subjected to our own shrapnel fire. The 11th S.W.B. had pushed in to a point mentioned and our men were moved in file in parallel columns to re-inforce. The parties on the right met the 11th S.W.B.s retiring but they moved up to a line 50 yds from the front edge of the wood.
There they dug themselves in and a line was held extending from main ride to the E for 300 yds, the flanks being protected by Lewis Guns.
About half an hour later the Details, 14th R.W.F. under Capt WHELDON, who had been awaiting the order to reinforce just south of the wood came up and extended the line on the right and a few minutes later Capt. HARDWICK and men of the 13th R.W.F. arrived and held the line on the left & still further extended it on the left. A good supply of ammunition and bombs was brought up.
About 10.0 p.m. Capt. J. GLYNN JONES reported the situation to G.O.C. 115th Bde. and he ordered the line to retire to the S. to the 1st cross ride in the wood. This was done and we stayed there until relieved by the WARWICKS at midnight. During the whole period there was a heavy barrage on the S. of the wood by the enemy and on the N. of the wood by our Artillery."
Un témoignage :
« Ma première expérience de la nature obstinément impénétrable des broussailles survint lorsque je tentai de quitter l’allée principale pour échapper à un violent bombardement. Je ne parvins pas à m’y frayer un passage et je dus revenir sur l’allée principale. Des années d’abandon avaient transformé le bois en une formidable barrière, profonde d’un kilomètre et demi.
Le violent bombardement de l’extrémité sud avait couché une partie des jeunes pousses, mais il avait également projeté des arbres et de grosses branches qui formaient une barricade. Du matériel, des rouleaux de fil de fer barbelé, des boîtes de conserve, des masques à gaz et des fusils gisaient partout. Il y avait plus de cadavres que d’hommes, mais il y avait des spectacles plus atroces encore que les cadavres. Des membres et des troncs mutilés, çà et là une tête détachée, formant des éclaboussures rouges sur les feuilles vertes ; et, comme pour proclamer l’horreur de notre manière de vivre et de mourir, ainsi que notre crucifixion de la jeunesse, un arbre portait dans ses branches une jambe, dont la chair déchirée pendait au-dessus d’une touffe de feuillage.
Ces images sont si tenaces dans la mémoire que je ne peux jamais sentir l’odeur du bois vert fraîchement coupé sans voir resurgir la vision de cet arbre exhibant un membre humain. Un message était alors en route vers quelque paisible village du pays de Galles, vers une ferme grise sur le versant d’une colline descendant jusqu’à la baie de Cardigan, ou vers la maison d’un mineur dans une vallée du sud du pays de Galles : une nouvelle de mort, que l’on ne pouvait, en ce siècle avancé de l’ère chrétienne, associer à une telle manière de tuer …
La mort avait été déformée, transformée d’une chose empreinte de tristesse en une horreur hurlante, qui ne se contentait pas d’arracher la vie à son enveloppe, mais piétinait avec une fureur insensée le coffret dévalisé que nous appelons un cadavre. »
Llewelyn Wyn Griffith (capitaine 15e Royal Welsh Fusiliers), Up to Mametz and Beyond, 1931. Traduit de l'anglais.
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