Petit Quizz de révision

ALVF
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Re: Petit Quizz de révision

Message par ALVF »

Bonjour,

Non, Jean-Luc, ce n'est pas ça!
J'essaie de vous mettre sur la voie:
La découverte fortuite fait suite à la "crise du 75" débutée en janvier 1915 et marquée par des explosions prématurées d'obus dans l'âme des pièces de 75.
En résumé, qu'a-t-on fait pour corriger l'un des défauts les plus graves provoqué souvent par des obus construits à partir d'acier provenant des USA ou de Grande-Bretagne?
Le remède à l'un des défauts majeurs du mode de construction des obus permettra la découverte fortuite de l'effet décuivrant de l'étain.
Je ne peux en dire davantage, sinon j'écris tout de suite la solution d'une grande partie de ce Quizz...

Encore un effort et nous y sommes!
Cordialement,
Guy François.
claude31
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Re: Petit Quizz de révision

Message par claude31 »

Bonjour à tous. Les obus de 75 mm usinés au tour ont reçu au culot à partir de 1915 une plaquette de fer blanc pour empêcher la remontée des gaz de propulsion dans l'explosif. Cette plaquette était soudée à l'étain. Une piste possible, mais je n'ai pas de solution pour les initiales.
ALVF
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Re: Petit Quizz de révision

Message par ALVF »

Bonsoir,

Claude a trouvé la solution au problème de la découverte fortuite de l'effet décuivrant de l'étain!
Petit résumé de la question:
Face aux besoins énormes de munitions à l'automne 1914, les services de l'artillerie ont été obligés de faire appel à des entreprises privées, petites ou moyennes, ne disposant pas du parc de machines des arsenaux. De ce fait, les obus, tournés à partir de barres d'acier cylindriques venant des USA ou d'Angleterre et laminées dans le sens de la longueur, peuvent présenter au culot des canaux microscopiques provenant de bulles d'air étirées au moment du laminage en longueur des barres. De ce fait, les gaz provenant de la combustion de la poudre peuvent forcer ces canaux microscopiques, passer au travers du culot de l'obus et enflammer l'explosif de la charge de l'obus. En conséquence, une détonation peut se produire, dès le départ du coup, dans le tube ou à proximité de la bouche du canon. "L'épidémie" d'explosions de tubes de 75 est majoritairement causée par ce grave défaut qui n'existait pas en temps de paix grâce au mode de construction habituel des obus dans les arsenaux de l’État ou dans les grandes firmes industrielles (Schneider, Saint-Chamond).
La solution à ce grave problème a été trouvé par le chef d'escadron Gutton, de l'arsenal de Gravanches (Clermont-Ferrand). Elle consiste à souder à l'étain une plaquette de fer blanc sur le culot de l'obus.
Pour se faire, le culot est soigneusement poli puis plongé sur quelques millimètres dans un bain d'étain fondu. La plaquette est alors soudée à l'étain sur le culot assurant une étanchéité absolue au parcours éventuel de gaz de combustion de la poudre vers l'intérieur de l'obus.
Le procédé est appliqué sur les obus vides dans les ateliers de chargement et même, 1.600.000 obus déjà chargés peuvent recevoir en sûreté le soudage de cette plaquette à Gravanches.
Au cours de l'année 1915, l'emploi des obus munis de cette plaquette permet de constater que ces projectiles n'encuivrent pas les tubes neufs et qu'ils décuivrent rapidement les autres tubes.
En 1916 et au début de 1917, l'emploi massif de l'ALVF sur la Somme et à Verdun révèle un encuivrage inquiétant et rapide des tubes d'artillerie de très gros calibres tirant à haute vitesse initiale ce qui conduit rapidement à un manque de régularité des tirs. Les services de l'ALGP étudient alors scientifiquement les procédés de décuivrage employés jusque là et vont proposer une solution nouvelle, la "rondelle ST".
Avant d'expliquer, ce dernier point, je laisse encore un peu de temps aux lecteurs pour exposer:
-comment se manifeste l'effet décuivrant de l'étain.
-en quoi consiste la rondelle ST.
-expliquer la signification de ce sigle.
La solution de ce Quizz approche, encore un dernier effort!
Cordialement,
Guy François.
loloastre
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Re: Petit Quizz de révision

Message par loloastre »

Bonjour,
Je suis cette énigme depuis le début, pour le plaisir de la lecture. (La révision n'est pas pour moi, n'ayant pas eu de cours à ce sujet !)
Je me croirais dans un jeu de Cluedo, du genre : le colonel Moutarde (alias l'inventeur mystère) avec le chandelier (les rondelles) dans la bibliothèque (pour guérir l'épidémie d'explosion des tubes de 75).

D'après ce que j'ai compris, l'inventeur mystère aurait ST comme initiales de ses nom et prénom.
Pourrait-on connaître les usages de l'artillerie pour créer le sigle ST : d'abord l'initiale du nom puis celle du prénom ? ou l'inverse ? ou seulement celles du nom qui serait alors en deux parties ?

À tout hasard, j'ai regardé dans la base ds brevets de l'INPI.
J'y ai trouvé un brevet intitulé "Perfectionnement dans les rondelles d'arret", déposé le 4 juin 1910 par l'inventeur Thomas Emmet Stockford (des États-Unis).
Je tente un lien vers la source (à ce jour, "le document est temporairement" inaccessible) : https://data.inpi.fr/brevets/FR416760?q=#FR416760
Évidemment, ce brevet ne concerne pas les rondelles en question, mais son inventeur pourrait être le ST recherché… en supposant que les services de l'ALGP aient pu travailler avec un Américain ?

Cordialement,
loloastre
l'artiflot02
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Re: Petit Quizz de révision

Message par l'artiflot02 »

Bonsoir à tous
Encore une tentative, l'étain se déposerais sur l'acier du tube à fond de rayure, effet fer-blanc, empêchant le cuivre de s'y déposer, les tempéraures du cuivre étant trop basse pour s'allier.
Cordialement
Jean-Luc
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ALVF
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Re: Petit Quizz de révision

Message par ALVF »

Bonjour,

Pour Laurence, non, ce n'est pas un américain, car ceux-ci ont surtout beaucoup appris au contact des artilleurs français, notamment en matière d'artillerie lourde et d'artillerie lourde sur voie ferrée.
Les historiens américains, depuis l'armistice de 1918 jusqu'à nos jours, n'insistent pas sur le côté "apprentissage" des militaires américains auprès des français, ce fut pourtant le cas, notamment en matière d'artillerie et de logistique opérationnelle. En effet, malgré une logistique et des moyens très abondants, les états-majors américains se "plantèrent" lamentablement lors de la bataille Meuse-Argonne de l'automne 1918 à tel point qu'un affreux désordre se manifesta dans leurs rangs et leurs jeunes et courageuses troupes ne purent accomplir les grands desseins prévus.

Pour Jean-Luc, non, les capacités décuivrantes de l'étain ne se manifestent pas ainsi.

Cordialement,
Guy François.
ALVF
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Re: Petit Quizz de révision

Message par ALVF »

Bonsoir,

Face à l'enthousiasme général pour ce Quizz, je récapitule d'abord les moyens de lutte contre l'encuivrage, phénomène connu depuis longtemps dans l'artillerie mais qui se manifeste surtout dans les bouches à feu tirant à plus de 500 m/s.
Les canons de campagne modernes connaissent en 1914 ce phénomène mais encore plus ceux de l'artillerie lourde à tir tendu et surtout l'artillerie de marine puis l'ALVF dont les bouches à feu tirent à haute vitesse initiale (jusqu'à plus de 800 m/s).
Les moyens de lutte contre l'encuivrage sont jusqu'en 1917:
-l'emploi de solutions ammoniacales qui dissolvent le métal enlevé aux ceintures mais donnent souvent une rugosité aux parois de l'âme des pièces ce qui favorise ensuite un nouvel encuivrage encore plus rapide.
-l'emploi d'outils de grattage métalliques, souvent en maillechort, peu efficaces ou des brosses métalliques dont on peut craindre des détériorations des rayures.
-le procédé de munir les projectiles de ceintures en amiante graissées, employé dans l'artillerie italienne, est utilisé en 1917 par les unités françaises d'ALVF envoyées en Italie auprès de nos alliés mais n'apparaît pas très efficace.
-la découverte fortuite des effets des rondelles en fer blanc soudées à l'étain au culot des projectiles permet aux scientifiques de déterminer que les très hautes températures des gaz au départ du coup volatilisent instantanément l'étain de la rondelle qui s'amalgame au cuivre déposé dans l'âme des pièces et expulsent l'ensemble après plusieurs coups tirés de préférence à grande cadence.

Le phénomène est alors étudié scientifiquement pendant l'année 1916 et en 1917 les conclusions sont que l'effet décuivrant est porté au maximum par l'emploi d'un alliage étain-plomb (55% d'étain et 45% de plomb).
C'est dans ces conditions que les rondelles ST apparaissent et deviennent réglementaires le 17 octobre 1917.
L'utilisation principale est faite dans les matériels de l'Artillerie Lourde sur Voie ferrée et toutes les autres pièces d'ALGP et d'Artillerie Lourde tirant à haute vitesse initiale. Toutefois, des modèles de rondelles ST ont été définies pour tous les calibres y compris le 75.
Nous verrons ultérieurement l'évolution de la lutte contre l'encuivrage dans les années d'après-guerre après avoir toutefois exposé le mode de réalisation des rondelles ST et les conditions de leur emploi en 1917-1918.
Cordialement,
Guy François.
polux
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Re: Petit Quizz de révision

Message par polux »

Bonsoir,

C’est un Quizz passionnant ! Je me lance à nouveau :

Le 17 octobre 1917, la rondelle ST devient réglementaire, ce qui suggère une adoption comme composant standard de fabrication plutôt qu'une munition réservée à des tirs spéciaux, comme l'étaient les anciennes charges de décuivrage à base d'étain-plomb. Je me suis replongé dans la lecture du journal d'un artilleur de la période, qui décrit son quotidien (explosions de tube, obus coincés, graissage, réparations) mais ne mentionne jamais d'opération de décuivrage, semble aller dans ce sens : si la rondelle ST était intégrée dès l'assemblage de l'obus ou de la charge, le servant n'aurait ni geste ni choix particulier à effectuer, donc rien à noter. (Carnet très bien écrit que je recommande très vivement à lire : https://archives.marne.fr/ark:/86869/x0wrpc1m7lkf)

En partant de cette hypothèse d'un composant systématique de fabrication, je me demande si la rondelle ST ne serait pas positionnée directement au culot du projectile (côté charge propulsive), plutôt que dans un canal de mise à feu, ce qui expliquerait mieux à la fois la variation de taille selon les calibres et la volatilisation instantanée par les gaz les plus chauds de l'inflammation.

Cette position fonctionnerait aussi bien pour le 75 (montage lors de l'assemblage cartouche-projectile en atelier de chargement) que pour les pièces à charge séparée de l'ALVF/ALGP, où le culot de l'obus se trouve naturellement au contact de la gargousse au chargement.

Pour son mode de réalisation, ne reprendrait-elle pas le savoir-faire déjà éprouvé avec la plaquette de Gutton : la rondelle en alliage étain-plomb (55/45) serait-elle rapportée et fixée par soudure/étamage directement sur le culot du projectile, plutôt que simplement interposée sans fixation ?

Est-ce que cette combinaison (composant systématique + emplacement au culot + fixation par soudure/étamage) va dans le bon sens ? :roll:

Cordialement.
ALVF
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Re: Petit Quizz de révision

Message par ALVF »

Bonsoir,

Oui, Polux, la rondelle ST est soudée ou plutôt collée au culot du projectile.
En fait, la rondelle ST ne sera employée sur le front que pour les projectiles non encartouchés utilisés dans les bouches à feu tirant à haute vitesse initiale.
Pour l'artillerie de campagne, notamment pour le 75, l'utilisation d'un mélange désencuivrant, formé de rubans minces (étain-plomb) incorporés dans les charges de poudre (des cartouches ou des gargousses) sera seule adoptée pour l'exécution des tirs désencuivrants.
Pour les gros mortiers et obusiers, tirant à faible vitesse initiale, l'encuivrage est réduit et ne nécessite pas l'emploi de rondelles ST.
Je détaillerai ultérieurement les quatre types de rondelles ST adaptés aux matériels de 100 à 340 mm ainsi que leur procédure de montage sur les projectiles.
Cordialement,
Guy François.
polux
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Re: Petit Quizz de révision

Message par polux »

Bonjour,

En fouillant sur Gallica, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6 ... Decuivrage, je suis tombé sur le texte du règlement d'entretien du matériel de 340 Mle 12 sur affût-truc à berceau (1926, Titre V9), qui détaille la mise en œuvre de rondelles au §148 "Anticuivrage" :

- Une certaine proportion d'obus est munie au culot de rondelles d'un alliage spécial : 1 obus sur 5 quand la bouche à feu est neuve, proportion augmentée progressivement jusqu'à 1 sur 2 à mesure que le tube s'use.

- Les rondelles sont mises en place soit dans les parcs, soit directement dans les unités, sur des obus déjà amorcés, livrées en caisses génériques avec indication du contenu.

- Elles sont chanfreinées sur leurs bords intérieur et extérieur.

- Procédure de pose : décapage du culot à métal nu à l'emplacement de la rondelle, brossage (à l'acide chlorhydrique si possible) et séchage sans matière grasse, puis pose concentrique de la rondelle chanfrein dessus, fixée au fer à souder sur les deux contours du chanfrein.

Est-ce que cela correspond à ce que vous vous apprêtiez à détailler ?

Cordialement.
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