BÉARNAIS ― Trois-mâts goélette mixte ― Société Jean-Ferdinand Humarau & Cie, Bordeaux.

Rutilius
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BÉARNAIS ― Trois-mâts goélette mixte ― Société Jean-Ferdinand Humarau & Cie, Bordeaux.

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Bonsoir à tous,


Béarnais – Trois-mâts goélette mixte de 301 t, doté d’un moteur Diesel de 120 cv ; armé par la Société en nom collectif Jean-Ferdinand Humarau & Cie, de Bordeaux. Coulé le 22 janvier 1917 au moyen de charges explosives par l’UC-21 (Oberleutnant zur See Reinhold Saltzwedel), à 12 milles dans le S. 56 W. du phare de La Coubre [J.-P. C. : Liste chronologique des pertes de la Marine marchande (1914-1918) ― uboat.net], par 45° 35’ N. et 01° 26’ W. (Épaves du Ponant).

Constituée pour 10 ans, le 15 janvier 1908, par Jean Ferdinand Joseph Humarau (Pau, 31 mai 1869 ~ Bayonne, 7 août 1935) et Louis Humarau, et initialement dotée d’un capital de 1.500 fr., la société en nom collectif J.-F. Humarau et Cie avait pour objet social les opérations industrielles et commerciales portant notamment les produits chimiques et les charbons ; son siège social était établi à Bordeaux (Gironde), au 13, cours du Pavé-des-Chartrons (Archives commerciales de France, n° 15, Mercredi 19 février 1908, p. 228). Elle importait du Royaume-Uni du brai de houille et de la créosote destinés aux chemins de fer ; elle exerçait également une activité de négoce des hydrocarbures pour les besoins du secteur automobile naissant. En 1910, elle construisit à Blaye, en bordure de la Gironde, une première usine pour la distillation du goudron et la production de composés dérivés.

Cette société possédait au moins un autre bâtiment, le Bruyère, voilier de 100 t qui fut coulé au canon le 24 mars 1917 par l’UC-65 (Kapitänleutnant zur See Otto Steinbrick) à 10 milles dans l’W.S.-W. du phare de South Stack Rock (Pays de Galles, Royaume-Uni) [J.-P. C. : Liste chronologique des pertes de la Marine marchande (1914-1918) ― uboat.net]. Il semble qu’elle exploitait également deux autres navires, le Saint-Pierre-et-Saint-Paul (191 t ; immatriculé à Bordeaux) et le Saint-Christophe (166 t ; immatriculé à Paimpol), qui, tous deux, auraient été perdus par faits de guerre.

Fin août 1915, le Béarnais avait été arraisonné et visité par le contre-torpilleur Fanion, alors commandé par le lieutenant de vaisseau Auguste de Solminihac. Le rapport de visite rédigé par l’enseigne de vaisseau Le Merdy apporte un intéressant éclairage sur les caractéristiques de ce bâtiment, son équipage et la nature de ses cargaisons.

● Contre-torpilleur Fanion, Registre historique de la correspondance intéressant le personnel et le bâtiment : Service historique de la défense, Cote SS Y 214, p. num. 277, note n° 24.

« 2e Escadre légère
2e Escadrille
Bord, Brest, le 30 août 1915.


L’Enseigne de Vaisseau de 2e classe Le Merdy
à Monsieur le Lieutenant de Vaisseau Commandant le Fanion.


Objet : Visite du trois-mâts mixte Béarnais.

Commandant,

Je vous rends compte que, conformément à vos ordres, je me suis rendu à bord du trois-mâts à moteur auxiliaire Béarnais, de Bordeaux, rencontré et semoncé par : L.= 48° 54’ N. et G. = 7° 44’ W. P.
J’ai trouvé en règle tous les papiers de bord et documents concernant le navire et sa cargaison.
Le bâtiment, parti de Bordeaux le 23 août, transporte à destination de Liverpool 640 fûts de brai ; rien dans la cargaison ne m’a semblé suspect. Le moteur, qui propulse le bâtiment et était en marche au moment où nous avons rencontré ce trois-mâts, est un moteur Diesel de 120 chevaux fonctionnant au mazout. Son approvisionnement est assuré par :
1°) 10 tonnes de mazout contenues dans deux citernes de 5 tonnes chacune non complète-ment pleines et dans le water-ballast arrière renfermant environ 3 tonnes.
Le plein complet effectué à Liverpool en mars dernier est de 33 tonnes.
2°) 8 fûts d’huile
" Vacuum " de 180 litres chacun, placés soit sur le pont, soit dans les cales, mais facilement accessibles.
3°) L’équipage est composé de 8 hommes, y compris le capitaine, tous français comme j’ai pu m’en convaincre en les interrogeant.
Ayant trouvé tous les papiers en règle, j’ai apposé sur le
Journal de bord le procès-verbal d’usage.
Ni le capitaine, ni l’équipage, ni le bâtiment lui-même ne m’ont semblés suspects ; cependant, il est certain que ce bâtiment renferme toutes les matières nécessaires aux moteurs des sous-marins et que la pompe et le tuyautage qui servent à amener le mazout des ballasts dans les caisses de la machine peuvent également servir à ravitailler un sous-marin ennemi.


Signé : Le Merdy. »


Début novembre 1915, le Béarnais sera victime d’une explosion qui tuera son capitaine ainsi que le mécanicien du bord (Le Temps, n° 19.848, Mardi 9 novembre 1915, p. 4, en rubrique « Dernière heure ») :


Image
_______________________

Bien amicalement à vous,
Daniel.
Dernière modification par Rutilius le sam. juil. 26, 2025 11:05 pm, modifié 2 fois.
olivier 12
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Re: BÉARNAIS ― Trois-mâts goélette mixte ― S.N.C. J.-F. Humarau & Cie.

Message par olivier 12 »

Bonjour à tous,

BEARNAIS

Trois-mâts goélette mixte de 149 t
Armateur J.F. HUMARAU
Capitaine Yves HAMON
9 hommes d’équipage en tout, tous Français
Effectue une traversée Bordeaux-Blaye-Mary Port avec un chargement de poteaux de mines et de barriques

Rapport de l’officier enquêteur

Le 22 Janvier 1917, BEARNAIS se trouve à 12 milles dans le SWqW de La Coubre, route au N85W à 2,5 nœuds.

Mer belle, faible brise de SE, brumeux.

Un sous-marin est aperçu en surface sur tribord avant dans le NNW, faisant route sur la goélette à 12 nœuds. Il stoppe à 20 m et le commandant intime l’ordre, par porte-voix et par signes, d’amener les voiles. L’équipage embarque dans le canot qui accoste le sous-marin. Il monte sur le sous-marin, exception faite du capitaine Hamon qui reste dans le canot. Le maître d’équipage et 2 marins allemands vont poser des bombes sur le voilier. Ils prennent les papiers, sauf le rôle d’équipage, le congé de la douane et le journal de bord. Ils pillent le navire, emportant vivres, conserves, couvertures, sel, outillage. Ils reviennent sur le sous-marin et les bombes explosent. Mais BEARNAIS ne coule pas. Il prend de la bande sur bâbord et reste engagé. Le sous-marin tire alors 5 coups de canon sur lui. Il n’avait pas encore coulé quand il a été perdu de vue.

Le canot fait route à la voile vers l’Est. Les naufragés sont recueillis par le SACHA à 6 ou 7 milles dans l’WNW de La Coubre.

Description du sous-marin

Longueur 40 à 45 m
Blockhaus ovale ouvert sur l’arrière
Garde-corps sur l’avant et l’arrière
Antenne TSF allant de l’avant à l’arrière et passant par-dessus le kiosque
Gris clair avec coque noire.
Etrave droite. Flancs cintrés à l’arrière
Un canon semblant fixe, de 100 mm, sur l’avant du kiosque.

Commandant : 28 à 30 ans. Portait une capote grise. Insigne au revers du collet. A demandé aux hommes d’où ils venaient et où ils allaient.
Vu 5 hommes sur le pont, avec bottes, pantalons gris, vareuses bleues, et bonnets.

Observations de l’officier enquêteur

L’équipage a gardé tout son sang froid, mais n’a pu qu’obéir aux ordres du sous-marin. Ni sanctions ni récompenses.

Le sous-marin attaquant

C’était donc l’UC 21 de l’OL Rheinhold Saltzwedel. Il venait de couler PRECURSEUR.

La position exacte de l’épave donnée par les sites de plongée est 45°35 N et 01°26 W

Cdlt
olivier
Rutilius
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BÉARNAIS ― Trois-mâts goélette mixte ― Société en nom collectif J.-F. Humarau & Cie.

Message par Rutilius »

Bonjour à tous,


Les circonstances du sauvetage de l’équipage du trois-mâts goélette mixte Béarnais


• Patrouilleur auxiliaire Sacha – alors commandé par premier maître de manœuvre CAOUS – Journal de bord n° -/ 1916 ~ 1917 – 23 déc. 1916 ~ 14 févr. 1917 –, Service historique de la Défense, Cote SS Y 450, p. num. 629 et 630.

« Le 22 janvier 1917 [Port de La Pallice]

9 h. 15 – Beau temps. Brise de l’Est. Mer belle.

9 h. 20 – Appareillé.

................................................................................................................................


15 h. 45 – Fait route sur une embarcation se trouvant par tribord à nous. Nous prenons à bord les 9 hommes de l’équipage du Béarnais qui avait été torpillé dans la matinée par un sous-marin.

[En marge : « Le Béarnais coule à 12 milles N. 75 O. Coubre. »]

15 h. 55 – Route N. 40 E.

16 h. 20 – L’embarcation du Béarnais est hissée à bord.

16 h. 40 – Nous passons à portée de voix de l’Écureuil qui nous dit avoir canonné un sous-marin à 14 h., sous-marin qui avait dans son intention de torpiller le navire grec Eugénie-Spirica.

16 h. 40 à 18 h. 40 – Suivi l’Écureuil. A 18 h. 40, l’Écureuil nous signale de stopper près de lui. Une embarcation vient à bord avec un maître qui nous remet des télégrammes et nous demande si l’on peut prendre à bord l’équipage du voilier Précurseur coulé dans la matinée par un sous-marin, équipage recueilli par la Bernadette.

Un moment après, l’équipage nous remet 11 hommes du Précurseur et une embarcation.

19 h. 15 – L’Écureuil nous remet le on voyage du navire grec. Signalé à la Foi de rester à croiser entre la bouée 12 et la bouée 16.

20 h. 00 – Mis en route ½ vitesse au N. 80 E.

21 h. 10 – Rencontré un pilote. Nous remettons à ses soins le bateau grec Eugénie-Spirica.

21 h. 25 – A la bouée 16, route au S. 75 E.

21 h. 35 – Chassiron à 90°.

22 h. 25 – A la bouée de Chauveau.

23 h. 00 – Débarqué les équipages du Béarnais et du Précurseur sur rade de la Palice.

23 h. 10 – Mise en route pour reprendre notre croisière.
»

[En marge : « En arrivant en rade de La Pallice pour débarquer les équipages du Béarnais et du Précurseur, comme il y avait peu de vue et les navires au mouillage étant sans feu, nous diminuons de vitesse ; drossé par le courant, nous tombons sur un navire et faisons à la coque des avaries super-ficielles sur l’avant de la potence bâbord. » ]
Bien amicalement à vous,
Daniel.
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markab
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Re: BÉARNAIS ― Trois-mâts goélette mixte ― S.N.C. J.-F. Humarau & Cie.

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Bonjour à tous,

Quelques articles sur l'explosion survenue sur le BEARNAIS en 1915 (RetroNews et Gallica) :

BEARNAIS La Gironde 1915-11-09.jpg
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BEARNAIS La Liberté du Sud Ouest 1915-11-11.jpg
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BEARNAIS La Liberté du Sud Ouest 1915-11-12.jpg
BEARNAIS La Liberté du Sud Ouest 1915-11-12.jpg (23.21 Kio) Consulté 245 fois
BEARNAIS La Liberté du Sud Ouest 1915-11-13.jpg
BEARNAIS La Liberté du Sud Ouest 1915-11-13.jpg (86.05 Kio) Consulté 243 fois

Deux membres d'équipage périront suite à cette explosion :
  • M. Guéneau ou Guéno - Capitaine du navire, originaire de Talence
  • M. Noguès - mécanicien du navire, originaire de La Souys (ou Trie sur Baïse selon l'article)
L'épouse du capitaine, le second - M. Martin - et les sept (ou quatre selon le journal) autres hommes d'équipage sont saufs.

Le navire BEARNAIS a été remorqué par les embarcations du ROI LEOPOLD, mouillé à proximité.

A bientôt.
Cordialement / Best regards
Marc.

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Re: BÉARNAIS ― Trois-mâts goélette mixte ― S.N.C. J.-F. Humarau & Cie.

Message par markab »

Bonjour,

Un lien vers le site https://www.marhisdata.nl/ (en hollandais) et le chapitre consacré à la livraison du BEARNAIS - 17 mars 1914 :


"Krant: NNO - Nieuwsblad van het Noorden

Type bericht: Binnenlandse berichten, diverse
Delfzijl, 17 maart. Gisteren is van hier vertrokken, met bestemming naar Middlesbrough, een nieuwe stalen drie-mast motorschoener BEARNAIS, gebouwd op de werf van de heer E.J. Smit te Hoogezand. Dit schip, metende netto 430 m3, is eigendom van de heer H. Humareau te Parijs en vaart onder Franse vlag onder commando van kapt. G. Conedel
."

Le navire a appareillé pour Middlesbrough sous le commandement du capitaine Conedel.
Le navire a été construit aux chantiers navals E.J. Smit à Hoogezand.

Je vous laisse faire la traduction de la suite :D

A bientôt.
Cordialement / Best regards
Marc.

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Re: BÉARNAIS ― Trois-mâts goélette mixte ― S.N.C. J.-F. Humarau & Cie.

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Bonjour,

Deux articles sur la perte du voilier mixte BEARNAIS en 1917 (Gallica et RetroNews) :

BEARNAISE Le Soir 1917-01-25.jpg
BEARNAISE Le Soir 1917-01-25.jpg (64.18 Kio) Consulté 204 fois
BEARNAIS L'Echo Rochelais 1917-01-27.jpg
BEARNAIS L'Echo Rochelais 1917-01-27.jpg (35.05 Kio) Consulté 204 fois

A bientôt.
Cordialement / Best regards
Marc.

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