Re: Danse

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Inouk44
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Re: Danse

Message par Inouk44 » jeu. oct. 22, 2015 2:23 am

Danses modernes
  • Le Lulu fado
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  • La danse apparaît en démonstration au programme du "Dancing Palace" de Luna Park dans cette annonce du "Gaulois" du dimanche 05 avril 1914 à la rubrique "Spectacles divers".
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Source : Gallica/Bnf

On trouve aussi à cette époque, cette annonce dans les journaux suivants:
- Le Figaro
- Gil Blas
- Le Journal
- La Lanterne
- Le Petit Parisien
- Le Temps
- Le Rappel
- Le XIXe siècle
- Comoedia
- La Presse
- L'Homme Libre
- La Croix

L'annonce paraîtra régulièrement jusqu'au 21 juin 1914.

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  • Je vous glisse ici une petite vidéo trouvée sur "toi-tube" où le "Lulu-Fado" est joué au piano mécanique (Ampico Lexington 88n).
  • - Le traditionnel bal du 14 juillet inclus cette nouvelle danse. Ainsi trouve-t-on dans le journal "Le Temps" du 15 juillet 1914, le répertoire de danses d'une guinguette de banlieue.
(...) "sur la place du village, non loin de la vieille église qui dresse dans le ciel nocturne sa haute structure de pierre, devant la mairie illuminée et pavoisée, une estrade a été dressée sur laquelle se sont installés le violon et la clarinette accoutumés. De temps en temps, l'un d'eux, d'une voix de stentor, annonce que l'orchestre va jouer une mazurka ou une valse. Les garçons invitent les filles, et l'on danse sur le pavé des places ou la route sablée, tant bien que mal, aux sons aigres de la clarinette, qui parfois détone. Les Parisiens se mêlent aux villageois et ils essayent les derniers tangos, les plus récentes maxixes et jusqu'aux audacieux lulu-fados et roulis-roulis, au grand ébahissement et amusement des rustiques spectateurs. Et ces aimables distractions se poursuivent tard dans la nuit, suivant la coutume et la tradition."
Ce texte est intéressant à plus d'un titre dans cette étude. Bien sûr nous ne sommes pas encore dans le contexte de la guerre qui est pourtant très proche, mais dans cet extrait sont décrites les danses populaires à l'époque (la mazurka et la valse dans les milieux populaires) auxquelles se joignent les "nouveautés": le tango - la maxixe - le lulu-fado et le rouli-rouli apportés par des Parisiens venus s'encanailler. Cela explique ponctuellement, dans le cas présent, le mode de propagation de ces danses des milieux urbains vers les zones péri-urbaines. On notera aussi le net distingo entre Parisiens et Banlieusards et avec quelle condescendance, le journaliste traite ces derniers de "rustiques spectateurs". L'orchestre est composé quant à lui d'un violon et d'une clarinette. Le journaliste les a qualifiés d'accoutumés, ce qui laisse à penser que ce type d'accompagnement musical était fréquent à l'époque.


  • - Le 25 juillet 1914, paraît dans le journal "Le Matin", un article consacré à la mode, indiquant que les robes des créateurs sont de plus en plus serrées aux pieds et empêchent littéralement de danser les danses à la mode. Le "Lulu Fado" fait partie de ces danses.
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Source: Gallica/Bnf




Si vous trouvez des documents relatifs à cette danse (photos, cartes postales, textes) durant le conflit, je suis preneur!


  • Une page (en anglais) lui est consacrée sur le site Dancehistorian.com.
Plutôt que de plagier, je préfère vous inviter à le découvrir ici.

Les airs de musiques sont disponibles sur le site et vous trouverez en particulier, une vidéo d'une grande qualité, montrant l'exécution de la danse en version mixer , c'est à dire avec changement de partenaire.




  • - Cette danse semble disparaître, reléguée au second plan par les nouveautés d'après-guerre, pour ressurgir en 1925 (pourquoi?) et restera populaire jusqu'au milieu des années 30 où on la trouve au programme du journal "Ouest-Eclair" du 05 juillet 1934 qui signale sa diffusion sur les ondes nationales de Radio-Paris (1650m - 75kw)





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Re: Danse

Message par Inouk44 » mer. oct. 28, 2015 12:30 am

Danses modernes

  • Le Ta-Tao (1914).
  • Cette danse n'est pas nouvelle. Il s'agit d'une danse d'origine chinoise qui était déjà connue en Europe au XVIIIe siècle comme le rapporte ce livre intitulé :"Journal étranger" de septembre 1761 écrit par l'Abbé François Arnaud.
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Source : Gallica/Bnf


  • Dans son livre "Histoire de la danse à travers les âges" , Félicien de Ménil - 1905 - nous détaille cette danse sacrée chinoise.
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Source : Gallica/Bnf


  • Le journal "Le XIXe siècle", journal quotidien politique et littéraire en date du 30 janvier 1914, n'hésite pas quant à lui, à dater cette danse!
"Ta tao et Ta kuen ,

L'Académie des Maîtres de danse a fini par s'émouvoir des foudres royales et épiscopales, lancées contre le Tango. On dit que, dans son congrès du mois d'avril, à Pâques, elle s'efforcera de réhabiliter le proscrit.
Mais, pour ne pas être prise de court, ladite Académie s'empresse de nous offrir des nouveautés : le « Ta tao » et le « Ta kuen », deux danses chinoises qu'on ne pourra pas accuser d'être trop modernes, car elles datent, paraît-il, de 2450 ans avant notre ère."
Source:Gallica/bnf


  • Dans un article du "Petit Parisien" du 11 février 1914, le journaliste Jean Claude interroge M. C. Lefort,président de l'Académie des maîtres de danse de Paris, qui nous donne les explications suivantes:
"POUR REMPLACER LE TANGO.
nous danserons bientôt la Forlane et le Ta-Tao.
Ces danses de figures, réservées et majestueuses, n'auront rien à craindre, disent leurs rénovateurs, des foudres de l’Église.
Le tango se meurt, le tango est mort du coup de crosse que lui asséna de sa dextre gantée de soie pourpre, le cardinal-archevêque de Paris. Les salons aristocratiques, proh! pudor! l'ont déjà banni et déjà la lassitude blasée des amateurs de danses nouvelles réclame autre chose. Le Maxixe brésilien, la Très Moutarde elle-même subissent le contre-coup de l'interdit jeté sur la danse des pampas. Que va-t-on faire? Quel pas exotique va-t-on lancer, car il nous faut du nouveau, n'en fût-il plus au monde! Voici le bref qu'à cette occasion lance le congrès j'allais écrire le concile de maitres de danse nous aurons, pour remplacer le Tango, la Fourlane et le Ta-Tao.
̃– Qu'est-ce que la Fourlane d'où vient le Ta-Tao ? ai-je demandé M.C. Lefort, président de l'Académie des maîtres de danse de Paris.

Elégant et svelte dans son frac noir, ouvert sur un gilet de soie gris-argent, des perles à la chemise, une fleur à la boutonnière, M. C. Lefort leva vers le plafond de son cabinet une main longue, blanche, et parla, doctement.

- La Fourlane, dit-il, est une ancienne danse vénitienne que les maîtres à danser d'Italie viennent de douer d'une vie nouvelle et qui connaîtra, croyez-le bien, un succès considérable. Elle rappelle la Tarentelle par ses mouvements gracieux et souples, elle est vive, elle est légère, et, pardessus tout, elle est chaste, réservée, gracieuse. C'est une danse blanche.

Pour exécuter sas diverses figures, le cavalier n'enlace point sa compagne, ne la serre pas contre son corps. Il lui prend les mains, tous deux joignent leurs doigts et esquissent, avec grâce, une série de révérences. Avez-vous vu danser la pavane?
La Fourlane, si elle n'est sa sœur, est sûrement sa cousine

- Et le Ta-Tao?
- Le Ta-Tao est son nom l'indique suffisamment une danse chinoise, une danse sacrée. Nous l'avons un peu modifiée, modernisée, occidentalisée, car elle était faite surtout d'attitudes hiératiques assez peu en accord avec l'esprit contemporain. Elle est inspirée du mouvement de la mer, de la lente et souple cadence des vagues. Elle comprend six figures la Cadencée, le Phénix, la Vague, l'Ensemble, la Grande-Tournante et la Danse de l'Homme. C'est vous dire qu'elle est composée de lents mouvements, nobles, majestueux, réglés sur une musique inspirée de vieux airs chinois. C'est une danse de grand style, dans laquelle cavalier et danseuse sont éloignés l'un de l'autre, car ils se tiennent comme dans la Fourlane, par les mains.

- Et quand verrons-nous ces merveilles de votre art?
- Bientôt. Nous les ferons danser en public le dimanche et le lundi de Pâques. Ensuite nous les lancerons, cet été, dans les casinos des plages à la mode elles auront leur pleine vogue dans les salons parisiens, cet hiver.

- Et vous croyez à leur succès?
- Succès mondain, certes. Ces danses nouvelles ne sont pas énervantes et lascives comme le Tango argentin, ni caractéristiques comme la « Très Moutarde». Ce sont des danses convenables et contre lesquelles, en raison de leur décence, l’Église ne pourra pas brandir ses foudres.

- Je vous remercie, cher maître.
- Je suis votre serviteur, monsieur.

Et M. Lefort, svelte dans son frac noir, me salua d'une révérence, la dextre levée et le petit doigt en l'air."

Jean CLAUDE.
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Source:Gallica/bnf



  • La Lanterne , journal politique quotidien en date du 12 février 1914 nous éclaire un peu sur cette danse:
"(...) Le ta-tao est une reconstitution des anciennes poses et musique chinoises; il comprend six figures, le ta-tao ou cadencée; le ho-ang ou phœnix; le taournen-tchê ou la vague, mouvement des eaux agitées par un doux zéphir; le ta-yen ou tout ensemble; le ta-knen ou grande tournante; le gen-ou, danse de l'homme. "(...)
et un peu plus loin, le journaliste émet des réserves quant à l'intérêt porté par la jeunesse pour cette danse :
(...) "Quant au ta-tao, la danse aux six figures, elle ne plaira à aucun des jeunes gens ou jeunes filles qui aiment la danse pour la danse. A en croire les journaux et les communiqués cités plus haut, on ne ferait que danser partout. Certes, la publicité faite autour du tango a apporté un regain de vie à certains bals dans un certain monde. La jeunesse d'aujourd'hui, la jeunesse comme il faut n'a pas le temps de danser : une jeune fille me disait qu'elle et ses amies avaient deux ou trois bals par an tout au plus. Et ce n'est pas trop pour toutes les réserves de quadrilles, de lanciers, de polkas, de valses qu'une petite Française tient au fond de son cœur. Valsons, valsons toujours, et que ces messieurs Vestris* nous laissent la paix avec leurs contorsions exotiques."
J. de la Butte.
*Vestris: Auguste Vestris (1760-1842) , brillant danseur et chorégraphe, surnommé "le dieu de la danse", inventeur d'une multitude de nouveaux pas, est parmi ceux qui, les premiers, ont su intégrer l'ancienne danse du XVIIIe siècle « terre à terre », brillante et rapide, avec les nouveaux pas de grande élévation (grand allegro) suscités par les avancées musicales de l'époque, dont celles de Beethoven. Auguste Vestris a marqué les esprits et l'histoire de la danse par son interprétation de la gavotte de la comédie lyrique de Grétry, Panurge dans l'île des lanternes, en 1785: depuis lors, ce passage est connu sous le nom de gavotte de Vestris.



  • Le magazine "Femina" du 01 mai 1914 nous dévoile quant à lui six figures de cette danse.
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Source: Gallica/bnf
Légende:
Phot. Fémina
"Mlle URBAN ET LE PROFESSEUR LEFORT DANSENT LE TA-TAO

Cette danse nouveau-née qui obtint un très beau succès au Congrès international des maîtres à danser, remplacera-t-elle les danses à la mode ?

Elle a pour elle d'avoir un nom très doux qui signifie: La Cadencée et sa 3e figure tente, paraît-il, de reproduire « le mouvement des eaux agitées par un doux zéphir ». Voici, au centre de la page, Mlle Urban, l'étoile de l'Opéra, dansant, avec le professeur Lefort, un des pas du Ta-Tao qui comprend les six figures principales que l'on voit ici."



  • Le "Milwaukee Journal" du 05 décembre 1914, évoque quelques "figures" et détaille les pas de cette danse.
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Source : google books
Article à lire ici. (Page en anglais)






  • Une fois encore, la proximité de la guerre fît tomber doucement cette danse dans l'oubli ; En 1922, le journal "Le Progrès de Sidi Bel Abbès" l'évoque une dernière fois dans ses colonnes:
    "Que de danses, la plupart venues de l'Argentine, ont précédé le Houlie !...
Vous souvenez-vous de la Crakette, du Chichigalpienne du Nicaragua, du Cunéo du Paraguay, ou du Ta-Tao de Chine - cette danse hiératique des bonzes ?
Nous n'avons pas retrouvé dans toutes la grâce du groupe de Carpeaux ou du chœur des Panathénées." (...) [/quote]


  • - Voici un air intitulé "Kakúda" de Félix Arndt (1914)

- ainsi qu'un autre dont le titre est inconnu, à écouter ici, composé par William H. Penn (1915) et gravé sur cylindre Edison Blue Amberol 2503 (Mold 2).



- et enfin une partition de "Otaki" , un Ta-Tao baptisé One-step chinois de Henri Bérény . Source Gallica/Bnf



  • Bien sûr, comme toujours, les photos de soldats ou articles relatant cette pratique de danse durant le conflit sont les bienvenus!
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Re: Danse

Message par Inouk44 » ven. oct. 30, 2015 1:59 pm

Autres représentations de la danse.

  • Danses insolites.
Dans ce chapitre figurent quelques-uns des documents qu'il m'a été difficile de classer dans les autres chapitres. Je les soumets à votre curiosité.

  • Photo trouvée sur un site roumain: Des officiers allemands dansent le jour de la célébration de l'anniversaire du Kaiser le 27 janvier 1918 à Rauscedo en Italie.
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Source: Rusmea.com

  • Carte postale française représentant un simulacre de mariage. (envoyée le 15 juin 1917 - Argenteuil - Seine et Oise)
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Légende : 43. La Grande Guerre - Au front - En attendant (le rata). On se marie avec le (Cuistot) - Après le diner on danse autour des "marmites".
Source: Delcampe.net


  • Il ne s'agit pas vraiment d'une danse mais la photographie est tellement sympathique...
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Soldats écossais à l'entraînement. Saut à la couverture.


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Re: Danse

Message par Inouk44 » ven. oct. 30, 2015 6:03 pm

Autres danses

Danses en patins à glace ou en patins à roulettes.

  • Danses en patins à glace.
- "La patineuse" de F.Barbier, parue dans le journal Fantasio d'avril 1916.
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- Une danse de la fin du XIXe siècle, nommée "Le pas des patineurs" en raison de la similitude de son pas avec celui des patineurs sur glace.
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- Le 11 janvier 1916, le journal américain "The Omaha Bee" publie un article expliquant comment danser la "Mazurka" en patins à glace.
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- Paris, 6 février 1917. Aux Jardins du Luxembourg, la fontaine du bassin ne forme qu'un épais glaçon".
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Photographies de Charles Lansiaux (1855-1939). Bibliothèque historique de la Ville de Paris.
© Charles Lansiaux / BHVP / Roger-Viollet



- Le Slt Maurice Cousin, observateur de l'escadrille AR 41, patinant dans le parc de Cernon (51) à l'occasion d'un stage de vol de nuit au centre GDE du GAN de Cernon, en janvier 1918.
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Source: Site Escadrille MF41 - F41 -AR 41 - SAL 41 Photo : Jean Amigues transmise par Jean-Pierre Amigues.



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  • Danses en patins à roulette.
- Né au XVIIIe siècle, le patin à roulettes ne cesse d'évoluer. Au début du XXe siècle c'est une discipline populaire. Bien qu'il s'agisse d'un sport, un certain nombre de figures artistiques peuvent être effectuées en patins à roulettes à l'instar du patinage sur glace.

  • - Publicité pour des patins à roulettes - 1908
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  • - Un film de Charlie Chaplin de 1916 "The Rink" (la patinoire) à voir un extrait ici, où Charlot se livre à de nombreuses acrobaties et danse sur la piste.
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Commentaire : Faut-il rappeler à quel point Charlot a contribué, par ses facéties, à conserver le bon moral des troupes durant cette époque?


  • - Soldat dansant sur des patins à roulettes pour distraire les hommes - Bordeaux 1918
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- Un tableau de Vilmos Huszar (1917) intitulé "les patineurs". Vilmos Huszar est l'un des fondateurs du mouvement "De Stijl" (le style) dont nous avons déjà parlé précédemment dans un post consacré aux vitraux.
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Re: Danse

Message par Inouk44 » sam. oct. 31, 2015 12:43 am

Danses modernes
  • Le quadrille des Lanciers
  • - Héritier de l'ancienne contredanse française du XVIIIe siècle, le quadrille est une danse de bal et de salon en vogue du début du XIXe siècle à la Première Guerre mondiale. À partir du Second Empire on vit apparaître de nouveaux quadrilles qui alternaient, au cours des bals, avec le quadrille français. Le seul qui s’imposa longuement est le quadrille des lanciers, apparu en France en 1856 (mais créé quarante ans plus tôt, à Dublin, par un maître à danser français). Il est formé de cinq figures (tiroirs, lignes, saluts, moulinets, lanciers).
  • - Voici quelques sites fournissant des informations intéressantes sur le Quadrille des Lanciers:
- Le Quadrille des Lanciers d'Olivier Metra (Théorie et partitions)
- Association "Autres Temps Autres Danses"
- Le Bal de l'X - Polytechnique


  • - Une lithographie de Charles Vernier - 1858 - Dimensions: 20.1 cm x 25.2 cm
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Source : Achenbach Foundation for Graphic Arts


  • - Cette danse ( et le quadrille en général) semble avoir été encore très populaire jusqu'au début de la guerre si l'on considère le nombre de fois où elle est citée en référence dans les textes. Le Quadrille des Lanciers est d'ailleurs souvent cité comme "Les Lanciers".
Extrait d'un feuilleton intitulé "Le sorcier de Paimpont" paraîssant dans le journal "Ouest-Eclair" en date du 09 mars 1914:
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"Allons, les danseurs, en place pour les Lanciers!"
C'est le maître des cérémonies. M. Legru qui criait cet appel aux couples, attablés, et se reposant dans la vaste salle de bal, sous la tente, dehors, en face de quelques litres de gros vin ou, pour les plus riches, de canettes de bière.
"En place en place pour les Lanciers!"
Les danseurs se levaient, couraient prendre les premières notes de l'orchestre, attaquant le quadrille.
Les cuivres roulaient des sonorités graves les clarinettes nasillaient des plaintes excessives et, quelques minutes durant, pour chaque figure, les couples se trémoussaient avec entrain.
Puis, tous venaient reprendre leurs places à leurs tables respectives.
Source : Gallica/bnf

  • ou bien encore, cet article intitulé "Journal d'un Vaudevilliste" de M. Ernest Blum paru dans "Le Gaulois", le 12 décembre 1904 qui replace l'importance de cette danse au mileu d'autres danses à la mode:
Les Anglais, du reste, nous avaient envoyé jadis un numéro qui s’est vite acclimaté ici les Lanciers. Mes contemporains se souviennent, sans doute, de cette danse qui a eu son heure de triomphe, je crois même que cette heure dure encore. Qui de nous n'a pas dansé le quadrille des lanciers? Lorsqu'il fut introduit dans notre belle patrie, tous les théâtres, sans exception, l'exhibèrent, je ne suis même pas sûr qu'on ne l'ait pas dansé à la Comédie-Française ! Dans les petits théâtres c’était une rage ; pas une pièce, quelle qu’elle fût, n’avait le droit de se terminer sans le quadrille en vogue. Je me rappelle qu'un soir, à l'Ambigu, on jouait pour la première fois un gros mélodrame. Toute l'élite du Boulevard était là. La représentation allait cahin-caha : les malheurs de la jeune fille n'intéressaient qu'à demi, et le public ne demandait pas avec frénésie la punition du traître, ce qui est la pire chose qui puisse arriver à un mélodrame. Si bien que, vers dix heures, l'ouvrage était à deux doigts de sombrer sous de forts coups de sifflets, lorsque le principal acteur eut une idée : - Et maintenant, mes enfants, dit-il, célébrons cette heureuse journée par le quadrille des lanciers ! Et tous ces personnages -jeune fille persécutée et méchant traître réunis dansèrent le quadrille en question. A partir de ce moment-là, le mélodrame alla aux nues. Seulement, il fallut danser ledit quadrille à chaque acte, ce qui amena, je dois le dire, un effet bizarre lorsque le traître, au dénouement, enfin démasqué fit sa partie dans la contredanse avec les deux gendarmes qui l'arrêtaient. Il faut reconnaître, en somme, dût notre patriotisme en souffrir, que la plupart des danses nous sont fournies par l'étranger. La valse et la polka sont allemandes, les lanciers et la nouvelle valeta sont anglaises, le cake-walk; lui, est né dans les forêts vierges. Ce qui est tout à fait notre propriété, je devrais même dire notre gloire, c'est le cancan qu'aujourd'hui on appelle le cavalier seul par une pudibonderie qui m'étonne.
Source : Gallica/bnf
  • - Le caractère symétrique des figures en fait une danse convenue qui laisse peu de place à l'improvisation.L'expression "réglé comme un quadrille" traduit bien le caractère ordonné de la danse.
Ainsi retrouve-t-on dans la "Revue de Paris" de janvier 1916 la description suivante concernant la sortie d'une escadre en mer:
Un conseil de guerre nocturne avait réuni les amiraux sur le Courbet, cuirassé du Commandant en chef. Quelques heures plus tard, dans le silence infini du matin bleuâtre, les escadres se sont ébranlées. L'une après l'autre, elles ont pris la passe et se sont formées sous nos yeux nous entendions les bruits fins des commandements. Les navires allaient sans remous sur l'eau pesante trapus, sveltes ou effilés, cuirassés, croiseurs ou torpilleurs glissaient en des quadrilles bien ordonnés. Tranquillement, ils prenaient leurs distances et leurs intervalles, et montraient la nudité antique des gladiateurs prêts au combat.
Source : Gallica/bnf


  • - Le Quadrille des Lanciers est aussi une figure équestre au programme des Écoles militaires d'équitation.
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Légende: Saumur (M. & L.) - Carrousel militaire annuel de l’École de cavalerie - Le Quadrille des Lanciers - 1916
Source: delcampe.net



  • - Carte postale française représentant des soldats russes.
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Légende : Nos fidèles Alliés Russes en campagne.Le Quadrille des Lanciers.
Source : Delcampe.net
Commentaire: Malgré la bienveillance de ce photographe, ce "Quadrille des Lanciers" ne semble pas très orthodoxe...

  • - Dans la collection "L'âme française et la guerre", un livre intitulé "Les voyages de Lorraine et d'Artois" de Maurice Barrès (1862-1923), à la page 54, ce dernier décrit l'avancée et le recul du front.
Ainsi des régiments, chez les Prussiens comme chez nous, entrent continuellement dans la première ligne de feu, ou bien en sortent, et ce va et vient ajoute encore à la difficulté de fixer la forme de celle bataille. Un officier qui me donne des explications et qui refuse, avec beaucoup de chic, d'être ému ou étonné de rien, au point que je n'en puis tirer que les numéros des régiments et les cotes de la carte, soudain, a une image frappante : « Nous faisions avec les Allemands un quadrille des lanciers, d'interminables en avant-deux*. »
L'avant-deux est une danse à figures dans laquelle les couples avancent et reculent alternativement.


  • - Comme de nombreuses autres danses, le terme "quadrille" est utilisé pour signifier le "combat", la "bataille". Le terme convient particulièrement aux bombardement d'artillerie, qui "quadrillent" littéralement le terrain. Ainsi trouve-t-on dans un article du journal "l'Avenir d'Arcachon", en date 28 mars 1915, le récit d'un soldat du contingent qui dit ceci:
    "Ils [les Allemands] lèvent les bras dès qu'ils se voient un peu éclaircis par nos 75 qui de temps en temps leur jouent un petit air de danse. "Kamarad ! Kamarad : moi bon pour Français". Ils sont tellement fourbes et menteurs, que nous continuons le quadrille, surtout lorsqu'il est bien commencé.
    Source : Gallica/bnf

  • - Dans un autre registre, un médecin militaire nous parle d'une séance destinée à soigner les "victimes de Vénus". (doit-on comprendre qu'il s'agit de la syphilis?)
Séjour au camp Gressaire: le traitement des victimes de Vénus et une partie de natation qui faillit se terminer mal.

La nuit tombée le Bataillon, relevé par le 3ème Régiment mixte de Zouaves et de Tirailleurs, rejoint le camp Gressaire. Le séjour en ce lieu est triste car il n'y a aucun village à proximité pour égayer la vie des soldats. Dans la baraque Adrien qui sert à la fois d'infirmerie et de logement pour les médecins, l'activité suit un cours tout à fait monotone: visite le matin, soins aux blessés non évacués, et pour clôturer le tout, traitement par injection de permanganate* aux victimes de Vénus. Nous appelons cette cérémonie "le Quadrille des Lanciers".
Source : Site belge Médecins de la Grande Guerre - Le docteur Georges : mémoires de jeunesse et de guerre.


- Dans cet extrait, l'expression "victimes de Vénus" désigne les maladies vénériennes dont la syphilis.
L'expression "Quadrille des Lanciers" se rapporte au traitement infligé au malade pour soigner cette maladie dont Pierreth1 nous fait un descriptif ici.
Il s'agit d'un jeu de mot autour du verbe "lancer". Le traitement devait être administré dans la verge (d'où l'allusion au mot "lance"). Par ailleurs, une blessure, ou les piqûres que l'on vous inflige sont douloureuses et vous "lancent". Le fait que ce soit une "danse" renforce cette image de patient qui "danse" - sous entendu - " de douleur".



*Cette méthode de désinfection a été mise au point durant la première guerre mondiale. Voici un article la concernant, extrait de Wikipédia:
Solution de Dakin
La solution de Dakin (anciennement liqueur de Dakin, et maintenant parfois eau de Dakin et dénomination commune Dakin) est un liquide antiseptique utilisé pour le lavage des plaies et des muqueuses, de couleur rose et à l'odeur d'eau de Javel.
Histoire
Lors de la Première Guerre mondiale, le chimiste d'origine britannique installé aux États-Unis Henry Drysdale Dakin met au point avec le chirurgien français Alexis Carrel un antiseptique (dont la substance active est l'eau de Javel) pour les plaies ouvertes ou infectées, dans le cadre des travaux de ce dernier sur le traitement des plaies de guerre.
Elle a pour avantage de ne pas être colorante (contrairement à l'éosine, par exemple) et de ne pas produire de sensation d'irritation à l'usage (contrairement à la Bétadine par exemple).
Composition
Elle est à base d'hypochlorite de sodium à 0,5 % de chlore actif (soit 5 000 ppm) additionnée de permanganate de potassium pour la stabiliser vis-à-vis de la lumière UV.
Les solutions d'hypochlorite ayant un pH élevé (aux alentours de 9), la solution est tamponnée avec du dihydrogénophosphate de sodium par exemple. L'activité maximale de la solution ainsi obtenue est pour un pH de 5.
Spectre d'action
Les dérivés chlorés ont un spectre étendu et ont une forte action contre les bactéries (Gram positif, Gram négatif, Mycobactéries), les levures, les moisissures, les virus nus ou enveloppés et les spores.








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Re: Danse

Message par Inouk44 » lun. nov. 02, 2015 7:03 pm

Danses régimentaires et corporatives

Danses corporatives

Nous avons classé dans cet item, les danses spécifiques :
  • à des groupes associatifs (Grande Loge des Francs-Maçons, ...)
Bien que les corporations aient été abolies à la Révolution, certaines traditions, chantées, dansées ou rituels d'initiation ont été conservés. Ces "rituels" servent de lien et ont pour objet, d'unir les membres de leur société.

*****************************
  • Écoles et Institutions
- École Polytechnique

  • - L’École est créée en 1794, sous le nom d’« École centrale des travaux publics », afin de faire face à la pénurie d’ingénieurs et de cadres supérieurs en France.
Rebaptisée « École polytechnique » en 1795, elle a pour mission de donner à ses élèves une solide formation scientifique, appuyée sur les mathématiques, la physique et la chimie, et de les former pour entrer dans les écoles spéciales des services publics de l’État, comme l’École d’application de l’artillerie et du Génie, l’École des Mines de Paris ou l’École nationale des ponts et chaussées.
  • - 1914-1918
Première guerre mondiale
L’École vit jusqu’en 1919 au rythme de la guerre. Les locaux sont utilisés comme hôpital militaire. Il n’y a pas de concours organisé en 1915.
Près de 900 élèves de l’École polytechnique, toutes promotions confondues, sont morts pour la France lors de la Grande Guerre, dont 260 élèves des promotions 1911 à 1918.
Le Monument aux Morts de l’École polytechnique, conçu par Gustave Umbdenstock, (1866-1940), professeur d’architecture à Polytechnique de 1919 à 1936, a été inauguré en 1926. Il est resté rue Descartes. Y figurent les noms des anciens élèves morts pour la France, dont ceux tombés en 14-18. Il a fait l’objet en 1986 d’une restauration.
  • - Le « Bal de l’X ».
C'est en 1879 qu'est organisé par la Société Amicale de Secours, le premier « Bal de l’X ».
Chaque année les Polytechniciens font une représentation dansée du "Quadrille des Lanciers".


Image


- A visionner Le Bal de l'X - Polytechnique


- Ainsi que toutes les grandes dates de l’École Polytechnique sur son site.




:hello: Si vous avez des documents relatant des pratiques de danses durant la Grande Guerre, je suis preneur!




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Dernière modification par Inouk44 le dim. févr. 25, 2018 3:25 pm, modifié 1 fois.
C'est agréable d'être important. C'est important d'être agréable.

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Skellbraz .
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Re: Danse

Message par Skellbraz . » mar. nov. 03, 2015 12:02 am

bonsoir à toutes et tous
Merci Inouk, vos recherches sont toujours EXTRA :love: :sol: :jap:
J'ai cité "le quadrille des lanciers" dans la rubrique photo où il était question de la Garde Républicaine.
Bien à vous
Brigitte
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IM Louis Jean
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Re: Danse

Message par IM Louis Jean » ven. nov. 13, 2015 6:34 pm

Bonsoir à toutes et à tous,
Contexte de la guerre

- Ballets diplomatiques
  • Carte postale française intitulée - "La ronde des enfants bien appriz" - août 1914 signée G.AW.
https://forum.pages14-18.com/mesimages/17892/595001.jpg
Dans la ronde, on reconnait à leurs costumes, les pays suivants: Serbie, France, Belgique, Royaume-Unis, Japon, Russie, ?,
L'Italie , bras croisés dans le dos, hésite à rentrer dans la ronde...

:hello: Quel est le pays représenté en fin de chaîne et qui tend la main à l'Italie?
Il doit s'agir du Montenegro

Image

Cordialement
Étienne
<< On peut critiquer les parlements comme les rois, parce que tout ce qui est humain est plein de fautes.
Nous épuiserions notre vie à faire le procès des choses. >> Clemenceau

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IM Louis Jean
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Re: Danse

Message par IM Louis Jean » ven. nov. 13, 2015 9:25 pm

Bonsoir à toutes et à tous,

Image

<< Daisy Caroline Daking (1884-1942) — Oxenham’s ‘Pixie’ —was one of these teachers, and in 1917 she went out to France with the intention of teaching the soldiers to dance when they were off-duty, thus making up 100-fold for the loss of her male colleagues.
.../...
Pixie was in France and Germany for three years, during the war and after the armistice …. Several of our lot were there, and she was the boss. She went out … when most people said it was no use and thought it was a crazy idea, to capture the men in the Rest Camps and Convalescent Depots for folk dancing. She took some morris sticks and a bunch of rappers; and she did the trick. She did it for years without a rest, and turned up smiling at the end. She must have been a joy to thousands—literally thousands—of men, in that awful time. >>

Image
Le Havre

Plus d'informations et de photos sur cette page : Daisy Caroline Daking

Cordialement
Étienne

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Nous épuiserions notre vie à faire le procès des choses. >> Clemenceau

kikilafrite
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Re: Danse

Message par kikilafrite » dim. déc. 13, 2015 4:33 pm

Volet II
o Danses traditionnelles


• Danses belges

• Carte postale belge intitulée : "Type Bruxellois"
https://forum.pages14-18.com/mesimages/ ... trappe.png
Légende:"Avec toutes ces nouvelles danses saveï, j'aime encore mieux notre danse nationale (trappe)
Signature: J Te<illisible> ou Fre<illisible> - Datée de 1915


Il s'agit probablement d'une référence à la partie d'une revue belge intitulée "viens profiteï avec" qui semble avoir eu un grand succès en France .
Les représentation se sont déroulées à la Scala à Paris entre le 31 mai et le 17 juillet 1914.

https://forum.pages14-18.com/mesimages/ ... ai1914.jpg
Source: La Presse du 31 mai 1914 sur Gallica/bnf

<< on rit de la si fantaisiste "danse de la Trappe" dans laquelle Fernande Dumont et Du Prez sont bissés chaque soir >>
https://forum.pages14-18.com/mesimages/17892/proxy.jpg
Source: Le Figaro du 17 juin 1914 sur Gallica/Bnf

Commentaire: Merci à Etienne alias IM Louis Jean qui a élucidé cette énigme.



En 1915, date de parution de la carte, le contexte a changé. La Belgique, de force, est entrée dans la "danse". L'humour belge n'a, pour autant, pas disparu...


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Bonjour, je découvre avec plaisir l'évocation de mon arrière grand mère maternelle Fernande DUMONT qui faisait partie de la troupe belge à la Scala à Paris célèbre pour sa danse de "la trappe". Elle était aussi chanteuse. Je joins une pochette de disque. Auriez-vous d'autres informations sur cette dame, car j'ai des difficultés à en trouver. Merci aussi pour votre travail exceptionnel sur le sujet. j'habite à Bruxelles et il n'y a que quelques mois qu'une cousine m'a fait découvrir Fernande DUMONT.
Chris T.
Image

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