Pourriez-vous m'aider à résoudre un mystère familial? Mon soldat auxiliaire est-il allé en zone armées?

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air339
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Re: Pourriez-vous m'aider à résoudre un mystère familial? Mon soldat auxiliaire est-il allé en zone armées?

Message par air339 » ven. juil. 20, 2018 8:11 pm

Bonjour,



Pour compléter la remarque d'AD-Line sur la différence entre le service auxiliaire et le sursis d'appel ou d'incorporation, il s'agit de deux choses bien distinctes.

> L'affectation au service auxiliaire fait suite à la décision du conseil de révision. L'homme est reconnu physiquement impropre à à endurer un service normal, mais cependant capable d'aider à des tâches (administratives, entretien des chevaux, conducteur...) , le soldat ne reçoit aucune instruction sur l'utilisation des armes et reste dans la zone intérieure.

> Le sursis est accordé (ou refusé) à la demande du soldat. Il doit à cet effet remplir un formulaire et l'accompagner de divers justificatifs (pour études, soutien de famille, apprentissage, exploitant agricole, industriel ou commercial, résidence à l'étranger). Le sursis est donc indépendant d'un état physique.

Modèle de demande de sursis (BO ministère de la guerre. 1911)
sursis1.jpg
sursis1.jpg (76.62 Kio) Consulté 342 fois

modèle de certificat accompagnant la demande de sursis (BO ministère de la guerre. 1911)

certificat.jpg
certificat.jpg (64.71 Kio) Consulté 342 fois


Pour Louis Marius Brugière, il semblerait que le sursis soit accordé pour le compte de son activité professionnelle auprès de la maison Laganier.
Son court passage au dépôt en mai 1917 pourrait alors correspondre au délai pour statuer sur l'octroi du sursis, lequel est annulé une semaine après, puis à nouveau accordé en septembre 1917, et prolongé jusqu'à fin avril 1918 (deux périodes de 4 mois ?).

Son retour au dépôt en mai 1918 n'est pas clair. Il y revient en tant qu'auxiliaire, mais on n'a pas de date de départ pour congé à son domicile.
Le décès pour la grippe suivant de près les premiers symptômes, cet homme aurait dû rejoindre une formation sanitaire plutôt que son domicile, mais la fiche de décès reconnait bien que la maladie a été contractée en service. Curieux.

Une quasi-certitude, cet homme n'a pas été dans la zone armée et n'a pu être gazé. S'il avait été évacué pour ce motif sa fiche matricule le signalerait, bien que celle-ci reste lacunaire (profession non renseignée, fiche signalétique vide).



Cordialement,


Régis
Dernière modification par air339 le mar. juil. 24, 2018 12:52 pm, modifié 1 fois.

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VidalB
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Re: Pourriez-vous m'aider à résoudre un mystère familial? Mon soldat auxiliaire est-il allé en zone armées?

Message par VidalB » ven. juil. 20, 2018 9:09 pm

Bonsoir Régis, et merci pour votre message et vos réflexions.

Que voulez-vous dire pour la période septembre 17-avril 18? ("deux périodes de 4 mois ?")

En ce qui concerne le sursis, j'avais justement lu le bulletin de 1911: comme il avait plus de 25 ans, le sursis lui a donc été accordé pour la raison n°1 explicitée à la page 175 du bulletin (ci-dessous): il avait des frères déjà mobilisés. Je mets le document ici pour ceux qui feraient des recherches sur le sujet:
Bulletin officiel du ministère de la guerre - recrutement - mai 1911 - extrait p175.jpg
Bulletin officiel du ministère de la guerre - recrutement - mai 1911 - extrait p175.jpg (190.65 Kio) Consulté 329 fois
Sans doute que d'autres facteurs ont contribué à la décision: son infirmité, son emploi civil et ses enfants en bas âge.

CD9362
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Re: Pourriez-vous m'aider à résoudre un mystère familial? Mon soldat auxiliaire est-il allé en zone armées?

Message par CD9362 » ven. juil. 20, 2018 10:16 pm

Bonsoir
vous devriez mettre les photos cartes postales où il est fait mention du 261 et 255e RI , cela permettrait peut-être d"avoir un indice .... si il est en uniforme, discerne-t-on le n° du régiment ?
le 255eRi est dissous en octobre 1917 ! ce qui donne une chance de plus que ça ne soit qu'un rattachement "administratif" le dépôt du 55 e gérant accueillant certainement/ peut-être aussi les hommes du 255e non au front.
historique 255eRI
https://argonnaute.parisnanterre.fr/med ... 013343.pdf
historique 261eRI
https://argonnaute.parisnanterre.fr/med ... 013338.pdf

Pour avancer le mieux serait d'interroger les archives d'Ardèche, savoir si il y avait des listes des hommes mis en sursis dans des entreprises.
AD-Line

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air339
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Re: Pourriez-vous m'aider à résoudre un mystère familial? Mon soldat auxiliaire est-il allé en zone armées?

Message par air339 » mar. juil. 24, 2018 3:41 pm

Bonjour,


Que voulez-vous dire pour la période septembre 17-avril 18? ("deux périodes de 4 mois ?")
La fiche matricule indique un sursis accordé en septembre 17 et prolongé jusqu'en avril 18, il y a donc deux périodes, je me demande si elles ont la même durée, ce qui ferait 2 fois quatre mois.


Ce "sursis" ne peut plus être attribué en raison de frères déjà sous les drapeaux, il s'agit d'une disposition de temps de paix. En temps de guerre, tous les frères sont appelés.

Différentes situations permettent d'être éloigné du front. Il faut être :

> exempté
> affecté à un service auxiliaire
> en soin dans une formation sanitaire,
> réformé,
> père de famille nombreuse,
> détaché au titre de la mobilisation industrielle (demande appuyée par un entrepreneur).

Je dois oublier d'autres situations (sans parler des "embusqués").

J'ai un peu de mal à comprendre ce sursis, qui correspond normalement à une situation antérieure à une affectation. Dans le cas de Marius Brugière, il y a un passage au dépôt, puis un sursis, qui fait penser plutôt à un détachement auprès d'une entreprise.
De plus, un sursitaire n'est pas sur les rôles de son unité : il ne porte pas l'uniforme, ne touche pas de solde.
Un accident déboucherait sur une réforme n°2 - non imputable à une circonstance de guerre. De même pour un décès, or la mention "mort pour la France" indique bien que Marius Brugière était attaché à une unité...


Cordialement,

Régis

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air339
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Re: Pourriez-vous m'aider à résoudre un mystère familial? Mon soldat auxiliaire est-il allé en zone armées?

Message par air339 » mar. juil. 24, 2018 11:56 pm

Bonsoir,



Pour avancer dans les situations des militaires éloignés du service, une publication d'avril 1917, "Soldes et revues - modèles" ed. Charles-Lavauzelle (disponible sur Gallica), précise les cas d'absence des effectifs :

repertoire.jpg
repertoire.jpg (42.7 Kio) Consulté 275 fois

La situation de sursitaire n'est pas prévue, mais celle de détaché apparaît bien, la solde étant versée soit au titre du corps, soit par l'établissement où le militaire est détaché.


Cordialement,


Régis

mariac
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Re: Pourriez-vous m'aider à résoudre un mystère familial? Mon soldat auxiliaire est-il allé en zone armées?

Message par mariac » jeu. juil. 26, 2018 8:42 am

Bonjour à tous,

Quelques observations d'un autre Ardéchois :

- ce soldat du service auxiliaire à fait des allers-retour entre les dépôts des régiments "départementaux" de l'Ardèche (61 ème de Privas pour le nord et le centre du département, 55ème de Pont St Esprit dans le Gard pour le sud et l'ouest) et son affectation "spéciale".
-il était affecté spécial en tant que soldat mobilisé à la maison Laganier, qui faisait du "bois de mine", comme la famille de mon propre grand-père (affecté spécial pour les mêmes raisons à sa propre entreprise en 1940) dans le canton du Cheylard. Il faut savoir que les galeries de mines étaient étayées en petite troncs de pins donc la production de "bois de mine" était une production stratégique (pas de bois de mine pas de charbon...).
- petite correction : le 55 ème n'a jamais fait partie de l'Armée d'Orient, contrairement au 61 ème. Beaucoup d'Ardéchois ont été envoyés en Orient (61 ème RI, 38 ème RIC) car on a souvent choisi des régiments de régions accidentées du sud en raison du climat et du relief (nécessité d'avoir des régiments muletiers).
Bien amicalement.
Jacques

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Re: Pourriez-vous m'aider à résoudre un mystère familial? Mon soldat auxiliaire est-il allé en zone armées?

Message par air339 » jeu. juil. 26, 2018 12:18 pm

Bonjour,


Le texte de la loi du 20 février 1917, rappelant les exemptés devant les conseils de révision :
20 02 1917 1.jpg
20 02 1917 1.jpg (169.45 Kio) Consulté 229 fois
20 02 1917 3.jpg
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Re: Pourriez-vous m'aider à résoudre un mystère familial? Mon soldat auxiliaire est-il allé en zone armées?

Message par air339 » jeu. juil. 26, 2018 12:21 pm

20 02 1917 2.jpg
20 02 1917 2.jpg (247.72 Kio) Consulté 229 fois
Selon une autre source ("mobilisation industrielle", lt-colonel Delavallée, 1921), les sursis sont supprimés par une loi de juillet 1915.


Marius Brugière a-t-il été concerné par l'article 5 § 4 ?


Cordialement,


Régis

garigliano1
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Re: Pourriez-vous m'aider à résoudre un mystère familial? Mon soldat auxiliaire est-il allé en zone armées?

Message par garigliano1 » jeu. juil. 26, 2018 2:06 pm

Bonjour

En ce qui concernent les sursitaires, Prisme a tranché un cas dans son dernier article sur l'étude de l'année 1918 en fonction des textes contradictoires qui existent en considérant que ces personnes sont plus des "civils" que des "militaires".

Lors de l’examen de la situation de sursitaires à la commission de l’Armée, il a été entendu que, pendant toute la période du sursis, ils cessaient d’être des militaires.

L’article 42 de la loi sur le recrutement de 1905 reprit par l’article 57 du Code de Justice Militaire, indique que les sursitaires sont justiciables des Conseils de Guerre mais la Cour de Cassation a écrit :
cassation.JPG
cassation.JPG (66.82 Kio) Consulté 214 fois
La cour évoquait, a priori, la hiérarchie militaire. Prisme a considéré ces sursitaires comme des civils. Pour le cas de sursitaire qui nous concerne, il n’a pas effectué de temps au sein d’une unité combattante.

Les sursitaires jugés lors des grèves pendant le conflit par les conseils de guerre permanents donc à l'arrière, ont été condamnés très diversement d'où la malaise du ministère devant les arrêts très différents d'où l'arrêt de la cour de cassation.

Pour ce cas, il semble avoir été affecté au dépôt (ce qui reste à valider) ou à l'usine suivant les périodes, mais à priori, il n'a pas été dans la zone des armées.

Quand à la mention MPLF pour maladie contractée en service, on connait les "fluctuations" de l’attribution de la mention. Le rapport Marin signalait qu’un relevé fait immédiatement après l’armistice comptabilisait déjà 41 000 décès survenus à l’intérieur pour des causes indépendantes des opérations qui ne donnaient donc théoriquement pas droit à la mention MPLF.

Cordialement
Yves

http://prisme1418.blogspot.com/

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Re: Pourriez-vous m'aider à résoudre un mystère familial? Mon soldat auxiliaire est-il allé en zone armées?

Message par air339 » jeu. juil. 26, 2018 10:23 pm

Bonsoir,


Voici deux autres sources sur le statut des militaires détachés :


Loi assurant la juste répartition et une meilleure utilisation des hommes mobilisés ou mobilisables.
Paris, le 17 août 1915

"(...)
Art. 6. Le Ministre de la guerre est autorisé à affecter aux établissements, usines et exploitations travaillant pour la défense nationale, les hommes appartenant à l'une des classes mobilisées ou mobilisables, chefs d'industrie, ingénieurs, chefs de fabrications, contremaîtres, ouvriers, et qui justifieront avoir, pendant un an au moins, exercé leur profession, soit dans lesdits établissements, usines et exploitations, soit dans des établissements, usines et exploitations similaires. Pour les exploitations houillères, le délai d'un an est réduit à six mois.
Les hommes remplissant les conditions ci-dessus devront remettre à l'autorité militaire une déclaration signée par eux, indiquant le temps durant lequel ils ont exercé leur profession et les établissements, usines et exploitations où ils l'ont exercée. Les ouvriers manœuvres affectés dans les conditions déterminées par l'alinéa 1er du présent article seront choisis de préférence parmi les hommes du service auxiliaire, et, à défaut, parmi les réservistes territoriaux et les territoriaux, en commençant par les pères de famille les plus nombreuses et les classes les plus anciennes.
A titre transitoire, les hommes qui, sans satisfaire aux conditions déterminées par le paragraphe 1er, sont présentement détachés dans les établissements, usines et exploitations travaillant pour la défense nationale, y pourront être maintenus si, dans le délai de deux mois au plus, une commission qui sera instituée dans chaque région, composée en nombre égal de membres patrons et de membres ouvriers, présidée par un délégué du Ministre de la guerre ou du Ministre de ]a marine, a donné à ce maintien un avis favorable.
Pour les exploitations houillères, la commission constituée au siège de chaque mine sera présidée par l'ingénieur en chef des mines ou son délégué ingénieur. Elle sera composée mi-partie de patrons, mi-partie d'ouvriers mineurs. Le délégué mineur ou son suppléant en fera partie de droit. En ce qui concerne les mineurs des régions envahies, l'avis sera émis par la commission militaire des mines, à laquelle seront adjoints un membre ouvrier et un membre patron.
Les hommes visés aux paragraphes ci-dessus demeureront à la disposition du Ministre de la guerre. Ils seront placés dans les conditions et soumis aux obligations prévues par les paragraphes 3 et 6 de l'article 42 de la loi du 21 mars 1905. En ce qui concerne, leurs salaires, le décret du 10 août 1899 sur les conditions du travail dans les marchés passés au nom de l'Etat sera applicable de plein droit. (...)"
BO du ministère de la Guerre, 1915



Les ouvriers détachés dépendent de l’autorité du service de contrôle de la main d’oeuvre :


« L'ouvrier mobilisé restait militaire et, à ce titre, relevait du contrôleur local qui avait, au point de vue disciplinaire, les pouvoirs d'un Commandant de compagnie, le contrôleur régional ayant ceux d'un Chef de corps. »
Mobilisation industrielle, lt-colonel Delavallée, 1921.


Cordialement,


Régis

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