Soldat du 8ème R.I. - Infanticide

Avatar de l’utilisateur
alain chaupin
Messages : 1032
Inscription : lun. oct. 18, 2004 2:00 am

Soldat du 8ème R.I. - Infanticide

Message par alain chaupin » mar. mars 13, 2018 4:48 pm

Bonjour
Un épisode sordide !
Cordialement
Alain
Un Bullygeois condamné à mort le 27/07/1918 par le Conseil de Guerre de la Région Nord siégeant à Boulogne sur Mer, fusillé le 25/10/1918.
Pierre Creton né le 6/02/1887 à Grand Fort Philippe
Soldat au 8ème Régiment d’Infanterie versé au service auxiliaire en sursis d’appel aux Mines de Béthune
Marié à Courcelle Berthe père de 2 enfants – Roger 6 ans et Pierre 4 ans
La famille habite au n°3 cité Carenda (n° 6 Impasse Clément Ader) – Pierre Creton est mineur à la fosse n°1.
En avril 1918 on procède pour la 1ère fois depuis le début de la guerre, à l’évacuation de la population Bullygeoise.
Dans la famille Creton l’épouse quitte son mari en 1916 et part sur Paris emportant son fils aîné Roger.
Dès lors, Pierre Creton resté seul avec son fils Pierre, cherchera en vain une famille d’accueil pour son fils.
S’adonnant à la boisson, poursuivi pour plusieurs vols, il décide de mettre fin à la vie de son enfant
Après avoir repéré un endroit situé au niveau de la briqueterie (rue Sagnol) il tue son enfant en l’enterrant vivant.

Les détails qu’il donne au conseil de guerre sont sordides et difficilement supportables.

« Le dimanche 14 avril, dans la matinée, Creton est allé à Sains-en-Gohelle avec son enfant et étant entré à l’estaminet « A Solférino », il avait demandé à la cabaretière et à sa sœur si elles ne connaissaient pas quelqu’un qui pût se charger de l’enfant, dont il paierait la pension ; elles répondirent qu’il ne restait presque personne dans le pays et que ce serait difficile.
Creton ne chercha pas davantage et, dès ce moment, l’idée de se débarrasser de son enfant, à laquelle il avait déjà pensé depuis un jour ou deux, s’empara de son cerveau et ne le quitta plus.
Il songea de suite, dit-il, à le faire disparaître en l’enterrant et chercha un endroit propice. En sortant d’Aix-Noulette, il vit sur le côté de la route une briqueterie abandonnée, et, ayant son enfant à la main, il y entra et en fit le tour – C’est alors qu’il remarque au fond et derrière un grand tas de briques, un trou qui pouvait avoir un mètre cinquante de long sur cinquante centimètres de profondeur. Cet endroit étant tout-à-fait en contrebas et à l’abri de toutes vues du dehors, lui parut tout à fait convenable à son dessein, cependant comme il hésitait encore, il revint chez lui.
L’après-midi, il resta à sa chambre, tandis que le petit Pierre jouait près de lui ou dans la cour ; plusieurs fois cependant, il partit prendre une chope ou un verre de vin à un cabaret voisin et il prenait avec lui son enfant bien sage sur une chaise, le soir, il le coucha vers neuf heures et demie, puis se coucha lui-même. Toute l’après-midi, dit-il, il avait pensé à la briqueterie et à son projet. L’emplacement lui paraissait de plus en plus favorable et il était bien décidé à y conduire le lendemain son enfant et à ne pas le ramener.
Le soir, il y pensa encore et, sa résolution, bien prise, il s’endormit.
Le lendemain matin, lundi 15 avril, quand il se réveilla vers cinq heures, son idée se reporta aussitôt vers sa résolution criminelle et pour se donner du courage, il alla au café voisin où il but une bouteille de vin blanc et deux bouteilles de stout – Puis vers sept heures, il rentra, fit lever l’enfant, l’habilla et lui donna à manger une tartine et du café comme d’habitude.
Il lui dit alors de venir promener avec lui, le prit par la main et l’emmena. Toute la matinée il rôda – Il était allé d’abord du côté de la fosse n°10 et était entré à deux ou trois reprises dans un cabaret ; il pensait toujours, dit-il, à son projet, mais ne pouvait se résoudre à l’exécuter – Enfin s’étant bien décidé, il partit vers la briqueterie – L’enfant ne disait rien, mais plusieurs fois comme il était fatigué de marcher, il l’avait dit à son père et celui-ci l’avait prit sur son dos.
Vers 11 heures, lorsqu’il arrive à la briqueterie, Creton alla tout droit au trou qu’il avait remarqué la veille – ayant constaté qu’il n’y avait personne aux alentours, il dit alors à l’enfant de l’attendre un instant et il s’éloigna pour chercher s’il ne trouvait pas une corde pour l’attacher – à peu de distance, il trouva un bout de fil téléphonique de 2 ou 3 mètres qu’il ramassa et revint à l’enfant, le plaça debout près de la fosse, les bras le long du corps et lui dit –« Ne bouge pas, je vais t’amarrer » il se mit alors à le ligoter en passant le fil autour du corps à hauteur de l’avant-bras et des poignets. L’enfant ne disait toujours rien – Alors, il le prit et le déposa au fond du trou, allongé, la face contre terre – Le petit Pierre se mit alors à pleurer et à se débattre, en disant « Non Papa, non Papa ! » mais le maintenant de la main gauche, Creton se mit à rabattre la terre sur lui avec la main droite. Comme l’enfant continuait à se débattre et à sursauter, il lui recouvrit d’abord la tête, puis le corps, pendant 2 ou 3 minutes, dit-il, il entendit ses plaintes de plus en plus faibles.
Lorsque le corps fut recouvert de terre, Creton jeta des briques par terre puis ayant trouvé non loin de là une bêche portative sans manche, il revint achever de recouvrir le tout de terre en bouchant le trou jusqu’en haut.
Il partit alors, rentra chez lui et se mit à manger.
L’après-midi, il n’alla pas travailler, resta chez lui, se couchant parfois.
Les nuits suivantes, il ne put dormir poursuivi continuellement ,dit-il, par le souvenir de ce qu’il avait fait, « il croyait entendre le petit crier » ………….
Ceux qui reviendront de cette guerre et qui auront comme moi passés par toutes les misères qu'un homme peut endurer avant de mourir, devra s'en souvenir, car chaque jour qu'il vivra sera pour lui un bonheur."
Gaston Olivier - mon Grand-Père
http://www.

Avatar de l’utilisateur
HT62
Messages : 4170
Inscription : lun. oct. 18, 2004 2:00 am
Contact :

Re: Soldat du 8ème R.I. - Infanticide

Message par HT62 » mer. mars 14, 2018 11:55 am

Bonjour Alain,

Merci d'avoir mis en ligne cette histoire incroyable et sordide, quelle tristesse !
Comment peut-on en arriver à tuer un enfant ?
Amicalement, Hervé.
Les régiments de Béthune et Saint-Omer : les Poilus du Pas de Calais et d'ailleurs : http://bethune73ri.canalblog.com/ ; http://saintomer8ri.canalblog.com/
http://dunkerque110eri.canalblog.com/ et les 16e et 56e BCP.

Répondre

Revenir à « Les enfants et la guerre »