Déportation de civils comme otages

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yves
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Re: Déportation de civils comme otages

Message par yves » jeu. oct. 25, 2012 10:12 pm

Bonjour à toutes et à tous,

Puis-je me permettre de rappeler que nous avons, au début de la guerre, déporté " quelques otages " alsaciens dont certains furent accueillis -ça ne s'invente pas- au Château d'If.
Au revoir
CC

Bonsoir a tous mon grand père était aussi déporté en 14 bien cordialement YvesImageImage

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Charraud Jerome
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Re: Déportation de civils comme otages

Message par Charraud Jerome » jeu. oct. 25, 2012 11:55 pm

Bonsoir
Bonjour à toutes et à tous,
Puis-je me permettre de rappeler que nous avons, au début de la guerre, déporté " quelques otages " alsaciens dont certains furent accueillis -ça ne s'invente pas- au Château d'If.
Au revoir
CC
Je confirme. L'asile d'aliénés de Bitray (Châteauroux) fut transformé dès le début du conflit en camp pour les prisonniers civils. On y trouva ainsi Bernard Groethuysen (philosophe allemand et ami d'André Gide, de Bergson)

http://indre1418.canalblog.com/archives ... 18386.html

Cordialement
Jérôme Charraud
Les 68, 90, 268 et 290e RI dans la GG
Les soldats de l'Indre tombés pendant la GG
"" Avançons, gais lurons, garnements, de notre vieux régiment."
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Alain Dubois-Choulik
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Re: Déportation de civils comme otages

Message par Alain Dubois-Choulik » ven. oct. 26, 2012 1:29 am

Bonsoir
Albert Schweitzer ( c'est vrai que comme Alsacien il était Allemand) après une résidence surveillée a été prisonnier civil ( quel autre expression ?) à Garaison dans les Hautes Pyrénées (voir http://criminocorpus.revues.org/1876)
Croyez-vous vraiment que tout soit simple ?
Cordialment.
Alain
Les civils en zone occupée
Ma famille dans la grande guerre
Les Canadiens à Valenciennes
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chanteloube
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Re: Déportation de civils comme otages

Message par chanteloube » ven. oct. 26, 2012 9:30 am

Un bonjour matinal.....
non, rien n'est simple.
Les AD du VAR détiennent un dossier dans lequel sont décrites les conditions abominables dans lesquelles vivaient les Otages -car c'est ainsi qu'ils étaient officiellement appelés- enfermés dans le camp de concentration - dénomination officielle - de Brignoles. J'y ai retrouvé une correspondance censurée dans laquelle un instituteur francophone déporté raconte la vie dans le camp et confirme donc le rapport des medecins venus inspecter le lieu Aurevoir CC

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stefbreizh56
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Re: Déportation de civils comme otages

Message par stefbreizh56 » ven. oct. 26, 2012 12:09 pm

Bonjour à toutes et à tous,
Bonjour Bernard,

Le livre de Philippe NIVET "La France occupée 1914-1918" ed° Armand COLIN contient un chapitre (le7e) dédié au travail forcé et à la déportation.
L'auteur fait allusion à une déportation de civils de Roubaix et de Tourcoing entre les 23 et le 30 avril 1916 :

"Les villes de Roubaix et de Tourcoing sont également concernés. Entre les 23 et 30 avril, cinq trains emmenèrent 4176 Tourquenois, dont 755 femmes. Le mouvement a porté sur environ 10 000 personnes de tout âge et de toute condition, la plupart entre dix-sept et trente ans.
Après un voyage dans des conditions précaires, elles sont expédiées en Picardie, en Champagne ou dans les Ardennes..."


Deux références bibliograhiques accompagnent cet extrait :

- 1914-1918, civils dans la tourmente, AM de Tourcoing, 2008, page 12
- Les rapports de commissaires de police sur les enlèvements publiés par Martin-Mamy, "quatre ans avec les Barbares, Lille pendant l'ocupation allemande", Paris, la Renaissance du livre, 1919, page 255-256.

Comme indiqué par Jean-Claude, ces civils déportés sont employés à l'effort de guerre allemand. Par exemple, des témoignages attestent l'emploi de très jeunes hommes aux corvées de tranchées et de boyaux, de femmes employées au reprisage de vêtements ou au lessivage du linge de certains lazareth.

D'autres départements ont été touchés par ces déportations de civils comme la Somme, les Vosges, l'Aisne et les Ardennes. Les civils étaient astreints aux travaux forcés dans les champs, les forêts, les hôpitaux.... Ils étaient logés et entretenus dans des conditions extrêmement précaires et nombre d'entre eux, en particulier les jeunes femmes déportées et leur famille témoin de ces enlèvements, ont subi de lourds traumatismes psychologiques.

Le livre de P.NIVET est très intéressant et offre de nombreuses autres références sur la déportation et le travail forcé.

Enfin, concernant la déportation des Alsaciens-Lorrains dans des camps d'internement en France, le Finistère a connu ces épisodes entre 1914 et 1919. Un article sur le sujet produit par Jean-Noël GRANDHOMME édition Presses Universitaires de Rennes traite du sujet et peut être consulté en intégralité : http://abpo.revues.org/1525.
Ce document, élaboré en grande partie sur les AD29, contient aussi d'autres sources bibliographiques.

Cdt, Stef
"En essayant continuellement,on finit par réussir.
Donc: plus ça rate,plus on a de chance que ça marche" (Les Shadocks)

chanteloube
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Re: Déportation de civils comme otages

Message par chanteloube » ven. oct. 26, 2012 2:27 pm

Rebonjour,
Hors sujet mais enfin....
Pour ceux qui ont un peu de temps à perdre, voici un texte utilisé autrefois, pour montrer à des étudiants comment on pouvait passer de documents historiques à l'écriture littéraire sans "trahir" la vérité. Dans ce texte tout est vrai, hormis les noms propres, mais il est le résultat de la mise en "musique" d'éléments d'origines diverses.
Aurevoir. CC


OTAGES

Quatre heures trente.
Penché sur ses binoculaires, l’officier observe Houppach dont les feux se raniment au loin. Les premières fumées montent, droites, paisibles. Le soleil gagne le versant opposé.
Depuis le dix neuf août, le capitaine Dufournet a reçu l’ordre de s’emparer du bourg le moment venu et d’y maintenir une force armée.
Un civil se tient debout derrière lui.
-«Les vignes rougissent, l’hiver sera froid ! »
-«Qu’est ce que vous dites Schultz ? »
-«Rien ! Je ne dis rien ! »
Schultz est las, il a passé la nuit debout, franchi les lignes à travers bois et il sait qu’il ne reviendra pas avant longtemps dans son village.
Le vingt juin, il a été réactivé par le deuxième bureau français. L’opération qui doit suivre la prise des bourgs et des agglomérations importantes, a été organisée par Dufournet qu’il rencontrait, en secret, dans une maison de Belfort. Depuis, il attend le déclenchement de la manœuvre d’occupation de la région.
Une liste de personnes francophiles sûres a été dressée. On s’appuiera sur elles. Le carnet noir des germanophiles notoires permettra une rapide mise hors d’état de nuire des opposants.
-«Schultz, les Allemands se doutent-ils de quelque chose ? »
-«Non ! Cette nuit Houppach était désert ».
-«Vos informations ? Fiables ? »
-«Je pense, à quatre vingt pour cent ! »;
Un long silence coula, rompu par le Capitaine.
-«Nous n’avons plus besoin de vous. Disparaissez. Vous êtes affecté comme traducteur à Lyon. Vous vous appelez désormais Meyer. Officiellement vous avez été fait prisonnier ce matin. Ne revenez pas dans la région avant la fin de la guerre. Voici vos papiers. Bonne chance».
Le capitaine Dufournet ne tend pas la main.
Un éclair révèle le triangle gravé sur le couvercle de la montre à répétition qu’il fait sonner à son oreille.
Cinq heures !
Derrière lui, sortant du bois, des cavaliers se rassemblent. Les chevaux piaffent.
D’un signe de tête il appelle un lieutenant.
-«Faites-les taire bon Dieu. Qu’ils tiennent ferme. En colonne double, en silence, suivez l’herbe »
L’ordre, répété, remonte la file qui se dédouble.
-«En avant ! »
De layon en layon, parfois sous le couvert du bois, les cavaliers progressent jusqu’en bordure de route.
-«A terre ! Eclairage. Pas de cuirasse, pas de casque ! »
Trois silhouettes, d’arbre en arbre, de talus en talus, s’avancent jusqu’à l’entrée sud du village. Les coqs chantent. Au fond des étables tintent les seaux à lait. La traite du matin commence.
Le moment a été bien choisi.
-«Même pas un poste de garde. Signale qu’ils peuvent avancer ».
Cinq minutes plus tard, avant-garde déployée, au pas lent des chevaux, le capitaine Dufournet entre dans Houppach endormi, à la tête de son détachement. Sur son passage les volets claquent, dévoilant des visages ahuris. Les Français arrivaient.
Les hommes mettent pied à terre.
Six heures sonnent. Le capitaine Dufournet sort sa belle montre, lève les yeux vers le clocher. Son ordre de marche prévoyait qu’à six heures il prendrait contact avec les autorités civiles. Il est à l’heure.
Du beau travail, pas un coup de feu ! Mais ce que je vais faire maintenant ressemble beaucoup à ce que les Allemands ont fait dans les villages occupés. Y a pas de quoi être fier.
-«Bon ! Maintenant à la Mairie ! »
A la surprise de ses subordonnés, il se dirige sans hésiter vers la demeure du Maire.
Un lieutenant l’accompagne.
-«Vous semblez surpris. Une opération comme celle-ci, ça se prépare ! Remarquez qu’ici, ça ne se passe pas tout à fait comme dans les journaux. Personne ne se montre. Ce n’est pas comme à Mulhouse ou à Thann. L’heure matinale explique peut-être cela. Ces Alsaciens, à mon avis, se trouvaient très bien sans nous. Si trois ou quatre anciens combattants ne viennent pas, tout à l’heure, saluer le drapeau, de quoi aurons-nous l’air ? ».
Il se donna le temps de penser.
Ca m’arrange sans m’arranger que ce vieil homme comprenne le Français. Bah ! Rien ! Je ne vais rien lui dire du tout, simplement qu’il fasse ouvrir la Mairie.




Occupation.



Le garde champêtre ouvrit la porte au Capitaine Dufournet qui prit possession des lieux au nom de l’Armée française, exigea la présence d’un interprète. Au secrétaire, il dicta, sur-le-champ, un arrêté interdisant à quiconque de quitter le village.
De la fenêtre du bureau, il héla le Lieutenant, le tirant des griffes de deux vieux caporaux en tenue de l’autre guerre.
-«Vous avez vu les deux fossiles, Capitaine ? »
-«Voyons Lieutenant, un peu de respect, ils étaient là en soixante dix, eux. Trouvez-leur deux chassepots. Je suis à peu près certain qu’il y en a encore dans le village, brossez leurs uniformes et collez-les de garde de chaque côté de la porte, le décor sera complet »
Le Lieutenant regarda le Capitaine dans les yeux :
-«Vous plaisantez ? »
-«Croyez-vous ? »
-«Allez Lieutenant ! Faites garder les issues du village, l’école, l’auberge, occupez la poste. Que les téléphonistes établissent une ligne vers l’arrière et soient en mesure de communiquer avec le Q.G dans dix minutes. Bon. Vous en êtes où ? »
-«J’ai mis des gardes aux entrées, les patrouilles circulent déjà, un poste avancé est placé cinq cents mètres en avant du village, une escouade de lignards vient de traverser. Ils poussent sur Masevaux, ils y seront dans quarante minutes»
Mais il est bien ce petit lieutenant, il prend des initiatives...
-« Bien Lieutenant bien ! Avez-vous pensé aux armes de chasse ? Faites les apporter à la Mairie, les Allemands en avaient autorisé quelques-unes ».
Un téléphoniste approchait déroulant une bobine.
- le Colonel Bouniol»
-«Vous l’avez, mon capitaine, sur notre fil à nous. Pour l’instant tout le reste est coupé ».
-«Qui, Bouniol ? » «Ah c’est toi Olive ! Tu es déjà là ?»
-« Vous savez bien que nous, les téléphonistes, on est toujours là avant vous ».
-«Dis donc Olive tu te fous de moi ? En plus tu as encore cet appareil civil »
-«Réquisition mon Capitaine. On le rendra, dès que vous serez branché »
-«C’est ça, on le rendra ! Comme d’habitude. Ce ne serait pas le même que la semaine dernière par hasard ? Oui je sais, il sonne celui-là. T’es pas obligé de rester à côté. Bon, installez-vous et appelez-moi
-«Allô, oui, c’est Dufournet ! Oui ! Dufournet ! Non pas de problèmes. Masevaux est pris ? Parfait. Les Chasseurs vont occuper la ligne de crêtes, très bien, tant mieux ! Comment ? Vous voulez féliciter mes Dragons. Aujourd’hui ? Tout de suite ? Et avec des journalistes ? Mais c’est que les Allemands ont de l’artillerie, les 77 ne sont pas loin. Ah ! Vous viendrez demain. Plus tard ? Oui, c’est mieux ! Vous attendrez que l’opération soit tout à fait terminée ? Vous avez raison, c’est beaucoup mieux, surtout avec des journalistes »
Il rendit l’appareil en sifflotant.
-« En voilà un qui ne viendra pas nous embêter»
Le Lieutenant le regardait, une lueur admirative dans les yeux.
-«Vous êtes encore là vous ? Vous avez entendu ! Hein, attention aux obus ! »
Tous deux éclatèrent d’un vrai rire. Ils commençaient à se comprendre.
-«Maintenant au travail. Trouvez-moi deux secrétaires intelligentes, mais oui parfaitement, il doit bien y avoir, dans ce pays, deux jolies filles parlant français et sachant écrire, une plume, de l’encre et une montagne de papier. Nous ne sommes pas au bout de nos peines. J’oubliais, envoyez-moi Munster»
-«Qui ? »
-«Munster, le garde».
Une demi-heure plus tard, on criait que des laissez-passer allaient être distribués dans les prochains jours. Tous, hommes, femmes, enfants devaient être enregistrés. Un officier vérifierait sur place l’état civil des personnes âgées.
Dans la journée, le travail fut fait. Chacun fut fiché, ses ascendants connus. Ne manquaient que les hommes jeunes, enrôlés de force par les Allemands et déjà expédiés sur le front de Russie.












En marche.



Le neuf septembre au matin, des affiches placardées dans la nuit, refroidirent l’enthousiasme tiède des rares habitants qui avaient manifesté leur joie de revenir au sein de la mère patrie.
L’administration militaire provisoire, informait la population, qu’en raison de la situation, certaines personnes seraient déplacées.
Chacun traduisit qu’en prenant des otages, l’armée libérait des locaux qu’elle allait pouvoir occuper, et s’assurait du loyalisme des familles qui restaient sur place.
Toutes s’attendirent à être touchées. Un attroupement se forma devant la Mairie.
Le Capitaine, expliqua que seuls les Français de souche resteraient sur place.
-«Sont considérés comme Français, tous ceux qui l’étaient avant le traité de Francfort de 1872, et ceux nés depuis dont les deux grands parents paternels au moins étaient français en 1872».
Il insista sur grands-parents paternels, fit traduire en Alsacien.
Dans le brouhaha, il poursuivit :
-«Sont exclus de cette mesure les instituteurs, les professeurs, tous les fonctionnaires ayant perçu un salaire de l’Allemagne, les Romanichels, toutes les personnes exerçant un métier ambulant, et ceux dont les noms seront affichés tout à l’heure. Attention, si vous entrez dans la deuxième catégorie, vous devez immédiatement rentrer chez vous. Un délai de trois heures vous est accordé pour préparer quelques effets personnels et un repas froid».
Quatre Dragons dispersèrent, sans violence, les petits groupes qui discutaient.
Le délai écoulé, gendarmes et soldats exécutèrent les consignes. Le curé, bien que ses sentiments fussent connus, échappa à la règle. Comme l’ensemble du clergé alsacien bien choisi par le Vatican, le Père Molder, monarchiste et pro-Viennois, haïssait la République. Les ordres étaient les ordres, le Capitaine s’y soumit, à contrecœur, se disant qu’après tout, le curé serait facile à surveiller sur place.
Tous les «otages», on appelait désormais ainsi les personnes à déplacer, furent rassemblés.
En pleine chaleur, la colonne s’ébranla. Encadrés par des gardes à cheval, hommes, femmes, enfants se traînaient, abattus. Les gendarmes, surpris de ce travail spécial, ne pressaient pas le mouvement.

Madame Hemlinger et son mari se dépensaient, regroupaient les traînards, réconfortaient les enfants. Le couple et les responsables de la Ligue nautique et de la Ligue militaire minimisaient les choses, tentant d’endiguer la panique qui montait.
-«Il y a erreur, on nous laissera rentrer dès que la situation sera éclaircie».
Ceux qui avaient connu l’exode de 70 se taisaient. Carl Hemlinger, l’instituteur, essayait d’obtenir quelques renseignements.
En rase campagne, des camions militaires bâchés attendaient.
Quelques heures plus tard, lorsqu’ils arrivaient à Belfort, deux convois les rejoignirent, l’un venait de Masevaux, l’autre de Saint Amarin.
Dufournet se fit annoncer.
Le Colonel commandant la prison militaire semblait dans un état d’extrême agitation.
-«Capitaine je ne sais pas quels étaient vos ordres et j’ignore encore combien vous et le capitaine Fébure m’amenez d’otages, mais je sais que je ne suis pas en mesure d’accueillir ici de façon décente autant de monde. Des femmes, des enfants ...Pour cette nuit, j’ai fait réquisitionner de la paille et préparer des couvertures...mais cette promiscuité, ces hommes, ces femmes, ces jeunes filles, ensemble...ça ne peut pas durer, ce n’est pas un camp de prisonniers ici. Rien n’est prévu pour les nourrir. Ils n’auront, ce soir, que du pain de guerre de trois jours ».
«En principe, ils ont emporté un repas froid. Avec le pain, ils s’arrangeront ».
«Faites tout de suite un nouvel appel, vérifiez vos listes, séparez les hommes, des femmes et des enfants».
Dans la cour, les familles, regroupées, s’organisaient, se juraient de rester ensemble.
L’appel commença, beaucoup ne reconnaissaient pas leur nom, prononcé à la française. Au milieu des enfants, des femmes pleuraient. Les hommes, dociles, un à un, s’alignèrent avant de quitter la cour.
Personne ne comprenait ce qui se préparait. Hemlinger et sa femme questionnaient. Ni les gardiens, ni les Dragons ne savaient répondre.
Ils avaient déjà eu affaire à des insoumis, à des espions, à des prisonniers allemands échappés, à des déserteurs, mais là, face à des civils, des femmes, des enfants, des hommes à qui l’on ne reprochait rien, que pouvaient-ils dire, sinon que cela allait s’arranger, qu’il devait y avoir erreur, que le Colonel n’était pas si mauvais, que ça ne durerait pas. Minuscules paroles, pauvres parcelles d’espoir auxquelles se raccrocher.
La paille répandue dans les locaux exigus, les couvertures dépliées, les femmes parlèrent.
Un sous-lieutenant venu contrôler l’identité d’une vieille dame affirma que des erreurs avaient été commises et qu’on allait relâcher d’autres Français.
Un faible espoir revint. Martha Hemlinger en profita pour calmer les enfants. Elle multipliait les propos apaisants, racontait des histoires.
Cette maîtrise d’elle, qu’elle se découvrait avec surprise, la surprenait, la laissant mal à l’aise. Elle ne ressentait pas d’angoisse et pensait sans inquiétude à Mathilde, sa fille, confiée à ses parents.
Etait-elle inconsciente ?
Elle s’endormit sur cette question.
Au matin, les otages furent à nouveau réunis dans la cour. On appela quelques noms...
Les autres furent informés qu’ils allaient être conduits à la gare. Ils avaient dix minutes pour se préparer.
Vingt quatre heures plus tard le train arrivait à destination.


Prison.



Lorsque la porte de la forteresse se referma sur eux, Carl Hemlinger prit sa jeune femme dans ses bras et murmura:
« Edmond Dantés s’est échappé d’ici, nous ne resterons pas en prison »
Les otages, se demandaient quel allait être leur sort. Allait-on les enfermer comme des bagnards ? A nouveau, on sépara les hommes, des femmes et des enfants. Mille cinq cents «otages» furent entassés dans les cellules, les couloirs, les hangars.
L’administration des lieux se trouvait confrontée à des problèmes très différents de ceux auxquels les militaires sont habitués. Ils attendaient des prisonniers, on leur envoyait des femmes et des enfants.
Le plus grave était que la promiscuité dans laquelle se trouvaient tous «ces gens» n’allait pas tarder à être connue.
Certes toute communication avec l’Alsace était suspendue et il était défendu d’écrire, certes on avait laissé croire à la population qu’il s’agissait de familles allemandes, mais cette fiction durerait-elle ? Si les Allemands apprenaient que des Alsaciens étaient enfermés au Château d’If, ils ne manqueraient pas d’exploiter leurs informations.
On n’avait que quelques jours pour aviser.
On envisageait d’ailleurs, de repasser le problème aux autorités civiles. Il suffirait de faire une sélection et de traiter les Alsaciens comme les réfugiés Belges. Pour cela, il fallait s’appuyer sur des textes.
Ce problème précis pouvait être différé, celui de l’accueil devait être résolu dans les plus brefs délais. Un recensement rapide montra que les possibilités d’accueil de la Quinzième région militaire étaient faibles, sauf en Corse.
Il n’y avait pas assez de locaux à Marseille pour recevoir mille cinq cents personnes, même provisoirement. Déjà, on hébergeait sur un bateau au mouillage les prisonniers allemands qu’on avait l’intention de faire travailler au tunnel du Rove.
Certains otages furent transférés au Frioul. Cela réduisit un peu l’entassement mais ne changea rien aux conditions sanitaires de l’ensemble.
En attendant l’organisation des centres de détention, on décida de créer des colonies agricoles dans quelques grands domaines vers lesquels on dirigea les paysans et les artisans. Ils remplaceraient la main d’œuvre manquante.

Les textes attendus mis au point, la «Commission interministérielle des otages et des évacués Alsaciens Lorrains » commença son travail. Elle statuait avec lenteur car chaque cas faisait l’objet d’une enquête en Alsace.
Des indiscrétions apprirent aux otages qu’on établissait trois catégories : les otages appartenant aux deux premières recevraient des permis de séjours, ceux de la troisième, considérés comme suspects, resteraient internés.
Carl Hemlinger et son épouse furent interrogés au début de décembre.
-«Otage Hemlinger, vous étiez instituteur et donc considéré comme grandement suspect du point de vue de vos sentiments français, mais puisque vous parlez bien notre langue, nous envisageons de vous faire bénéficier d’une carte blanche de ciculation restreinte et de vous assigner à résidence au centre surveillé de Saint Maximin, plutôt que de vous interner au camp de Précigné »
-«Mon épouse ? ».
-«Elle vous accompagnera ».
-«Vous ferez partie du convoi du 6 janvier. En échange de cette mesure de clémence, nous comptons que vous nous aiderez à installer le camp »
Dénonciations, mouchardages, calomnies, toutes les bassesses se donnaient libre cours pour conquérir les bonnes grâces de la commission et obtenir la carte tricolore de libre circulation hors de la zone des Armées. Carl Hemlinger ne pouvait plus vivre dans cette ambiance. Les valeurs auxquelles il croyait jusque là n’avaient plus cours. Cette proposition, lui évitait l’internement. Il accepta.



Choisir ?



Dix camions conduisirent les otages à Saint Maximin. Ils occupèrent les «locaux» mis à leur disposition. Pas plus qu’à Marseille, on n’avait préparé leur arrivée. Ils furent entassés dans des bâtiments insalubres, parfois sous tentes. Les « Romanichels » encore plus mal lotis que les autres.
Le froid de cet hiver rigoureux qui faisait des milliers de victimes au front, quoiqu’un peu moindre en Provence, causa de véritables ravages au sein de cette population mal chauffée et mal nourrie. Mal chauffée, mal nourrie, et dans des conditions d’hygiène déplorables. Une inspection conduite par un médecin militaire constata qu’il y avait danger de choléra. Cela causa quelque émoi mais la direction du camp accusa le médecin d’être bien trop sensible. Il lui fut répondu que la guerre serait courte, qu’il était donc inutile d’entreprendre des travaux. Pour quelques otages, on n’allait pas creuser des feuillées ailleurs que dans la cour.
La situation sanitaire se dégradait de jour en jour. Les incidents se multiplièrent entre otages et population civile.
Carl Hemlinger qui s’était tenu à l’écart des conflits pour pouvoir organiser avec Martha un semblant d’école, usait de son autorité morale pour calmer les esprits. Trop de trafics se faisaient sur le dos des prisonniers, il ne pouvait rester indifférent. Il se décida à demander une entrevue au commandant du camp.
Ses premières demandes n’ayant pas été transmises, il fut contraint d’user d’un stratagème. Il imagina de faire passer l’information par des voix détournées.
Comme tout leur courrier était surveillé par la censure, les otages ne se plaignaient jamais. Ils se contentaient de donner de leurs nouvelles, sans trop de commentaires. Indisposer la hiérarchie, c’était s’exposer à la privation de sortie, donc à la privation de la faculté de travailler un peu pour améliorer l’ordinaire.
A Saint Maximin, comme dans toutes les communes vidées de leurs hommes actifs, les Alsaciens avaient trouvé du travail et gagnaient assez d’argent pour acheter un peu de charbon, un peu de nourriture, quelques vêtements chauds pour les enfants.
Carl écrivit au curé de son village. Sa lettre qui mettait en cause un certain nombre de personnes fut postée en dehors du camp, mais dans une boite militaire, pour qu’on n’accuse pas son auteur d’avoir cherché à éviter la censure. Les faits rapportés étaient graves. L’officier censeur ne put éviter de faire un rapport qui finit par remonter jusqu’au Directeur du centre de Saint Maximin.
-«Otage Hemlinger, c’est bien vous qui avez écrit la lettre que voici. Ce courrier a été arrêté. Vous vous plaignez d’être mal soigné et d’avoir froid et faim... Vous accusez certains de vos compatriotes. Que s’est-il passé ? »
Hemlinger démonta tout un mécanisme, qui voulait qu’en l’absence d’un médecin et d’infirmiers militaires sur place, on fasse appel à des médecins et des infirmiers civils rétribués sur la base d’un tarif minimum. Mécontents, les requis limitaient leurs prestations aux visites de routine, exigeaient pour un acte médical véritable des honoraires identiques à ceux pratiqués en ville. Honoraires qui s’ajoutaient donc à l’indemnité officielle globale, versée chaque fin de semaine.
-«Cela ne serait pas trop grave si tous avaient les moyens de gagner un peu d’argent. Dans le camp et en ville plusieurs jeunes femmes, s’adonnent à la prostitution pour trouver cet argent. Ce n’est pas tout, il faudrait aussi mettre fin aux vols sur le charbon et la nourriture qui nous sont destinés».
Cet instituteur qui fourrait son nez partout et avait mis à jour les petites combines des uns et des autres, devenait encombrant. Il était temps de s’en débarrasser. L’envoyer ailleurs serait aisé mais ne ferait que déplacer le problème.
-«Otage Hemlinger, nous venons de nous aviser que vous aviez fait partie de la Ligue militaire de Masevaux et que vous étiez un excellent tireur. Savez vous que nous pourrions sortir votre femme de cet endroit, si elle devenait française ? »
-«Mais elle est française, ses grands-parents l’étaient en soixante dix ! ».
-«Non Hemlinder, en vous épousant elle est devenue Allemande. Mais vous, vous pouvez devenir Français ! ».
-«Comment deviendrais-je Français si je suis Allemand ? »
-«Vous pouvez ! En vous engageant dans la Légion étrangère, vous deviendriez Français. Trois jours plus tard, en tant que Français vous pourriez choisir de servir dans le régiment de votre choix. Votre femme, elle, si elle déclarait vouloir choisir d’être Française, le redeviendrait et pourrait alors travailler dans un hôpital de la région toulonnaise. Vous devrez cependant changer de nom, et sans que votre famille en soit informée. Les hasard de la guerre peuvent ramener les Allemands dans votre région et dans ce cas...Vous avez quelques heures pour réfléchir.....Un autre instituteur viendra vous remplacer ici ».
Tout ceci semblait tortueux mais il ne supportait plus de voir, sa jeune femme exposée à cette promiscuité, endurer tant de privations. Il lui parlerait.
-«Écoute Carl ! La guerre ne va tout de même pas durer trois ans! Nous n’allons pas laisser tomber ces enfants qui ont recommencé à travailler. C’est vrai, nous ne sommes pas bien ici, les gens ne nous aiment pas, ils nous prennent pour des Allemands, mais ils finiront par s’habituer ».
-«Je ne peux plus te voir ainsi. Il vaut mieux que tu travailles comme femme de peine dans un hôpital, et que tu sois libre».
«Carl, oh Carl, tu vas t’en aller et partir Dieu sait où».
Elle était belle ainsi. Le buste pris dans le grand châle d’indienne qui ne la quittait jamais. Cette riche parure était son luxe, sa manière d’affirmer que les événements n’avaient pas eu de prise profonde sur elle. Dans la lumière du soir, son profil se découpait sur le carreau de la fenêtre de leur cellule. Si pâle. Une petite veine bleue battait à son cou.
Elle a beaucoup maigri, elle a vieilli de cinq ans en quelques semaines...Il faut qu’elle sorte de là.
Elle répéta
-«Carl, Carl ne me laisse pas, je ne peux pas rester seule ! »
-«Tu es fatiguée, si tu restes dans ce cloaque tu vas être atteinte de phtisie. Regarde autour de toi.
Qu’allons nous devenir si la guerre dure. Dans un hôpital, tu mangeras à ta faim, tu seras soignée si tu tombes malade. Moi, je vais choisir l’artillerie. Ils manquent de gens capables de calculer vite. Dans six mois je serai caporal, dans un an, sous-lieutenant et nous aurons un peu d’argent.
-«Ne me laisse pas Carl, je ne peux pas vivre seule et je ne veux pas me demander tous les jours si tu es encore en vie».
Une telle violence le surprit, une véritable panique se lisait sur son visage,
Pourtant, jusque là, elle s’est montrée plus que courageuse.
Quelques jours plus tard, Carl Hemlinger signait son engagement pour la Légion étrangère.



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Algonquin
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Re: Déportation de civils comme otages

Message par Algonquin » mar. août 19, 2014 5:39 am

Bonjour,

Peu après la déclaration de la guerre, les Allemands résidant en France et des fonctionnaires impériaux en poste en Alsace ont été emprisonnés par les troupes françaises dans différents camps de prisonniers en France. Pendant toute la durée de la guerre, des négociations ont eu lieu entre les deux gouvernements pour tenter de régler le sort des Allemands internés. Les Allemands décident, en novembre 1916, de déporter 300 civils du Nord en Allemagne dans le but de faire céder le gouvernement français.
Puis, comme les négociations franco-allemandes ne progressent pas, les Allemands procèdent à une deuxième déportation massive en janvier 1918. Cette fois, 600 otages civils des communes du Nord de la France sont déportés en Allemagne, dont 400 femmes à Holzminden. Ces otages ne seront rapatriés qu’en juillet, ou septembre 1918.

Je reviens sur ce sujet des otages civils avec un intérêt nouveau et particuliers…..

En parcourant les listes des prisonniers civils récemment publiées par le CICR (http://grandeguerre.icrc.org/fr/File/Search/), je viens de découvrir que l’épouse d’un de mes arrière-grands oncles, Marguerite MOUSAIN, domiciliée à Assevent (59) avait été une de ces 400 femmes du Nord envoyée à Holzminden le 11 janvier 1918. Elle fut la seule de son village déportée comme otage. Elle a survécu.

Quelqu’un sait-il comment les Allemands ont choisi les communes, ainsi que les otages? Etait-ce des femmes de notables? Ou bien un tirage au sort?

Merci pour votre aide.

Bien cordialement

Norbert


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stcypre
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Re: Déportation de civils comme otages

Message par stcypre » mar. août 19, 2014 8:41 am

Bonjour,

La prise d'otages par les allemands ne respectait aucune règle précise... Cela pouvait -être : personnage important de la commune comme un maire, un industriel, un notaire, un curé, etc... une personne soupçonnée d'espionnage, ou refusant de travailler, mais aussi au hasard...
Ce qui est rare c'est le fait qu'elle soit la seule de son village...
J.Claude
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Alain Dubois-Choulik
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Re: Déportation de civils comme otages

Message par Alain Dubois-Choulik » mar. août 19, 2014 10:43 am

Puis, comme les négociations franco-allemandes ne progressent pas, les Allemands procèdent à une deuxième déportation massive en janvier 1918.
Bonjour
Voir ICI et LA
Cordialement
Alain
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Re: Déportation de civils comme otages

Message par Algonquin » mar. août 19, 2014 1:47 pm

Bonjour à toutes et tous,

Merci Jean-Claude et Alain pour ces réponses rapides et informations.
Oui, en effet ce site "Les civils du Valenciennois dans la Grande Guerre 1914-1918" est une mine de renseignement sur cet épisode des otages de 1918. Bravo à Alain pour ce superbe travail. Les raisons de déportation semblent en effet très diverses...
D'après cette source et les listes de CICR, il semble en fait que beaucoup de villages du Nord n'ont fourni qu'un seul otage. Les grosses villes comme Lille, Valenciennes ou Cambrai ont eu plus d'otages déportés. Holzminden semblait être un camp assez dur pour ces femmes. Marguerite avait 34 ans, cela devait être un critère aussi...

Est-ce que ces otages civils ont eu statut spécial à leur retour après la guerre? une pension? décoration? emploi réservé?

Bien cordialement

Norbert
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