L’autre Poilu – le Glisseur

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patrick mestdag
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Re: L’autre Poilu – le Glisseur

Message par patrick mestdag » sam. déc. 04, 2004 2:18 pm

L’autre Poilu – le Glisseur

Bonjour,

Je voulais partager avec vous ces deux pages
Ocr tiré du livre loin de la rifflette de Galtier –Boissiere
Ou il nous décrit, une autre sorte de Poilu , l’embusqué,
Le fils a papa, les riches (v ‘s étés des invites alors…. )
des banquiers et commerçants de toute sorte ,
qui avaient souvent a Paris un commerce ,
qui sans leur présence eut risque de péricliter.
Et bien étant mobilisées continuèrent tout simplement leur vie de civil ,
Aussi parmi les glisseurs de nombreux artistes ,
des mecs affranchis et les flics
Vivant dans un milieu bariolé, et
Qui en bon psychologues avaient pour devise
Pour vivre heureux vivons cachés …
il y en avait qui n’avaient jamais existé que sur papier ,
les plus assis étaient portes tout bonnement en convalescence ,
en congé , ou même rayes des cadres a titre définitif ,
tout cela avec des pistons des protéges ,
avec l’aide d’un porte plume culotté qui falsifiait les documents
de plus les glisseurs
Le prenaient de très haut lorsque d’aventure un gradé gaffeur se permettait une observation a leur égard .
Je me demande si ces hommes avaient la conscience bien tranquille ,
Mais les pages suivantes montre que non
Drôle de façon de faire sa guerre .

@+
Patrick


[/
Le camp du Frousson

J’ai rarement assisté, méme pendant la retraite de Charle-
roi, a une aussi splendide pagaye qu’a l’occasion du démé-
nagement du Frousson, En juillet 1918, alors que les Alle-
mands, a marches forcées, avançaient sur Paris et que
M. Clemenceau proclamait imperturbablement chaque matin:
(Je suis content, je suis trés content ) La nouvelle circula
dans les baraques que toute la formation allait embarqner
pour Fontarabie, Mais l’ordre écrit, ayant du passer a l’es-
tampille d’une quantité de bureaux militaires, n’arriva au
camp que trois mois après, alors que les Allies victorieux
marchaient sur le Rhin,
Les muscadins, affolés a l’idée de quitter la région
Parisienne, tentêrent vainement une opposition; ils remuèrent
ciel et terre, firent passer dans toutes les gazettes des échos
prouvant péremptoirement que ce déménagement ne correspon-
dait plus a aucune nécessité et coûterait inutilement des
millions; une interpellation fut déposée a la Chambre,
l'armistice était imminent; mais le camp commença néanmoins
les préparatifs de sa retraite stratégique.
Alors les fils a papa demandèrent une permission de l’après-
midi, et tous ceux qui avaient quelque crédit ne rentrèrent
Point et furent, des le lendemain, affectés au Gouvernement
militaire de Paris, Mais a l’annonce du départ officiel, une
véritable panique se produisit dans les bureaux divers ou les
glisseurs avaient des intelligences. Le bureau de poste de
Frousson-Ville fut débordé. Sans arrêt, le télégraphe, le télé-
phone rappelaient d’urgence au bercail les brebis en bordée.
L’avoué, médaillé militaire, qui attendait cette heure fatale
depuis dix-sept mois au bistro d’en face, réintégra le premier
et éprouva un immense soulagement a rentrer enfin dans la
légalité. Puis, dans les vingt-quatre heures, radinent les
commerçants de la banlieue, abandonnant a regret leur
comptoir, les cabotins parisiens, les commissionnaires de la
rue du Sentier, un jeune premier de cinéma qui tournait
un film guerrier dans le polygone de Vincennes.
Mais il y avait encore les comédiens en tournée lointaine,
les voyageurs de commerce en balade, les rentiers sur les
plages, sans compter les - glisseurs - occasionnels qu’un
mariage ou un baptême avait appeles sans permission, a
l’autre bout de la France. Le déménagement, heureusement,
s’ effectua en plusieurs fouinées.
A l’ahurissement des officiers, tandis que let camp se vidait
tous les trois jours de cinq cents hommes envoyés a Fonta~
rabie, l’effectif général non seulement ne diminuait pas, mais
grossissait conunuellement. Au contraire du tonneau des
Danaides, ce camp se remplissait sans cesse de façon inexpl-
cable. Le caporal d’ordinaire, qui venait d’acheter un petit
château en Touraine, parlait de démissionner. L’adjudant
de semaine s’ arrachait les cheveux en considérant ses états ,
car tous les jours arrivaient par dizaines, par centaines, des
figures inconnues ~ chauffeurs~ canonniers, motocyclistes,
télégraphistes. téléphonistes, dépanneurs, mécaniciens de
caterpillars, brigadiers, maréchaux des logis — qui, d’abord
inquiets, s’enquéraient, se documentaient, se faisaient en
douce ~ réinscrire sur des listes d’appel puis, rassurés,
reprenaient leur aplomb. Et le commandant du camp, qui
récupérait brusquement quinze cents a deux mille pseudo-déserteurs
dont il n’avait jamais soupçonné l’existence, se trouvait dans
L’impossibilité de punir tout ce monde la, car une enquête
eut pu avoir d assez fâcheuses conséquences pour lui. Il
ferma donc les yeux et se contenta d’organiser cinq ou six
convois supplementaires vers Fontarabie a l’usage des
glisseurs repentis.
Le dernier qui réintégra, le matin même de l’ultime départ,
fut un courtier en diamants, qui, averti télégraphiquement,
revenait dare-dare d’Egypte.

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