Procédés de teinture des tissus et toiles à usage militaire.

Rutilius
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Re: Procédés de teinture des tissus et toiles à usage militaire.

Message par Rutilius » sam. juin 23, 2012 9:09 pm

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Bonsoir à tous,


La teinture kaki


O. PIEQUET : « Étude sur les industries du blanchiment, de la teinture de l’impression & des apprêts des tissus de coton au début du XXe siècle dans le département de la Seine-Inférieure », Bulletin de la société libre d’émulation du commerce et de l’industrie de la Seine-Inférieure, Exercice 1906, p. 280


« [...] La teinture en kaki, couleur spéciale destinée aux vêtements coloniaux, a pris, surtout depuis quelques années, un développement considérable. Les Anglais sont arrivés à produire ces nuances dans des conditions parfaites de régularité et de solidité, mais la France regagne peu à peu l’avance prise par ses concurrents, et on fait maintenant des kakis ne laissant rien à désirer.
Le mot
" kaki " signifie poussière ou route : pour diverses raisons, on tient à ce que le costume des soldats coloniaux tranche le moins possible sur la couleur générale du pays où ils ont à combattre, de sorte que la nuance varie suivant ces pays.
Les premiers kakis de l’armée anglaise des Indes étaient obtenus par un procédé simple mais quelque peu répugnant : on délayait de la bouse de vache dans l’eau, et on y plongeait le costume tout confectionné. Ce genre de teinture blessait, paraît-il, les sentiments religieux des soldats indigènes ; je ne crois pas utile d’insister d’ailleurs sur les divers inconvénients qu’il présentait.
On le remplaça d’abord par une teinture à la chicorée torréfiée ; c’est par ce même moyen que nos ménagères des départements de l’Est teignent économiquement les œufs de Pâques. On s’en sert aussi pour la coloration des rideaux et des dentelles ordinaires, mais la couleur est peu solide et la teinture doit être renouvelée à chaque lavage, et on sait si les lessives sont fréquentes dans les pays où la poussière sévit presque sans interruption.
Le cachou, mélangé de bois jaune, donne des teintures plus résistantes ; on en a fait ensuite la base des kakis fabriqués et teints en Europe ; on a essayé aussi l’emploi des couleurs artificielles. Les couleurs diamine et autres semblables donnent d’assez bons résultats, mais les couleurs au soufre, adoptées par l’armée allemande, sont beaucoup plus solides.
Diverses matières colorantes naturelles, seules ou mélangées entre elles, ont été égale-ment employées, mais la teinture véritablement solide, résistant presque indéfiniment à la lumière et au lavage, est à base d’oxydes métalliques. Le tissu est imprégné d’un mélange en proportions déterminées de sels de chrome et de fer à acides organiques, acétates ou formiates, puis vaporisé et finalement passé au silicate de soude pour développer et fixer la couleur. Ces opérations doivent être réglées de telle sorte que la nuance destinée soit obtenue du premier coup sans que l’on soit obligé de la modifier par l’addition de colorants moins solides. Des précautions spéciales, telles que des huilages ou des savonnages légers, sont en outre indispensables pour que le tissu conserve sa souplesse, les teintures en oxydes métalliques ayant généralement pour effet de durcir la fibre au point de rendre presque impossible le travail de l’aiguille. Sur tous ces points, il est bon de répéter que la fabrication française est parvenue à égaler, aussi bien comme tissu que comme teinture, les meilleurs produits dont jusqu'ici l’étranger avait le monopole presque exclusif.
»


Le Moniteur scientifique du docteur Quesneville des sciences pures et appliquées – Comptes rendus des Académies et Sociétés savantes et Revues des progrès accomplis dans les Sciences physiques, chimiques et naturelles, 5e Série, T. XIVe, Année 1924, p. 224.


SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE DE MULHOUSE

Nouveau procédé de teinture en kaki

Pli cacheté n° 1.978, déposé le 28 février 1910

Par M. Marius Richard


Séance du 27 juin 1923


La difficulté de la fabrication du Kaki aux oxydes de fer et chrome, réside dans la fixation de l'oxyde de chrome servant à nuancer l'oxyde de fer.
Ce pli a pour but de montrer que l’on peut remplacer l’oxyde de chrome par de petites quantités de colorants de la famille Ciba ou algool, qui sont d'une solidité à toute épreuve au chlore, lumière et savon et laissent au Kaki au fer toutes ses propriétés.
Le gouvernement anglais, pour vérifier les tissus teints en Kaki qui lui sont livrés, leur fait subir diverses épreuves ; soumis à ces mêmes essais le Kaki nuancé à l'aide des colorants Ciba, se comporte de la même manière que le Kaki officiel.
Voici la recette employée ainsi que les détails de la fabrication du nouveau Kaki :

– On plaque en hotflue dans la solution suivante (le foulard employé doit être à deux immersions et à trois rouleaux presseurs) :
3 gr. de violet Ciba en poudre ou mieux 30 gr. en pâte 10 %, 30 gr. glycérine, 15 gr. hydrosulfite en poudre MLB., 3 gr. soude caustique à 40°, 30 cc d’eau, 100 cc d’eau froide. On empâte lentement le colorant avec la glycérine, puis on ajoute la soude caustique et
l’hydrosulfite, toujours en remuant le mélange, finalement l’eau froide peu à peu sans cesser d’empâter avec une spatule en bois ; le travail de la préparation de la couleur est sensiblement plus facile si l’on emploie le colorant en pâte.
Après réduction, on ajoute : 30 gr. de rongalite C., 100 gr. eau, puis on verse dans : 350 gr. pyrolignite de fer à 14°, 250 cc eau, et porte le tout à un litre (tamiser avec soin le mélange)

– On vaporise quelques minutes au Mather-Platt, servant à passer les rongeants à l’hydrosulfite;

– On passe en large en bichromate à 5 gr. par litre et 80° C ;

– On lave, savonne, lave et exprime la Water Mangel, puis on sèche au tambour ; il sera préférable pour les gros tissus d’exécuter toutes ces opérations au large.

L'échantillon 1 est un chamois de fer traité comme le Kaki décrit ci-dessus à 14° par litre d'eau.
L'échantillon 2 est fait exactement selon la recette exposée plus haut.
L'échantillon 3 est fait de même ; on a remplacé seulement les 3 gr. de violet Ciba par 3 gr. de bleu Ciba.
Ces deux échantillons 2 et 3, qui correspondent à peu près à la nuance du Kaki anglais, font voir, par comparaison avec l'échantillon 1, l’action du colorant Ciba sur la nuance chamois et, en outre, font concevoir la possibilité d’obtenir un Kaki quelconque en variant les quantités du colorant Ciba. »


● « Exposition universelle et internationale, Gand, 1913 – Notice publiée sous la Direction de M. François CROZIER, Commissaire-adjoint au Commissaire général, Délégué du Ministère des Colonies », Émile LAROSE, libraire-éditeur, Paris, 1913. Préface M. Paul LABBÉ, Secrétaire général de la Société de géographie commerciale : « L’Exposition coloniale française à Gand », p. 146.


« 6. — Plantes tinctoriales et plantes à tannin.

La culture de l’indigo se maintient au Cambodge sans conviction. Le cunao est un tubercule récolté dans les forêts du Tonkin où il est non seulement le produit tinctorial local le plus employé, uniformisant la couleur brunâtre du vêtement des indigènes, mais où il donne lieu également à une exportation sur la Chine à laquelle la cueillette ne peut pas suffire. Un très grand nombre d’autres produits tinctoriaux trouvent leur emploi auprès des indigènes : fruits, feuilles, écorces, racines, écorces variées donnent des couleurs bon teint aux tissus de fabrication familiale.
Certains de ces produits sont à la fois tinctoriaux et tannifères, comme le palétuvier, si abondant sur certaines côtes basses, et le cachou, qui fournissent tous les deux une teinture kaki de plus en plus recherchée. La noix de galle dans le Nord, la coque de mangoustan dans le Sud du territoire indochinois méritent une mention spéciale pour leur forte teneur en tannin.
»


● Charles MOURREU, Membre de l’Académie des sciences et de l’Académie de médecine, Professeur au Collège de France : « La chimie et la guerre. Science et avenir », éd. Masson & Cie, coll. « Les leçons de la guerre », 1920. Chapitre V. – « Chimie et camouflage », p. 121 et 122.

« Toiles. — Dès le début des hostilités, un problème urgent de camouflage se présenta, qui concernait les tentes-abris de nos troupes. Ces tentes étaient en toile blanche ordinaire, et il fallait les masquer à la vue des aviateurs. On décida de les colorier en kaki, teinte voisine de celle de la terre. Une mission spéciale (MM. Moureu et Binder) fut chargée d’organiser la teinture des toiles de tente dans les différentes régions du territoire (Août ~ Octobre 1914). On disposait de fort peu de colorants (cachou naturel, colorants synthétiques provenant en majeure partie d’Allemagne), et l’on utilisa maints produits de fortune (extraits de châtaigner, etc.). [...] »
Bien amicalement à vous,
Daniel.

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