LA RELEVE DES MORTS sur le Front d'Artois

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alain chaupin
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Re: LA RELEVE DES MORTS sur le Front d'Artois

Message par alain chaupin » jeu. juin 01, 2006 8:23 pm

Bonsoir à toutes et à tous,
Il y a quelque temps Jean-Pierre Gilotin, nous informait que parmi ses acquisitions, il possédait le recueil des bulletins du Souvenir "A la mémoire des héros du Front d'Artois" - ouvrage trouvé sur une brocante il y a 20 ans !!
Je vous avouerai que cette info m'a bouleversé dans la mesure où aujourd'hui encore nous sommes - gens du cru- souvent sollicités pour retrouver la trace d'un cher disparu 90 ans après !
J'ai donc sollicité l'aide de Jean-Pierre, et quelle ne fut pas ma surprise de recevoir un colis postal qui n'en comptait pas moins la copie des 1240 pages (A4) que comporte cet ouvrage !
Je ne sais comment le remercier, je le fais donc publiquement ici au sein de ce forum où la solidarité entre nous n'est pas un vain mot.
Je vous livre ci-dessous l'avant-propos rédigé en 1921 par Abel Barbier qui nous explique les raisons qui ont conduit quelques bénévoles à faire paraître mensuellement un ouvrage à destination des familles - sa publication ,sous le nom de bulletin du souvenir, se termina en février 1925 après 5 années et se perpétua sous le nom " La voix de Notre Dame de Lorette" puis" l'Echo de Notre Dame de Lorette" publié aujourd'hui trimestriellement .( le dernier numéro porte le N° 223)
Bel exemple de persévérance, la relève est donc assurée et nous nous efforcerons dans la mesure du possible de retrouver la trace de certains inconnus, qui soient dit en passant sont pour le secteur de ND de Lorette plus de 20.000. Quand je dis "nous" ce sont tous les ch'tis du coin qui ont, à plusieurs reprises, eu l'occasion de s'exprimer sur ce forum
Merci encore à Jean-Pierre
Bien cordialement
Alain

LA RELEVE DES MORTS SUR LE FRONT D'ARTOIS

"Tous les soldats qui ont combattu et souffert sur le front d'Artois, tous ceux qui pleurent un ou plusieurs des leurs tombés sur quelque point de la longue ligne de combat qui va du mont-Kemmel jusqu'à Albert, en passant par Lens, La Bassée, Lorette, Ablain-St-Nazaire, Souchez, Neuville St Vaast, Arras, Hébuterne, à travers les plateaux, les plaines et les vallées dont les noms sont à jamais célèbres dans l'histoire du monde, tous savent déjà, et depuis longtemps qu'un comité s'est formé pour élever sur la colline de Lorette, un monument grandiose qui perpétuera à travers les âges, le souvenir de tant de héros
C'est un pieux et louable dessein quimérite les encouragements de tous les bons français et il faut souhaiter que le Bulletin de Lorette, spécialement créé pour lancer à travers la France cette noble idée et provoquer un mouvement de générosité nationale, obtienne partout le meilleur accueil et le plus éclatant succès.
Toutefois, il y a un autre aspect, douloureux et tragique de la question - et que nous voulons préciser ici et, par là, finir le rôle du nouvel organe dont nous offrons aujourd'hui, au public, le premier numéro, sous le titre de "BULLETIN DU SOUVENIR"

Nous le comprenons bien, ce monument qu'on va édifier sur la colline de Lorette, rappellera le souvenir général et collectif de tous ceux qui sont tombés dans l'horrible hécatombe. Ce mausolée dominant l'immense panorama de l'Artois, cette lanterne des morts que l'on apercevra, la nuit de vingt lieues à la ronde, formeront sans nul doute le plus impressionnant spectacle qui soit au monde; ils sont pour les générations à venir le signe admirable et emblème émouvant de la reconnaissance nationale.
Mais, qu'on veuille bien songer à ceci : il y a, actuellement encore un nombre incalculable de familles qui, de leurs chers "disparus", n'ont jamais pu savoir autre chose que le simple fait de leur "disparition" ou de leur mort. Depuis 3 ans bientôt, des milliers de pèlerins en deuil accourus de tous les points de la terre de France, viennent dans cette région du Nord, où ils savent que ceux de leur sang sont tombés…. Ils viennent avec l'espoir de retrouver une tombe, un vestige, un indice, un reste suprême de ceux qu'ils pleurent. Confiants dans les renseignements qu'ils ont pu obtenir par les chefs ou par les anciens compagnons d'armes de ceux qui ne sont plus, ils cherchent, ils interrogent…. Puis bientôt, ils s'arrêtent, découragés.
Devant cette forêt de petites croix qui s'alignent dans nos vastes cimetières et qui ne portent, en si grand nombre, que cette inscription douloureuse dans son laconisme : "un soldat inconnu", ils pensent tout bas : "Où est le nôtre ? qui nous le dira ? " Ils sont venus pour quelques heures, ils s'en retournent inconsolés. Ils se sont agenouillés sans doute sur la terre sacrée du sacrifice, mais quel allégement ce serait à leur douleur, si quelqu'un, au nom du comité, avait pu orienter leurs recherches, les guider, et peut-être conclure : " C'est là, c'est lui !… Parmi tant d'inconnus voici un signe à quoi vous reconnaîtrez les restes du vôtre ?"
Car l'initiative individuelle, on le conçoit bien, est impuissante devant ces investigations particulières.
Songez donc! Quelles que soient les précisions qu'on ait pu obtenir sur l'emplacement où un soldat est tombé et ou même il a été inhumé, comment s'y retrouver après tant de bouleversements dont cette terre d'Artois a été le théâtre? Ce sol de la zone de feu a été pendant des mois et des années, remué, déchiré, retourné par les obus et par les travaux successifs de la défense, comme les flots d'une mer démontée sont secoués par la tempête. De quel côté se retourner désormais? Tel arbre, tel accident de terrain qui formaient autant de points de repères, sont disparus.
Seule donc, l'autorité militaire, par ses recherches patientes, attentives, continues, méthodiques, est outillée pour aboutir à un premier résultat. Elle s'acquitte, nous le savons, journellement et sans relâche, de ce pieux devoir de la relève des corps. C'est grâce à elle que beaucoup de familles, reçoivent, au jour le jour, la consolante surprise de savoir que les restes de leur cher disparu viennent d'être enfin retrouvés, identifiés.
Mais il est de toute évidence aussi que l'autorité militaire ne peut informer les familles que dans les cas de certitude et que cette certitude même il lui est difficile, très souvent, de l'acquérir.
Il faut se rendre compte en effet des circonstances dans lesquelles les cadavres ont été inhumés. L'ordre était, dans la mesure du possible et quand les conditions de la bataille le permettaient, de prendre sur les morts, pour les envoyer aux familles, tous les objets qu'ils pouvaient porter sur eux. Quelquefois même, dans la hâte nécessaire de la funèbre besogne, la plaque d'identité était enlevée avec tout le reste. Ce qui paraissait un bien sur le moment est cause aujourd'hui de la plus angoissante perplexité. Où et comment chercher ? La croix qui portait un nom et était plantée sur la tombe est disparue ?
Ici, commence le rôle de notre "Bulletin du Souvenir", en effet, tout indice susceptible d'amener l'identification n'est pas nécessairement et complètement disparu. Même chez ceux qui ont été dépouillés de toute pièce précise d'identité, il peut se rencontrer - comme il arrive le plus souvent- tel ou tel objet, une bague, une médaille, des initiales, un fragment de lettre ou d'adresse, un matricule, un nom incomplet, que sais-je ? un signe enfin qui en lui-même et pour des étrangers, sera insignifiant mais qui pour des parents dont l'esprit est averti, pourra être une lumière et une révélation soudaine.
On comprend dès lors, l'immense service que rendrait aux familles un bulletin dans lequel seraient consignés, au jour le jour, au fur et à mesure des fouilles, tous les détails capables d'éveiller une espérance, de faire naître une certitude.
Tel sera, si l'on veut, le rôle de ce périodique dont nous offrons aujourd'hui le premier numéro et qui paraîtra tous les mois, à partir du 15 octobre 1921, sous le titre de "Bulletin du Souvenir".
Ce que l'autorité militaire serait impuissante à faire à elle toute seule, ce qu'elle ne peut faire qu'avec la perte de temps nécessitée par les lenteurs administratives, notre bulletin s'efforcera de le réaliser.
Un grand travail est commencé dans tout le Secteur d'Artois, en vue de rassembler dans un cimetière unique entretenu par les soins de l'Etat et qui se trouverait autour du monument de Lorette, tous les soldats isolés jusqu'ici dans la multitude des petits cimetières de la région du Nord.
A cette occasion, tous les soldats inconnus seront exhumés - ils sont cinquante mille peut-être ; qui en dira le nombre? Et tous les indices susceptibles d'éclairer les familles seront scrupuleusement notés, et consignés dans notre bulletin.
Pour nous résumer donc, ce bulletin du Souvenir publiera chaque mois une liste semblable à celle que nos lecteurs peuvent consulter aujourd'hui et où seront relevés :
1° Cimetière par cimetière, les noms de tous les soldats anciennement ou nouvellement identifiés - pour le cas où cette identification n'aurait pas encore été notifiée aux familles.
2° Au fur et à mesure des exhumations qui se feront dans les cimetières ou sur tout autre point des anciens champs de bataille, les renseignements susceptibles de servir l'identification des soldats inconnus.
Le simple examen de nos lites montrera à tous nos lecteurs le parti qu'ils peuvent tirer des indications, si incomplètes soient elles, que nous leur donnons.
Si chacun veut bien les conseiller soigneusement et en assurer la diffusion, un grand nombre d'inconnus nous l'espérons seront bientôt retrouvés. Et, ainsi il y aura encore des larmes hélas ! mais combien elles couleront moins douloureuses et moins amères !
C'est avec cette conscience de faire œuvre pieuse envers les grands morts, œuvre patriotique et humaine à l'égard des vivants que nous nous mettons à l'œuvre, confiants dans l'accueil que feront à notre entreprise non seulement la multitude des parents en deuil, mais tous ceux qui ont assez de cœur pour s'associer à leur douleur et s'intéresser à leur suprême espérance."
Abel BARBIER
Ceux qui reviendront de cette guerre et qui auront comme moi passés par toutes les misères qu'un homme peut endurer avant de mourir, devra s'en souvenir, car chaque jour qu'il vivra sera pour lui un bonheur."
Gaston Olivier - mon Grand-Père
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vincent le calvez
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Re: LA RELEVE DES MORTS sur le Front d'Artois

Message par vincent le calvez » jeu. juin 01, 2006 11:01 pm

Bonsoir Alain,
bonsoir à tous,

Voilà ce qu'écrivait la fille d'Adolphe Orange, un soldat du 28e RI tué à Noulette en mai 1915 :

"Et là nos recherches ont commencé en direction d’Aix Noulette?:
des tombes, des tombes rassemblées par endroits formant de petits cimetières sans clôtures, certaines croix portaient un nom complet, d’autres le début ou la fin d’un nom, puis de place en place mais de nombreuses fois?: 25 soldats inconnus, plus loin 10 ou 15 soldats inconnus et cela tout le long de notre chemin.

Et puis des chaussures racornies dans l’une il y avait des restes humains. Des casques, des balles qu’on faisait brûler. Et les entonnoirs, que d’entonnoirs?! Nous faisions le trajet un peu en zig zag. Quand nous voyions une tranchée et des gourbis, ma mère y descendait, moi aussi parfois, mais maman voulait je pense s’imaginer comment son mari avait vécu pendant quelques mois.

Je suis retournée, un jour en semaine pour que la mairie soit ouverte, à Aix Noulette, là j’ai demandé si le nom de mon père figurait sur les registres?? Non, où se trouvait la fosse commune?? Personne ne savait. Il y a beaucoup de tombes militaires dans ce cimetière. Mais c’est dans le cimetière communal que j’ai trouvé la tombe d’un soldat inconnu et puis lors d’une autre visite, cette tombe avait disparu, transférée à Lorette certainement.
Enfin, la publication du plan des ossuaires a été une bonne chose. Je vais toujours me recueillir, en souvenir de Melle Ball, sur la tombe de son frère et non loin de lui, il y a la tombe d’un soldat inconnu. Je l’ai adoptée?!!!"


Bonne soirée

Vincent
Site Internet : Adolphe Orange du 28e RI http://vlecalvez.free.fr
En ce moment : le 28e RI à Sissonne en octobre 1918 http://vlecalvez.free.fr/nouveaute.html

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Re: LA RELEVE DES MORTS sur le Front d'Artois

Message par CD9362 » mer. juil. 09, 2014 12:20 pm

Il faut lire cet extrait l'avant-propos rédigé en 1921 par Abel Barbier
LA RELEVE DES MORTS SUR LE FRONT D'ARTOIS que Alian CHAUPAIN avait posté sur le site en 2006 .

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