Dernières lettres.

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BASQUE
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Re: Dernières lettres.

Message par BASQUE » lun. mars 20, 2006 2:43 pm

Bonsoir Jean et vous tous,
J'arrive après la bataille (pardon, je n'ai pas fait exprès...), mais l'émotion ressentie à la lecture de cette lettre est certainement aussi intense que celle qui vous a tous étrint... Merci Jean de nous avoir fait partager cette "séquence émotion". En ce qui concerne l'écriture des lettres, j'imagine bien cette fraternité qui devait exister au front, en ce qui concerne mon AGO, son cas était vraiment particulier car, d'après ce que m'a raconté mon arrière grand mère, sa soeur, non seulement il savait à peine lire et écrire mais en plus il ne parlait que le Basque... Nous avons une seule carte écrite en Basque et on suppose aujourd'hui qu'il a trouvé une âme charitable qui comprenait et écrivait le basque pour retranscrire à sa place...
Bonne fin de journée
Bien cordialement,
Nathalie

DW
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Re: Dernières lettres.

Message par DW » mar. avr. 04, 2006 1:14 am

J'ai aussi, depuis longtemps, la dernière lettre de mon GP maternel. Elle est d'autant plus prenante, qu'il l'a écrite pendant l'accalmie d'un bombardement qui devait le tuer quelques instants plus tard (Verdun. Côte 344. 31.08.1917. 60è RI). Il l'avait placée au milieu de son livret militaire où ma grand mère l'a découverte lorsque ses affaires personnelles lui ont été renvoyées. Emportée par l'un des éclats d'obus qui l'ont tué, une partie de la lettre manque. Ecrite au crayon, cette lettre s'efface peu à peu. Je ne sais d'ailleurs comment la préserver. En voici le texte:
"Le 31 Aout 1917,

Ma tendre chère épouse,

Aujourd'hui je suis était sans nouvelle frèche, mais j'en ai eu Deux tout de même, une de ta main du 19 juillet et une carte de ma soeur du 19 juillet où elle mannoncée de sales .....
elle on du passer....
les deux au 19....
l'adresse de toutes les....
bien mise....
fait voir que dans....bureau
il sen fout du poilu. Enfin ma petite amour, j'espère que tu et toujours en bonne santée ainsi que nos belle petite comme ta letre me quitte (?) moi aussi toujours en bonne santée mais avec assez de fatigue puisque notre situation nait pas brillante enfin que veutu sait la vie du poilu maintenant puisque plus il vient plus saviens difficile pour nous. sait cette bougre d'artillerie qui nous en fait le plus puisque toutes les heures y nous sonne une petite romance enfin après ...... de nous revoir
....ensemble de pouvoir
....entre mais bras mais sait....
.....les jours sont des semaines
.....annonce des arrivée
.....enfin ma petite amour je termine aujourd'hui
....maintenant tu...
......m'envoyer 5 + sy tu le peux
écoute ....l'argent ne fait que le voir
...pour le manger on ne mange pas beaucoup mais on boit et l'eau ne vaut pas cher puisqu'elle es sucrer de cadavres et nous faisons apporter du vin remboursable qui nous coute 22 sous. en attendant une de ta main recois de doux et tendres baisers de ton vieux et embrasse bien nos (?) pour moi le tien à toi seul. Ruaud."

Avec le livret militaire, déchiré de même, figurent d'autres papiers, menu du 14 juillet, titre de permission, calepins, etc... Bien que soigneusement rangés, ces papiers subissent l'usure du temps. Les encres deviennent plus pâles, etc... Comment conserver tout cela ??

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Jean RIOTTE
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Re: Dernières lettres.

Message par Jean RIOTTE » mar. avr. 04, 2006 11:39 am

Bonjour à toutes et à tous,
Bonjour DW,
...et merci pour ce témoignage qui, partiellement détruit,n'en est que plus émouvant et a dû être particulièrement frustrant pour la famille.
Cordialement.
Jean RIOTTE.

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Jean RIOTTE
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Re: Dernières lettres.

Message par Jean RIOTTE » lun. avr. 10, 2006 4:39 pm

Bonjour à toutes et à tous,
J'ai chiné ce week-end un livre de Benoist-Méchin:Ce qui demeure. Lettres de soldats tombés au Champ d'Honneur 1914-1918, aux Editions Albin Michel. 1942.
Je ne l'ai pas encore lu, sauf ces deux lettres qui m'ont décidé à acheter cet ouvrage.

Lettre de Laurent PATEU,sous-lieutenant au 141è régiment d'infanterie, tombé au champ d'honneur, le 15 juin 1915, à Notre-Dame de Lorette.

Rouge-Croix (Pas-de-Calais), 4 novembre 1914.
Ma Femme bien-aimée, mes Enfants chéris, si vous recevez cette lettre je ne serai plus; mais je vous défends de pleurer. A cette époque où les enfants de la France versent leur sang, le mien n'est pas plus rouge que celui des autres. Vous supporterez d'autant mieux votre douleur que vous vous direz avec une inexprimable fierté que j'ai payé ma dette à la plus belle patrie du monde et que je suis mort pour elle.
Tu m'as souvent recommandé, ma femme adorée, d'avoir du courage.J'avais le mien propre et celui que tu m'as donné. Je te les adresse tous deux pour t'aider à supporter la douleur. Je t'ai toujours aimée, mon Angèle chérie, malgré mes rares moments d'emportement; je ne t'ai jamais oubliée, et j'aspirais, mon Dieu! avec quelle ardeur, au bonheur du retour. Je ne te laisse rien que mon souvenir et je partirai tranquille, car tu le garderas autant que la vie, je le sais. Nous nous aimions trop. Raidis-toi, ma petite femme,je te laisse nos enfants et c'est à eux que je m'adresse maintenant.
Mon petit Vonvon, tu as déjà onze ans et demi, tu es une grande fille, tu seras avant peu une petite femme. Tu te souviendras de moi mieux que le pauvre Dudu. Tu me connais, tu sais ce qui me plaît et ce qui me déplaît. Eh bien, dans tous les actes de ta vie, demande-toi bien avant d'agir ce que penserait le pérot s'il était là.
Aide la mérotte de toutes tes forces, aide--la dans les soins du ménage; tu sais ce que je te reprochais bien doucement parfois; corrige-toi, deviens une bonne petite femme de ménage et surtout, oh! surtout, mon petit Vonvon adorée, rappelle-toi combien je t'aimais et je t'en supplie, sois toujours honnête.
Et toi, mon petit Dudu, à tes deux ans et demi on perd vite le souvenir. Tu parles encore de moi parce que la mérotte et soeur t'en causent, mais tu m'auras vite oublié. Pourtant, lorsque tu seras grand, tu te rendras compte que tu avais un pérot qui t'aimait, ainsi que ta soeur, de toute son âme, et que tu appelais en ton doux zézaiement pezot chéri. Apprends vite à lire pour déchiffrer toi-même ce que j'écris aujourd'hui. Sois d'abord un petit garçon bien sage, puis un élève studieux, apprends, apprends encore, apprends toujours, tu n'en sauras jamais assez. Sois aussi un jeune homme modèle. Enfin et surtout, sois un homme. Si tu es un jour appelé à servir ta patrie, embrasse les tiens aussi ardemment que je vous ai embrassés, et pars sans regarder en arrière, en criant le long de la route: Vive la France!
Je m'arrête sans avoir dit tout ce dont mon coeur déborde, je vous aime tous trois, je vous aime, je vous aime et je vous embrasse mille et mille fois du fond du coeur qui ne bat pas plus vite au son de la mitraille, mais qui palpite à votre souvenir.
Adieu, mes chéris, toutes mes tendresses sont pour vous et pour la meilleure des mères que je n'oublie pas.
Vive la France!

Cordialement.
Jean RIOTTE.

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Jean RIOTTE
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Re: Dernières lettres.

Message par Jean RIOTTE » lun. avr. 10, 2006 4:45 pm

Bonjour à toutes et à tous,
J'ai chiné ce week-end un livre de Benoist-Méchin:Ce qui demeure. Lettres de soldats tombés au Champ d'Honneur 1914-1918, aux Editions Albin Michel. 1942.
Je ne l'ai pas encore lu, sauf ces deux lettres qui m'ont décidé à acheter cet ouvrage.

Lettre de Laurent PATEU,sous-lieutenant au 141è régiment d'infanterie, tombé au champ d'honneur, le 15 juin 1915, à Notre-Dame de Lorette.

Rouge-Croix (Pas-de-Calais), 4 novembre 1914.
Ma Femme bien-aimée, mes Enfants chéris, si vous recevez cette lettre je ne serai plus; mais je vous défends de pleurer. A cette époque où les enfants de la France versent leur sang, le mien n'est pas plus rouge que celui des autres. Vous supporterez d'autant mieux votre douleur que vous vous direz avec une inexprimable fierté que j'ai payé ma dette à la plus belle patrie du monde et que je suis mort pour elle.
Tu m'as souvent recommandé, ma femme adorée, d'avoir du courage.J'avais le mien propre et celui que tu m'as donné. Je te les adresse tous deux pour t'aider à supporter la douleur. Je t'ai toujours aimée, mon Angèle chérie, malgré mes rares moments d'emportement; je ne t'ai jamais oubliée, et j'aspirais, mon Dieu! avec quelle ardeur, au bonheur du retour. Je ne te laisse rien que mon souvenir et je partirai tranquille, car tu le garderas autant que la vie, je le sais. Nous nous aimions trop. Raidis-toi, ma petite femme,je te laisse nos enfants et c'est à eux que je m'adresse maintenant.
Mon petit Vonvon, tu as déjà onze ans et demi, tu es une grande fille, tu seras avant peu une petite femme. Tu te souviendras de moi mieux que le pauvre Dudu. Tu me connais, tu sais ce qui me plaît et ce qui me déplaît. Eh bien, dans tous les actes de ta vie, demande-toi bien avant d'agir ce que penserait le pérot s'il était là.
Aide la mérotte de toutes tes forces, aide-la dans les soins du ménage; tu sais ce que je te reprochais bien doucement parfois; corrige-toi, deviens une bonne petite femme de ménage et surtout, oh! surtout, mon petit Vonvon adorée, rappelle-toi combien je t'aimais et je t'en supplie, sois toujours honnête.
Et toi, mon petit Dudu, à tes deux ans et demi on perd vite le souvenir. Tu parles encore de moi parce que la mérotte et soeur t'en causent, mais tu m'auras vite oublié. Pourtant, lorsque tu seras grand, tu te rendras compte que tu avais un pérot qui t'aimait, ainsi que ta soeur, de toute son âme, et que tu appelais en ton doux zézaiement pezot chéri. Apprends vite à lire pour déchiffrer toi-même ce que j'écris aujourd'hui. Sois d'abord un petit garçon bien sage, puis un élève studieux, apprends, apprends encore, apprends toujours, tu n'en sauras jamais assez. Sois aussi un jeune homme modèle. Enfin et surtout, sois un homme. Si tu es un jour appelé à servir ta patrie, embrasse les tiens aussi ardemment que je vous ai embrassés, et pars sans regarder en arrière, en criant le long de la route: Vive la France!
Je m'arrête sans avoir dit tout ce dont mon coeur déborde, je vous aime tous trois, je vous aime, je vous aime et je vous embrasse mille et mille fois du fond du coeur qui ne bat pas plus vite au son de la mitraille, mais qui palpite à votre souvenir.
Adieu, mes chéris, toutes mes tendresses sont pour vous et pour la meilleure des mères que je n'oublie pas.
Vive la France!

Cordialement.
Jean RIOTTE.

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Re: Dernières lettres.

Message par alain chaupin » lun. avr. 10, 2006 5:43 pm

Bonjour à Tous, bonjour Jean
Excellent livre que celui-là, je l'ai acheté il y a quelques années à la boutique de l'Historial à Péronne, je le garde toujours à portée de mains, il y a de nombreux et émouvants témoignages dont ceux que vous nous gratifiez.
Bien cordialement
Alain Chaupin
Ceux qui reviendront de cette guerre et qui auront comme moi passés par toutes les misères qu'un homme peut endurer avant de mourir, devra s'en souvenir, car chaque jour qu'il vivra sera pour lui un bonheur."
Gaston Olivier - mon Grand-Père
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Re: Dernières lettres.

Message par f.vaudour » lun. avr. 10, 2006 6:13 pm

Bonjour,

Si par hazard dans toutes ces lettres, il s'en trouvait une d'un soldat du 129e, 329e RI ou 24e rit
j'aimerais en avoir le texte pour éventuellement l'insèrer sur mon site.

merci d'avance

François
"le passé est la mémoire du futur" P.Valéry

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Jean RIOTTE
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Re: Dernières lettres.

Message par Jean RIOTTE » lun. avr. 10, 2006 7:20 pm

Bonne fin d'après-midi à toutes et à tous,
...et à François,
Bien reçu.
Cordialement.
Jean RIOTTE.

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Re: Dernières lettres.

Message par Jean RIOTTE » lun. avr. 10, 2006 10:03 pm

Bonsoir à toutes et à tous,
Voici la seconde lettre qui,à sa lecture, m'a fait acheter le livre de Benoist-Méchin, Ce qui demeure, dont je parlais tout à l'heure,un peu plus haut.

Lettre écrite à sa soeur par le sergent Jacques-Etienne-Benoist de LAUMONT, du 66è régiment d'infanterie, tombé au champ d'honneur, le 25 septembre 1915, à Agny-lez-Arras.

24 septembre 1915.
Ma chère petite Amie, je t'écris cette lettre à tout hasard; demain matin, à l'aube, vers les 3h1/4, 4 heures, nous partons à la charge: c'est la grande, peut-être la victorieuse offensive, comme nous l'espérons tous, comme nous en sommes tous sûrs; nous devons percer et nous percerons, si ce n'est pas ici, c'est à côté que cela aura lieu.
Or,le 66è a l'honneur d'attaquer, et le 1er bataillon, le mien, est en tête; je suis fier que le général nous ait jugés dignes de cet effort. Le sort est aveugle et peut me frapper comme il peut m'épargner; tu peux être certaine que, dans l'un comme dans l'autre cas, je ferai mon devoir, tout mon devoir.
Si je suis tué, annonce-le à maman et à papa avec de grands ménagements; ma seule douleur, mon seul regret, est que ma mort puisse vous faire de la peine, à vous tous que j'aime tant; mais pourquoi pleurer, nous nous retrouverons un jour tous ensemble, un peu plus tôt, un peu plus tard. Et puis, n'est-ce pas la plus belle mort qui soit au monde, une mort utile, une mort pour un but, pour une idée, pour un idéal. Et dans le siècle médiocre où nous sommes , cela fait du bien de se dire:" Eh bien,moi, j'aurai au moins servi à quelque chose et j'aurai la mort qui me plaît le plus."
Je veux être enterré là où je serai tombé. Je ne veux pas être enfermé dans un cimetière où l'on étouffe. Je serai mieux et plus à ma place de soldat dans la terre de France, dans un de ces beaux champs pour lesquels je donne ma vie avec joie, je vous le jure.
Cette lettre te parviendrait seulement dans le cas où il me serait arrivé malheur.

Cordialement.
Jean RIOTTE.

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Re: Dernières lettres.

Message par Jean RIOTTE » ven. avr. 21, 2006 12:33 pm

Bonjour à toutes et à tous,
Deux nouvelles lettres:brèves mais lourdes de sens...sereines et dignes...

Lettres du sergent Eugène LEMERCIER,du 106ème RI,né le 7 novembre 1886,à Paris,tombé au Champ d'Honneur le 6 avril 1915 aux Eparges.

4 avril au soir,dimanche de Pâques.
Chère Mère,nous voici à nouveau sous la garde de Dieu.Nous partons à 2 heures pour la tempête.Chérie,je pense à toi,je pense à vous.Je vous aime et je vous confie tous trois à la Providence.Que tout évènement nous trouve prêts !En pleine force d'âme,c'est ma prière pour vous comme pour moi.Espoir quand même,mais,avant tout, sagesse et amour.
Je vous embrasse sans rien formuler d'autre.Toute ma pensée se concentre vers un devoir laborieux.

6 avril 1915,midi.
Chère Mère bien-aimée,à midi,nous voici sur l'extrême position d'attente.Je t'envoie tout mon amour.Quoi qu'il arrive,la vie aura eu de la beauté.

Sources:Ce qui demeure, de Benoist-Méchin.

Cordialement.
Jean RIOTTE.

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