A7V n° 542 Elfriede récupéré par l'AS 101 à Villers-Bretonneux

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Tanker
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Re: A7V n° 542 Elfriede récupéré par l'AS 101 à Villers-Bretonneux

Message par Tanker » lun. avr. 06, 2009 4:38 pm

Le sauvetage du char allemand A7V n° 542 Elfriede à Villers-Bretonneux par l'Artillerie Spéciale.

Le 8 Mai 1918 dans la note GQG/Armées du Nord et du Nord-Est/Artillerie d'Assaut n° 4674, le Général Estienne rendait compte au Général en Chef que le char allemand de Villers-Bretonneux, en cours de dépannage, était sur le point d'être ramené à l'Arrière. Dans cette note le Général demande que le char soit immédiatement dirigé sur Champlieu pour essais.

Cette mission avait été confiée au Groupement II qui se trouvait déployé au Sud d'Amiens. Ce Groupement, après l'intervention du Groupe AS 3 au Bois Sénécat, participait à la formation des unités d'infanterie du secteur à l'emploi des chars. L'AS 101 (Section de Réparation et de Ravitaillement n° 101) qui était alors basée à Gouy-les-Groseillers, était disponible et possédait les moyens matériels et personnels nécessaires à cette mission.

Le 24 Avril 1918, les Allemands avaient appuyé leur attaque sur Villers-Bretonneux avec un 13 chars A7V. A l'issue de la contre-attaque canadienne, et de la reprise de Villers-Bretonneux, les allemands laissaient deux chars A7V sur le terrain.
- Le n° 506 Méphisto qui s'était mis en panne dans un trou d'obus.
Les allemands tentèrent, sans réellement y réussir, de le détruire à l'explosif. Ce char qui sera récupéré par les Australiens est actuellement en Australie.
- Le n° 542 Elfriede qui s'était renversé dans la carrière du bois du Monument (Sud de Villers-Bretonneux en PD 5027 - référence plan directeur 1-20000° de Corbie).

L'attaque allemande sur Villers-Bretonneux se faisait à la charnière des Armées françaises et britanniques, et c'est pour cette raison que les premières photos faites d'Elfriede montrent le char entouré de soldats français. La Division française, au contact de la 4° Division Australienne, était la Division Marocaine, et le bois du Monument était l'objectif de son aile gauche lors de la contre-attaque.

Deux chars à récupérer ! Quelle aurait été l'attitude des Britanniques s'il n'y avait eu qu'un char abandonné. . . ? Il est probable que les français n'auraient pas eu leur part du gateau devant l'importance que représentait l'étude de ce char pour les services de Renseignement et les industriels de l'Armement. Les Etat-Majors français et Britanniques s'attendaient depuis longtemps à voir les Allemands intervenir avec des volumes conséquents de chars et une telle source d'information était inespérée.
La position délicate d'Elfriede, en première ligne et couché sur le côté a probablement joué pour les français qui devaient "hériter" de la récupération la plus délicate à faire. . . .
Le 2 Mai 1918, le Capitaine Ferrari (Adjoint tactique du Groupement II) et le Lt Barnsby (Adjoint technique du Groupement II), accompagnés du S/Lt Cossin (officier adjoint de la SRR 1O1 du Groupement II) avaient été chargés de reconnaître l'A7V abandonné à 25 métres en avant de la première ligne britannique. Le char était situé en PD 50 27 (Plan directeur 1/20 000° de Corbie).
Il s'agissait de relever les caractéristiques du char et d'étudier la possibilité de le récupérer. Cette reconnaissance était importante car le char aurait pu être détruit, à tout instant, par des tirs de l'artillerie allemande, tir destiner à empécher les Alliés d'accéder à cette source d'information capitale. En 1917, à la Malmaison, les français avaient, de cette manière, détruit deux Saint Chamond, immobilisés sur et en avant de la première ligne conquise.
Si par la suite, l'équipe de récupération a été, pendant toute sa mission, soumise aux tirs de l'artillerie allemande, il ne semble pas que ceux-ci aient été faits pour tenter de détruire le char.

Les photos connus de cet événement sont d'abord celles parues dans le Miroir. Elles ont vraisemblablement étaient faites par des personnels de la Division Marocaine, et leur auteur a du touché une belle somme du journal à cette occasion. . . .
Il s'agit donc bien de photos militaires du SPA faites le 6 mai 1918. Dans cette affaire le commandement a probablement voulu rapidement communiquer sur cette capture.
(correction du 17 Janvier 2011)


Si les informations recueillies sur Elfriede ont fait l'objet d'un rapport technique très détaillé, rien n'indique que l'équipe du Cne Ferrari et celle de la SRR aient aussi fait des photos. A ce jour aucune autre photo prise au bois du monument n'a fait son apparition. Il existe peut-être aussi des photos britanniques et canadiennes prises avant ces manoeuvres de récupération . . . .

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La mission de récupération de l'équipe SRR du Sous-Lieutenant Cossin a duré du 4 au 17 Mai 1918. Cette mission était aux ordres du Lieutenant Barnsby.
Il ne semble pas exister de rapport détaillé sur son déroulement et sur les moyens utilisés par cette équipe. Il est probable que la SRR a du au moins utiliser un tracteur Baby-Holt. Cela reste cependant à vérifier car l'AS 101 semblait ne pas avoir de baby-Holt à sa base arrière de Gouy-les-Groseillers. Et il s'agit donc de chars Britanniques . . . . (110117)

Elfriede étant couché sur le flanc, il a certainement été nécessaire d'effectuer des mouflages importants pour relever le char. Contrairement à Méphisto, le char n'avait pas été saboté. Les Allemands auraient reçu l'ordre de le faire, mais se seraient trompés de char . . . D'où l'action de sabotage sur Méphisto.

Après son dépannage, le char a rejoint, par ses propres moyens, le village de Saleux (Sud-Ouest d'Amiens). Aucune indication sur ce trajet, et la seule chose certaine est que le char a été présenté au ministre sur un terrain longeant la voie ferrée à hauteur de la gare de Saleux.

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(En 1918, Louis Breton n'était plus ministre, mais "Directeur des Inventions").

Le site de Saleux a probablement été choisi pour se proximité de la vois ferrée. La gare permettait ensuite l'embarquement du char vers Paris. Ce site n'était alors pas occupé par l'AS, et il le sera quelques semaines plus tard par un Groupement de Saint Chamond. En partant d'Amiens, la voie vers Montdidier et Compiègne était alors trop près du front et, par endroits aux mains des Allemands.

Il existe un bon nombre de photos et un film de ce passage à Saleux d'Elfriede. Le 18 Mai 18, le char a été présenté à Louis Breton (Sous-Secrétaire d'État aux Inventions), et cet événement a été photographié et filmé par la SPA (Section photographique des Armées).
Combien de temps Elfriede est resté à Saleux ? Cette information n'est pas connue, et visiblement beaucoup de monde a pu alors voir le char. Des officiers et des soldats britanniques ont aussi été photographiés sur Elfriede à Saleux. A côté des photos et films réglementaires de l'Armée française, des photos officiels de l'Armée britanniques ont aussi été réalisées et probablement un certain nombre de photos privées. La plupart des cartes postales éditées alors reprennent des photos réalisées à Saleux. Il reste probablement encore des photos privées à découvrir de cet événement.

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Re: A7V n° 542 Elfriede récupéré par l'AS 101 à Villers-Bretonneux

Message par Tanker » lun. avr. 06, 2009 4:38 pm

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Plusieurs de ces photos prises à Saleux sont intéressantes car elles permettent de découvrir les visages de l'équipe des mécanos de la SRR, du Sous/lieutenant Cossin et du Lieutenant Barnsby. Si les citations accordées à l'équipe permettent d'avoir une idée précise de sa composition, il n'est actuellement pas possible d'associer tous les noms a un visage . . . . Par ailleurs l'équipe est à onze sur les photos alors qu'ils ont été quatorze cités à l'issue de cette récupération.

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Composition de l'équipe de l'AS 101 à Villers-Bretonneux.

Sous-Lieutenant Cossin
Maréchal des Logis Charles Vatinet
Brigadier Lamy
Maître-Ouvrier Maurice Chéronnet (principal technicien responsable du dépannage)
Maître-Ouvrier André Lefrileux
1° classe Biraud
1° classe Templier
2° classe Bécue (Metteur au point moteur qui a dépanné la partie mécanique)
2° classe Arsène Triboire (Il était l'agent de liaison de l'équipe)
2° classe Eugène Carbonnet
2° classe Jung
2° classe de Robert de Lafregeyre
2° classe Francheteau
2° classe Lyautey

Le Sous-Lieutenant Cossin est citée à l'ordre du Corps d'Armée et tous les autres sont cités à l'ordre de l'Artillerie Spéciale.
A titre d'exemple, la citation du 2° classe Bécue qui est représentative des citations accordées à toute l'équipe.
"Très bon metteur au point. Est parvenu au prix d'un travail constant de jour et de nuit, malgré les difficultés techniques et les tirs fréquents, à remettre en état le mécanisme d'un char d'assaut allemand, culbuté dans nos premières lignes et a ainsi permis le dépannage de cet appareil".

Le Lieutenant Barnsby, qui dépendait de l'Etat-Major du Groupement II, ne semble pas avoir été cité dans cette affaire. Apparemment désigné comme chef de cette mission, il n'a peut-être finalement pas participé totalement à cette mission. Il était cependant bien présent le 18 Avril pour la présentation au ministre.

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Si le Général Estienne demandait le 8 Mai l'envoi à Champlieu du char pour essais, il ne semble pas qu'Elfriede y ait été conduit. Avec l'attaque allemande de Mars 18, une grande partie des fonctions du camp de Champlieu avaient été déplacées sur le camp de Bourron. C'est là que le char se trouvait, de manière certaine, début Juillet pour le démarrage des essais.

Essais d'Elfriede à Bourron :

La note n° 1046/3 GQG/Armées du Nord et du Nord-Est/ EM 3° Bureau du 30 Juin 1918 donne l'ordre d'effectuer des essais de tir sur Elfriede pour vérifier l'efficacité du canon de 37 mm Bethléem. Ces essais auront lieu à Bourron entre le 1 et le 5 de Juillet 1918.

Le rapport sommaire, fait après les essais de tir au 37 mm Betlhléen et au 37 mm Puteaux sur Elfriede (note n° 7161 GQG/Armées du Nord et du Nord et du Nord-Est du 5 Juillet 1918), rend-compte de l'inefficacité de ces deux canons de 37 mm sur le blindage du char.

Lors de ces mêmes essais, des tirs au fusil et à la mitrailleuse ont aussi été effectués avec des cartouches APX. Comme le précise ce rapport sommaire "les tirs sur les joints des masques et sur le viseur du canon seraient meutriers pour l'équipage".

Le rapport détaillé de l'Inspection Générale du Matériel de l'Artillerie d'Assaut n° 221 du 8 Juillet 18 donne des précisions sur :
- L'exécution de ces tirs,
- Les munitions utilisées,
- Les effets obtenus.

Tirs d'obus de 37 mm :

Les tirs ont été effectués à 200, 100 et 50 mètres pour le 37 mm Bethléem et à 100 et 50 mètres pour le 37 mm Puteaux avec trois types de projectiles :
- Obus explosif Puteaux Mdle 1916,
- Obus de rupture Marine de Puteaux,
- Obus en acier explosif Bethléem.

Le char avait été garni intérieurement d'un blindage de tôles et de sacs à terre pour protéger les organes mécaniques en cas de perforation. Les tirs ont été réalisées sur le char alors qu'aucune autre expertise n'avait encore été réalisée. Le char était en parfait état de fonctionnement et tout avait été fait pour poursuivre cette expertise dans tous les domaines. Si en toute logique, il aurait été plus judicieux de terminer l'expertise par les tirs sur le char, l'information majeure qu'attendait le commandement français était la résistance exacte de son blindage.
En effet cette information conditionnait, dans l'hypothèse d'une arrivée massive de chars allemands sur le front, le choix des canons pour le char futur et pour la défense antichar française.

Le tir a été effectué à chaque distance et par chaque canon sur :
- la tôle de 30 mm non traitée de l'avant,
- la tôle de 16 mm non traitée de l'arrière,
- la tôle de 20 mm traitée des côtés,
et sur une tôle traitée Schneider appliquée sur le côté droit.


Au moins 20 obus ont donc été tirés à l'arrêt sur Elfriede. Probablement plus car des séries successives ont été réalisées sur le même point.

La tôle traitée Schneider (de 16 mm) permettait de comparer et vérifier l'efficacité du blindage des chars français. (les dites "tôles traitées" sont des plaques d'acier cémentées).

Effets de l'obus explosif Mdle 1916 de Puteaux (à charge intérieure en mélinite) :
A toutes les distances et sur toutes les tôles, l'obus explosif Mdle 1916 n'a laissé de ses atteintes que de légères traces de fumée
irradiant de l'impact, sans aucune empreinte ni déformation dans la tôle. II a toujours bien explosé.


Effets de l'obus de rupture de la Marine (à boulet plein) :
A 100 et à 50 m, l'obus pénètre profondément dans les tôles non traitées sans toutefois les perforer (ni celle de 20 et de 30). L'impact
relève un fort bourrelet dentelé de métal sur le bord de l'empreinte. L'obus se retrouve entier sans éclat avec la pointe seulement un peu désaxée.
A 100 et à 50 m, l'obus ne marque qu'une faible empreinte sur la tôle traitée de 16 et l'embouti très légèrement avec une flêche insi-
gnifiante sur une certaine zone autour du point d'impact. L'obus se retrouve en entier comme avec la tôle non traitée, mais la pointe n'est pas déviée. Il rebondit sans déformation.


Effets de l'obus en acier Bethléem (à charge intérieure en poudre noire):
Aux distances de 200 et 100 mètres, l'obus ne marque, dans la tôle non traitée, qu'une légère empreinte de 1 à 3 millimètres de creux
au milieu.

Dans la tôle traitée de 16 mm, l'empreinte est plus faible, mais l'obus produit un emboutissage de quelques millimètres de flêche sur une zone d'environ 30 centimètres autour de l'impact. La répétition de trois coups dans la même région a produit une félure de la tôle avec une cassure en paillette sur un bord.

A la distance de 50 mètres l'obus fait une empreinte de la forme du petit bout d'un oeuf dans la tôle non traitée de de 20 mm. Cette empreinte a sensiblement comme creux l'épaisseur de la tôle, mais ne débouche pas, le métal étant embouti en saillie sur la face opposée.
La partie antérieure de l'obus retrouvée montre que l'ogive s'est moulée dans son empreinte ovoïde et dénote un métal beaucoup trop mou pour faire de la perforation.
Dans la tôle de 16 mm, les empreintes et l'emboutissement sont un peu plus marquées qu'aux distances plus grandes. La pénétration est toujours insignifiante. Le premier coup a déterminer une nouvelle félure de la plaque d'environ 30 centimètres avec éclats sur les bords.
La tôle Schneider de 16 mm, qui avait été placé comme témoin a été brisée en deux fragments à la distance de 100 mètres.


En résumé :
Le tir sur le blindage du char allemand est :
- absolument nul avec l'obus de 37 mm Mdle 1916 dans le canon Puteaux.
- sans effets appréciable avec l'obus de 37 mm de rupture, dans la canon de Puteaux et avec l'obus en acier explosif dans le canon Bethléem de 37 mm.

Les tirs ayant été effectués avant les essais de fonctionnement, le char n'a pas été attaqué dans ses mécanismesde roulement (roues de propulsion, chenilles, etc . .). Il semble, toutefois, que ces organes, bien protégés, sont encore peu vulnérables au canon de 37 mm.


Tirs aux armes d'infanterie :

Destinés à estimer la vulnérabilité de l'équipage, cette étude a comporté trois genres de tir :
Tir ajusté au fusil Mdle 1886 sur les fentes de visée, dans les joints des masques de mitrailleuse, du masque et du viseur du canon avec les cartouches Mdle 1886 D.
Rafale de mitrailleuse sur les mêmes parties avec la cartouche Mdle 1886 D.A.M.
Tir au fusil Mdle 1886 sur les blindages latéraux, sur les volets de viseur, sur les masques de mitrailleuses et sur le masque du canon avec la cartouche Mdle 1886 à balle perforante APX 4.

Ces tirs ont été exécutés à la distance de 20 mètres, les rafales de mitrailleuse à la distance de 50 mètres. Les balles ou fragments de balle qui pénétraient, étaient reçus sur des panneaux enregistreurs.


Résultats :
Les tirs ajustés et les rafales de mitrailleuses sur les fentes de visé (à leur minimum d'ouverture) ont donné peu de pénétration. Ces tirs ne seraient réellement dangereux qu'avec une concentration assez prolongées de plusieurs armes.

Les tirs ajustés au fusil et les rafales de mitrailleuse sur :
les joints des masques de mitrailleuse,
les joints du masque du canon,
le viseur du canon
seraient extrêment meurtriers pour le personnel du char.
De très nombreuses atteintes ont été enregistrées sur les panneaux.
Les côtés des masques de mitrailleuse, notamment, qui forment embrasure, canalisent un grand nombre de balles dans le joint qui se trouve au fond.


Les tirs à balles perforantes ont, sur les fentes de visée et les joints qu'ils rencontrent, les mêmes propriétés offensives que les balles ordinaires; mais ils ne produisent aucun effet sur le personnel abrité par les tôles traitées des côtés ou les tôles épaisses de l'avant et de l'arrière du char.
La balle perforante pénètre assez profondément dans les tôles non traitées en relevant un bourrelet de métal autour de l'empreinte.
La tôle non traité de 20 mm d'épaisseur n'est pas traversée, mais la pointe des balles débouche sur la face opposée à l'impact.
La tôle traitée de 16 mm ne reçoit qu'une légère empreinte.

La tôle traitée de 13 mm (française) correspond sensiblement, pour sa résistance à la perforation, à la tôle non traitée de 20 mm; les pointes de balles apparaissent sur la face opposée sans traverser.
Les masques cylindriques des mitrailleuses sont traversé même sous une incidence assez oblique. le masque de canon, plus épais, nest pas traversé.


En résumé :
Le tir à balle sur les fentes de visée est peu dangereux avec la balle ordinaire, il ne l'est pas davantage avec la balle perforante. Les volets n'étant qu'à peine marqué par son empreinte. Ce genre de tir ne deviendrait dangereux que si des balles arrivaient exactement par le milieu des fentes; il faut pour obtenir ce résultat en tirer un grand nombre.
Le tir à balles sur les joints est extrèmement dangereux pour le personnel avec toutes les balles. C'est par là qu'il faut attaquer au fusil ou à la mitrailleuse.


Sur les joints, mais aussi dans le corps des masques de mitrailleuse, les balles perforantes ont une supériorité puisqu'elles passent non seulement dans les joints, mais aussi dans le corps du masque qu'elles rencontrent en tirant sur les joints.
A l'abri des tôles du blindage et des volets, la vulnérabilité aux balles est à peu près nulle pour l'équipage du char.


Ces essais auront un effet immédiat. Les 101°, 107°, 109° et 117° Batteries antichar du 176° Régiment d'Artillerie, équipées de 37 mm Bethléem sont dissoutes et leurs canons versés au Parc de Réparation d'Artillerie de Vernon. Par ailleurs ils conforteront la décision prise en 1917 d'armer le char FCM 2C du canon de 75 mm.

Le 1° Octobre 1918, sur demande du Président du Conseil, et dans le cadre d'une exposition de matériels allemands, la décision de présenter Elfriede aux parisiens est prises.
Les matériels étaient en place le 20 Octobre et toujours présents le 1° Novembre. Cette exposition était probablement encore en place lors de l'Armistice du 11 Novembre. . . . .
Le char est arrivé à Paris par le train, et il a probablement traversé la ville pour se rendre aux Tuileries. Photographié en gare, avant son débarquement, il l'a sans doute été dans sa traversée de la ville (à moins qu'il n'ait été mis en place de nuit . . . .).

Il existe de nombreuses photo d'Elfriede prises lors de cette exposition sur la place de la Concorde (et il doit encore en exister d'autres dans des fonds de placards . . .). Elfriede y est en gare, sur la wagon qui l'amenait de Bourron. Le char, avant d'être placé en face de la grille d'accès au bassin des Tuileries, semble avoir été placé à l'intérieur du parc.
Ces photos permettent de voir les mires peintes sur le char pour les essais de tir et les deux découpent faites dans le blindage latéral du char (côté avant droit).

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Ces découpes ont été faites pour fournir aux services techniques une portion de blindage permettant les essais de tir du canon de 17 mm. Cette partie du blindage était de la même épaisseur (16 mm) que celui produit par Schneider. C'était un référentiel important pour les industriels.
La qualité de ce blindage pouvait correspondre à un choix technique des allemands, choix lié à leur connaissance des armements d'infanterie des Alliés et à l'inexistence de fusil antichar sur le marché de l'armement, autre que le tankgewehr allemand de 13 mm. Ce blindage allemand était probablement a l'épreuve de leur 13 mm.

Si au camp de Bourron étaient présents de nombreux personnels des armées alliées, rien n'indique que les Français aient réalisé leurs essais sur Elfriede en coopération avec les Américains et les Britanniques. Aucun des rapports ne le mentionne.
Les résulats de ces essais étaient cependant bien fournies aux Alliés, en particulier par le biais de la commission interalliés des chars de Versailles.

Les photos prises sur les trois sites (Villers-Bretonneux, Saleux et Paris) permettent de voir que les parois du char offraient un support graphique dont les combattants ont largement profité. Il est intéressant de voir qu'à Villers-Bretonneux, les 3 en chiffres romain de l'avant ont été transformés à la craie par des 3 plus traditionnels. Visiblement les photographes du miroir ont aussi un peu surligné ces marquages blancs (Elfriede, numéro 3 et bordure de la croix de fer).
Pourquoi avoir modifié ces deux chiffres trois ? La raison en est très simple, la Division Marocaine avait reçu en renfort d'Armée deux Bataillons du 3° Tirailleurs. Ce sont ces hommes qui ont décorés le char du numéro de leur régiment sur les III identifiant l'unité d'Elfriede. Plusieurs dessins, de cette même photo montre d'autres identifiants précis du 3° Tirailleurs.
A Saleux et Paris les numéros 3 à la craie ont disparu. Visiblement les grafittis à la craie se sont multipliés sur le char et de nombreuses mains ont du effacer les anciens pour y mettre le leur . . . .

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Tanker
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Re: A7V n° 542 Elfriede récupéré par l'AS 101 à Villers-Bretonneux

Message par Tanker » lun. avr. 06, 2009 4:40 pm

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Les gros 3 à la craie du 3° tirailleurs ont été effacés, mais ils restent une grosse marque blanche qui camoufle encore le numéro d'origine.

Elfriede sur le champ de tir de Bourron :

Trois photos montrent Elfriede sur un champ de tir. Deux de ces photos sont prises d'avions et la troisième est prise au sol. Un détail important permet de penser qu'il s'agit bien de la forêt de Fontainebleau, il s'agit des amas de rochers qui se trouvent en arrière de la butte de tir. Les documents sur Bourron ne sont pas très précis sur la position de ce champ tir. Il pourrait s'agir de la crête boisée en bordure Sud-Est de Recloses. Le char a-t-il été démonté sur place et reste-t-il quelques pièces oubliées sur place lors de sa destruction . . . ?

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Le devenir d'Elfriede après l'exposition de la Concorde :

Après l'exposition de la place de la Concorde d'Octobre et Novembre 1918, plusieurs notes font encore mention d'Elfriede. Ces notes concernent les expérimentations dU canon antichar de 17 mm développé comme arme antichar française en 1918.
En effet le 14 Novembre 1918, le Ministre de l'Armement et des Fabrications de Guerre demande que des essais du canon de 17 mm antichar soit réalisés sur Elfriede à Bourron. En Février 1919, ces essais n'étaient toujours pas réalisés et il était alors demandé qu'ils soient effectués à Satory sur Elfriede ou sur des éléments de blindage provenant d'un même type de char. Deux autres A7V étaient alors mentionnés comme présents sur le secteur de Perthes/Tahure.

Apparemment plus de mention du char après ces dernières notes et les derniers mois de la vie, avant destruction d'Elfriede restent encore à tracer . . . . .

Le principal de la documentation vient des archives Artillerie Spéciale du SHD et une partie des photos sont des extraits du film de l'ECPA-D fait à Saleux le 18 Mai 1918.
Comme pour les précédents sujets, bon nombre des photos utilisées ne sont pas de très bonne qualité, et je suis reste intéressé par de toute bonne version numérique des photos touchant à ce sujet . . . .

Michel

ALVF
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Re: A7V n° 542 Elfriede récupéré par l'AS 101 à Villers-Bretonneux

Message par ALVF » lun. avr. 06, 2009 8:06 pm

Bonsoir,

Encore du beau travail de Michel!
Je joins quelques images supplémentaires d'Elfriede.
Il me semble avoir lu, il y a longtemps, qu'Elfriede avait passé plusieurs années dans une cour des Invalides jusqu'à une malheureuse décision d'un Gouverneur Militaire de Paris qui a envoyé à la ferraille ce vestige, devenu trop rouillé?Ceci avant 1939?
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Cordialement, Guy.

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JeanMiche
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Re: A7V n° 542 Elfriede récupéré par l'AS 101 à Villers-Bretonneux

Message par JeanMiche » lun. avr. 06, 2009 8:48 pm

Bonsoir à tous,


Vraiment un dossier fouillé par nos amis Michel et Guy. Époustouflant !

Y'en a qui ont la doc !!

Bien cordialement Jean Michel
Cordialement Jean Michel

bernard berthion
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Re: A7V n° 542 Elfriede récupéré par l'AS 101 à Villers-Bretonneux

Message par bernard berthion » mar. avr. 07, 2009 2:06 am

Bonsoir,
très bel article bien documenté . Bravo, merci .
Avez-vous des informations sur les 2 A7V que vous situez vers Perthes-Tahure ?
Cordialement BB
- Août 1914 dans le département des Ardennes : du début août avec l'arrivée et le passage des troupes se concentrant en se dirigeant vers la Belgique, au repli de fin août vers la Marne en résistant sur la Semoy, La Chiers, la Meuse, l'Aisne, la Retourne.

sly
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Re: A7V n° 542 Elfriede récupéré par l'AS 101 à Villers-Bretonneux

Message par sly » mar. avr. 07, 2009 9:02 am

Bonjour,

remarquable travail que vous nous présentez là, bravo !

J'en profite pour vous montrer et demander des infos sur cette photo allemande prise à Rosieres-en-Santerre avant l'attaque de Villers Bretonneux.

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Le char de gauche semble avoir un nom marqué en bas sur son coté mais illisible, celui du milieu est le "Cyklop" et enfin sur celui de droite le poste de conduite apparait comme "ouvert" (?)
Est-il possible d'identifier ces chars ?

Merci,

Sly

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Tanker
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Re: A7V n° 542 Elfriede récupéré par l'AS 101 à Villers-Bretonneux

Message par Tanker » mar. avr. 07, 2009 11:18 am

Bonjour,

En ce qui concerne l'info sur Tahure, je n'ai fait que mentionner un point développé dans un message de l'AS montrant l'intérêt du commandement pour ce char. Dès l'Armistice, les unités d'AS se sont lancées dans la récupération des chars français abandonnés et le commandement de l'AS fournissait des orientations aux équipes en charge de ce travail. Y compris, probablement, des infos non totalement vérifiées . . .
Les chars mentionnés dans ce message sont probablement l'A7V n° 561 (de l'Abteilung 1) et le n° 529 Nixe II (de l'Abteilung 2), chars détruits dans les combats sur Reims. C'était probablement plus vers le Fort de la Pompelle. . . . , et ce sont les deux seuls A7V détruits sur le secteur.

Concernant les A7V avec Cyclop, n'étant pas spécialiste de ce char, je suis incapable de répondre à la question. Pour Elfriede, c'est uniquement sa relation à l'AS qui m'a intéressé. Le mieux serait de poser la question (en anglais) sur le forum Landships. Ils ont une rubrique spécifique "German tanks" dans laquelle interviennent de très bon spécialistes de l'A7V.

http://www.activeboard.com/forum.spark? ... 71&p=2

Comme le montre une bonne photo de "German panzer 1914-1918" (Steven Zaloga - page 34), le poste de conduite de l'A7V pouvait effectivement s'ouvrir sur l'avant et l'arrière.

Les deux premières photos de Guy sont des photos faites à Saleux le 18 Mai 1918 par le photographe de la SPA. Il est possible de les acquérir à l'Ecpa-D en excellente définition.

Bonne journée - Michel

ALVF
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Re: A7V n° 542 Elfriede récupéré par l'AS 101 à Villers-Bretonneux

Message par ALVF » mar. avr. 07, 2009 11:19 am

Bonjour,

La photo ci-dessus montre de gauche à droite les "Sturmpanzerwagen A7V" du "PanzerWagenAbteilung 3":
-Nr 505 "Baden I".
-Nr 507 "Cyclop".
-Nr 501 "Gretchen".
Cette photo est prise le 28 avril 1918 à Rosières après le combat de Villers-Bretonneux.
Cordialement, Guy.

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Re: A7V n° 542 Elfriede récupéré par l'AS 101 à Villers-Bretonneux

Message par ALVF » jeu. avr. 09, 2009 12:04 am

Bonsoir,

Concernant les A7V dans le secteur de Perthes et Tahure, je ne vois que deux "Sturmpanzerwagen" du type A7V laissés sur le champ de bataille mais assez loin à l'Ouest:

-Nr 529 "Nixe II" détruit par l'artillerie de campagne de 75 mm près de la ferme Perquin au Nord de Reims lors de l'attaque du "Panzerwagenabteilung 2" le 31 mai 1918 en direction de Reims.Le char a été atteint au moins par trois obus tuant trois membres de l'équipage et en blessant deux autres.
Ce char a été donné après la guerre aux Américains qui n'avaient pas capturé de modèle de char allemand.Malheureusement, le "Nixe II" a été ferraillé pendant la deuxième guerre mondiale.Voici une photo du "Nixe II" datant de 1918.
Image

-Nr 527 "Lotti" tombé en panne dans un fossé lors de l'attaque du "Panzerabteilung 1" sur le fort de La Pompelle le 1er juin 1918.Le char est abandonné par son équipage et un obus d'artillerie de campagne atteindra le char ultérieurement."Lotti" a été ferraillé sur place après la guerre vers 1922.
Cordialement, Guy.

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