Les caterpillars dans l'artillerie

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IM Louis Jean
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Re: Les caterpillars dans l'artillerie

Message par IM Louis Jean » sam. déc. 16, 2017 8:18 am

Bonjour à toutes et à tous,
je me permet de réagir a ces commentaires décrivant des engins caterpillar qui n'en sont pas !
Dont acte, ils ne sont pas de marque Caterpillar mais il y a des modèles Caterpillar de la firme Holt, et les tracteurs à chenille sont appelés caterpillars dans les règlements de l'époque.

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source caterpillar.com

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source Grand quartier général des armées. Etat-major. 1er et 3e bureaux 1915 (édition 1917)[-3e bureau] Instruction sur l'emploi de l'artillerie lourde sur Gallica


L'engin était connu en France dès 1913 lors de sa présentation au concours de motoculture de Soissons :

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source Le Génie civil du 4 octobre 1913 sur Gallica

Dans l'article du Génie civil il est aussi question d'un tracteur Lefebvre qui, en relevant les courroies sans fin, permet de se déplacer sur roues. Ce dernier, ainsi que le tracteur anglais Hornsby, figurent dans un article de la Revue d'artillerie d'avril 1914 consacré aux ceintures de roues, écrit par le capitaine G. Roger-Vasselin.

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On en apprend tous les jours : le mot anglais caterpillar, chenille en français, viendrait du patois haut-picard caterpilose, déformation de chatepelose, du latin catta pilosa, c'est à dire chat velu.

Cordialement
Étienne




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Nous épuiserions notre vie à faire le procès des choses. >> Clemenceau

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Tanker
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Re: Les caterpillars dans l'artillerie

Message par Tanker » sam. déc. 16, 2017 1:47 pm

Bonjour Guy,

Pour compléter le propos :

". . . / . . . le général Nivelle avait fait imposer la priorité de construction aux caterpillars . . . / . . . "

Quand le Général Nivelle a pris le commandement de l'Armée Française, Albert Thomas, Ministre de l'Armement et
des fabrications de guerre, écrivit au Général Nivelle (Note 2477 SA3 du 23 Janvier 1917), pour :

- lui faire un point sur l'état des programmes chars,
- avoir, suite à une conversation qu'ils avaient eu le 30 Janvier 1917, l'expression
précise de ses besoins, en particulier concernant les tracteurs caterpillar.

Le Général Nivelle lui répondit par note n° 56/GQG/1° Bureau du 1° Février 1917 et note n° 23473/GQG/1° Bureau
du 31 Janvier 1917), note qui fait aussi l'état des fabrications et programmes chars, et dans laquelle le Général
Nivelle considèrais effectivement comme plus particulièrement urgent de pousser le programme caterpillar.

Dans cette note Nivelle ne sacrifie rien (et en particulier pas le char), et pour bien la comprendre et saisir son
raisonnement il est important d'avoir à l'esprit où en sont, à cette date, ces différents programmes :

- La maquette bois du char lourd FCM 1A a été présentée le 16 Janvier 1917 et le premier essai du prototype se fera fin Décembre 1917.

- Le premier essai du prototype du Renault FT se fera le 13 Mars 1917 à Champlieu et le premier Renault FT instruction en acier doux
sera livré à Champlieu au début Septembre 1917
A cette date, au vu de l'état du programme Char Léger, Renault n'a alors pas la pression due à la superposition des programmes
d'engins chenillés, et la priorité au caterpillar est alors évidente.

- Fin janvier 1917, la moitié des unités de chars Schneider sont en place à Champlieu et,
toutes unités Schneider seront livrés à la mi-Mai 1917

- Le prototype de char de Commandement Schneider est testé à Champlieu, à la mi-Mai 1917, et refusé suite à ces essais

- Le programme de tracteur d'artillerie Renault FP 120 cv est lancé depuis fin 1916, la fabrication en série est déjà en cours et la note n°
4153 SA/3 du 5 Février 1917 prévoit le lancement de la production des 350 Renault FP et des 350 Schneider CD en Février et Mars 1917

Quand en Octobre 1917, le programme du char Schneider CA3 est stoppé, Schneider étant alors incapable de fournir un moteur assez puissant,
les chassis de Schneider CA déjà construit seront reconvertis dans le programme de tracteur Schneider CD.

Il est assez curieux de voir que Renault était capable, depuis fin 1916, de disposer d'un moteur de 120 cv et qu'il ne semble pas
que l'idée d'en faire profiter le programme Schneider CA 3 n'ait été proposée et/ou imposée par le (Albert Thomas, Mourret, le GQG . . . .)

En définitive, la note d'Albert Thomas au Général Mourret (note 9593 1/M du 1° Février 1917) qui fixe les urgences définies
par le Général Nivelle ne fait que prendre en compte que, l'état d'avancement des programmes chars en cours donne plusieurs
mois aux industriels pour pousser sur le programme Tracteur d'Artillerie.

Pour en finir, et concernant le programme automoteur d'artillerie, il serait intéressant de développer sur toute l'affaire du
développement du char Saint Chamond. Il ne faut pas perdre de vue que Mourret et Albert Thomas ont pris la décision de
lancer ce programme de char 3 semaines avant d'annoncer, un peu incidemment au Général Joffre, qu'en plus des 400 chars
Schneider, ils avaient aussi commandé, le projet (sur papier) de char Saint Chamond.

Il est évident que mettre la Société FAMH sur la technologie caterpillar était une nécessité et, si le Général Joffre avait su
répondre non au char qu'il n'avait pas demandé, FAMH aurait pu se consacrer de suite, grâce à l'acquis technique que le
chassis du S/Lt Fouché lui apportait, dans la future réalisation des trois automoteurs d'artillerie qui arriveront trop tard.

Si fin Mai 1917, les Groupes Schneider sont opérationnels, la mise au point du Saint Chamond, va s'étaler jusqu'à la fin de
1917 et les derniers Groupes Saint Chamond n'arrivent à Champlieu qu'en Janvier 1918.
Soit un an plus tard que ce que proposait de réaliser la société FAMH.

Dans cette affaire, le vice de départ est dans la volonté de Mourret (Rimailho et d'autres . . . .) de vouloir mettre un
"vrai canon de 75 mm" pouvant tirer loin . . . . De fait, FAMH voulait y mettre un 120mm !

Si l'idée pouvait se défendre, les faits démontreront qu'il n'en sera rien et, l'exemple de l'engagement de la 1° Division US
sur le plateau de Chaudun en est la parfaite illustration.
Du 18 au 23 Juillet 1918, cette unité sera engagé successivement avec des Saint Chamond, des Schneider et des Renault FT
sur des objectifs (canon de 37 ou de 77, mitrailleuses) placés à moins de 400 m. I

l n'existe aucun rapport de combat rendant compte de l'engagement, par les 75 mm des Saint Chamond,
de cibles situées dans la profondeur . . . .

Il suffit de parcourir les théâtres de combats (avec ces rapports à la main) pour se rendre compte que les zones d'engagement
des chars n'offraient que rarement l'occasion d'avoir, à vue, des objectifs se dévoilant au delà de la portée de la mitrailleuse
Hotchkiss ou des 75 mm du Schneider.

Faire, à partir du char Saint Chamond, des tirs sur cibles dans la profondeur impliquait du tir balistique (avec lunette d'artillerie,
que ne possédait pas ce char) et avec observateur d'artillerie avancé (en lien téléphonique avec les chars . . . ).

Les tirs au 75 mm du St Chamond, comme à celui du Schneider se faisaient à vu, sans lunette et à tir tendu, avec des obus
équipés des plaquettes Malandrin (pour éviter les rebonds sur terrain dur et les non explosion sur terrain mou . . . . ).

Les concepteurs du char Saint Chamond ont tout mélangé et l'absence de prise de position du GQG a laissé se développer
ce char qui a finalement nui, au développement des chars et à celui des automoteurs d'artillerie . . . . .

Le programme FCM et l'achat des Mark V étoile (jamais utilisé) en sont un bon exemple.
Toute cette énergie aurait pu être consacré à une bonne gestion des programmes CA 3 et CA4.

C'est le Général Mourret qui, rentrant fin 1916, de sa visite en Grande-Bretagne des chantiers navals (qui construisait
les chars Marks), qui proposa de mettre la société FCM dans le circuit chars, arguant que les chantiers navals avaient,
de part la spécificité des constructions navals, une meilleur connaissance de ce type de fabrication.
Il oubliait un peu vite que, Schneider construisait, à Chalons-sur-Saône des Contre-torpilleurs et des sous-marins,
et que Saint Chamond fabriquait des canons et des tourelles de cuirassés . . . .

Ces deux sociétés possédaient donc parfaitement ces savoirs de la construction navals et il n'était nullement nécessaire
de venir greffer un acteur supplémentaire . . . . . .
On pourrait aussi aborder ici l'intervention de Jules Breton, Député et Directeur de la Sous-Direction des Expérimentations
et Inventions, écrivant à Albert Thomas, pour aussi attirer son attention sur les capacités de FAMH . . . . .

Rien de nouveau sur le soleil et il serait facile de développer sur des programmes de ces dernières décennies, qui fourniraient
d'autres très bons exemples d'interventions, bien éloignées de l'efficacité opérationnelle.

Bonne après-midi - Michel

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