COCCINELLE-I — Patrouilleur de l’État, ex-Yoskyl (1917~1920).

Marine, bateaux & marins pendant la Grande Guerre
Memgam
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Re: COCCINELLE-I — Patrouilleur de l’État, ex-Yoskyl (1917~1920).

Message par Memgam » mer. mai 01, 2019 9:22 am

Bonjour,

Enez Eussa, ex-Celuta, ex Coccinelle, construit en 1906 par Löbnitz & Co Ltd à Renfrew, Ecosse.
222 tjb, 74 tjn, 38,43 x 6,22 x 3,08 m, une machine à triple expansion de 370 cv, 10,9 noeuds, 25 t de charbon.

En 1930, indicatif OEFX, immatriculé à Brest, armateur Département du Finistère.

Source : Registre n° 274, Bureau Veritas 1930.

Enez Eussa, ex-Celuta, ex-Coccinelle, ex-Yoskyl, ex Beryl. construit par Lobnitz & Co, Renfrew.
222 tjb, 74 tjn, 125.9 x 20.4 x 10.1 feet, une machine à triple expansion. équipé pour la chauffe aau mazout.

En 1950, indicatif TSMK, immatriculé à Brest, armateur Département du Finistère (Compagnie des chemins de fer départementaux.

Source : Lloyd's Register of Shipping, 1950-51.

Cordialement.
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Re: COCCINELLE-I — Patrouilleur de l’État, ex-Yoskyl (1917~1920).

Message par Memgam » mer. mai 01, 2019 10:14 am

Bonjour,

"L'entrée mouvementée du Stanleyville au port de commerce.
Nous avons dit que le paquebot Stanleyville, de la Compagnie belge maritime du Congo, avait été conduit, samedi soir, au premier bassin.
L'opération, déjà délicate de manoeuvre d'un navire de ce tonnage dans le port de commerce, était rendue particulièrement difficile par les violentes rafales de vent qui soufflaient à ce moment. De plus, la mer étant très haute, les superstructures du paquebot dominaient les immeubles de la jetée ouest qui eussent pu, à un autre moment de la marée, constituer un abri.
L'Iroise en couple et les vapeurs Rapide et Crozon conduisaient le Stanleyville, que des avaries de machine avaient privé de force motrice. La force des rafales augmentant, on fit appel au concours de l'Abeille XXII.
Mais les manoeuvres se compliquaient du fait de la présence de plusieurs caboteurs mouillés devant les bassins. L'un d'eux, la Fourmi eut son bout-dehors brisé et pour éviter d'autres avaries, dut filer ses chaînes.
Comme le paquebot présentait le flanc à l'entrée du 1er bassin, son arrière vint s'appuyer sur l'Enez Eussa, stationné au 1er éperon. La pression fut rude et le courrier d'Ouessant, les membrures serrées entre l'énorme coque et le quai eut la cheminée renversée en partie, les manches à air écrasées et la tuyauterie mise à mal.
Enfin, vers 19 heures, le Stanleyville était amarré au quai de la jetée ouest. Il y a débarqué, nous l'avons dit, seize passagers.
Le déchargement de sa cargaison de bananes commencera aujourd'hui. La réparation de ses avaries de machines sera reprise dès que les pièces, mandées de toute urgence, seront parvenues à Brest.
Bon nombre de nos concitoyens vinrent hier, voir le paquebot et s'arrêtèrent longuement devant l'Enez Eussa, amarré derrière lui au 1er bassin".

Source : La Dépêche de Brest et de l'Ouest du 6 janvier 1930.

Le paquebot Stanleyville (4490 tjb, 116 personnes) avait mouillé sur rade à Roscanvel le 3 janvier 1930.
Il repartira le 7 janvier à midi.
L'Enez Eussa sera remplacé durant son indisponibilité d'un mois par le remorqueur de la Marine Athlète, qui perdra un homme noyé au mouillage à Ouessant et qui percutera un quai du port de commerce à la suite de la mauvaise interprétation d'un ordre. Il sera remplacé par le remorqueur de la Marine Gladiateur.
L'Enez Eussa partagera le passage au bassin avec le cargo italien Senatore d'Ali, remorqué à Brest par l'Iroise début décembre 1929 en avarie de gouvernail.(photo d'arrière au bassin le 1er février).

Source ; La Dépêche de Brest des 4, 5, 8, janvier 1930, 1er et 17 février 1930.

Cordialement.
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Re: COCCINELLE-I — Patrouilleur de l’État, ex-Yoskyl (1917~1920).

Message par Memgam » mer. mai 01, 2019 10:57 am

Bonjour,

Le 13 septembre 1932, l'Enez Eussa, alors au mouillage au Stiff à Ouessant, appareille pour recueillir l'équipage du vapeur italien Chloé qui s'est échoué dans la brume à un mille de là. L'équipage sera ramené à Brest. Le cargo, pris en charge par le remorqueur allemand Seefalke, sombrera peu après.

Chloe, construit par Reiherstieg Schiffswerft en 1899.
5730 t, 431.2 x 54.5 x 27.9 feet, une machine à quadruple expansion, 360 nap.

Anciennement grec, le navire avait été vendu à des démolisseurs italiens et faisait son dernier voyage de Sunderland à Savone.

Source : La Dépêche de Brest du 14 septembre 1932.
Charles Hocking, Dictionary of disaster at sea, Lloyd's Register, 1969.

Le 12 juin 1933, Enez Eussa appareillera pour les chantiers Dubigeon à Nantes pour réparations. Le chantier aura une grande ampleur sur les exigences du Bureau Veritas, pour remédier aux dégats de coque de l'abordage de 1930. Le devis de réparations est passé de 420 000 à 540 000 francs. Le remplacement de l'Enez Eussa avait été envisagé, mais il n'avait pas été trouvé de bateau pour le remplacer.
L'Enez Eussa sera de retour à Brest le 19 septembre 1933.

En 1937, un groupe électrogène et deux treuils électriques pour la manutention des marchandises seront installés à bord de l'Enez Eussa, pour 60 000 francs.

Source : La Dépêche de Brest, des 14 septembre 1932, 13 juin, 15 et 20 septembre 1933, 5 mai 1937.

Cordialement.
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Re: COCCINELLE-I — Patrouilleur de l’État, ex-Yoskyl (1917~1920).

Message par Memgam » mer. mai 01, 2019 2:19 pm

Bonjour,

Le dimanche 4 août 1935, Enez Eussa est en excursion, de Brest à Ouessant et retour, avec escales au Conquet et à Molène. Le temps est très beau et l'Enez Eussa pousse de Brest à 8 h 00 avec 280 passagers à bord (la limite d'été est de 350 personnes, 250 l'hiver). Quelques passagers débarquent au Conquet. Les passagers débarquent à Ouessant, puis rembarquent en fin d'après-midi. En empruntant le passage habituel de la Fourche, entre l'ile et le phar de la Jument, au sud-ouest d'Ouessant, vers 17 h 15, à 3 heures et quart de marée montante, il talonne sur la roche Men ar Froud qui est alors recouverte d'environ 2 mètres d'eau. Forte gîte sur tribord, le capitaine Disseaux fait mettre les passagers sur bâbord, hisse le signal d'alarme et fait actionner la sirène. Les passagers sont munis de brassières. Le navire se dégage, avec la marée montante et en pompant la cale à charbon, et fait demi-tour pour rallier Lampaul, escorté par les bateaux de pêche et le canot de sauvetage Armand Roussin de Lampaul et Coleman de Molène, et un des deux canots à moteur du bord qui avait été mis à l'eau. Le capitaine mouille à 360 mètres du port, fait évacuer les passagers, puis accoste le navire à la cale. A marée basse, on trouve des enfoncements de la quille, une brèche de 30 cm à l'avant et une à l'arrière dans la soute à charbon.
De Brest, prévenus par les sémaphores, le remorquer Roscanvel de l'Union française maritime appareille à 18 heures, ainsi que deux remorqueurs de la marine, le Penfeld et le Faisan. Le Roscanvel quitte Ouessant avec une quarantaine de passagers à minuit trente et arrive à 4 h 30 à Brest. Les deux remorqueurs de la marine rallient le lendemain avec une centaine de passagers chacun.
Après avoir aveuglé les brèches au ciment, l'Enez Eussa rentre à Brest par ses propres moyens le 6 août à 15 h 40, escorté par le Roscanvel. Après passage au bassin, Enez Eussa en ressort le 30 août et reprend son service le lendemain.
Le passage de la Fourche, entre l'ile et le phare de la Jument, est largement pratiqué par le courrier d'Ouessant et les bateaux de pêche. Il reste délicat, avec des alignements difficiles à voir, et les forts courants de marée et l'observation des remous sur les basses suivant l'horaire de la marée. Le patron de l'Enez Eussa peut avoir été géné par les passagers du pont supérieur qui sont devant la timonerie, pour faire un changement de route précis.
Le commandant Rondeleux (ancien chef des patrouilles de la Loire) a expliqué les difficultés du lieu, également utilisé par la Marine, et le besoin de baliser quelques roches pour faciliter le passage.
Le prédécesseur de l'Enez Eussa, l'Ile d'Ouessant, avait sombré le 8 juin 1924, après avoir touché une roche dans ce même passage (cf sujet dans le forum). Ce type d'accident arrive encore de nos jours, même avec des moyens de navigation plus précis et des navires plus manoeuvrants.
Pour illustrer l'article "Revenant d'Ouessant vers Brest, l'Enez Eussa heurte une roche", la Dépêche a réutilisé une photo du Celuta, fumée rabattue vers l'avant...

Source : La Dépêche de Brest des 5, 6, 7,9 et 30 août 1935.

Cordialement.
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Re: COCCINELLE-I — Patrouilleur de l’État, ex-Yoskyl (1917~1920).

Message par Memgam » jeu. mai 02, 2019 9:26 am

Bonjour,

En 1940, l'Enez Eussa, resté à Brest, est saisi par la Kriegsmarine. Il continue ses rotations vers Molène et Ouessant, y compris pour les transports des Allemands et de leur ravitaillement qui ont installé une garnison sur l'Ile. Ils ont équipés le navire de deux mitrailleuses, ce qui lui vaut d'être mitraillé par des avions britanniques le 10 avril 1943, dix jours avant que le baliseur Emile Allard ne soit coulé par un raid aérien. Le capitaine et un matelot sont blessés
Le 10 août 1944, Enez Eussa est coulé à l'explosif par les Allemands au Passage, à Plougastel pendant le siège de Brest. Relevé en 1945, il est réparé par les chantiers Dubigeon à Nantes et reprend son service en 1946.
En 1949, la machine alternative à vapeur d'origine est remplacée par deux moteurs diesels Baudouin de 300 cv.
Enez Eussa fera son dernier voyage le 15 février 1961, 55 ans après sa construction, ayant servi à Brest de 1924 à 1961, entrecoupé par les aléas de la seconde guerre mondiale. Le navire est démoli à Brest. Il sera remplacé par l'Enez Eussa (II), construit en 1961 par les Ateliers et chantiers de La Perrière à Lorient. 299 tjb, 118 tjn, 38,41 x 7,47 x 3,89 m, deux diesels Sulzer de 380 cv, deux hélices, 11 noeuds. A partir de 1991, il sera remplacé par l'Enez Eussa (III), construit en 1991 par le chantier Chauvet à Paimboeuf, 449 tjb, 215 tjn, 39,80 x 8,80 x 4,00 m, deux diesels Deutz, 4 600 cv, 17 noeuds, Compagnie maritime Pen ar bed. L'Enez Eussa (II) sera gardé en réserve quelques années, avant d'être océanisé au large du Guilvinec le 7 septembre 1997 pour servir de récifs à poissons et de site de plongée.

Source : Marc Escudié, Molène et Ouessant, le courrier des îles, chasse-marée n° 26, novembre 1986.
Bruno Jonin, Paul Marec, Mémoires englouties - Plongées - Histoire sur le épaves du Finistère, ASEB Edition, tome 1, 1994.
Lloyd's Register of Ships 1998-1999.
Jean-François Durand, Gérard Cornier, Navires de commerce français, 2011, Marines éditions.
Le Télégramme de Brets du 8 septembre 1997.

Cordialement.
Memgam

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Re: COCCINELLE-I — Patrouilleur de l’État, ex-Yoskyl (1917~1920).

Message par Memgam » dim. mai 12, 2019 5:43 pm

Bonjour,

Un joli portrait de l'Enez Eussa par Henry Kérisit paru dans le chasse-marée n° 222 d'avril 2010.

Il existe une légende à propos de l'Enez Eussa (I), reprise avec soin dans la plupart des écrits français, sur son origine. Le navire est présenté comme un ancien yacht du roi Ferdinand de Bulgarie.
Sans que l'on en connaisse l'origine, elle est apparue dans la presse en 1924 et reprise depuis.
En 2015, le correspondant d'un blogueur la rectifie, rétablissant la carrière de l'Enez Eussa (I), ex-Celuta, ex-Coccinelle I, ex-Yoskyl, ex-Beryl.

Dans son numéro 14 834, du mardi 5 août 1924, La Dépêche de Brest et de l'Ouest, publie un article de son chroniqueur Charles Léger, intitulé : "L'impressionante excursion du Portzic à la Jument".
On y lit : - "Le Celuta, qui chauffe au mazout, s'appela jadis le Beryl. Il avait été construit en Ecosse en 1906, pour un archiduc autrichien, mais comme il ravitaillait pendant la guerre les sous-marins ennemis, il fut saisi, puis transformé en patrouilleur"...

Dans son numéro 19 830, du vendredi 22 juillet 1938, La Dépêche de Brest et de l'Ouest publie un autre article du chroniqueur Charles Léger, intitulé : "Sur les côtes finistériennes, à bord de nos vapeurs", avec une photo de l'Enez Eussa dans le goulet de Brest.
On y lit : "Il nous était venu voici bientôt quinze ans sous le nom de Celuta. Evidemment, pareille appellation ne répondait ici à rien. Ancien yacht d'archiduc autrichien, il avait été construit en Ecosse et chauffait au mazout. Comme il ravitaillait pendant la guerre les sous-marins ennemis, il fut saisi, puis transformé en patrouilleur".

Lors du voyage inaugural de l'Enez Eussa (II), en 1961, le journal de la Marine marchande, dans son numéro 2149 du 23 février, rappelle que l'Enez Eussa (I) est "l'ancien yacht du roi de Bulgarie". Il y a eu changement de nationalité.

En 1976, J. Foucher et G.M. Thomas, La vie à Brest, de 1848 à 1948, aux Editions de la Cité, écrivent : "Quant à son histoire, elle mérite d'être contée : lancé en 1906 aux chantiers Renfrendo (sic), à Glasgow, sous le nom de Celuta, il devient le yacht royal de Ferdinand de Roumanie. Arraisonné et conduit à Brest au cours de la guerre 14-18, il prend le nom de Coccinelle et assure le courrier de Granville..." Nouveau changement de nationalité.

Dans son étude "Molène et Ouessant, le courrier des îles", Marc Escudié, dans le numéro 26 du chasse-marée de novembre 1986, écrit : "Construit par les chantiers Löbnitz pour le compte du roi Ferdinand de Bulgarie, il a été lancé en 1905 à Glasgow..."

Dans le texte accompagnant le portrait d'Enez Eussa (I) par Henry Kérisit, l'information d'ex yacht du roi de Bulgarie, en 2010, comme l'année précédente dans le blog de Jean-Pierre Clochon.

Il faut attendre 2015, pour que Jean-Michel Thevenin signale à Jean-Pierre Clochon l'origine mexicaine de l'Enez Eussa (I) et que celui-ci vérifie, notamment par le site Clydeshipsbuilt et publie une correction argumentée.

Il semble donc bien que l'on retrouve le document à partir duquel la légende a été colporté, (1924, La Dépêche), sans pour autant en connaître l'origine exacte sur les points évoqués : Yacht royal, ravitailleur de sous-marins, saisi, alors qu'il s'agit d'un "passager tender", acheté par la Marine en mars 1917. Les changements de nationalité comme yacht paraissent être un épiphénomène.

Cordialement.
Memgam

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