Journal d'un fusilier marin : Fortuné Dalbera.

Marine, bateaux & marins pendant la Grande Guerre
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IM Louis Jean
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Re: Journal d'un fusilier marin : Fortuné Dalbera.

Message par IM Louis Jean » jeu. mars 16, 2017 10:32 am

Nous voulûmes faire des tranchées couvertes pour nous mettre à l'abri du bombardement mais dès notre travail fini nos abris furent inutilisables car ils se remplirent d'eau. Le dessus du terrain était sec mais dès que l'on grattait un peu la terre l'eau sortait de partout.

Le deuxième jour, à la nuit, par un clair de lune splendide nous partîmes en ligne sans savoir où nous allions, un homme de liaison devant nous mener à notre nouveau poste. Les hommes, dans de pareils cas, sont vraiment des moutons, ils marchent automatiquement et la route paraît longue quand on n'en connait pas la fin ; heureux lorsque l'on ne fait pas ce qui nous est arrivé une fois vers la fin 1914 : marcher pendant deux heures pour se retrouver au même point, nous avions fait le tour d'un village! C'était notre brave Rosalie, alias Colliou, qui avait fait ce beau coup, il a entendu quelque chose ce jour-là.

Notre poste était sur la rive de l'Yser, nous avions Dixmude en face de nous vers notre droite, ce n'était plus que des ruines.

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Emplacement du poste dit "pétrolifère"

Nous avions une pièce sur le bord de l'Yser, sur la jetée, face à l'autre rive, et une autre au milieu de la jetée, la prenant en enfilade. C'était l'extrême limite fu front allié dans ce coin-là, car après c'était l'inondation. Les tranchées se trouvant en contrebas, à notre gauche, étaient tenues par les Belges, nous distinguions très bien, la nuit, avec le clair de lune qu'il faisait, les guetteurs belges dans leurs postes avancés.

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crédit Annie
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Re: Journal d'un fusilier marin : Fortuné Dalbera.

Message par IM Louis Jean » ven. mars 17, 2017 12:17 pm

Notre séjour dans ce coin-là dura jusque vers le 10 ou 12 décembre. Il y eut un seul homme de chez nous de blessé par une balle ; c'était le moment ou les Allemands et les Alliés commençaient à faire du stop. Depuis le 15 novembre le front s'était accalmi, les Allemands renonçant à continuer leur effort et l'inondation les ayant arrêtés ; quant à nous la seule chose que nous pouvions faire était de tenir, notre ambition devait s'arrêter là.

Nos abris se trouvaient en contrebas du talus, j'en occupais un avec Miquel et un troisième copain, c'est là que j'ai failli tuer Miquel. Nous étions tous les trois au repos et je déchargeais mon mousqueton quand, par inadvertance, j'appuyais sur la gâchette, une balle était encore dans le chargeur, elle siffla aux oreilles de Miquel et traversa la crosse de son mousqueton qui était accroché à côté de sa tête en y faisant un trou rond, bien régulier, comme à l'emporte pièce. Il l'a échappé belle ce jour-là.

J'avais trouvé un vieux petit poële, sans tuyau, je l'avais installé dans notre gourbi et, avec de la terre j'avais fait une canalisation et une cheminée, on l'allumait le matin bonne heure, à cause de la fumée, et il chauffait bien. Nous risquions de mettre le feu à notre gourbi mais cela était le moindre de nos soucis. Nous avions chaud et nous pouvions faire bouillir de l'eau dans nos gamelles, cela seul comptait.

Notre petit poële faisait des envieux, entre autre Rosalie qui l'aurait bien voulu et avec qui j'ai eu une prise de bec homérique, seul à seul, car Gofny qui était présent au début de la discussion, avait eu le bon esprit de sortir et de nous laisser seuls, sans doute il prévoyait ce qui aller se passer et j'ai toujours pensé qu'il était heureux lorsqu'il arrivait quelque chose à Rosalie, car j'avais l'impression qu'il ne l'aimait guère malgré qu'il n'en ai jamais rien laissé voir.

Cette discussion se passa dans une maisonnette qui se trouvait en contrebas des tranchées, à la hauteur de la 1ère pièce et en face de mon gourbi. A sa demande, plus qu'autoritaire, de lui remettre le poële, je répondis par un refus, ensuite il voulut que je lui donne, par ordre, une carte Michelin, d'automobile, de la région, que j'avais depuis Dunkerque où quelqu'un me l'avait donnée. Il me dit que je n'avais pas qualité pour avoir cette carte, qu'il qualifiait de document! et qu'il me ferait passer en conseil de guerre si je ne la lui remettais pas de suite, enfin des idioties. Il n'avait pas beaucoup de prestige et ce n'étaient pas des histoires malheureuses avec ses hommes qui pouvaient lui en donner. Non seulement il n'eût pas le poële ni la carte mais je profitai de ce que nous étions seuls, sans témoins, pour lui sortir ce que j'avais sur le coeur.

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source pinterest

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Re: Journal d'un fusilier marin : Fortuné Dalbera.

Message par IM Louis Jean » lun. mars 20, 2017 12:36 pm

Jusqu'à notre départ notre vie se passa en veille et en farniente. C'était le grand calme.
Le soir de notre relève nous cantonnâmes à Lampernisse pour en repartir le lendemain matin par un petit train qui nous menas à Furnes. En traversant Lampernisse nous vîmes la petite église dans laquelle un grand nombre de chasseurs alpins furent tués, la nuit, par deux 280 (je ne me souviens plus si c'est 40 ou 80 tués) c'était un bataillon des Alpes-Maritimes. Les chasseurs furent enterrés devant l'église et deux pancartes en bois portaient leurs noms. Une ogive d'obus était sur un ossuaire on les avait enterrés en tas ... C'était le 23e de Menton.

On mettait ça sur le compte des espions, je ne sais si cela est vrai mais, ce qu'il y a de sûr, c'est que deux seuls obus furent tirés et qu'ils le furent sur l'église où les soldats cantonnaient.

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source 1914-18.be

A notre arrivée à Furnes nous débarquâmes et prîmes la route pour Coxyde plage, qui allait devenir notre lieu de repos, en passant par Coxyde. C'était le 12 décembre 1914 et nous étions heureux de revoir la mer.

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Re: Journal d'un fusilier marin : Fortuné Dalbera.

Message par IM Louis Jean » lun. mars 20, 2017 1:12 pm

Nieuport

Lombaertzyde - Oostleveteren

Saint-Georges


A notre arrivée à Coxyde-les-bains on nous cantonna dans une grande villa, ma section occupa le 1er étage, inutile de dire qu'il n'y avait pas de meubles - de la paille par terre - n'empêche que nous trouvâmes le cantonnement confortable. On y passa le 13 décembre, et le 14 après-midi départ avec halte à Ost-duinkerq et, ensuite, en route pour Nieuport où nous arrivâmes vers les 3 heures 1/2 de l'après-midi, il y avait pas mal de mouvement sur la route. Avant d'arriver à Nieuport, en longeant le bois triangulaire nous vîmes, dans une maison pas mal amochée, une ambulance de la Marine, avec son drapeau de la Croix-Rouge. Quelques autos sanitaires, particulières, nous croisèrent aussi, entre autres, une conduite par une jeune femme, que l'on m'a dit être américaine et qui, comme coiffure, avait un ruban de la Brigade dans les cheveux. Ces automobilistes, propriétaires des voitures, conduisant eux-même, ont rendu de grands services et ont, sans nul doute, sauvé la vie à pas mal de types blessés en les transportant de suite vers l'arrière.

L'entrée de Nieuport est barrée par la voie du chemin de fer qui vient de Dixmude, il y a donc un passage à niveau - à gauche il y a la gare. Tout était pas mal amoché car, de même que Dixmude, la ville avait pris quelque chose comme bombardement ; ça donnait à réfléchir et, en traversant la ville, nous nous demandions dans quel guêpier nous allions bien tomber.

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L'attaque de Nieuport avait commencé en octobre 1914, les Belges étaient à Lombaertzyde et à Saint-Georges, le 19 il y eut trois attaques sur Lombaertzyde, sans résultats, et les marmites de gros calibre commencent à tomber sur Nieuport ; après plusieurs attaques les Allemands réussissent à prendre Lombaertzyde sans pouvoir en déboucher ; Nieuport encaisse toujours.
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Re: Journal d'un fusilier marin : Fortuné Dalbera.

Message par IM Louis Jean » jeu. mars 23, 2017 12:26 pm

Du 18 au 23 octobre les Belges encaissent dur vers le pont de l'Union, devant Saint-Georges et, après une défense héroïque, abandonnent Saint-Georges mais leur artillerie, tirant à découvert et à courte distance, empêchent les Boches d'aller plus loin. C'est quelque chose qu'un tir rapide à obus explosifs à bout portant.

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A la même époque, dans la nuit du 21 au 22, l'ennemi attaque brusquement à Tervaete, jusqu'au 23 la situation était critique, à ce moment la division Grossetti, la 42e DI, relève les Belges devant Nieuport où le bombardement est effroyable.

Au centre Schoorbakke est enlevé par les Allemands, le 24 la 83e brigade française fait tête à la poussée ennemie au moment où il vient d'enlever le pont de l'Union aux Belges. Le 25 octobre l'armée belge envisage la retraite sur Dunkerque car elle est à bout de souffle, mais le général Foch, qui commandait les armées alliées en Belgique, donne l'idée d'inonder le pays, entre l'Yser et la voie de chemin de fer.

La plaine entre Nieuport et Dixmude est au dessous du niveau de la mer à marée haute, elle est protégée par un système d'écluses. Les canaux, l'Yser sont endigués entre des levées, la voie du chemin de fer est également sur une large digue. Le Génie transforme en digue étanche la voie ferrée en bouchant toutes les brèches pratiquées pour le passage des routes. Toute la plaine entre Dixmude et Nieuport est transformée en vaste bassin fermé du côté allié par la voie ferrée qui est organisée défensivement.

Un garde waterhinge, de Nieuport, prend la direction de l'ouverture des écluses à l'heure du flux. Je l'ai vu deux ou trois fois, aux cinq ponts, à Nieuport.
[dans la marge : Geraert comme éclusier / Ch Louis Kogge, il fut décoré de tout un tas de médailles pour cela, est mort il y a quelques années]

La mer envahit sournoisement le pays sans que les Allemands s'en doute. Le 31 l'inondation a submergé les retranchement allemands qui sont forcés d'abandonner la région en abandonnat blessés, canons, armes, munitions.

Entre temps, le 30, l'ennemi avait poussé une forte attaque sur Ramscappelle et Pervyse, ça allait mal, Ramscappelle était prise, Pervyse, défendue par les marins, était en danger. Le 31, la 42e division et quelques troupes belges contre attaquèrent et rétablirent la position.

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Re: Journal d'un fusilier marin : Fortuné Dalbera.

Message par IM Louis Jean » jeu. mars 23, 2017 10:04 pm

Au début novembre l'ennemi attaqua dur dans les dunes et à Lombaertzyde, c'est compréhensible car il voulait la possession des écluses. Les différentes attaques furent repoussées avec l'aide des monitors anglais et de la flottille française qui avait sa base à Dunkerque. Jusqu'au 16 décembre 1914 le secteur resta stationnaire, lorsque nous arrivâmes, le 14, c'était pour remplacer des marins qui y étaient depuis quelques temps. Il faisait nuit noire lorsque, à la sortie de Nieuport, nous traversâmes l'Yser sur un pont de bateaux établi par le Génie, des balles allemandes, venant de Lombaetzyde, tapaient contre les murs des maisons qui se trouvaient sur les bords de l'Yser, leurs chocs produisaient un bruit pareil à une petite explosion , et j'ai vu jaillir des étincelles au même moment, cela fit dire que c'étaient des balles "dum-dum", mais je crois plutôt que ces étincelles provenaient de la violence du choc des balles contre la pierre.

Après avoir traversé l'Yser nous tournâmes à droite et, après quelques minutes de marche, nous trouvâmes la route de Lombaertzyde. Il y avait, à quelques mètres et à gauche, une maison basse, ancien estaminet, nous y entrâmes, des marins et des territoriaux du 11e RIT s'y trouvaient. L'armement des pièces alla prendre possession de ses postes, il y avait deux pièces sur la route, dans une tranchée couverte, chacune dans un abri séparé et deux pièces plus bas à gauche dans la campagne, c'était notre première ligne. Les hommes de l'échelon, c'est à dire les corvéables (ravitaillement des pièces en munitions pendant le combat, liaison etc etc ...) resta dans la maison et s'installa dans une cave voûtée. Les marins que nous avions relevés nous laissèrent un petit fourneau à pétrole et nous nous mîmes à nous faire quelque chose de chaud.

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Fabre et Anthelme, promus cuistots depuis Hooystaede, étaient restés à Nieuport pour le ravitaillement. La nuit il y avait foule à Nieuport, les relèves qui passaient, les voitures de ravitaillement qui arrivaient, les munitions etc... aussi les Boches qui s'en doutaient bombardaient-ils la ville de de temps à autre.
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Re: Journal d'un fusilier marin : Fortuné Dalbera.

Message par IM Louis Jean » mar. mars 28, 2017 3:54 pm

Le 15 au matin une corvée, dont je faisais partie, alla à Nieuport pour aller chercher des vivres et du pinard. Tout alla bien tant qu'à l'aller qu'au retour mais à ce moment il faisait grand jour, aussi lorsque nous débouchâmes du coin du poste 1 pour aller ravitailler les copains du poste 2 fûmes-nous accueillis par une grêle de balles. La tranchée était un peu en contrebas et, de Lombaertzyde, l'ennemi nous avait aperçus. Il n'y avait qu'une chose à faire, se coucher. J'avais un broc de pinard, ce fut la victime - autant que moi.

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Deux fois j'ai eu de la chance dans ce coin-là, la première fois, le 15 après-midi, j'étais dans un boyau qui reliait les pièces de la route à la maisonnette, et causait avec Devautour, lorsqu'un 77 vint se ficher sur le bord du boyau, entre nos deux têtes, et n'explosa pas. La deuxième fois, quelques jours après, j'avais quitté ma pièce, qui se trouvait à droite (sur la route) pour aller causer avec les copains de la pièce de gauche lorsqu'un gros percutant vint tomber et exploser juste à l'entrée de notre créneau. Tout voltigea en l'air, pièce et bonshommes. Il n'y eut qu'un tué, ce fut le maître Chaudesseigne, les autres furent blessés et évacués pour nous retrouver deux ou trois mois après.

En face la maison de gauche il y avait, dans un bouquet d'arbres, une villa, c'était un poste de secours. On y transporta nos blessés. Chaudesseigne n'avait aucune trace de blessure aussi le toubib ne fit, de prime abord, trop attention à lui, il croyait qu'il était saoul. On le déshabilla pour voir sa blessure, un tout petit éclat d'obus, qui l'avait traversé de part en part, tomba de ses vêtements, entre temps il avait tourné de l'oeil.

Chaudesseigne venait du ministère de la Marine, il avait tout un tas de médailles coloniales qu'il y avait gagné ... en s'inscrivant sur les listes de promotion. Tout cela pour venir chercher une croix, en bois, en Belgique. On le regretta car c'était un chic type.

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Il s'agit en fait d'Henri Jules Chaudesaigues
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Re: Journal d'un fusilier marin : Fortuné Dalbera.

Message par IM Louis Jean » mar. juil. 04, 2017 1:32 pm

Les Allemands tapaient dur sur ce coin, j'ai rapporté la fusée d'un 105 qui avait explosé bien sur ma tête, en rentrant dans un arbre qui se trouvait à droite, à toucher, de ma pièce.

La toiture de la maison qui servait d'abri à l'échelon n'existait plus. La curiosité aidant j'y étais monté pour jeter un coup d'oeil sur les positions ennemies, comme de juste je ne vis rien, des ruines seulement car, de même que nous, l'ennemi se planquait. L'endroit était malsain car de temps à autre j'entendais siffler de drôles de petites guêpes, dzim! dzim! très agréable comme son mais très désagréable comme contact, aussi n'y séjournais-je pas longtemps.

Le deuxième soir que nous étions là, nous étions dans la cave, j'avais une lampe à la main, allumée, lorsqu'une forte explosion se produit sur notre tête, la lampe s'éteignit, nous entendîmes des cris au-dessus de nous. Vite on ralluma la lampe et l'on monta voir, c'était les territoriaux qui avaient encaissé, ils étaient couchés dans la salle du bistro lorsqu'un obus avait tapé en plein dedans, il y en avait pas mal d'amochés qui purent, de leurs propres moyens, se tirer des pattes. Mais il y en avait un, intransportable, qui resta toute la nuit sur le carreau, pauvre vieux! Il geignait, on voyait bien que pour lui c'était la fin. Je ne sais pas ce qu'il est devenu mais je ne pense pas qu'il en ait réchappé.

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Re: Journal d'un fusilier marin : Fortuné Dalbera.

Message par goulven » dim. janv. 07, 2018 9:45 pm

bonjour
ce journal relate le séjour de ce fusillier jusqu'à quelle date ?
mon GP y était jusqu'à octobre 1915
cordialement
Yvon

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Re: Journal d'un fusilier marin : Fortuné Dalbera.

Message par IM Louis Jean » jeu. août 08, 2019 1:21 pm

Le 16 au matin il y eu un fort bombardement des lignes boches par notre artillerie, peut-être 15 à 20 minutes, puis ensuite la tranquillité - il faisait un temps splendide -. Vers les 10 heures nous vîmes arriver de l'Infanterie, c'était le 163ème, de Nice, le régiment de chez moi, je leur demandais où ils allaient. Ils me dirent venir d'Alsace pour attaquer. Ils avaient eu du retard et n'avaient pas pu être à pied d'oeuvre au moment voulu. Ils avaient sac au dos. L'ordre ayant été donné d'attaquer à telle heure, l'artillerie avait donné et l'infanterie devait sortir pour attaquer dès la cessation du feu. Le 163ème ne se trouvant pas là, au moment voulu, allait attaquer, en plein jour, en terrain découvert et avec ses seuls fusils des tranchées fortifiées où l'ennemi l'attendait de pied ferme et presque sans danger. Cela était criminel.

Ils sortirent bien de nos lignes, vers la pièce 2, et les survivants s'accrochèrent devant les lignes allemandes. Cela dura 2 jours et le résultat fut une quantité d'hommes assassinés pour rien et les tranchées françaises rapprochées de l'ennemi, à le toucher (voir poste 1 et poste 4 page 98) (note du transcripteur : voir 23 mars 2017 22:04 )

Un officier, que Mahé (de qui je tiens ce qui suis) m'a dit être un lieutenant-colonel, était dans l'abri de nos pièces du poste 2, il rouspétait tant et plus de ce que ses hommes n'avançaient pas, pourquoi n'y allait-il pas lui-même ? Il aurait sans doute fait mieux.
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