CAMÉLÉON - Patrouilleur ex-baleinier norvégien

Marine, bateaux & marins pendant la Grande Guerre
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GENEAMAR
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Re: CAMÉLÉON - Patrouilleur ex-baleinier norvégien

Message par GENEAMAR » mar. janv. 06, 2009 4:41 pm

Image M.P.F.

Marin disparu le 4 mai 1917 lors de la perte du bâtiment qui saute sur une mine prise dans l'hélice au cours du dragage devant ARGOSTOLI.

- Le GUEN Victor, né le 1er septembre 1884 à LANILDUT (Finistère), Second Maître Mécanicien.
Cordialement. Malou

gildelan
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Re: CAMÉLÉON - Patrouilleur ex-baleinier norvégien

Message par gildelan » sam. févr. 21, 2009 12:57 am

CAMELEON
Dragueur

1 citation à l’ordre de l’Armée
Le dragueur CAMELEON, commandé par le maître de manœuvre GUEGAN, appartenait à la 1ère escadrille de patrouilles de l’Armée navale.

Texte de la citation à l’ordre de l’Armée
(Journal officiel du 15 octobre 1919)

« Le chalutier CAMELEON : malgré les efforts de son vaillant «équipage pour dégager une mine ennemie prise dans l’hélice au cours d’un dragage, a sauté le 4 mai 1917 ».

Rapport du maître de manœuvre GUEGAN, commandant le CAMELEON.

Je soussigné, GUEGAN Henri, maître de manœuvre temporaire, commandant le chalutier CAMELEON, certifie que le trois mai 1917 vers dix-huit heures, me trouvant à environ deux milles dans le nord du cap Papas, occupé à relever la drague et naviguant à petite vitesse, en ligne de front, poste à droite, avec le LEZARD auquel le CAMELEON était amateloté.
La drague étant presque rentrée, à un moment donné, le CAMELEON vint sur la droite ; je fis mettre la barre à gauche toute. Malgré cette manœuvre exécutée rapidement, le navire abattait toujours, le LEZARD toujours en avant, nous déhalant par l’arrière. La drague était capelée dans un chaumard sur le couronnement à bâbord. Voyant que le bateau ne venait plus sur la gauche, je fis stopper. Les deux bateaux vinrent de ce fait à un cap presque opposé l’un de l’autre. Je continuais à virer les quelques mètres qui restaient de la drague, quand on aperçut le plateau releveur qui pouvait être à ce moment à quatre ou cinq mètres du gouvernail. Un matelot cria : « Une mine sur la drague ! ». Je fis stopper le treuil immédiatement et commandai de filer la drague. En même temps, pour m’écarter de la mine, je commandai à la machine : « En avant, doucement ». Ce mouvement n’a pu être exécuté, car aussitôt je commandai : « Stop », présumant qu’alors la mine aurait pu exploser, soit par le déplacement du navire, soit par le moindre choc qui pouvait se produire dans cette manœuvre. Le LEZARD se trouvait à ce moment sur notre avant. Je lui criai aussitôt que j’avais une mine derrière, de filer sa drague, et lui fis signe en même temps de s’écarter. La drague venant de l’avant et ayant donné du mou, la mine vint se coincer au-dessus d’une pale horizontale de l’hélice et sur l’avant de celle-ci à bâbord. Je signalai au Commandant du SABRE qui se trouvait à proximité et à bâbord devant, la situation du bâtiment. Après m’être rendu bien compte que je ne pouvais même essayer de dégager la mine sans courir les risques de faire sauter le CAMELEON et de compromettre ainsi gravement la sécurité de l’équipage, je fis armer le canot de bâbord et envoyai mon second dire au Commandant du SABRE : « Je ne vois aucun moyen de dégager la mine, je vous demande de faire évacuer le bateau ». Le Commandant du SABRE me donna cette autorisation en me faisant dire de sauver aussi les effets des hommes. Les embarcations du SABRE et du LEZARD vinrent le long du bord et alors commença l’évacuation. Je fis mettre bas les feux. Le second-maître mécanicien et un chauffeur nommé ETIENNE Constant, se chargèrent de l’opération. Ce chauffeur a été d’une conduite admirable et d’une grande bravoure. Nous restâmes tous les trois à bord. Les grenades, les goupilles bien enfoncées, furent placées sur l’avant ainsi que les obus de 47 qui se trouvaient derrière puis, quand il n’y eut plus à craindre aucun danger pour les chaudières, la remorque prise avec le SABRE solidement tournée, je fis embarquer dans le youyou du SABRE le chef mécanicien et le chauffeur.
J’embarquai à mon tour, emportant avec moi chronomètre, journal de bord et caisse, les papiers et livres confidentiels ayant été portés à bord du SABRE par le second-maître GUILLOU à qui je les avais confiés. Vers 9h50 du soir, après entente avec le Commandant du SABRE, je retournai à bord, accompagné du second-maître mécanicien et du second-maître GUILLOU. Ce dernier et moi, nous nous rendîmes examiner la mine, et LE GUEN, mécanicien, sa chaudière. Rien d’anormal pour cette dernière. Pour la mine, elle était toujours dans la même position ; je retournai à bord du SABRE et je rendis compte au Commandant de ces observations.
Le 4 mai 1917, vers 5h50, sur l’ordre du Commandant du SABRE, je retournai à bord du CAMELEON avec les hommes nécessaires pour la mise d’une ancre au mouillage et pour gouverner dans les passes, exactement derrière le SABRE. En arrivant à bord, j’allai voir la mine. Elle n’avait pas changé de position. Je distinguais son orin et ses quatre antennes dirigées vers les fesses du navire. Je signalai les observations que j’avais faites au Commandant du SABRE. Quelques instants après, je ressentis deux chocs, j’en rendis compte immédiatement par signaux à bras au Commandant du SABRE qui fit stopper. J’attendais que le navire perde son erre pour aller me rendre compte aussi exactement que possible de ce qui venait de se produire par suite de ces chocs successifs. Je n’eus pas à attendre ce moment, car la mine explosa presque aussitôt que nous fûmes stoppés. Le CAMELEON se coucha sur tribord et instantanément s’engloutit par l’arrière. Le compas et son fût, ainsi que plusieurs débris, me firent rouler à tribord de la passerelle qui était déjà submergée de ce côté. Je nageai pour m’éloigner du bord. Quelques secondes après, je ressentis deux explosions de grenade. L’avant du bateau était dirigé vers le ciel, je vis le navire couler à pic par l’arrière. Ne voyant que trois hommes à l’eau, je fis l’appel des deux autres. Pour GUILLOU, il me fut répondu « Présent », mais pour le malheureux LE GUEN, personne ne le revoyait. J’eus la douleur de constater la disparition de cet homme qui devait mourir victime de son dévouement. Avant de partir du SABRE, je lui avais dit n’avoir pas besoin de lui : il me répondit qu’il était responsable de sa chaudière et qu’il voulait se rendre compte de son état. C’était d’ailleurs, disait-il, son devoir. Je ne fis alors aucune objection, pendant que c’eût été d’ailleurs inutile, m’étant rendu compte la veille que cet homme avait le souci du devoir à accomplir et qu’il ne voulait avoir à n’encourir aucun reproche de ses supérieurs.
J’ai à louer aussi la conduite du second-maître de manœuvre GUILLOU qui fut admirable (blessé pendant l’explosion, il dut s’aliter) ainsi que du matelot sans spécialité TUILLIERE, du matelot gabier breveté CHEVERT et du chauffeur ETIENNE Constant, tous volontaires pour venir à bord avec moi. Je dus d’ailleurs refuser d’autres hommes, me rendant compte que tant de sacrifices eussent été inutiles en cas d’accident. Nous ne restâmes que peu de temps à l’eau, les embarcations du SABRE et celle du LEZARD nous sauvèrent rapidement.
A mon arrivée en rade, je remis le chronomètre, les livres confidentiels, ainsi que tous les papiers sauvés au Commandant de la MAURITANIE, la caisse au maître-fourrier de l’escadrille.
Je ne sauvai qu’une petite partie de mes effets, ayant d’autres occupations plus nécessaires.
En foi de quoi, je dresse le présent rapport que je certifie exact dans toute sa teneur, me réservant le droit de l’amplifier si besoin est.

Signé : Henri GUEGAN
Excès de peur enhardit.

olivier 12
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Re: CAMÉLÉON - Patrouilleur ex-baleinier norvégien

Message par olivier 12 » mer. juil. 20, 2011 1:10 pm

Bonjour à tous,

Un petit complément sur CAMELEON

Conclusions de la commission d’enquête

La cause de l’accident réside dans l’installation défectueuse du CAMELEON et du LEZARD dont les dragues passent dans des chaumards placés à l’arrière.
Il y a lieu de remédier le plus tôt possible à ces défectuosités.

L’explosion est probablement due au décoincement de la mine sous l’effet de la résistance produite par le passage du crapaud sur les petits fonds. La machine a du dévirer malgré la précaution prise de l’immobiliser.

A partir du moment où la mine s’est trouvée coincée, le bâtiment pouvait être considéré comme perdu car, même en supposant qu’il soit parvenu à mouiller sans encombre en grande rade d’Argostoli, il eut été impossible de dégager la mine sans risquer la vie d’un homme.

Cdlt
olivier

NIALA
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Re: CAMÉLÉON - Patrouilleur ex-baleinier norvégien

Message par NIALA » mer. juil. 20, 2011 1:47 pm

Bonjour,

Ci dessous une photo du Caméléon à Argostoli

Image

Cordialement

Alain
Cordialement

Alain

Rutilius
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Re: CAMÉLÉON - Patrouilleur ex-baleinier norvégien

Message par Rutilius » dim. nov. 09, 2014 11:44 pm


Bonsoir à tous,


■ Récompenses.

Journal officiel du 26 décembre 1917, p. 10.630.


« Citations à l’ordre de l’armée.

Sont cités à l’ordre de l’armée :
[...]

Guégan (Henri), maître de manœuvre temporaire, Vannes 10032, commandant le chalutier Caméléon : a effectué avec succès plusieurs dragages sur un champ de mines. A montré beaucoup de sang-froid, d'entrain et de courage dans des circonstances graves.
»


Henri GUÉGAN, inscrit à Vannes, n° 10.032, avait été nommé au grade de maître de manœuvre temporaire par une décision du Ministre de la Marine en date du 15 janvier 1917 (J.O. 17 janv. 1917, p. 557).


Journal officiel du 15 octobre 1919, p. 11.385.

« Citations à l’ordre de l’armée.

Sont cité à l’ordre de l’armée :
[...]

Le chalutier Caméléon : malgré les efforts de son vaillant équipage pour dégager une mine ennemie prise dans l’hélice au cours d’un dragage, a sauté le 4 mai 1917.
»
Bien amicalement à vous,
Daniel.

Rutilius
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Re: CAMÉLÉON - Patrouilleur ex-baleinier norvégien

Message par Rutilius » mar. nov. 11, 2014 7:29 pm


Bonsoir à tous,


— LE GUEN Victor, né le 1er septembre 1884 à Lanildut (Finistère) et y domicilié, disparu en mer le 4 mai 1917 à bord du chalutier Caméléon, Second maître mécanicien, inscrit au Conquet, n° 1.917 – et matricule n° 82.051–2 – (Acte transcrit à Lanildut, le 20 oct. 1917).

Promu au grade de second maître mécanicien à compter du 1er octobre 1914 par une décision du Ministre de la Marine en date du 28 septembre 1914 (J.O. 1er oct. 1914, p. 8.132 et 8.134).


Cité à l’ordre de l’armée dans les termes suivants (J.O. 26 nov. 1917, p. 9.532) :

« Le Guen (Victor), second maître mécanicien, 82051–2 : par conscience professionnelle n’a pas hésité à se rendre à bord d’un bâtiment en danger de sauter et a disparu avec lui. »

Par arrêté du Ministre de la Marine en date du 4 juin 1919 (J.O. 7 juin 1919, p. 5.933 et 5.936), inscrit à titre posthume au tableau spécial de la Médaille militaire dans les termes suivants :

« Le Guen (Victor), second maître mécanicien, 8315–Co, second maître mécanicien : par conscience professionnelle, n’a pas hésité à se rendre à bord d’un bâtiment en danger de sauter et a disparu avec lui, le 4 mai 1917. »
Bien amicalement à vous,
Daniel.

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