MARONI Compagnie Générale Transatlantique

Marine, bateaux & marins pendant la Grande Guerre
olivier 12
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Re: MARONI Compagnie Générale Transatlantique

Message par olivier 12 » jeu. sept. 11, 2008 7:11 pm

Bonjour à tous,

MARONI


Vapeur lancé le 3 Novembre 1909 aux chantiers Port de Bouc
Voici la fiche technique et l’histoire de ce navire données par la Cie Gle Transatlantique, ainsi que sa photo.

Image

Fiche technique
Maroni (cargo frigorifique ) 1909 - 1916
materiau de la coque : ............acier
anciens noms du navire : ..........
type de navire : ..................cargo frigorifique acier
type du propulseur : ..............1 hélice
année de construction du navire : .1909
nom du chantier de construction : .Chantiers & Ateliers de Provence
lieu de construction : ............Port de Bouc
Année d'entrée en flotte : ........1909
Longueur (en mètres) : ............95,77
Largeur (en mètres) : .............13,43
Jauge brute (en tonneaux) : .......3109 Jauge nette 1944 tx
Port en lourd (en tonnes) : .......4330
Type de moteur : ..................à pilon, triple expansion 3 cylindres
Puissance du moteur (en chevaux) : 1700
Vitesse en service (en noeuds) : ..12
Histoire
Cargo jumeau du BASSE TERRE lancé le 8 décembre 1908 aux Chantiers et ateliers de Provence à Port de Bouc destiné au trafic du sucre et du rhum des Antilles. Doté de compartiments frigorifiques en 1913 permettant de transporter quelques dizaines de tonnes de bananes.
Le 26 avril 1911 un incendie ravage tout le navire à Pointe à Pitre qui est remorqué à Fort de France pour réparations.
Coulé le 24 février 1916 à 400 miles à l'ouest du Cap Finisterre par le corsaire allemand MÖWE ex PUNGO de l'armement LAEISZ. L'équipage fait prisonnier est envoyé en Allemagne.


Perte du MARONI


Immatriculé au Havre n° 1375
Armé au long cours en date du 4 Octobre 1915 par la Compagnie Générale Transatlantique.

Etat-major au départ de Bordeaux le 18 Février 1916

Capitaine FLANNEAU Lucien CLC né le 06/08/1872 à Nantes inscrit à Rouen
Domicilié 34 rue de Serry au Havre
2e cap. LE MOY François CLC né le 06/12/1882 à Plounez inscrit à Paimpol
Lieutenant LESAGE Louis CLC né le 06/06/1887 à Cherbourg inscrit à Cherbourg
Lieutenant LE GOFF Charles CLC né le 24/07/1884 à Kerbors inscrit à Tréguier
(embarqué le 15 Février 1916 à Bordeaux)
Chef mécan. GUYOMARD Jean-Marie OM1 né le 07/02/1878 à Pordic inscrit à Binic
2e mécan. LAGORD Armand OM1 né le 05/04/1882 à l’ile d’Yeu inscrit à Le Havre
3e mécan. KERDONCUFF François OM1 né le 22/04/1887 à Brest inscrit à Brest
4e mécan. BARRE Raoul OM2 né le 14/03/1886 à Saint Nazaire inscrit à Saint Nazaire
Bosco LANDOUARD François né le 31/03/1876 à Lannion inscrit à Lannion

Deux marins vont manquer l’appareillage de Bordeaux

LE MUZIC Hippolyte, Chauffeur inscrit à Tréguier qui débarque malade sur rade de Pauillac le 28 Janvier 1916
et
LACORNE Jean, chauffeur inscrit à Concarneau qui manque l’appareillage le 18 Février.

Extraits du rôle

« La sur-solde de guerre accordée par la Compagnie aux équipages pendant la durée des hostilités n’est donnée que pour le temps du service actif à bord et non pendant toute autre période (maladie, convalescence…etc) »
nota : cette clause rend évident que la sur-solde n’est pas donnée pour le temps de captivité.

« Selon déclaration du capitaine faite le 20 Février 1918, le vapeur MARONI a été coulé le 24 Février 1916 par le corsaire MOEWE. L’équipage a été emmené en captivité au camp de Hameln/Weser dans le Hanovre. »

Voici une vue d’un camp de prisonniers de la Marine Marchande, en 1917, dans la région de Bremerhaven. Il pourrait s’agir de celui où furent internés les marins du MARONI.

Image

Et un document envoyé par la Cie Gle Transatlantique au matelot Yves L’HEGARET né le 06/07/1875 à Plouguiel et inscrit à Tréguier. Le texte du message n’a malheureusement pas été conservé.

Image

Annexé au rôle, on trouve le document suivant, lettre envoyée par l’administrateur de l’inscription maritime à l’agent général de la Cie Gle Transatlantique au Havre.

« Nous accusons réception de votre lettre du 29 Mars nous demandant à quelle date vous devez arrêter les salaires de l’équipage du MARONI interné en Allemagne. L’équipage a été signalé arrivé en Allemagne le 5 Mars 1916 et nous sommes en droit de supposer qu’il a été capturé peu après son départ de Bordeaux.
Nous croyons donc que vous tiendrez largement compte de la date de la capture en arrêtant les salaires à fin Février, ce qui est favorable aux intérêts de l’équipage.
Recevez, Monsieur…… »

Le 11 Juillet 1923, l’administrateur de l’inscription maritime écrit au commandant Flanneau (sans doute rentré de captivité en Février 1918) le mot suivant :

« Prière à Monsieur Flanneau, ancien capitaine du MARONI, de bien vouloir nous faire savoir la date à laquelle s’est terminée la captivité de l’équipage, et la date de retour en France de cet équipage…(navire capturé le 24 Février 1916) »
Le commandant Flanneau répond :
« L’équipage a été dispersé dans plusieurs camps en Allemagne et je ne peux indiquer la date de retour de chacun.
Toutefois, le matelot Bernard HYACINTHE né le 27/11/1865 à Plouguiel et inscrit à Tréguier est rentré de captivité le 4 Mai 1918 et le novice Julien CECCALDI né le 07/02/1898 au Havre et inscrit au Havre est rentré le 24 Octobre 1918.
Quant au mousse Louis DERRIEN, 15 ans, né le 02/03/1901 à Servel et inscrit à Lannion, il n’a pas été gardé prisonnier en Allemagne et a pu regagner ses foyers dès le 15 Juillet 1916. »

On est tout de même surpris de constater que, 5 ans après la fin du conflit, l’inscription maritime s’inquiète soudain de savoir ce qu’est devenu l’équipage du MARONI. Inertie bureaucratique sans doute… !

Le navire attaquant : pour tout renseignement sur le MOEWE voir fiche du trois-mâts NANTES.

Cdlt

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Re: MARONI Compagnie Générale Transatlantique

Message par Ar Brav » ven. sept. 12, 2008 3:11 pm

Bonjour Olivier,

Tes relations sont toujours aussi passionnantes. Concernant l'Inscription Maritime, c'est toujours aussi édifiant. Il y a toutefois quelque chose qui m'échappe :

sans doute rentré de captivité en Février 1918

Pourquoi 1918, ainsi que pour les autres matelots (enfin le novice et un matelot) ? Je ne comprend pas très bien.

Amicalement,
Franck
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Re: MARONI Compagnie Générale Transatlantique

Message par olivier 12 » ven. sept. 12, 2008 11:00 pm

Bonsoir Franck, Bonsoir à tous,

Sur le rôle, on lit que le MARONI a été coulé le 24 Février 1916, selon déclaration du capitaine faite le 20 Février 1918. C'est ce qui me fait penser que le capitaine Flanneau est rentré en France à cette époque.
Mais je n'en suis pas certain, et si c'est le cas, j'ignore pourquoi.
Un autre matelot est rentré en Mai 18, donc bien avant l'armistice. Je ne sais pourquoi non plus. En fait, on n'a guère de renseignements sur le sort des prisonniers.
En ce qui concerne le mousse, on peut penser que les Allemands ne gardaient pas les enfants. C'est à vérifier.

Cdlt

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Re: MARONI Compagnie Générale Transatlantique

Message par Yves D » ven. sept. 12, 2008 11:47 pm

Tu as tout à fait raison Olivier, on a vraiment très très peu d'information sur ce que devenaient les marins du commerce faits prisonniers et j'ai l'impression qu'ils pouvaient avoir un autre sort que celui des marins de l'Etat mais c'est une impression. Quoique... retenir prisonnier un capitaine de navire, c'est aussi contribuer à affaiblir l'adversaire.
Amts
Yves
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Re: MARONI Compagnie Générale Transatlantique

Message par Ar Brav » sam. sept. 13, 2008 6:26 am

Bonjour à tous,

Merci pour vos réponses Olivier et Yves, en effet, c'est un peu le flou concernant les marins de commerce. Ils étaient peut-être soumis à une mesure qui, selon la formule consacrée après déclaration sur l'honneur "de ne pas reprendre les armes contre l'Allemagne" ou quelque chose du genre, leur permettait ainsi de regagner leurs foyers après un temps de captivité ? Cà semble trop beau pour être vrai, mais pourquoi pas, s'ils n'avaient pas résisté (bateau non armé avec équipage exclusivement civil).
Concernant le mousse, oui, probablement en raison de son âge. Des questions à fouiller du côté des conventions internationales ou du rôle de la Croix Rouge à cet égard.

Bonne journée,
Amicalement,
Franck
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Re: MARONI Compagnie Générale Transatlantique

Message par olivier 12 » mer. janv. 14, 2009 7:43 pm

Bonjour à tous,

Une autre vue du MARONI

Image

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Re: MARONI Compagnie Générale Transatlantique

Message par dbu55 » sam. août 22, 2009 4:42 pm

Bonjour à toutes et à tous,

Un marin du MARONI mort en captivité :

FRAVAL Louis né le 03/01/1894 dans le Morbihan, Matelot décédé le 22/10/1918 (24 Ans) à Rastatt en Allemagne

Voici sa fiche (très pauvre en rensignements) : http://www.memoiredeshommes.sga.defense ... 3015668342

Cordialement
Dominique
Avec les Allemands, nous nous sommes tellement battus que nos sangs ne font plus qu'un [ Ferdinand Gilson, France, Figaro Magazine n°19053 du 05 nov. 2005 ]

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Re: MARONI Compagnie Générale Transatlantique

Message par olivier 12 » lun. juin 21, 2010 5:08 pm

Bonjour à tous,

Voici quelques indications supplémentaires sur la capture du MARONI, qui éclairent un peu les posts précédents.

Début Mars 1916

La Cie Gle Transatlantique reçoit une lettre assez laconique du capitaine Flanneau dont voici le texte :

« J’ai l’honneur de vous rendre compte de la perte du MARONI qui a été coulé par le MOEWE. Ce bateau nous a recueilli, ainsi qu’une partie de nos affaires, et nous a menés en Allemagne.

Veuillez agréer……. »
Signé FLANNEAU

Je certifie la signature du capitaine Flanneau

Signé : J. DAL PIAZ

Les services de la Marine notent :

On lit sur l’enveloppe : Monsieur le Directeur Cie Gle Transatlantique 6 rue Auber PARIS

et deux mentions et un cachet ainsi interprétés par la Transat :

« krieg » : envoi d’un prisonnier de guerre
« geprüpt » : passé à la censure
cachet : n° illisible Royale Marine Commandant de section d’artillerie de Marine

Fin Mars 1916

La Commission des Risques Maritimes de Guerre écrit au Ministre

« Le MARONI de la Cie Gle Transatlantique avait commencé un voyage Bordeaux New York le 18 Février 1916. Il n’est pas arrivé à destination. Se fondant sur une lettre du capitaine venant d’Allemagne où il serait interné, ce vapeur aurait été coulé par le corsaire MOEWE. La compagnie réclame la valeur du montant assuré.
La Commission n’a pas d’objection à régler ce montant mais ne peut engager les deniers publics sur une simple lettre dont elle n’a pas qualité pour apprécier la valeur.
Elle vous demande si, à défaut d’un rapport de mer, vous considérez cette lettre comme authentique et équivalente à un rapport de mer justifiant la perte du navire ».

22 Avril 1916

Le capitaine Flanneau reçoit en Allemagne une lettre de la Transat qui lui demande un rapport plus précis.
Les Allemands l’autorisent alors a envoyer un rapport de mer succinct dont voici le texte :

« J’ai l’honneur de vous envoyer le rapport demandé par votre lettre reçue le 22 Avril. Une partie de l’équipage étant détachée hors du camp, je la fais signer par ceux qui restent dans cette pièce. Je la déclare conforme à la vérité.

Le 24 février 1916 à midi, par 45°51 N et 25°24 W, un vapeur faisant route au nord nous croisa alors que nous faisions route à l’ouest. Alors que je me tenais paré à manœuvrer car il ne semblait pas vouloir changer de route, il vint en grand sur tribord et passa à 400 m sur bâbord. Il démasqua ses pièces, hissa le pavillon de guerre allemand et nous signala de stopper immédiatement en tirant un coup de sa pièce sur la dunette. Nous marchions 6 à 7 nœuds, ayant mis bas les feux de la chaudière Bd à 09h00 du matin. Je fis stopper.
Il hissa le signal : "Préparez-vous à quitter le bord le plus tôt possible". Je fis disposer les embarcations, mais avant qu’on les eut amenées, un canot du vapeur nous accosta avec des marins et officiers armés. Ils nous crièrent d’attendre pour la mise à l’eau. Les Allemands se répandirent de tous côtés et deux officiers montèrent me trouver. Ils me dirent qu’ils allaient couler le navire, mais que les hommes avaient le temps de préparer leurs affaires. Ils firent les perquisitions habituelles.
Les mines disposées et allumées, nous quittâmes le bord et fûmes recueillis par le MOEWE.
A peine 5 minutes après avoir poussé du bord, vers 14h55, on entendit une forte détonation suivie de deux autres. Vers 15h20, le MARONI, qui se tenait très droit avec tout l’avant, jusqu’au château, sous l’eau piqua brusquement du nez et coula avec une grande rapidité.
Nous avons été, tout l’équipage, internés en Allemagne. Fait à Hameln le 1er Mai 1916. »
Signé Flanneau.
Suivent 23 signatures des hommes de l’équipage.

27 Mai 1916

Le Ministère des Affaires Etrangères Suisse, Direction des Affaires Politiques et Commerciales, écrit à la Transat :

« L’Ambassadeur de la République à Berne m’a fait parvenir la liste officielle des marins composant l’équipage du vapeur MARONI coulé par le MOEWE.
Je vous confirme que ces prisonniers sont internés au camp de Hameln.
Je vous fais part de ces indications en me référant à votre dépêche du 16 Mars dernier. »

10 Juillet 1916

Mr. DAL PIAZ écrit à la Commission des Risques de Guerre

« J’ai l’honneur de vous faire remettre un avis du Tribunal des prises de Hambourg portant à la connaissance des intéressés (Cie Transatlantique) que le vapeur français MARONI a été capturé par un navire de guerre allemand. Le Tribunal prie ces derniers de présenter leurs réclamations dans un délai de trois mois.
Veuillez agréer… »
Signé Dal Piaz.

Voici le texte original de cet avis

Image

Juillet 1916

Le Procureur Général de la Cour des Comptes écrit à la Commission des Risques de guerre :

« J’ai l’honneur de vous informer que la pièce officielle émanant du Ministère des Affaires étrangères me paraît suffisante.
Ce document, d’une authenticité indiscutable, joint aux renseignements fournis par Londres et aux lettres du capitaine du MARONI qu’aurait reçues la Cie Gle Transatlantique constitue un ensemble de preuves qui semblent probantes. Le MARONI a été coulé par événement de guerre. »

3 Juin 1918

Un marin, qualifié d’informateur, va être interrogé à Evian.
Cet « informateur » est en fait un mécanicien du MARONI, Louis BLANCHARVIN, domicilié rue de Brest à Dinan, et qui venait d’être rapatrié.

Son témoignage est fort intéressant. Il avait été longtemps embarqué sur le MARONI qui transportait du divers vers les USA et rapportait munitions et barbelés pour les gouvernements belges et français dans l’autre sens.

Sur MARONI

Départ de Bordeaux le 18 Février 1916
Mouillage de 48 heures au Verdon.
Fait route sur New York le 20.

Dans la nuit du 23 au 24, fuites de tubes sur la chaudière Bd obligeant le MARONI à mettre bas les feux et à marcher à demi vitesse pour procéder à la réparation nécessaire.

Vers 20h00, aperçu un navire sur bâbord, faisant même route que le MARONI et qui le dépasse. Au matin, vu un bateau qu’il croit être un transport de passagers, sans pavillon, mais avec sur ses flancs un pavillon qu’il croit être danois (mais la description qu’il donne ne correspond pas au pavillon danois ?)
Le bateau suit une route bizarre, puis tourne autour du MARONI. Il tire un coup de canon et au moment où le timonier du MARONI s’apprêtait à le saluer, il hisse le pavillon de guerre allemand, donne l’ordre de stopper et d’abandonner le navire. Quatre officiers et des hommes armés de revolvers et de sabres montent à bord.
L’une des embarcations du MARONI se brise au cours de la mise à l’eau. L’autre et les deux canots du MOEWE servent à transborder l’équipage sur le corsaire.

Pendant le transfert, les officiers du MOEWE visitent le MARONI et y placent cinq bombes, une dans chaque cale, une dans la machine et une dans la chaufferie. Les Allemands n’emportent rien de la cargaison du MARONI qui se composait de liqueurs, de liège et d’osier. Ils ne prennent pas non plus de charbon. Le dernier canot emporte les officiers du MARONI et ceux du MOEWE. Il est à 400 m du cargo quand celui-ci explose, s’ouvre par le milieu et coule en deux ou trois minutes.

L’équipage du MARONI, 33 hommes, est logé dans le faux-pont du MOEWE, sous les affuts de canon.

Sur MOEWE

Le 25 Février, le MOEWE intercepte le SAXON PRINCE. Il avait déjà à son bord le commandant de l’APPAM et quelques soldats et marins anglais et indiens.

Le MOEWE fait ensuite route sur le nord de l’Angleterre et de l’Ecosse. L’estimation de cette route est faite par les officiers prisonniers grâce au climat et à la température (sic).
(Nota : on peut penser que les officiers utilisaient aussi quelques autres moyens d’estime.)

Le 3 Mars, un officier allemand demande aux prisonniers de signer deux feuilles, en français et en allemand, par lesquelles ils s’engagent à ne pas prendre les armes contre l’Allemagne et ses alliés. Ils seront alors rapatriés par le premier bateau neutre rencontré. Les officiers français engagent les marins à signer cette déclaration.

Le 4 Mars, un système de voies ferrées est installé sur l’arrière du MOEWE. Dans la nuit, on entend beaucoup de mouvements sur le pont et l’informateur est persuadé que l’on a procédé à un mouillage de mines, probablement près des côtes allemandes. Les marins allemands leur disent qu’ils contournent le Danemark.

Le 5 Mars vers 08h00, aperçu des chalutiers patrouilleurs allemands. Vers midi, on laisse les prisonniers monter sur le pont pour assister à la parade d’entrée dans le port de Wilhelmshaven. Toute l’escadre défile de chaque bord du MOEWE en l’acclamant.

A bord du MOEWE, les Français ont été bien traités. Ils recevaient 200 g de pain par jour et par homme. Les marins allemands leur ont dit que les provisions touchaient à leur fin et que c’était la raison du retour en Allemagne. Mais ceci est contredit par le fait que sur le MARONI ils n’ont pris aucune provision, exception faite de deux moutons vivants. Les liqueurs de la gamelle ont même été payées au cuisinier et il en fut distribué aux prisonniers.

Dès l’arrivée du navire, le commandant du MOEWE est parti pour Berlin.

Les Français ont débarqués du MOEWE et ont été logés dans une caserne de la Marine, face à l’arsenal des torpilleurs (entre la Doonstrasse et la Koenigstrasse). Ils y sont restés jusqu’au 15 Mars ayant le droit de faire deux heures d’exercice par jour. Le lendemain de leur arrivée, les officiers ont pu acheter les journaux « Le Matin », « Le Journal » et « Le Petit Parisien » du 1er Mars. C’est dans ces journaux qu’ils ont pu lire le récit de la croisière du MOEWE et apprendre qu’ils avaient été le seul navire français capturé sur 14 prises dont les noms sont donnés. Mais les officiers, qui connaissent bien ces navires, ont dit à l’équipage que les articles avaient du être maquillés par la censure.

Ils ont été ensuite conduits par train au camp de Hameln (Hanovre) où ils sont restés 15 jours en quarantaine. Ils étaient escortés par des marins allemands armés de fusils. (Les baïonnettes de ces fusils étaient de marque Lebel).
Tous les prisonniers ont été photographiés.
Quelques jours après l’arrivée au camp de Hameln, le commandant Flanneau a été autorisé par les Allemands à envoyer à sa compagnie un rapport du voyage du MARONI. Il l’a donc rédigé, l’a lu à l’équipage et fait signer pour approbation et l’a donné pour transmission aux autorités allemandes dans les premiers jours d’Avril.

Dès Juillet 1916, Monsieur LE GOFF, 2e lieutenant du MARONI, a été interné en Suisse.

Séjour de l’informateur en Allemagne

5 Avril 1916 Envoyé à Bemerohn (5km de Hanovre) pour culture et cueillette des asperges.
Salaire : 30 pfg par jour.
1er au 10 Juillet : camp de Hameln
10 Juillet – 15 Novembre : chez un fermier à Mark. (Ce fermier lui a dit qu’il devait verser une taxe au gouvernement pour que ses deux fils ne soient pas envoyés au front)
Fin Novembre 16 – 13 Avril 17 : camp de Mecklingen pour tirer du sable des marais.
Mai 17 : envoyé à Aulnoye pour raccorder une voie ferrée à une usine de verrerie.
Jusqu’à fin Juin 17 : hôpital de Valenciennes
Juillet – Août : à Landrecy . Coupage de bois au bois de Mormald.
Septembre 17 : retour à l’hôpital de Valenciennes. Inscrit en Décembre pour rapatriement.
Février à Mai 18 : resté à Esneult chez l’habitant. Rapatrié par la Suisse début Juin.

Renseignements donnés sur le MOEWE

Bateau neuf. Faux- ponts en bois avec installations frigorifiques non terminées. Quatre cales où se trouve probablement le charbon pour la campagne. Une machine centrale. Une seule hélice. Vitesse 15 à 16 nœuds, mais très variable.
Quatre canots à bâbord et quatre à tribord.
Une seule cheminée qui a changé trois fois de couleur pendant le court séjour à bord.
Deux projecteurs : un dans la hune de misaine et l’autre à la passerelle.
Quatre panneaux de cale avec deux treuils à chaque cale.
Deux canons sous le gaillard (probablement de 120 mm vu le diamètre des obus).
Pièces masquées par des panneaux s’ouvrant comme des portes à double battant avec charnières horizontales.
Munitions montées à la main. Toujours six obus près des pièces. Pas de gargousses.
Deux autres canons par le travers du panneau avec monte-charge électrique pour les obus. Pièces montées sur affuts boulonnés de 2,5 m de large.
Un canon sur la dunette arrière.
Deux tubes lance-torpilles en arrière des canons de pont avec trois torpilles pour chaque tube..
Dispositif pour mouillage de mines sur l’arrière
Quatre hommes en veille constante : 2 sur l’avant et 2 sur l'arrière.
Navigue tous feux éteints la nuit.
Les marins allemands ont dit aux Français être en mer depuis 45 jours.

Equipage :

Environ 150 hommes et 8 ou 10 officiers. Très peu de nom « MOEWE » sur les bonnets. Le plus souvent inscription « Matrosen Division »

Voici un dessin du MOEWE

Image

Le commandant du MOEWE

On ne peut terminer ce rapport sur le MOEWE sans dire quelques mots de son commandant, le Capitaine de Corvette comte Nicolas ZU DOHNA-SCHLODIEN.

Voici sa photo

Image

Lors de son premier retour en Allemagne, en Mars 1916, le commandant Zu Dohna se rendit donc à Berlin où il fut reçut par les plus hautes autorités. Toute l’Allemagne, qui considérait alors la Kriegsmarine comme le fer de lance de l’Empire, le regardait comme un héros et l’admirait. Puis, à sa demande, il se rendit sur le champ de bataille de Verdun. Ce qu’il y vit de ses yeux le bouleversa profondément. Cette banalisation de la terreur l’avait glacé d’effroi.
A son retour, il rencontra l’un des ses amis, le Capitaine de Corvette de réserve Felix Von Lückner, qui regrettait de n’avoir pu embarquer avec lui sur MOEWE.
Ce qu’il lui dit alors mérite d’être rapporté :

« - La victoire ne passera jamais par des manquements aux lois de l’Honneur. Méfie-toi, la Marine n’est pas à l’abri des erreurs de jugement, ni du crime contre le droit des gens. J’ai capturé le vapeur français MARONI. Les récits de la guerre des tranchées dont parlent les journaux français trouvés sur ce navire m’ont beaucoup troublé. Les photographies dont j’ai pris connaissance sont horribles. L’institut des recherches militaires de Berlin expérimente maintenant des armes chimiques dont les ravages sont indescriptibles. Tout cela n’a plus aucune commune mesure avec le but poursuivi. La doctrine de Clausewitz selon laquelle « à mener la guerre sans égard, on fait le bien de l’humanité » me reste en travers de la conscience ».

Convoqué à Berlin avec Lückner, il fut reçu par l’amiral von Sheer lui-même, qui avait commandé l’escadre allemande à la bataille du Jutland. Il accepta de repartir avec le MOEWE car ce type de guerre, en fait une guerre de course, lui parut le seul moyen de soulager les misères de son pays sans se livrer aux massacres aveugles des champs de bataille terrestres. Luckner, lui, prit le commandement du SEEADLER.

Zu Dohna fut certainement l’un des officiers de marine les plus intelligent, clairvoyant et important de sa génération et il eût une forte influence sur Luckner.

Sources : Archives de Vincennes
"Luckner" par Gérard Jaeger Ed. Glénat

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Re: MARONI Compagnie Générale Transatlantique

Message par olivier 12 » mar. juin 22, 2010 12:28 am

Bonjour à tous,

Hasard des infos sur le forum, en relisant, à la fiche LORRAINE II, le récit posté le 31/03/2009 par Daniel relatant l'inauguration du quai d'escale du Havre en Juillet 1909, je découvre que Monsieur Dal Piaz était le Directeur Général de la Compagnie Générale Transatlantique.
Ce n'était donc pas un diplomate suisse comme je l'avais imaginé un instant.
Pour les autorités maritimes il certifie donc la signature du capitaine Flanneau et c'est lui qui reçoit l'avis du tribunal des prises de Hambourg signalant le délai de trois mois pour les réclamations.

C'est d'ailleurs une curieuse coutume pour une capture par un corsaire!! Je ne sais s'il y eut réclamation de la part de la Transat auprès des Allemands et quelle suite aurait été donnée.

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claudeg
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Re: MARONI Compagnie Générale Transatlantique

Message par claudeg » dim. mars 08, 2015 7:49 pm

Bonjour à toutes et à tous,

Un marin du MARONI mort en captivité :

FRAVAL Louis né le 03/01/1894 dans le Morbihan, Matelot décédé le 22/10/1918 (24 Ans) à Rastatt en Allemagne

Voici sa fiche (très pauvre en rensignements) : http://www.memoiredeshommes.sga.defense ... 3015668342

Cordialement
Dominique
Bonjour
Louis FRAVAL né 17/04/1871 à Sarzeau Morbihan
Fils de Gratien Claude Marie et de LE FOLL Marie Louise
Fiche matricule N° 112 bureau de Vannes (56)
Sur le monument aux morts de Sarzeau

Il n'y a pas de FRAVAL Louis né le 03/01/1894 à Sarzeau
Cordialement
Claude

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