MARIOTTE - Sous-marin

Marine, bateaux & marins pendant la Grande Guerre
alain13
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Re: MARIOTTE - Sous-marin

Message par alain13 » lun. mars 22, 2010 5:45 pm

Bonjour à tous,


Une photo du MARIOTTE quittant Lemncs pour remonter les Dardanelles jusqu'à la mer de Marmara.
Reviendra t-il de cette mission ???

Image
"Le Miroir" 30 janvier 1916.

Bien cordialement,
Alain

alain13
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Re: MARIOTTE - Sous-marin

Message par alain13 » mer. avr. 07, 2010 6:43 pm


Bonjour à tous,

La photo publiée par le Miroir est inversée.
La photo originale a été prise à Moudros le 25 juillet 1915, au crépuscule, alors que le Mariotte larguait les amarres qui le rattachaient au caisson du Gaulois, à destination des Dardanelles pour ne plus en revenir.
Cette photo a été prise par le Médecin de 1ère Classe Moreau, alors embarqué à bord du Gaulois.

Image

Cordialement,
Alain

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GENEAMAR
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Re: MARIOTTE - Sous-marin

Message par GENEAMAR » mer. déc. 08, 2010 3:35 pm

MASSON Louis Ernest Alexandre Christophe

Né le 24 juillet 1880 - Décédé.
Entre dans la Marine en 1897, promu Enseigne de vaisseau le 1er octobre 1910; port LORIENT. Au 1er janvier 1911, port LORIENT. Au 1er janvier 1912, sur le contre-torpilleur "ÉTENDARD", 3ème Escadre (Cdt Jules SAISSET). Le 1er avril 1913, en instruction à l'École des Officiers torpilleurs à TOULON. En 1914, Officier breveté Torpilleur. Le 26 juillet 1915, embarqué sur le sous-marin "MARIOTTE", il est cité à l'ordre de l'Armée navale : "Au cours d'une mission périlleuse où le sous-marin sur lequel il était embarqué a été accroché par des mines, a secondé son commandant avec un dévouement et un sang-froid dignes d'éloges et contribué par son exemple, à la belle attitude conservée partout l'équipage jusqu'au dernier moment.". Il est fait prisonnier. Chevalier de la Légion d'Honneur. Croix de Guerre. Lieutenant de vaisseau le 13 juillet 1917. Au 1er janvier 1918; port LORIENT. --- Au 1er janvier 1921, Commandant la canonnière "ENGAGEANTE", École des gabiers, timoniers, charpentiers.
[:geneamar:8]
Cordialement. Malou

olivier 12
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Re: MARIOTTE - Sous-marin

Message par olivier 12 » mar. déc. 18, 2012 12:06 pm

Bonjour à tous,

MARIOTTE

Rapport du capitaine


Quitté le mouillage de Moudros le 25 Juillet 1915 à 18h00. Fait une plongée en rade extérieure pour vérifier le bon fonctionnement de tous les appareils. Resté en plongée 15 minutes, résultats satisfaisants. Fait route sous escorte d’un torpilleur sur Seddulh Bahr où nous arrivons vers 23h30. Amarré sur l’arrière du contre-torpilleur POIGNARD. Effectué deux heures de charge autonome pour compléter la charge des batteries. Clair de lune superbe, mer calme.

A 03h12 le 26 Juillet, largué l’amarre du POIGNARD et fait route pour les détroits en contournant à vue la pointe de Seddulh Bahr à une distance de 400 m. Les routes à suivre ensuite, tant en surface qu’en plongée, ont été soigneusement repérées sur la carte d’après les indications des commandants de sous-marins anglais ayant déjà remonté les détroits. Fait route au 048 sur un moteur, ballasts centraux remplis pour diminuer la silhouette du sous-marin. Longé la côte d’Europe à 200/300 mètres. Après avoir passé le ravin de Souan-Dere, plongé à 8 m à 04h08 pour ne pas être découvert par un projecteur qu’on vient d’allumer, mais qui n’est pas braqué sur nous. Venu de 2 degrés sur la droite après avoir remarqué que le courant nous porte trop près de la côte d’Europe. D’après les indications de la carte et notre vitesse, nous devrions sortir du champ de mines à 05h50.

A 04h25, plongé à 25 m à l’entrée du champ de mines. Plus tard, décidé de prolonger la plongée de 5 minutes pour être sûr d’avoir dépassé le champ de mines. A 05h54, choc à l’avant, comme si on touchait un fond mou. Donné ordre de prendre immersion à 10 m pour voir où nous sommes et déterminer la cause de cet incident. Dès le début de la remontée, le disjoncteur du moteur tribord saute, tandis que l’intensité monte considérablement au moteur bâbord. Le bâtiment prend une pointe positive de 15° et une gite de 14° sur tribord. L’immersion au centre est de 13 m et ne bouge plus.

Essayé de remettre le moteur tribord en marche mais le disjoncteur saute à nouveau. Essayé de venir à gauche toute pour retourner à Seddulh Bahr afin de dégager l’hélice tribord, mais le cap ne varie que de 15 à 20°. Essayé de venir à droite toute, même résultat. Nous sommes tenus par l’avant et par l’arrière et il est impossible de faire demi-tour. Chassé à l’arrière pour nous rendre compte de ce qui nous retient. Mais les moteurs électriques sont atteints par l’eau qui s’est accumulée dans le compartiment avec la pointe de 15°, eau provenant des infiltrations au cours de la plongée à 25 m. La chasse ne prend effet que très tard et le bateau vient soudain brusquement en surface montrant le haut du kiosque qui est canonné immédiatement par la batterie turque de Chanak-Kale (aujourd’hui Canakkale), dont nous sommes à moins de 200m.

Au périscope, je vois une mine à toucher la coque sur tribord avant. Je donne ordre de replonger aussitôt. Constaté que la partie supérieure de la manche d’aération arrière a été décapitée et que l’eau pénètre dans le bâtiment. Stoppé la plongée et donné ordre de mettre les collets de sauvetage. Détruits les documents secrets et confidentiels pendant que l’équipage rend inutilisables les moteurs électriques en y mettant le feu, les accumulateurs en provoquant des courts-circuits et les moteurs diesels en brisant tous les éléments fragiles. Ouvert le kiosque pendant qu’on ouvre les purges du drain, les vannes des deux bouteilles , les purges intérieures des ballasts centraux, puis des ballasts avant et arrière.

La batterie de Chanak-Kale continuant de tirer, envoyé l’enseigne de vaisseau Masson sur le pont pour qu’il fasse, par signes, cesser le feu de la batterie ennemie. Les Turcs cessent aussitôt le tir. Fait alors évacuer le bâtiment. L’évacuation se fait dans le plus grand ordre et le plus grand silence. Le patron Coulain et l’enseigne de vaisseau Bossy restent les derniers à bord avec moi afin de vérifier que toutes les vannes indiquées pour couler le bâtiment ont bien été ouvertes.

La conduite du personnel a été digne de tous les éloges. La mise hors service du matériel, une fois l’évacuation décidée, a été faite dans chaque compartiment sous la direction des officiers et des gradés. L’ordre a régné jusqu’au dernier moment et aucun indice de panique ne s’est manifesté ; il n’y a eu aucune bousculade pour quitter le bateau. L’équipage a fait preuve de la plus belle crânerie. Les Turcs ont envoyé une chaloupe qui a recueilli notre personnel. L’équipage était dans cette embarcation quand je suis remonté sur le pont et j’ai été salué par les cris de « Vive la France », « Vive le commandant » !

Nota : selon la commission d’enquête qui reprend dans les grandes lignes le rapport du commandant Fabre, la MARIOTTE a eu son hélice tribord engagée dans l’orin d’une mine du barrage de Chanak.

Cdlt
olivier

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Re: MARIOTTE - Sous-marin

Message par olivier 12 » jeu. déc. 20, 2012 7:01 pm

Bonjour à tous,

Rapport du matelot cuisinier Félix GAUTHIER sur les traitements subis pendant la deuxième année de sa captivité en Turquie. (Lettre à son commandant le LV Auguste FABRE)

Après un an de captivité, je fus, à cause d’un cahier de notes, traité d’une façon sauvage par les Turcs. Voici les faits.

Deux jours après la confiscation de mon carnet de notes, à 20h00, 7 ou 8 marins turcs suivis de l’interprète pénétrèrent dans la maison des officiers et me demandèrent. Il fallut tout de suite préparer mes bagages. On me conduisit auprès du commandant de la garnison et de sa suite et je subis un interrogatoire dans ces termes :

- « Est-ce vous qui avez écrit cela ? »
- « Certainement, c’est moi».
- « Croyez-vous à ce que vous avez écrit ? »
- « Certainement. Si je n’y croyais pas, je ne l’aurai pas écrit ».

L’interrogatoire terminé, j’ai juste eu le temps d’embrasser mes camarades qui m’avaient aidé à porter mes affaires. Deux hommes m’ont emmené, soi-disant pour prendre le train pour Constantinople. Mais je fus dirigé sur l’ancienne école de N…. (nom illisible).
Arrivé là, quatre hommes me tiennent pendant que le 5e, à l’aide d’un bâton entouré d’une ficelle, me frappe de toutes ses forces jusqu’à mon évanouissement. On me jette alors dans toutes sortes de pourritures, grelottant de froid. Le lendemain, on vient me chercher eet on me traite de la même façon que le jour précédent. Le soir même et le 3e jour, je subis une flagellation aussi brutale. Mon corps devient noir et ensanglanté. Le 4e jour, mes bourreaux, voyant que je ne suis plus qu’une loque humaine, m’infligent un autre supplice. Ils me pendent par les pieds, attaché à une barre de fer tenue par deux hommes sur leurs épaules et me frappent sur la plante des pieds. Le soir, je subis à nouveau le même supplice. Puis on me pousse à coups de crosse de fusil et de cravache dans une cellule. Ne pouvant faire un pas, je reste quatre jours et quatre nuits sans manger.

J’ai reçu la visite du commandant turc qui me parla en ces termes :

« Quand tu seras mort, chien de Français, tu sortiras d’ici. »

J’ai alors décidé d’écrire une lettre à mon commandant. J’ai écrit un petit mot et j’ai payé deux livres à une sentinelle pour le faire parvenir à mon commandant. Sa réponse m’a redonné courage et espoir.
Quelques jours après, j’ai décidé de m’évader en retirant quelques pierres du mur pour m’ouvrir un passage. Mais j’étais si bien surveillé que mon plan a échoué et m’a valu quelques gifles de la part de l’officier de marine turc. Pendant quelques jours je fus tranquille, puis on me conduisit dans une autre prison où je suis resté dix jours. C’était un cachot de 2m de long sur 50 cm de large. Je fus menacé d’être cravaché pour avoir tenté de faire connaître le lieu où j’étais enfermé. On m’a alors conduit dans une prison encore plus infecte que la première où je suis resté enfermé encore dix jours. Puis un après midi du mois d’Octobre, on est venu me chercher pour faire partie d’un convoi de prisonniers anglais atteints les uns du typhus, les autres de dysenterie et de fièvre espagnole. Entassés à quarante dans un wagon à bestiaux, nous avons été dirigés sur Angora (nota : Ankara). Ce n’est qu’à la ligne de jonction d’Eskisehir que nous eûmes l’autorisation de faire nos besoins. Nous étions conduits par des marins turcs qui sans aucune raison nous frappaient avec des tringles de fer. Arrivé à Angora, on nous a fait partir pour les casernes à pied et ordre nous fut donné de prendre un bain froid. Beaucoup d’Anglais ont succombé en sortant de ce bain froid. Nous sommes restés trois jours, dormant à la belle étoile. Puis nous avons quitté cette ville pour nous rendre à Kourbaleu, village situé à 75 km d’Angora, dans les montagnes d’Asie mineure.

Le commandant du nouveau camp avait la physionomie plus sympathique et disait que Français et Anglais étaient d’anciens amis, que la guerre était regrettable. On nous a fait travailler dès le lendemain. Une quinzaine de jours plus tard, le gouverneur Erez me promit de m’éviter le travail en me prenant comme interprète à l’hôpital. J’y allais, pensant trouver une nourriture plus confortable car j’avais faim. Peu de jours après, le typhus fit un ravage épouvantable. Cinq ou six Anglais mourraient chaque jour. En les soignant, j’ai fatalement contracté le typhus. J’ai été pendant trois mois entre la vie et la mort et le docteur avait perdu tout espoir. Je fus très mal soigné, mais à côté de mes camarades anglais, j’ai été un privilégié. Sur 75 Anglais, 38 ont succombé à cette épidémie à cause des mauvais soins.

La dernière année de ma captivité, le commandant du camp d’Angora a été remplacé et nous fûmes alors traités avec plus d’égards.

Voilà, commandant, en termes simples mais véridiques, ce que j’ai enduré après notre séparation.

Cdlt
olivier

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