Un exemple d'hopital benevole : l'hopital Michelin ( 63)

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Nathalie C.
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Re: Un exemple d'hopital benevole : l'hopital Michelin ( 63)

Message par Nathalie C. » ven. oct. 12, 2007 4:44 pm

Bonjour à tous
Quelques petites informations sur cet hopital .....

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HB : - Clermont Ferrand – hopital Michelin entièrement pris en charge par la societe eponyme dans un grand hangar de pneu - annexe de l’HA 101 (appellation la plus courante)- 320 lits en 1917 repartis sur 3 étages. - Rue de Chantoin(gt) qui doit correspondre à l’actuelle rue Henri Barbusse ( sous reserve ) – fonctionne à partir du 22 septembre 1914, 1915, 1916, et jusqu’en fin d’année 1917.

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Supervisé par les Drs Dionis du Sejour et Robert.

« L’hôpital compte 320 lits, repartis dans sept grandes salles : deux au rez –de-chaussée, deux au premier, et une à chacun des autres étages.

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Ces salles, vastes, claires, aérées, sont parfaitement chauffées au moyen de radiateurs. Le numéro des lits est fixe sur une boite qui contient, pour les lits occupés, la feuille de diagnostic, et pour les lits vacants une feuille d’inventaire et des numéros destinés au paquetage des effets du prochain occupant. Sous les lits, des portemanteaux, tablettes servant à serrer les effets de l’hôpital de chaque blessé.
Puis à coté du lit, la table de nuit, contenant un tiroir boite, fermant à clef, qui peut servir de pupitre…

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La salle d’opérations se trouve au deuxième étage. L’éclairage en est parfaitement soigné : outre la lumière astrale, des lampes portatives latérales permettent d’éclairer la région opératoire. En cas d’extinction, une double canalisation fournit instantanément du courant aux lampes de secours. Un miroir de Clar , un aimant et un électro-vibreur, un négatoscope, d’un modèle inconnu dans le commerce mais spécialement pratique, sont alimentés par diverses autres prises de courant.

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Un opéré fait toujours triste mine pendant les premières heures qui suivent la narcose. Nous avons pensé qu’il était préférable de le soustraire, pendant ces moments si pénibles, à la vue de ses voisins de lit. Une petite salle isolée a donc été installée, où les blesses passent la nuit qui suit l’opération sous la garde d’une infirmière. Ainsi, leurs cauchemars et leurs hauts de –cœur, suites inévitables de l’anesthésie, n’incommodent ni n’impressionnent personne.

Pour les mêmes raisons, tous les pansements se font dans des salles spécialement aménagées à chaque étage.
Enfin, d’autres petites chambres à deux lits reçoivent les malheureux dont l’etat est particulièrement grave. Ils trouvent là le silence et la tranquillité. Cet isolement évite aux autres le spectacle de la souffrance.
Contiguë à la salle d’opérations, voici maintenant la salle d’appareillage. C’est là que se confectionnent tous les appareils en plâtre pour la réduction des fractures et que s’exécutent tous les travaux d’ajustage et de fer forgé, les moulages, les plates à anses, en tubes, bref tous les appareils nécessitant une construction préliminaire.


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Puis, le laboratoire de microbiologie qui a rendu aux médecins les plus grands services. Les préparations microbiennes obtenues ont facilité fréquemment les diagnostics et permis d’appliquer à temps un traitement approprié.

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Enfin le laboratoire de radiographie muni des appareils les plus modernes et les plus perfectionnés et qui mérite que nous nous y arrêtions un peu.
A l’ouverture de l’hôpital, nous avons utilisé l’installation qui fonctionnait déjà à l’infirmerie de l’usine pour les recherches et les observations des accidents du travail.
Mais très rapidement, il fallut, devant l’importance de la radiographie dans les blessures de guerre, mettre notre radiographie en rapport avec les cas multiples qui se présentaient .
Cette nécessité devint d’autant plus urgente que sept hôpitaux de Clermont Ferrand n’avaient aucune installation radiographique et s’adressèrent à nous pour radiographier leurs blessés.
Au début, notre installation de composait d’un appareil Radiguet-Massiot avec bobine marchant au courant continu.
En novembre 1914, nous avons installé un appareil Gaiffe à commutateur tournant, appareil d’une grande puissance, permettant d’exécuter des radiographies et des localisations de projectiles au 1/100e de seconde.
Cet appareil comprend trois tubes Pilon et un tube Coolidge.

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Enfin, nous utilisons pour les opérations sous-écran une table d’examen radioscopique, modèle du Dr Bellot.

A suivre
Source : Michelin de 1914 à 1917. Opuscule édité par la societé.
Nathalie


Nathalie C.
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Re: Un exemple d'hopital benevole : l'hopital Michelin ( 63)

Message par Nathalie C. » ven. oct. 12, 2007 4:51 pm

..la suite...



Dans les diverses salles, les blessés sont amenés soit directement soit par les ascenseurs , sans fatigue et sans heurt , sur des chariots légers montés sur roue caoutchoutées.

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IL faut faire une place à part au service de mécanothérapie ;
A cote d’exerciseurs, on trouve des extenseurs des membres inferieurs faits de bandes de caoutchouc prises dans les chambres à air de pneus voitures, des sacs de sable de poids différents et gradués, attachés à des câbles passant sur des poulies , des pédales reliées à ;des points fixes toujours par des bandes de caoutchouc. D’autres appareils construits suivant les mêmes principes servent aux flexions des doigts et de la main.

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Le service dispose également de boites pour les bains de lumière complets ou locaux et d’un chauffage à air sec à 110°.
La pharmacie de l’hôpital, elle aussi, est munie d’un matériel très complet. Elle est même pourvue d’une bassine à vapeur sous pression de 6 kilogrammes, qui permet la préparation très rapide de l’eau stérilisée, seule employée dans la préparation des boissons rafraîchissantes mises à la disposition des blessés.
Notre excellent approvisionnement pharmaceutique nous a permis de rendre, au dehors, à plusieurs reprises, quelques services.
Au moment de la bataille de la Marne, l’affluence des blessées étaient telle que l’Institut Pasteur, débordé, ne pouvait fournir les quantités énormes de sérum antitétanique qui lui étaient demandées. Or, dans tous les hôpitaux, la lutte contre le tétanos était à ce moment-là, terrible. Nous avons pu alors céder 500 doses de sérum à la Direction du Service de Santé de la XIIIième région. D’autres quantités furent fournies à la place du Mont-Dore et aux hôpitaux de Royat. Un hôpital de St Etienne nous en demanda un jour télégraphiquement des doses qui lui parvinrent à temps. Notre stock fut prudemment et immédiatement reconstitué. Et, après l’offensive de Champagne, d’autres hôpitaux purent encore s’adresser utilement à nous […]
A la pharmacie se rattachent divers services. D’abord un laboratoire d’analyses qui{{ permet, en dehors des recherches médicales, le contrôle rigoureux et régulier de tous les produits alimentaires qui nous sont livrés.
Enfin, se rattache encore à la pharmacie, le service de désinfection. L’étuve qui existe à l’hôpital n’aurait pas été suffisante en raison de l’importance du service chirurgical. Nous avons donc mis à sa disposition le laboratoire de notre usine qui fonctionne avec des appareils de très gros débit. D’autres formations sanitaires de la région ont recours actuellement à notre service de désinfection. Lorsque le blessé arrive, les vêtements qu’on lui retire sont envoyés directement à l’étuve où ils sont aseptisés au formol.
Les vêtements et le linge nettoyés et blanchis passent ensuite à l’atelier de réparation. Là, ils sont raccommodés avec soin et tout ce qui n’est pas réparable et remplacé par du neuf. Puis un classement est fait qui permettra de rendre en parfait état, à chacun des blessés, à leur sortie de l’hôpital, le petit bagage avec lequel ils sont arrivés.
La lingerie possède un stock de linge important qui permet de changer les blessés aussi souvent qu’il est nécessaire.
Disons enfin que tous les étages ont leurs lavabos, leur WC et des salles de bains. L’eau chaude est fournie par un appareil à vapeur dont le réservoir contient 300 litres qui sont chauffés en cinq minutes et distribués par canalisation à tous les services de l’hôpital.[…]

Au 1er juillet 1917, l’hôpital avait hospitalisé 2914 blessés.

Au 1er juillet 1917, le nombre de sorties étaient de 2256. Sur ce nombre, 1342 soldats étaient proposés pour une convalescence et devaient ensuite rejoindrent leurs dépôts.
5 étaient proposés pour le service auxiliaire.
773 étaient envoyés sur d’autres hôpitaux ou centres de spécialité.
92 étaient proposés pour la réforme.

Il y avait eu enfin (censuré) décès.

On voit d’après ces chiffres que près de deux tiers de nos blessés ont pu rejoindre leur dépôt et delà, leurs formations au front.
Durant ces trente cinq mois, 987 interventions chirurgicales, sous anesthésie générale, avaient été faites.
Il a été pris, 2493 radiographies, 567 radioscopies et 115 localisations de projectiles.
Il y a eu 1035 interventions diverses sous anesthésie locale (kélène ou cocaïne), débridements et extractions de projectiles sans anesthésie.
Le nombre de journées d’hospitalisation a été de 159 199, représentant, comme frais d’exploitation proprement dits, et sans compter les soins chirurgicaux et pharmaceutiques, une dépense de 678 691 fr.23.
Ainsi, une journée d’hospitalisation revient à 4 fr.26. Sur cette somme, 2fr.26 sont nécessités par l’alimentation seule.
A suivre

Nathalie

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Jean RIOTTE
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Re: Un exemple d'hopital benevole : l'hopital Michelin ( 63)

Message par Jean RIOTTE » ven. oct. 12, 2007 7:52 pm

Bonsoir Nathalie,
Merci beaucoup pour toutes ces précisions et photos. Chacun(e) pourra les exploiter selon ses besoins.
Bon nombre de grandes Sociétés et entreprises ont ainsi participé à l'effort de guerre de notre pays en mettant à disposition des moyens et en mettant la main à la poche... tout en poursuivant leurs activités, très souvent grandement augmentées du fait de l'état de guerre.
Cordialement.
Jean RIOTTE.

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Re: Un exemple d'hopital benevole : l'hopital Michelin ( 63)

Message par laurent provost » ven. oct. 12, 2007 9:02 pm

Bonsoir Nathalie,
Merci pour ce descriptif et quelle chance de pouvoir disposer de ces images :love:
me permettrez vous de réutiliser les deux photos de salle de radiographie ?
On se refait pas en temps qu' imagier de la médecine....:)
Merci d'avance

Nathalie C.
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Re: Un exemple d'hopital benevole : l'hopital Michelin ( 63)

Message par Nathalie C. » lun. oct. 15, 2007 11:15 am

Bonjour à tous

Suite et fin de la chronique sur l'hopital Michelin

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Le personnel de l’hôpital se compose :
du médecin-chef et du chirurgien
de 4 médecins traitants chargés chacun d’un service
d’un pharmacien et de son aide
de 2 radiographes
d’une infirmière-major
de 5 infirmières surveillantes
d’une masseuse
d’une cinquantaine d’infirmières et d’infirmiers
de 25 employés divers.

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Source : Michelin de 1914 à 1917

Cordialement

Nathalie

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laurent provost
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Re: Un exemple d'hopital benevole : l'hopital Michelin ( 63)

Message par laurent provost » lun. oct. 15, 2007 11:40 am

Merci pour cette suite et cette collection de statistique, je suis sur qu'elle vont recevoir quelques commentaires... :love:
je vais tenter de faire un parallèle avec les blessés radiographiés à La salpêtrière en 14.
bonne journée

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Jean RIOTTE
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Re: Un exemple d'hopital benevole : l'hopital Michelin ( 63)

Message par Jean RIOTTE » lun. oct. 15, 2007 6:21 pm

Bonjour Nathalie,
Merci infiniment pour ces nouvelles photos et ces statistiques qui éclairent parfaitement ce que fut l'immense tâche du SSM.
Cordialement.
Jean RIOTTE.

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Re: Un exemple d'hopital benevole : l'hopital Michelin ( 63)

Message par Ferns » mer. oct. 17, 2007 1:56 am

Bonsoir Nathalie,
Wahou ! y manquait pas d'air ...
Terrible les documents ! Je cherchais à illustrer la "guerre totale" en cours et bien voilà une étude de cas toute trouvée. Encore merci.

Cordialement

Ferns
L'homme en campagne a les mêmes besoins qu'en temps de paix ; ces besoins deviennent même plus impérieux, étant exacerbés par une existence plus active et plus énervante.(Henry Mustière)

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Re: Un exemple d'hopital benevole : l'hopital Michelin ( 63)

Message par mireille salvini » jeu. oct. 18, 2007 11:06 am

bonjour à tous,
bonjour Nathalie,

je me joins à tous ceux qui m'ont précédé: merci beaucoup pour ces documents exceptionnels par leur détail :jap:
et les photos....!

les statistiques sont bien intéressantes,on voit bien que la plupart des blessures étaient dues à des éclats d'obus;
je me demande par contre ce qu'ils entendaient par "greffe": greffe de peau pour des brûlés? (les chiffres correspondent)

pour finir,il me reste l'impression que cet hôpital Michelin avait quand même de gros moyens,bien plus que d'autres hôpitaux,et qu'il semble qu'on y était bien (sinon mieux) soigné...

amicalement,
Mireille

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Re: Un exemple d'hopital benevole : l'hopital Michelin ( 63)

Message par FICELLE » mar. nov. 06, 2007 8:10 am

Bonjour,

Un hors série vient d'être publiée par "La Montagne" la semaine dernière sur le thème Michelin.
1 page est consacré à l'hopital de l'arrière et peut répondre à la question de Mireille.

Les poilus morts dans cet hopital sont inhumés à Clermont-Ferrand et "une photographie de la tombe est envoyée aux familles".

Cordialement

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